chapitre 24 / 1e partie

Publié le par Néo

Turbulences

 

Le soleil laissait ses rayons décliner légèrement sur la cime des arbres, baignant ainsi la forêt dans une atmosphère lugubre et ténébreuse. Le brouillard reprenait ses droits, s’immisçant entre chaque tronc d’arbre, réduisant à néant le peu de lumière encore présente. Engloutie dans le noir opaque des bois, le sol vibrait au son de la cavalcade d’un animal qui pouvait surgir brusquement au détour d’un chemin…

La nuit tombait sur La Push mais cela ne signifiait rien pour nous. Le repos n’était pas au bout du chemin, bien au contraire, nous savions que se serait le moment opportun pour une éventuelle attaque. Mais, aujourd’hui, plus question de nous prendre par surprise ! En effet, aucune parcelle du territoire n’était accessible à quiconque voudrait le traverser. J’avais disséminé tous les loups à divers endroits stratégiques comme la frontière, les côtes, les falaises et les alentours du village, aucun détail n’aurait pu échapper à nos truffes aiguisées. D’autant plus que notre meute n’avait eu de cesse de s’accroître ces derniers jours, nous étions plus nombreux que jamais. La transformation avait pris un rythme déconcertant, ne prenant que quelques jours contre des semaines auparavant. Ainsi Collin, Brady, Enzo, Luke et Andrew avaient rejoint nos rangs, chacun placé par binôme avec les loups de la première heure, les formant et les mettant en garde. Nous avions passé des jours à mettre au point notre stratégie, rythmant nos moments de repos pour ne laisser aucune zone à découvert.

Je m’étais engagé personnellement à veiller à la sécurité de chacun des habitants de La Push, et de ma meute. Je les relayais pour qu’ils puissent se nourrir et se reposer, oubliant mes propres besoins et pour certains mes devoirs. En effet, depuis quelques jours, les Anciens requerraient ma présence pour les mettre au courant de nos plans, mais je jugeai qu’il était trop futile de perdre du temps en babillage lorsque d’autres problèmes plus graves m’attendaient. Au premier coup d’œil, on pouvait me reprocher mon manque de délégation, mais je n’agissais pas par manque de confiance envers mes semblables, ni par excès de zèle. Non, mais par peur. Peur qu’il leur arrive quelque chose en mon absence. Les ordres émanaient de ma seule personne, étant devenu Alpha dans des circonstances malheureuses, j’avais dû apprendre sur le tas les aptitudes de mon nouveau rôle, et cela ne m’enchantait que peu de prendre sur moi la responsabilité d’autant de personnes. Toutefois, plutôt que d’accuser le coup pendant des semaines, j’avais préféré l’action à la réflexion, vivant en quasi autarcie, définissant moi-même nos enjeux et nos stratégies.

Nouveau coup de clairon.

Apparemment, mon système de décision ne plaisait pas à tous, à en juger par leur ténacité à me vouloir revenir au village. Peu importe, j’ignorai ce nouvel appel au rassemblement comme les précédents, et continuai ma course tout autour de la frontière.

_ Encore un, ils ne vont pas lâcher si facilement apparemment !

_ Tiens, ils ont attendu moins longtemps par rapport aux autres.

_ Ils perdent patience. Je ne serais pas surpris de les voir rappliquer.

_ N’empêche, ils auraient pu choisir un instrument moins bruyant, les gens du village vont finir par se poser des questions.

_ Qu’ils s’en posent cela m’est égal ! Paul, Quil, Embry, Seth, restez concentrés sur vos postes et rien d’autre, tempêtai-je de ma voix d’Alpha.

Je connaissais le point de vue de mes frères quant à cette réunion, leurs pensées me parvenaient clairement. Je savais que leur curiosité les démangeait, mais les Anciens n’avaient pas besoin de moi pour établir des hypothèses quant à l’identité de nos ennemis. À moins de trouver leur point faible, je doutais qu’ils nous seraient utile de le savoir. A quoi bon appeler un chat un chat quand nous ne connaissons ni ses attributs, ni la façon de les tuer. D’autant que nous en avions appris quelques-uns ; ils étaient aussi puissants et rapides que nous, mais bien plus résistants, se rapprochant des vampires. Toutefois, grâce à Paul, nous avions pu émettre nos propres suggestions. En effet, quand ce dernier m’avait conduit au cadavre d’un argenté, nous avions constaté que du liquide coulait de leurs yeux, s’accumulant en boules sur les joues de la créature, semblable à du mercure. Ainsi, nous étions venus à la conclusion que leur pouvoir pouvait émaner de cette source, mais sans grande conviction. Cependant, le plus troublant restait que cette créature ressemblait étrangement à une fille de Forks, Jessica Stanley, une ancienne amie de Bella. Se pourrait-il que cette apparente similitude ne soit pas anodine ? Que par un procédé bizarre, ces créatures soient parvenues à prendre les humains pour cible, revêtant leur apparence, ou plus terrible s’accaparant de leur corps comme lieu d’accueil ? Je refoulais ces réflexions morbides aussi loin que je le pouvais, aux confins de mes songes, afin de rester concentré sur ma tâche.

