chapitre 22

Publié le par Néo

Attractions

 

Je ne demandai pas mon reste et décampai rapidement sur les dernières paroles de Charlie, à travers les bois environnants. L’exploit de Bella était des plus remarquables pour une néophyte et ses réserves d’oxygène étaient presque épuisées, si elle désirait parler plus, il lui faudrait reprendre une bouffée d’air. Goûter de nouveau aux arômes du sang de son père n’était pas une chose judicieuse à lui infliger, même si ses efforts pour juguler ses envies de meurtres étaient tout simplement époustouflant pour un si jeune vampire.

Bien sûr, il y avait eu un léger dérapage, mais elle était parvenue à surpasser son monstre interne pour résister à la tentation du sang de son père qui circulait sous sa peau. Emprisonnée dans l’étau de mes bras et retenue par Esmé, elle n’avait plus osé protester, coupant nette sa respiration et bandant ses muscles pour se retenir de tout acte hautement impardonnable. Il n’empêche que je restai sidéré par autant de volonté de sa part. Aucun de nous n’aurait pu prétendre à tant de self-control dans les premiers jours suivant la transformation.

Du coup, avant qu’elle n’aspire de nouveau l’air délicat qui exaltait autour de nous, je l’avais soulevé brusquement du sol, l’enroulant encore plus autour de mon torse pour décamper à grandes enjambées. J’avais couru le plus vite possible afin de nous écarter de l’odeur de Charlie, pour qu’elle ne devienne plus qu’un vague souvenir et que Bella puisse de nouveau se contrôler. J’étais si concentré sur cette odeur, que le chemin me paraissait superflu, tous mes sens braqués sur la senteur du sang qui s’éloignait au fur et à mesure de nous.

Au bout d’un moment, Bella posa sa tête sur mon épaule, venant coller sa joue contre mon cou, tandis que ses bras m’enserraient la nuque. Cette étreinte, son visage si près de moi me procura d’intenses sensations. Ses cheveux fouettaient délicatement l’air, m’envoyant les effluves de son parfum, tandis qu’elle enroulait ses jambes autour de mes hanches, faisant remonter sa jupe sur le haut de ses cuisses, la laissant virevolter au vent.

L’attraction de son corps collé au mien et de sa poitrine venant se lover contre mon torse, était irrésistible, je me laissais transporter par le contact de sa peau sur la mienne, par ses cheveux qui, tels de la soie, venaient caresser mon visage, par son parfum enivrant. Mes mains, cantonnées jusque là à son dos, descendirent sur ses reins puis sur ses hanches, pour se glisser sous sa jupe afin de raffermir ma prise sur ses fesses. Mes doigts parcouraient délicatement le satiné de sa peau, la faisant frémir.

Malgré les sensations qui secouaient mon corps, je ne stoppai pas la course, toutefois, cela me demanda une concentration jusque là étrangère. Courir était inné pour notre espèce, même les yeux fermés j’aurai pu me faufiler entre chaque arbre, sans que mes pieds ne rencontrent la moindre racine. Aujourd’hui, pour la première fois de ma vie, je dus garder un œil vigilant sur mon trajet, car l’attirance de mon corps pour elle m’accaparait littéralement.

Ainsi, je vis les arbres défiler sur notre passage, les évitant à chaque fois au dernier moment en opérant un changement de direction plutôt brutal, faisant rebondir Bella contre moi, déclenchant en elle quelques frissons supplémentaires tandis que ses doigts fourrageaient dans ma tignasse.

Alors, comme si elle comprenait mes peines à garder un cap régulier sur notre destination, ou pour tester ma résistance, Bella raffermit sa pression sur ma nuque, me serrant plus fort. Ma peau devinait les moindres courbes de sa poitrine, de ses jambes, et de ses bras qui fondaient sur moi. Puis, elle porta le coup fatal, celui qui m’arracha à la réalité, et me fit me stopper net à quelques centimètres à peine d’un arbre imposant de par sa taille et de son diamètre.

Ses lèvres se posèrent sensuellement dans le creux de mon cou me paralysant de la tête aux pieds.  Elle goûtait chaque parcelle de ma peau avec envie, faisant courir ses doigts dans mes cheveux hirsutes, tandis que sa langue timide se comportait en pays conquis tout en marquant son territoire. Je vins la coller doucement contre l’arbre tout proche, afin de la voir, son visage, ses yeux et ses lèvres.