Finalement, la réunion ne serait peut-être pas inutile aux vues de mes interrogations et de ce que je pouvais leur révéler. Pourtant, je ne pouvais me résoudre à l’idée de laisser les miens sans leur Alpha. J’étais celui qui faisait la pluie et le beau temps en quelque sorte, les laisser ici sans moi, reviendrait à les couper de repère. Je sais que penser de cette façon pouvait me rendre vaniteux et imbu de ma personne, mais c’est ce que leur corps et leurs pensées me laissaient comprendre. Envers Sam, j’avais toujours éprouvé une profonde admiration et je lui témoignais tout le respect qu’il mettait permis de lui communiquer, mais les autres loups voyaient en lui un être de la plus haute importance. Il était pour eux leur soleil, et ils lui auraient obéit envers et contre tous. Une parole lui suffisait pour se faire comprendre et entendre. Chacun des loups se retrouvaient en lui. Sam n’était pas un simple chef de meute, ordonnant, commandant, exécutant, en réalité il était leur référent, leur ami, leur guide, sans lui les loups n’auraient plus le courage nécessaire pour rester unis. Ainsi, devait être un Alpha pour ces loups. Une personne sur qui on pouvait compter, se reposer et espérer en toute condition. La barre était haute, et malheureusement, la confiance n’était pas une des qualités avec laquelle on naissait. Alors, chaque jour, je leur devais de me montrer fort, parfois intransigeant, mais sans montrer le moindre doute. Tel Sam, je devais être l’homme de toutes les situations, me montrant imperturbable devant le danger, mais toujours responsable avec les miens.

Une tâche qui n’était pas toujours évidente lorsqu’on ne se jugeait pas assez mature pour un rôle d’une telle envergure, les loups étaient parfois plus âgés et plus sage que moi-même. Je pensais particulièrement à Jared, qui faisait preuve d’une si grande sagesse, prenant toujours le temps pour discuter avec chacun d’entre nous et trouver ainsi la faille dans certains de mes raisonnements. Il n’essayait pas de me montrer mes erreurs, comme n’importe quel père devant son fils agité, mais plutôt de nous conduire dans le bon chemin sans nous indiquer la direction. Il cheminait à mes côtés, posant toujours les bonnes questions qui m’amenaient toujours aux bonnes résolutions. J’avais l’impression que son ouverture d’esprit permettait à mon cerveau de se structurer de façon plus adéquate.

Il ne fallait pas s’imaginer que dans notre meute, je n’étais que le membre indispensable, chacun d’entre nous apportait au groupe un don, une qualité sans laquelle nous n’aurions pu être complet. Ainsi, Paul nous apportait sa ténacité et son exaltation, Seth nous transmettait son courage et son enthousiasme, les jeunes comme Collin, Enzo ou Luke nous apportaient leur désinvolture et de la fraicheur, et enfin Quil et Embry avec leur force et leur rapidité exemplaire, nous était tout aussi indispensables. J’aurai pu en dire tellement, tant j’étais fier de mes loups et j’espérai qu’ils étaient tous aussi confiants envers moi.

Tandis que je réfléchissais, mes pattes couraient et mon corps évitaient soigneusement chaque tronc d’arbre, comme une seconde nature, je n’avais plus besoin de voir, ni d’y penser pour le faire, tout était instinctif. Seuls mes yeux et mon odorat étaient deux pôles sur lesquels je ne relâchais jamais l’attention, de peur de rater un indice, une preuve ou une occasion de tomber sur nos ennemis. Depuis quelques jours, de nouveaux effluves étaient venus s’ajouter à celles des argentés, sans pour autant leur être semblable. Cette odeur nous était familière et j’aurai pu la reconnaître entre mille autres, un relent âcre mélangeant le sang caillé à celui de la chair en décomposition. Une émanation atroce provenant d’une espèce pire encore que les argentés, celle des vampires. Je ne savais pas s’il pouvait s’agir des Cullen ou d’une tout autre famille. Pour nous, chaque vampire est indissociable des autres, s’abreuvant de sang, ils ont en eux le même fumet pestilentiel. N’ayant connu pour le moment que des « végétariens » ma comparaison était limitée. Toutefois, l’odeur était la même que celle des Cullen, et chaque fois que mes narines la reniflaient j’espérais qu’elle soit parmi eux, en vie d’une certaine façon, mais diamétralement opposé à moi dorénavant.

J’en étais là dans mes réflexions quand Jared décida de revenir à mes côtés, le devinant avant même qu’il ne formule sa demande mentalement. En même temps que je surveillais les pistes, mon esprit restait branché sur chaque pensée des loups, passant sur leur intimité que certains ressassaient en boucle. Cela restait compréhensible, n’importe quelle personne confrontée à l’isolement plusieurs jours de suite montre quelques signes de manque. Je savais ainsi que Seth se faisait beaucoup d’inquiétudes pour sa mère en pleine crise, Paul ne cessait de rêver de ma sœur Rachel, depuis leur rencontre à l’enterrement, ces deux-là semblaient s’être rapprochés plus que nécessaire, et Jared essayait tant bien que mal de chasser Kim de son cerveau sans y parvenir tout à fait. L’absence de leur famille, de leur bien-aimée, de leur frère ou sœur, était un moment difficile à encaisser. Néanmoins, aucun d’entre eux n’émit la moindre protestation, d’ailleurs je ne leur aurai jamais refusé la moindre minute en leur compagnie, mais ils tenaient à me suivre dans mes choix. En effet, depuis des semaines je n’étais pas rentré chez moi, je n’avais ni vu mon père, ni ma sœur, ni même Lily qui veillait sur Émily chaque jour. Me privant de ma famille et de mon amour pour le bien-être des miens, la meute entendait partager ce supplice avec moi, sans jamais s’en plaindre. Rien que pour ces choses là, je leur étais reconnaissant de tant de ferveur et de dévotion envers leur Alpha.

_ Jake, j’arrive en face de toi, arrête-toi j’ai besoin de te parler.

La voix de Jared mit fin à ma réflexion, et seulement quelques secondes plus tard je vis un énorme loup brun ralentir à ma vue. Freinant de mes pattes antérieures, je pris position et attendis qu’il s’avance vers moi, mais ce dernier se tint immobile la gueule rentrée dans son poitrail, signe qu’il allait muter en sens inverse. Depuis combien de jours n’avais-je pas moi-même retrouvé ma version humaine ? La transformation de Jared me mit mal à l’aise, je ne savais pas quoi faire. Attendait-il que je fasse de même ? Nous avions tellement pris l’habitude de la télépathie, procédé bien plus simple pour communiquer, que je m’étonnai qu’il ait besoin de muter pour me parler. Une fois la mutation inversée, Jared se releva et marcha dans ma direction, un petit sourire sur les lèvres.

_ Alpha, souhaites-tu me laisser parler seul dans cette tenue ? dit-il les bras écartés pour me faire comprendre qu’il était nu comme un ver. Le code de la meute ne dit-il pas que nous ne devons pas laisser nos frères en pareille situation ?

_ Quel code ? lui rétorquai-je après avoir muté également.  

_ Que cela est agréable de se tenir debout sur ses deux jambes, et non plus recourbé, pas vrai ? sa voix était pleine de jovialité, ce qui me dégrisât aussitôt.

_ Cela fait tellement longtemps que j’ai peur de ne plus avoir le sens de l’équilibre sur mes deux pattes… Euh jambes, rigolai-je à mon tour. Alors que me vaut l’honneur de cette transformation ?

Jared prit son temps avant de me répondre, dardant sur moi un regard bienveillant et sympathique, tout en sachant que je n’allais pas approuver son sujet de discussion. Il y a des choses que l’on peut savoir, ressentir avant même de les avoir vu ou entendu. Un lien étrange nous unissait, nous les loups, sans pouvoir le qualifier, ni même l’expliquer de façon claire et logique. Mais l’imprévu et la spontanéité étaient rarement au rendez-vous, et nous ne pouvions que peu nous surprendre. Ainsi, quand Jared mettait autant de temps à préparer ses phrases, ou quand Paul fuyait nos regards, je savais que la suite ne me plairait pas.