Mes deux mains abandonnèrent leur refuge accueillant et s’emparèrent de ses joues pour l’attirer vers mon visage, pour la contempler en cet instant jouissif. C’est alors que mon plaisir se s’arrêta subitement devant son regard qui me foudroya sur place. Ses yeux encore quelque peu cramoisis à cause de la présence de son ancien sang, étaient désormais d’un rouge carmin, avec une expression qui m’était jusque là inconnue, une sorte de violence mêlée à du désir qui irradiait dans ses pupilles. Par réflexe, je reculai mon visage de ses lèvres, qui s’ouvrirent légèrement, dégageant ses dents acérées.

« Edward… » ces mots furent si faibles, si bas, qu’aucun humain n’aurait pu les entendre. Sa voix chevrotante et son souffle rauque, étaient autant d’indices me témoignant tout le désir qui s’emparait d’elle. Nous étions à l’unisson, nos corps comme nos cœurs, nos envies réciproques. Pourtant, un léger doute subsistait en moi, quant-à l’intérêt qu’elle me portait en cet instant.

« Oui ? » lui répondis-je, dans un demi-sourire teinté avec autant d’inquiétude que de désir.

« Je… T’aime… » sa déclaration m’électrisa, je ne m’attendais plus à entendre de nouveau ces trois mots un jour. Nos regards se croisèrent un instant,  le sien toujours aussi rouge, exprimaient le désir qui grandissait en nous et par notre amour renoué.

« Moi aussi Bella, moi aussi… Je t’aime… » m’offrant ses lèvres, dont je m’emparai dans un mélange de précipitation et de désir exalté trop longtemps contenu, laissant mon inquiétude derrière moi.

Alors que ses baisers incendiaient chaque millimètre de mon visage qui entrait en contact avec ses lèvres, mes bras enserraient son corps délicat tandis que mes mains se baladaient le long de son dos. J’écartai le tissu de son corsage pour me précipiter avidement sur son épaule, mais je tirai un peu trop fort sur l’encolure qui céda sous ma pression dévoilant l’éclat de son teint d’albâtre, de sa peau délicate, la couvrant de milles baisers brûlants d’excitation. Sa respiration se fit de plus en plus saccadée à mesure que mes lèvres descendaient le long de sa poitrine.    

A ce moment précis je n’étais plus moi, n’ayant aucune conscience du monde qui pouvait m’entourer, de qui pouvait se trouver là. Je n’entendais ni le vent s’agiter autour de nous, ni le craquement des branches, plus rien n’avait d’importance si ce n’est la respiration de plus en plus haletante de ma partenaire. Nous étions seulement deux personnes s’offrant l’un à l’autre, laissant leurs désirs prendre le relais des sentiments jusque là camouflés. Ses gémissements me transportaient vers d’autres lieux, me faisant tressaillir. Mes mains se baladaient sur les parcelles de sa peau nue, son visage, son cou, sa poitrine, ses jambes, s’imprégnant de chaque détail. Sous la chaleur de mes caresses elle s’arc-bouta pour se coller encore plus contre mon corps. Ses doigts entreprirent de déboutonner ma chemise, hésitants d’abord puis plus rapidement à mesure que les miens se faufilaient sous sa jupe.

Soudain, un bruit déchira la quiétude des bois, un cri d’animal. Relevant brusquement la tête, je constatai que la nuit était tombée sur nous sans que nous nous en rendions compte avant. Puis le décor s’imposa à moi : une forêt lugubre entourée de bêtes sauvages. J’étais dans mon élément en quelque sorte, une bête sauvage parmi d’autres dans les méandres sombres de son existence. Sauf que la créature éblouissante que je tenais contre moi ne s’assimilait pas à cet espace sinistre et funèbre. Bella était douce, délicate, mon rayon de soleil éclairant mes pas dans mon éternelle nuit. Elle méritait plus que ça, notre amour méritait plus que ce cadre morne pour leur première aventure sensuelle.

« Bella, je ne veux pas le faire ici… J’ai envie que ce moment soit un souvenir idyllique, parfait. Et ce lieu ne correspond pas à mes attentes. » lui susurrai-je dans le creux de son oreille.

« Et pourquoi pas… » souffla-t-elle en me mordant le bout de l’oreille, resserrant sa prise sur ma nuque pour que je ne puisse pas la repousser. En d’autres temps, déverrouiller son étreinte ne m’aurait posé aucun problème, mais à présent elle était devenue bien plus forte que moi. A cela s’ajoutait un manque évident de volonté de ma part pour entreprendre quoique ce soit.

« Parce que l’endroit est sinistre, si tu levais la tête tu t’en rendrais compte. » lui répondis-je souriant.

M’obéissant, elle sortit sa tête de mon cou et entreprit de regarder tout autour d’elle, innocemment. Puis, une fois son observation terminée, elle posa son regard sur moi, j’en sursautai. Si je n’avais pas assimilé ces magnifiques fossettes à Bella, je l’aurai sans doute prise pour un monstre sanguinaire. En effet, ses yeux, l’instant d’avant d’un rouge carmin, étaient devenus encore plus terrifiant, comme si son propre sang circulait dans ses iris. Depuis combien de jours ne c’était-elle pas nourrie correctement ? La tentation du sang de son père avait-il épuisé ses dernières réserves ? A moins que notre corps à corps exaltant n’ait réveillé la bête tapie au fond d’elle-même ?

« Bella… ton regard m’effraie… » je reculai légèrement la tête pour jucher son expression. Elle semblait hors d’haleine, haletante, prête à me sauter à la gorge, les yeux  écarquillés. « Bella, respire ! » je passai mes mains autour de ses bras croisés sur ma nuque et entrepris de les ôter sans succès. « Bella c’est moi, Edward. »

Mord-le !

« Quoi ? » dis-je paniqué.

La peur s’empara subitement de moi. Cette injonction me fit frémir d’autant plus qu’elle avait été pensée. Je persistai à tirer continuellement sur ses avant-bras résistants, reculant toujours mon visage de ses dents, jusqu’à ce qu’ils lâchent brusquement leur prise. Mes poings emprisonnaient fermement ses bras retenus en l’air. J’hasardai un coup d’œil sur ses pupilles avant de tenter le moindre mouvement. Une fois rassuré par l’absence de bestialité qui filtrait à travers ses yeux, je replaçai doucement ses bras le long de son buste à mesure que son corps, jusque là tendu comme un arc, se décrispait légèrement. Tandis que son regard perdait son air menaçant, sans toutefois se départir de sa couleur rouge sang. Un silence de plomb s’interposa entre nous jusqu’à ce que Bella finisse par rompre la glace, toute repentante qu’elle était.

« Excuse-moi… Je ne sais pas ce qui m’a pris… J’ai eu envie de toi et puis, tout d’un coup c’est ton sang qui m’a… Attiré ! » sa voix, qui au départ n’était qu’un simple murmure, gagna en intensité à mesure que les évènements reprenaient forme dans son esprit.

Je ne sus pas quoi répondre sur le moment, ni trouver les mots justes pour la rassurer. Certes j’avais pris l’habitude de servir d’encas ces derniers temps, tout d’abord avec Orline puis avec Bella dans les premiers jours suivant sa transformation, mais je n’avais ressenti à travers les yeux d’autrui une telle envie de me nuire, d’autant qu’il s’agissait de la personne que j’aimais le plus au monde.

« Je suis navrée Edward. Jamais je ne voudrais… » je la coupai avant que ses mots ne l’emmènent vers des lieux sombres. Il était évident qu’elle s’en voulait terriblement, mais je fus si secoué que mon cerveau ne parvenait pas à organiser des propos clairs et intelligibles.

« Ne t’inquiète pas Bella. » je fis une pause de quelques secondes pour faire le vide dans mon esprit avant de reprendre :

« Tu es encore très jeune pour un vampire et tu ne peux pas encore juguler tes envies primaires. Un jour tu parviendras à faire la différence entre tes envies de chairs et de sang. » tentai-je de la rassurer.

« Je suis désolée Edward. » je l’embrassai derechef pour la faire taire, ne supportant pas de la voir repentante pour une chose dont j’étais responsable en partie. Elle était le résultat de mon caprice, de mon envie de l’avoir à mes côtés. Si le prix à payer était qu’elle s’abreuve de mon sang, je serai prêt à l’assumer. Ainsi, elle pouvait déraper sur moi autant de fois qu’elle le voudrait, jamais je ne lui en tiendrai rigueur.

« Ne soit pas désolée, tes réactions sont normales pour un néophyte. Et je suis prêt à en assumer toutes les conséquences. Laisse-moi porter tes remords, ils ne sont que le reflet de mes actes. » elle ouvrit la bouche, sans doute pour protester aux vues des plissures entre ses yeux, mais je ne lui en laissai pas le temps, venant plaquer ma main sur lèvres.