_ Les Anciens s’impatientent Jake… Il ne manquerait plus qu’ils débarquent ici pour t’obliger à les suivre, et connaissant ton père cela ne m’étonnerait qu’à moitié.

_ Et vous laisser tout seul dans la forêt ? Imagine que nous soyons observés, et que les argentés profite de ce moment-là pour vous attaquer ? lui rétorquai-je.

_ Nous les aurions senti si tel avait été le cas, ne crois-tu pas ?

Sa remarque était pertinente d’autant plus que mon inquiétude ne relevait pas de leur incompétence à assurer la garde sans moi, mais plus de me savoir absent en cas de danger. Il était peine perdue de réfléchir à une éventuelle riposte contre Jared afin de lui démontrer que ma présence était indispensable. En effet, je pouvais me permettre de les laisser quelques temps seuls, avec des instructions claires et nettes, je savais qu’ils n’essaieraient pas de me duper, ou de relâcher leur vigilance. Pourtant, une part en moi hésitait encore à partir, je le ressentais comme un abandon, je ne voulais pas qu’ils s’imaginent que leur chef allait prendre du bon temps pendant qu’eux se farciraient le sale boulot.

_ Jake, nous savons tous très bien que cela ne sera pas une partie de plaisir pour toi. Et quand bien même tu pourrais te reposer un peu, je ne vois pas où serait le crime. Personne ne te jugera comme un tire-au-flanc, rassure-toi.

J’eus l’impression que Jared avait entendu mes craintes comme si je les avais exprimées à haute voix, je relevai la tête perplexe vers mon ami au sourire étincelant. Comme à son habitude il gardait le rire aux lèvres, transpirant la confiance en soi et la sagesse.

_ Je ne cherche pas à prendre la tangente, en vous laissant les tours de garde, répondis-je avec vivacité.

_ Mais tout le monde en est persuadé, nous comme les Anciens. C’est bien pour cela que je m’inquiète, car s’ils insistent ce n’est pas juste pour t’embêter, mais que la réunion est importante. Et puis tu connais le vieux Ateara, mieux vaut ne pas l’énerver, si tu vois ce que je veux dire.

Bien entendu, je comprenais ce qu’il paissait sous silence. Le grand-père de Quil n’était pas réputé pour sa patience, et je devais sans doute avoir dépassé les limites depuis plusieurs coups de clairon déjà. Mais il fallait reconnaître que Jared avait raison, mon père ne se serait jamais autant acharné si l’entreprise n’en valait pas le coup.

_ O.K. je vais y aller, répondis-je en grognant à moitié.

_ Parfait ! Dis ? Je peux te demander un petit service par contre ? Les mains jointes, les lèvres légèrement retroussées, Jared me faisait sa tête de pauvre victime martyrisée.

_ Quoi encore ? je faisais mine d’être agacé, espérant qu’il demanderait le moins possible. Je m’imaginai déjà en train de courir partout pour répondre à leurs envies alimentaires.

_ Cela te dérangerai-t-il de prendre des nouvelles d’Emily et du petit ? Et puis Kim, Rachel et Lily se trouvent toujours chez elle tu pourrais peut-être faire d’une pierre deux coups, son air attristé avait laissé place à son sourire, qu’il étirait jusqu’à ses oreilles.

_ Ne te fiches pas de moi ! Je n’aurais certainement pas le temps de passer chez Emily, d’autant qu’elle n’est pas sur la route du conseil, et tu le sais bien.

_ Oui mais personne ne te reprocherait de tenir nos familles au courant de notre situation. Et puis Seth s’inquiète pour sa mère, et je pense que Sue aimerait avoir des nouvelles de son fils, unique.