A ce moment là, une de ses canines entra en contact avec ma main, la transperçant de part en part, faisant s’écouler son poison en moi. Je retins un cri de douleur, le bloquant au fond de ma gorge et le ravalant non sans difficulté. Tandis que son visage si délicat retrouva, en à peine quelques secondes, ses traits de prédateurs, féroces et assoiffés. L’effet de mon sang, même froid, lui procura un réconfort immense, mais je lui arrachai vivement avant qu’elle ne me vide entièrement.

« Une partie de chasse te satisferait davantage. Du sang bien chaud te réjouira plus que le mien. Et puis il serait dommage de me tuer maintenant. » elle baissa la tête en signe de soumission, toute peinée par sa nouvelle erreur.

Passant une main sous son menton, je lui fis relever la tête et lui donnai un baiser pour lui montrer que ce nouveau dérapage n’aurait aucune conséquence quant-à ses futures aptitudes à se contrôler. Elle y parviendrait, à force de persévérance et de retenue, je savais qu’elle y arriverait. Sa bonté naturelle était encore bien trop présente en elle pour qu’elle puisse désirer tuer un homme de sang froid.

Ma main retomba légèrement de son menton pour glisser le long de son bras et j’attrapai la sienne afin de la tirer hors de ce lieu sombre, puisque Bella n’arrêtait pas de se ressasser les mêmes idées noires, je l’entrainai ailleurs prêt à aller chasser.

***

La nuit était désormais bien entamée, installant au-dessus de nos têtes son linceul noir et pailleté d’étoiles. La température était plutôt fraîche pour quiconque se serait aventuré dans les bois sans manteau, mais pour nous autres créatures de la nuit nous étions dans notre élément. Carnassiers parmi les fauves, respirant chaque odeur de sang, écoutant chaque cœur battre, guettant nos proies bien cachées derrière un arbre. Notre terrain de jeu préféré en somme, une forêt noire peuplée par tout un tas d’animaux et un nombre incalculable de cœurs battants à l’unisson envoyant un flot régulier de sang que nous pouvions sentir et qui nous excitaient. Nous allions donc faire ce que nous préférions : chasser.

Cet intermède sanguinaire eut un effet plutôt bénéfique sur Bella, à en juger par son engouement soudain pour les divers proies qui avaient le malheur de laisser filtrer leur odeur de sang jusqu’à elle. Je restai pantois devant un tel spectacle, suspendu à une branche d’un arbre pour jouir d’une meilleure vue. Ma Bella si douce, si inoffensive durant sa vie d’humaine et dont les traits, aujourd’hui encore gardaient une certaine candeur, semblaient à des miles de ce que je pouvais voir à cet instant. Elle n’était que vitesse, force et agilité, trois composantes totalement étrangères à ce qu’elle avait été jusque là. Je devais me l’avouer, ne plus avoir à la protéger des éléments extérieurs, des dangers potentiels qu’elle attirait sans cesse, me peinait douloureusement. Effectivement, pour vivre et se défendre, je ne lui étais plus d’aucune utilité, alors que j’avais terriblement besoin d’elle.

Bella représentait pour moi tout ce que je n’avais pu oser espérer, elle apaisait le monstre sanguinaire tapi dans l’ombre de mon cœur mort, elle m’avait rendu plus humain que n’importe quel précepte de mon père, que n’importe quel amour fraternel que me dispensait ma famille. En quelque sorte, elle était mon oxygène quotidien, ma compresse sur mes plaies béantes et purulentes. Et moi ? Qu’étais-je aujourd’hui pour elle ?

Je restai à quelques mètres d’elle à la regarder s’agiter, ou renifler les effluves des fauves, prête à leur sauter dessus. Mes yeux ne la quittaient jamais, tel un gamin en admiration devant un numéro de cirque, ou quelques tours de magie orchestrés par un prestidigitateur épatant. Sa prestance me surprenait à tel point que j’en oubliai de me nourrir à mon tour.

« Tu joues les difficiles ? Aucun de ces animaux ne te tente ? » Bella me sortit de mes songes dans un sursaut. Elle était parvenue à se faire si discrète que rien n’avait trahi sa présence.

« J’attendais d’avoir une occasion de m’amuser quelque peu. » lui lançai-je d’un ton taquin, sautant de l’arbre sur lequel je m’étais posé pour la contempler.

Je retombai gracieusement à ses côtés, me relevant de toute ma hauteur pour contempler sa frimousse radieuse. Aussitôt, elle se rua sur moi, se jetant contre mon torse pour s’y agripper fermement de ses deux délicats mais puissants bras.

« Je serai plus rassurée si tu allais chasser, rien que pour récupérer tes forces après… Après ce que je t’ai fais tout à l’heure. » elle était toute penaude, se repentant de sa faute passée, ce qui eut le don de me faire rire.

« Bella, tu ne m’as pas vidé de tout mon sang non plus. Mais puisque tu y tiens je vais étancher ma soif sur quelques malheureux cerfs. » lui dis-je en lui offrant une moue déçue.

« Pas de puma dans le coin ? »

« Non, malheureusement, pas de puma dans le coin. Un jour, si nous retournons à Forks, je m’en donnerai à cœur joie. Bella ? »

Je ne poursuivis pas davantage sur le sujet de mes préférences culinaires, puisque Bella m’offrit le plus triste des visages, ce qui devenait une habitude aujourd’hui. Était-elle donc si malheureuse de sa nouvelle vie ? Pour que la moindre allusion à sa vie d’antan ne lui arrache des grimaces affligées.

« À quoi penses-tu ? » lui demandai-je.

« Quand pourrons-nous retourner à Forks ? Enfin si nous y retournons un jour… » j’arquai un sourcil pour lui indiquer de poursuivre le fil de ses pensées.

« Je veux dire, combien de temps devrons-nous rester ici ? »

« Certaines personnes de Forks te manquent ? » lançai-je à tout hasard, sachant pertinemment que je ne devais pas être loin du compte.

« Oui et non. Mon père me manque. Avoir pu le voir quelques instants tout à l’heure, n’a fait que ranimer ma peine de le savoir seul et laissé pour compte. Renée a la chance d’avoir Phil près d’elle pour compenser mon absence, mais Charlie n’a personne d’autre que moi. »

Bella s’écarta doucement de moi, relevant sa tête qu’elle avait jusque là camouflée dans le creux de mon épaule, ses yeux cherchant à capter mon regard fuyant.

« Edward, je ne suis pas en train de dire que je préfère être là-bas plutôt qu’à tes côtés. Seulement, je m’inquiète pour mon père. Et puis, nous n’avons plus de nouvelles de la meute, de Jake, de Lily et de ta famille. »

« Ne t’en fais pas pour mes frères et sœurs, s’ils avaient eut des problèmes, j’aurai été le premier informé, et si tu te fais du mauvais sang pour Jacob rien ne t’empêche de prendre de ses nouvelles ! » ma jalousie était piquée au vif devant son inquiétude pour lui, alors qu’elle ne semblait pas apprécier autant que moi nos moments passés ensemble.

« Rien ne sert de s’emballer aussi vivement, je ne fais que m’interroger sur ce qui s’est passé après notre fuite. Il est normal de s’inquiéter pour les siens ! D’autant que tu n’as pas été très généreux en détails depuis que nous sommes ici !» elle fit deux pas en arrière me coupant ainsi de tout contact avec elle.

Je me détournai d’elle pour cacher mon mécontentement, car elle n’avait pas tort dans ce qu’elle me reprochait. Effectivement, j’avais tu certains évènements sur la pitoyable défaite des miens devant ces créatures hors du commun, tout simplement pour ne pas la voir paniquer. Son nouvel état semblait être le plus préoccupant dans un premier temps pour ne pas l’alarmer sur la bataille qui couvait ailleurs…

« Tu as raison j’ai dû te dissimuler certaines choses dans ton intérêt car… »

« Dans mon intérêt ? Arrête de penser que je suis une petite chose sans défense Edward ! Je ne suis plus la même personne qu’autrefois, je peux tout entendre désormais. » son ton sec et colérique me déplut et me fit littéralement exploser.

« Désolé d’avoir pris l’habitude de te défendre contre tout et n’importe quoi Bella ! » à cette remarque, elle s’offusqua et partit à toute vitesse, me laissant seul avec moi-même.

Espèce de crétin ! Vraiment me reprocher mon manque de chance… Et ne rien vouloir me dire en ce qui concerne les autres. Je ne suis pas une petite chose fragile Edward Cullen !

Cette voix, qui résonnait dans ma tête de façon hachurée, ressemblait à celle de Bella. Pourtant, j’en fus étonné, car les mots lancés à mon égard n’étaient pas criés mais plutôt pensés. Ce n’était pas la première fois que j’arrivais à intercepter quelques brides de ses réflexions personnelles. En fait, elles avaient commencé à se manifester aujourd’hui, et ce, d’une manière plus fréquente à mesure que son énervement ou son excitation étaient à leur paroxysme. A quoi était dû ce changement ? Et comment se faisait-il que je ne puisse pas tout entendre de façon distincte mais seulement quelques mots ici et là ?