Jared connaissait le point faible de chacun d’entre nous, et savait comment nous prendre par les sentiments, en donnant le prénom de Sue il était certain de faire chou blanc, le vicieux ! Je devais avouer que revoir Lily n’était pas pour me déplaire, bien au contraire, elle me manquait terriblement. Contre toute attente, après les évènements funestes qui étaient tombés sur la réserve, elle avait pris la décision de rester pour prendre soin d’Emily. Entre les deux femmes un lien fort était né, qui les unissait l’une à l’autre dans la tristesse. Lily avait trouvé sa raison d’être parmi nous et se sentait utile en apportant tout son soutien à la future maman. Quelque part cette amitié m’arrangeait, au moins je partais confiant, sachant où elle était et ce qu’elle y faisait. J’avais été négligent ces derniers jours, ne lui donnant aucune nouvelle, ne lui portant aucune attention, mais j’étais serein puisqu’elle était, elle aussi, occupée à d’autres besognes, ne s’ennuyant pas dans son coin, ne ruminant pas sans cesse toutes les bonnes raisons qu’elle avait de partir. Je réagissais sans doute de façon égoïste, la voulant mienne, et toujours à mes côtés, mais tôt ou tard le sort pourrait en décider autrement pour nous, alors en attendant qu’elle n’y trouve pas à redire, j’étais heureux qu’elle trouvât de l’occupation à La Push.

_ C’est entendu, je ferai un compte-rendu aux Anciens sur nos activités, en les rassurant sur notre mode de vie, et insistant pour que le message soit passé à vos familles et j’insisterai pour leur faire comprendre que tout le monde va bien, et que l’on ne prend pas de risque inutile. Cela te convient-il ? le questionnai-je.

_ Oui, merci Jake, mais pourrais-tu quand même faire un détour par chez Emily pour…

Avant que Jared puisse finir sa phrase une autre personne vint le couper, avant même que nous puissions intervenir. En effet, Paul avait muté en un temps record, nous laissant Jared et moi-même hébétés, bouche ouverte et yeux ahuris par ce changement inopiné.

_ Tu pourras dire à Rachel que… Et bien qu’elle… Enfin… Tu sais bien… Qu’elle me manque. Tu vois quoi quelque chose dans ce style là. Mais surtout dis-lui bien de ne pas s’inquiéter pour moi. Et rajoute que dès que mon chef me laissera une permission, j’irai la voir, alors si elle veut bien m’attendre… Son rire résonna dans toute la forêt sans pour autant me sortir de mon ébahissement.

_ Pardon ? Mais… Mais comment as-tu réussis à faire ça ? A muter si vite ! Et c’est quoi cette histoire de permission, tu te crois à l’armée ou quoi ? Mes mots se chevauchaient les uns contre les autres, tellement la venue de Paul m’avait désarçonné. J’étais autant étonné par sa prestation que par ses dires.

_ Alors ça se concrétise avec Rachel ? Toi aussi tu l’as vu ? Tu vois de quoi je parle hein ? Jared s’était rapproché de Paul, les yeux pétillants de joie.

_ Oui je l’ai vu mon frère ! Je suis pris à la gorge c’est fini pour moi, rigolèrent-ils de concert.

Les deux comparses rigolaient à s’en décrocher la mâchoire, se donnant des coups de coude dans les côtes, se comprenant à demi-mot alors que j’étais complètement largué. Et pourtant cela ne semblait pas les déranger, de me laisser dans le vent, m’écartant de leur sous-entendu. Et depuis quand Paul avait-il besoin de rassurer ma sœur sur son état de santé ? Les choses en étaient si avancées entre eux pour qu’elle puisse s’inquiéter pour lui ? Étaient-ils déjà ?

_ Imprégnés ! Quoi toi et ma… Ma… Ma sœur ? Comprenant enfin leurs allusions passées, mes yeux s’arrondirent.

_ Et oui mon cher Alpha, me lança Jared en passant un de ses bras autour de mes épaules. Ne trouves-tu pas cette situation idyllique, ta sœur amoureuse d’un de tes hommes, et pas n’importe lequel, mais le vaillant Paul, toujours prêt à se lancer dans la bataille et…

_ Et toujours à s’énerver pour un rien. Le Paul qui s’excite pour la moindre contrariété, le seul qui a mis le plus de temps pour contrôler ses mutations, le coupai-je dans son éloge au Saint-Paul.

_ J’ai peut-être eu un peu de mal avec ça mais cela ne t’empêche pas de pouvoir compter sur moi ! Paul intervint dans la conversation pour tenter de se justifier. Chaque fois que son ego en prenait un coup, ses yeux s’assombrissaient, prêt à en démordre.

_ C’est sûr, et puis qui s’en est sorti parfaitement bien les premiers jours ? Jared, une main sur le menton réfléchissait tranquillement de son côté, ne s’apercevant pas de l’animosité de nos propos. A la réflexion, il me semble que Seth se soit accommodé dès le départ à sa nouvelle condition. Nous n’avons rien à lui reprocher.