Je laissai de côté ma colère contre elle et ses paroles blessantes qu’elle avait proférées à mon égard pour la rejoindre à travers l’obscurité de la forêt. Le vent me fouettait le visage alors que je détalai à vive allure pour rattraper mon retard sur elle. Heureusement que son parfum était précieusement ancré en moi, ainsi je pouvais la retrouver où qu’elle aille. En à peine quelques foulées, je perçus l’arôme délicat de sa peau flottant parmi la brume qui tombait sur le sol boueux des sous-bois, comme des morceaux de tissus accrochés dans les épines des rosiers, sa fragrance embaumait tous les alentours.

Soudain, je l’aperçus, au loin, près de notre maison, assise sur les marches du perron, me scrutant de son regard de braise. Plus lentement que de coutume, je me rapprochais d’elle tandis que disparaissaient derrière moi les ténèbres de la forêt.

***

Deux mètres me séparaient d’elle, de son regard peu amène et de son sentiment d’injustice que je pouvais clairement ressentir. Quand soudain, une légère musique retentit dans le calme de la nuit. Il me fallut quelques secondes pour assimiler cette sonnerie à celle de mon cellulaire caché dans la poche de mon pantalon. Je l’extirpai doucement avant de le porter à mes yeux pour connaître l’identité de mon correspondant :

« Call Alice »

Sans réfléchir davantage, je raccrochai directement me dispensant alors d’une longue série de justifications pour faire comprendre à ma sœur que son appel tombait au mauvais moment. Toutefois, je doutais que cela ne soit suffisant pour la dissuader de me laisser tranquille surtout lorsqu’on était une fille têtue et... Extralucide.

« Mince ! Bien sûr ! » lancai-je de façon évidente tout en reprenant mon cellulaire pour rappeler ma sœur qui n’appelait jamais sans raison particulière.

Si Alice avait jugé utile de me déranger, et ce, même en cet instant critique entre Bella et moi, ce n’était pas juste pour le plaisir de prendre de mes nouvelles, mais pour une raison particulière, ou urgente devrais-je dire plutôt. Je fis glisser rapidement mes doigts sur les touches de l’appareil pour le coller ensuite sur mon oreille. En voyant ma mine virée à l’inquiétude, Bella se releva des marches sur lesquelles elle était restée assise et s’avança vers moi.

« Que se passe-t-il ? » me demanda-t-elle subitement, toutes traces de rancœur ayant disparues de son visage. Malheureusement, je n’eu pas le temps de lui répondre quoique se soit puisque ma sœur décrocha instantanément.

_ Edward n’as-tu pas honte de me raccrocher au nez ? Vraiment, tu croyais que… je ne lui laissai pas le temps de continuer sa litanie contre moi et pris la parole.

« Peux-tu me laisser le temps de t’expliquer ? Bella et moi… » à mon tour je fus coupé en pleine phrase.

_ M’expliquer quoi ? Que tu essayes encore de protéger Bella au point de l’étouffer ? Tu penses que la laisser dans l’ignorance l’épargneras ? A d’autres Edward je t’en prie. De toute façon votre dispute sera stérile, chacun va rester sur ses positions, c’est pour cela que j’ai jugé plus utile de vous déranger maintenant plutôt que tout à l’heure. Ma sœur émit quelques gloussements causés par nos ébats charnels, qui ne lui étaient pas inconnus.

« Bref, va à l’essentiel, Alice s’il te plaît. » répondis-je, vexé.

_ Armand est mort ! ma sœur avait vraiment le don de passer du coq à l’âne de façon toujours subtile.

« Qui est Armand ? » lança Bella à mon intention. Je lui fis un signe de main pour lui demander de patienter.

« Armand ? Le vampire de Dartmouth, celui qui accompagnait les créatures aux yeux métallisés ? » les yeux de Bella s’agrandir d’étonnement, j’imaginai déjà la centaine de questions qui circulaient dans sa tête, et qu’elle voudrait me poser une fois la conversation téléphonique terminée.

_ Lui-même ! Il pourrait s’agir d’une bonne nouvelle si je savais qui l’a tué, sur ses derniers mots, elle perdit toute sa superbe et je pus sentir à travers le combiné qu’elle était vraiment déçue de ne connaître le fin mot de cette histoire, et je n’en étais que plus étonné.