Paul et moi regardions Jared, orchestrer son plaidoyer à coup de demi-tour sur lui-même, toujours sa main caressant l’ovale de son menton. Il aurait un bâton dans l’autre main, qu’il aurait pu passer pour un oracle sénile.

_ Je sens qu’un jour nous serions tous très fiers de ses exploits futurs je le sens. Il est l’un des plus jeunes de la meute, mais je ne ressens pas le besoin de protéger ce garçon aux allures angéliques, mais à la force redoutable, une main de fer dans un gant de velours.

_ Tu t’entends parler de temps en temps Jared ? Parfois tu me fais flipper ! Fais attention à ne pas tomber du côté obscur, lui lança Paul hilare.

Soudain, les deux garçons bondirent dans des directions opposées, les épaules voutées, Paul se plaqua une de ses mains contre sa bouche produisant un drôle bruit de respiration, leur main agrippait un objet qui m’était alors invisible, mais qu’ils faisaient tournoyer au-dessus d’eux comme un sabre. Ils se déplaçaient en rond, roulant des épaules sans se perdre de vue une seule fois.

_Tu ne connais pas le pouvoir du côté obscur ! Je dois obéir à mon maître ! répliqua Paul, sa bouche faisait des bruits étranges, un son métallique, comme une voix de robot.

 

_ Jamais je ne cèderai. Et vous, vous serez forcé de me tuer, lui répondu Jared, les deux serrant ce que j’imaginai être une arme.

 

_ Si tel est ton destin (1)... ricana Paul.

Aussitôt, ils se jetèrent l’un sur l’autre, brandissant leurs épées imaginaires retransmettant les bruits d’armes crépitant dans les airs. Ils semblaient bien s’amuser, alors je les laissais profiter de ce moment d’hilarité, jugeant utile de ne pas interrompre une partie de jeu. Ils étaient à bout depuis plusieurs jours, loin de leurs familles et amis, parcourant des kilomètres de terre, de sable, de roche, oubliant presque même jusqu’à leur véritable corps, les jours n’étaient pas si paisibles, et l’avenir ne promettait pas d’amélioration tant que nous n’aurions pas mis la main sur ces créatures, nous ne serions pas tranquilles.

_ Vous n'êtes pas arrivé à me tuer avant, je ne crois pas que vous me tuerez maintenant, continue Jared, parant le coup de Paul.

 

_ Tu sous-estimes le pouvoir du côté obscur... Si tu refuses de te battre, tu devras affronter ton destin ! (2)

_ Euh… Les enfants, je crois que l’on s’écarte du sujet là ! dis-je de manière un peu cynique.

_ Quoi ? Ne me dis pas que tu ne connais pas Star Wars Jake ? s’enquit Paul qui avait retrouvé sa voix normale.

_ Ah, je me disais bien avoir reconnu quelques répliques !

_ Notre Alpha n’a jamais vu Star Wars, qu’allons-nous devenir ?

_ Pauvre de nous, rajouta Jared tout compatissant avec son ancien ennemi à la voix hachée.

_ Continuez et je peux vous garantir que vous serez les deux seuls loups sans nouvelle de vos…

Le mot ne voulait pas s’extraire de ma bouche. Et que devais-je dire ? De vos amies, un peu léger comme qualificatif. Ou alors copines, mais l’imprégnation était tellement pour fort qu’une simple amourette de lycée. Revenant sur eux, je pu voir qu’il avait adopté la posture du Saint-Bernard suppliant.

_ Ça suffit, pas la peine de vous dilater la pupille (3) c’est bon ! Je communiquerai à vos moitiés tout l’amour que vous leur témoignez, et que vous souffrez de leur absence, et patati patata.

_ L’imprégnation a fait de toi un vrai poète dis-moi, se moqua Paul.

_ Allez décampez d’là ! Paul tu reprends mon poste sur la frontière et demande à Enzo de te remplacer sur la falaise. Jared jette un œil sur Luke et Andrew, veille à ce qu’ils ne se chamaillent pas encore, compris ?