« Comment ça ? Cet évènement t’a échappé ? » l’interrogeai-je.

_ Non… la seule vision que j’ai vu est celle d’un vampire, Armand en l’occurrence, dans une forêt se faire démembrer puis brûler. Ce qui est le plus bizarre c’est que je n’ai pas vu ses adversaires, c’est comme si… Un peu comme s’il s’était fait ça tout seul. J’ai un truc qui cloche Edward ! sa voix tremblait légèrement, m’indiquant au passage que ma sœur se trouvait vraiment déstabilisée.

« Alice calme-toi, et raconte-moi ce que tu as vu. » j’essayais de parler calmement pour la tranquilliser.

_ Je vois Armand de façon nette, il est dans une forêt se battant contre des êtres invisibles quand la partie tourne mal pour lui et que ses membres s’arrachent du reste de son corps. C’est tout ce que j’ai pu voir mais un détail m’ennuie…

« Lequel ? » demandai-je précipitamment.

_ Il était à Forks !

Bella, qui jusque là était restée à l’écart, se précipita sur moi comme pour me prendre le téléphone des mains.

« Jake ! La meute ! Alice as-tu vu la meute ? » elle était complètement paniquée.

_ Bella ! Respire ! Je n’ai pas vu la meute, ni Jacob ni aucun d’entre eux d’ailleurs. Tout ce que je sais c’est que Lily va bien et qu’elle doit se décider à partir. Alors rassure-toi ! son ton n’était pas exaspéré, il se voulait juste tranquillisant.

« Quoi ? Pourquoi Lily veut partir ? C’est louche ! Et que fait-elle à Forks ? Et puis… » je lui coupai la parole avant que celle-ci ne devienne totalement hystérique.

« Bella ! Je t’en supplie calme-toi, ça suffit maintenant ! » je respirai un grand coup avant d’ajouter :

« Après, la bataille, Jacob et les siens ont rejoins la réserve, emmenant Lily avec eux. Et puis, ne t’en fait pas, la meute est assez forte pour se débrouiller toute seule et s’il leur était arrivé quelque chose je pense que nous serions au courant. »

_ Et bien… Pas tout à fait Edward. Avec Jasper nous avons une théorie concernant les loups. Nous nous sommes rendu compte que je n’ai jamais eu de vision sur eux. Tout d’abord, je ne les ai jamais vus sur le campus et depuis la fuite je suis restée sans nouvelles d’eux, comme s’ils s’étaient évanouis dans l’atmosphère. Et quand j’essaye de me concentrer sur eux je ne vois rien !

Ma sœur, qui avait la capacité d’anticiper le moindre évènement, n’était jamais satisfaite quand quelque chose se mettait en travers de sa route. Et je compris très vite, que le problème « lycans » avait dû la ronger plusieurs nuits consécutives avant de trouver la solution à son énigme personnelle.

Ainsi, le don d’Alice serait impuissant sur la meute et ne pourrait donc pas prédire leur futur, ou du moins connaître leur décision. Du coup, si son talent restait impénétrable face aux loups, il était fort possible qu’ils soient les responsables de la mort d’Armand et expliquait, de surcroît, son démembrement soudain. La voix stridente de Bella m’arracha à mes interrogations intérieures, rompant le silence qui s’était installé entre Alice et moi. Un silence justifié par le fait que ma sœur voyait à travers ses visions le cheminement de mes décisions internes, en prenant note de mes remarques.

« Mais vous ne comprenez rien ! D’après vous pourquoi Lily est-elle sur le point de partir ? Il est arrivé quelque chose à Jake, je le sens ! Edward nous devons y aller ! » elle s’agrippa aux pans de ma veste, me priant de sa voix tremblotante.

Son désarroi me fit de la peine, d’autant plus que je lui avais dissimulé tout un tas de faits pour l’épargner, et que le contraire se produisait. En effet, elle apprenait toute l’histoire de façon morcelée sans en connaître tous les évènements.

_Cesse de t’arracher les cheveux Edward. Vous n’avez pas d’autres choix que de venir nous rejoindre à Forks. Nous ne sommes plus les seules créatures dangereuses en ce moment dans les alentours… m’annonça-t-elle le plus sereinement possible.

« Comment ça, vous n’êtes plus les seules créatures dangereuses ? Et depuis quand êtes-vous retourné dans le comté ? Je vous pensais avec les Denali. » Alice m’agaçait quand elle prenait un malin plaisir à glaner ici et là ses informations sous forme de bribes.