A peine avais-je donné mes ordres, que leur visage redevint sérieux, dans un hochement de tête ils mutèrent simultanément avant de se diriger chacun à son poste de garde. J’étais, une fois de plus surpris de la rapidité avec laquelle mes frères pouvaient muter, que ce soit dans un sens comme dans l’autre d’ailleurs. Il était épatant de voir comment les progressions des uns faisaient avancer celles des autres, tel un copier-coller, rattrapant sans cesse le niveau des autres. Était-ce le sentiment de danger, rôdant près de nous, qui rendait tous ses changements possibles ? Ou simplement,  le fait de murir, et de prendre possession de notre force et de toutes ses capacités ? Je ne savais pas où se trouvait réellement la réponse, mais cela était le cadet de mes soucis pour le moment. Aussitôt que les deux loups disparurent de mon champ de vision, je plongeai ma tête contre mon torse attendant que la mutation opère, et je pus constater que mon métabolisme avait gagné en rapidité, comme mes frères. Ainsi, je me mis en route plus vite que la normale, en direction de la lisière de la forêt, courant le plus vite possible. Je ne m’étais pas rendu compte que nous avions eu tendance, ces derniers jours, d’agrandir notre territoire. Cheminant à travers les arbres je pensais à tout cela, en gardant une oreille branchée sur nos ondes, et je fus content de constater que tout se déroulait comme voulu. Je partais serein loin des miens, les laissant gérer les opérations pour quelques heures tout au plus. Puis, distinguant les premiers toits de nos maisons, un problème logistique jaillit de mon cerveau. Je ne pouvais pas débarquer au conseil devant les Anciens en loup, encore moins traverser le village nu comme un ver ?! Alors, pour annoncer ma présence, j’émis quelques cris en direction des maisons pour leur faire comprendre que j’arrivais. Mais, à ma plus grande surprise, l’odeur humaine que je captais n’avait rien de familier avec celle de mon père ou du vieux Ateara, une senteur voisine à la nôtre. Alors que celle-ci possédait tous les arômes qui me plongeaient dans une transe enivrante, chaque fois que cette fragrance s’enroulait autour de mon nez, je perdais le contrôle de mon corps pour laisser libre cours à mes sentiments les plus purs.

Le parfum de sa peau délicate, de ses longs cheveux bruns… Lily. Sa silhouette se découpait entre les arbres, et plus je me rapprochais, plus les détails de son corps s’accentuaient, et quand mes yeux perçurent les siens je m’y plongeais instantanément, freinant à temps avant de la percuter de plein fouet. Je me reculais rapidement pour garder un espace entre nous deux, juste une question de sécurité  pour elle. Lily se tenait droite devant moi, sans éprouver la moindre peur face au monstre que je pouvais représenter pour elle.

_ Je t’attend depuis ce matin, j’ai pensé que si tu sortais enfin de la forêt, tu aurais sans doute besoin de ça, m’apprit-elle en m’indiquant un sac de vêtements qui reposait contre une souche d’arbre.

Je baissais la tête pour lui signifier que son geste était le bienvenu, mais je n’eus pas le temps de la relever qu’elle s’élança droit sur moi. Paralysé et ne sachant pas ce qu’elle allait faire, je ne bougeai pas de peur de lui faire mal. Lily sauta à pieds joints avant de venir accrocher ses bras autour de mon encolure, s’agrippant au poil comme à une crinière de cheval.

_ Je suis heureuse de te voir, j’étais si inquiète ! Tu m’as manqué mon loup, me chuchota-t-elle dans mon oreille dressée.

Lily du haut de son mètre quatre-vingt, ne touchait pourtant pas le sol, ses pieds se balançant légèrement contre mes pattes antérieures. Après quelques secondes, je pliai mes pattes avant pour la reposer sur le sol, la repoussant du bout de ma truffe, essayant de lui indiquer qu’elle se retourne. Plusieurs tentatives furent nécessaires avant qu’elle ne comprenne mon besoin d’intimité. Ce n’était pas le fait de me voir nu qui me dérangeait, mais plutôt qu’elle assiste à ma transformation. Les jours suivant la révélation de mon secret avaient été difficiles pour elle, aussi je ne voulais pas la brusquer de peur de la voir déguerpir en criant comme une hystérique. J’étais toujours très précautionneux avec elle, mais je constatai qu’avec le temps, elle avait tendance à se durcir, à se faire une raison sur toutes ces choses surnaturelles.

La mutation inversée, j’attrapai à la hâte le sac et entrepris de passer le jean et les baskets qui s’y trouvaient, avant de me diriger vers elle. Collant mon torse contre son dos, je passai ma main sur sa hanche pour y prendre la sienne, et dans un mouvement délicat, je la retournai vers moi. Instinctivement, je plongeai mon visage dans la broussaille de ses cheveux, là où son odeur était plus forte, plus entêtante, et la respirai à pleins poumons.

_ Tu m’as manqué mon amour, terriblement et aujourd’hui je m’en rends compte.

_ Quoi seulement aujourd’hui ? Toi, tu me manques depuis la première minute ! Goujat ! elle m’assena d’une tape sur l’épaule, m’offrant une moue colérique.

_ Je t’aime tellement.

Avant qu’elle ne puisse riposter quelque chose, je m’emparai avidement de ses lèvres, ne les relâchant qu’après plusieurs minutes de tendres caresses. Nos corps s’enlaçant étroitement, tandis que nos mains parcouraient nos peaux, dans de parfaites retrouvailles. Puis, un nouveau coup de clairon nous fit sursauter, mettant fin à nos  doux émois.

_ Je crois que l’on t’attend…

_ En effet ! pestai-je. Quand vont-ils finir par me laisser tranquille ?

_ Tu as des obligations à respecter en tant qu’Alpha, inutile de râler.

_ Je viens de m’en rendre compte malheureusement.

_ Je te reverrai après la réunion ? m’interrogea-t-elle les yeux larmoyants.

_ Vous allez arrêter de me prendre par les sentiments ! Suis-je donc devenu si sensible, pour vous me jouiez tous le coup des pupilles dilatées ?! m’emportai-je gentiment.

_ Qui ça vous ? Je croyais que j’étais la seule ? s’empourpra-t-elle tout en me tirant l’oreille.

Nous rîmes de bon cœur à nos bêtises, avant d’être obligés d’y mettre fin, car un coup de clairon venait de nouveau de rugir à nos oreilles.

_ Va chez Emily je t’y rejoindrai sitôt la réunion terminé. Demande à Kim et à Rachel de venir j’ai des messages à leur faire passer.

Lily porta une de ses mains sur sa tempe avant de la rabaisser d’un coup sec, dans un salut militaire qui me fit sourire.

_ A vos ordres chef ! lança-t-elle toute sérieuse.

_ Allez oust petit soldat, lui répondis-je un sourire aux lèvres en lui tapant gentiment les fesses.

Je la regardais s’éloigner d’un pas déterminé vers la plage, où se trouvait la maison d’Emily, sa silhouette disparaissait seulement quand un énième coup de clairon se fit entendre à seulement quelques pas de moi. Alors je me détournai de ma vision angélique et couru vers mon père qui m’accueillit avec une mine sévère que je lui rendis malgré tout le respect que j’aurais dû lui témoigner.

_ Il n’est pas trop tôt ! Les loups seraient-ils devenus sourds ? me lança amèrement le vieux Ateara.

_ Sûrement, quelque chose dans ce genre… Le vent devait souffler du mauvais côté, lui répondis-je sur le même ton.

_ Jacob ça suffit maintenant ! Ne gaspillons pas notre temps, allons-y ! Nous annonça mon père solennel. 

Toute la troupe suffit d’un pas déterminé mon père se rendre vers la salle du conseil dans un silence total.

Publié dans fiction

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twililyz 28/11/2011 14:38

Toujours pas de nouvelles....
Snifffff...

twililyz 14/09/2011 22:34


Néo... si tu savais comme cette histoire me manque...
Presque un an sans nouvelles ni suite, as tu laisser tomber? ou peut-etre manques tu de temps ou d'envie...
Donnes de tes nouvelles stp, ce serait dommage de laisser a l'abandon tant de travail a quelques chapitres de la fin.
J'espère que tu vas bien ;-)
A bientot j'espère


alice 27/06/2011 09:38


je trouve ta fiction super mais je doit dire que edward et bella n'ont plus les meme sentiments ou bien tu ne les exprime pas assez et je trouve ca dommage


véronique 12/06/2011 01:30


Bonjour Néo, jme demandais si tu vas finir ta fiction car elle est vraiment merveilleuse. merci


Haftouna 15/04/2011 10:04


Salut Néo ! J'adore littéralement ton style . Je suis carrément sous le charme, mais c'est pas juste de nous laisser sur notre faim ainsi. Alors S' il te plait , vas termine la suite . J'ai trop
hâte :))) .Bon courage