_ Il y a eu des disparitions depuis quelques jours qui m’ont mis la puce à l’oreille. Du coup nous sommes revenus en compagnie de Tania et de ses sœurs. Bref, ne perdez pas plus de temps, d’autant qu’avec Bella vous allez être obligé de faire le trajet en voiture.

Alice se précipitait à parler, me lançant tout un tas de renseignements utiles pour l’organisation de notre prochain voyage, comme les endroits dans lesquels nous pourrions nous arrêter, pour nous nourrir sans danger. J’étais inquiet rien qu’à l’idée d’imaginer un néophyte dans une voiture pouvant respirer les effluves du sang des autres conducteurs autour de nous, mais Alice, devinant mes appréhensions, me rassura quant-à la détermination de Bella à ne causer aucun dommage collatéral, remarque qui la fit rire au passage.

Une fois que j’eu raccroché avec ma sœur, Bella, toujours accrochée aux pans de ma veste, manifesta sa présence en venant coller une de ses mains contre ma joue. Elle commença par me remercier de l’avoir suivi dans son désir de retourner à Forks au plus vite, pour se rassurer sur l’état de son ami et des siens. Mais très vite, sa gentillesse fit place à son animosité précédente, m’offrant de nouveau sa moue boudeuse et me questionnant sans cesse sur les évènements antérieurs à sa transformation.

Alors, comme me l’avait stipulé Alice ainsi que Bella, je me décidai à lui raconter l’intégralité de notre bataille, du commencement, de son kidnapping avec celui de Lily, en passant par notre pseudo affrontement, jusqu’à la fuite commune. Durant tout le récit de notre périple, elle resta muette et ne m’interrompit pas, bien que son froncement de sourcil laissait deviner bon nombre de questions en suspends.

« Bella, je crois avoir découvert ton don… »

 

 

Publié dans fiction

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Dominique 15/01/2010 20:47


Je n'en peux plus... À quand la suite????

Au plaisir d'avoir de tes nouvelles!


Néo 16/01/2010 14:33


Je sais, je dois ressembler à un vrai tyran pour vous ;)

Alors pour les nouvelles, elles sont bonnes ^^ la nouvelle année commence bien, même très bien. Et concernant le chapitre à venir il est en bonne voie.


twililyz 29/12/2009 16:25


OMG !!!!!
Sans nouvelles depuis trop longtemps de cette fic qui est ma drogue, je suis qd meme venu vérifier si t'avais laisser une note et pour te souhaiter de bonnes fetes... et là que vois je ????? UNE
SUITE !!!!!!!!! AHHHHHHHHHHHHHHHH

MERCI MERCI MERCIIIIIIIIII et je la découvre que maintenant ! et pkoi j'ai pas eu d'alerte mail de ta suite sniffffffffffffff

Bref très beau chapitre comme d'habitude, ton écriture ma manqué enormement Néo ^^ et je me suis délecté et fait furé ce plaisir qui bien sur ma semblé trop court lol

J'ai cru au lemon a un moment donné, puis changement radical de directiion grrrrr tu joue avec nos nerfs la hein avoue ! mais il est vrai qu'a choisir je prefererais un autre contexte pour eux,
avec une Bella moins changeante au niveau de ses humeurs au risque de ruiner le moment.

Bon suis trop naze la pour réflechir et essayer de me torturer l'esprit en essayant de comprendre l'intrigue avec la mort d'Armand etc... tu sais qu'en général je cherche toujours et je chercherais
mais pas de suite les fetes m'épuisent mdr

On dirait qu'Edward a du mal a gérer les humeurs de Bella héhé ca doit lui faire drole, avec SM c'était trop simple!

Donc c'est confirmé, il peut entendre ses pensées lorsqu'elle est débordé par ses émotions, cela reste un bouclier qd meme puisque cela ne se produit que lorsqu'elle est en surcharge émotionnelle,
mais j'attends de voir ce que tu vas en faire, mettre ta touche perso qui rend cette fic si unique!

Hate de lire la suite tu t'en doute hein, je vais pouvoir recommencer a te harceler je te plains mouahahaha

Merci en tout cas pour continuer de nous faire voyager dans ton univers fantastique !!!

Et enfin je te souhaite de passer d'excellente fetes de fin d'année !!!!

A tres bientot Néo !!


Néo 31/12/2009 20:31


Merci twililyz ^^ je suis ravie de t'avoir donné ta dose de cocaïne ! Et comme tu t'en doutes bien, je vais mettre ma touche perso quant-au don de Bella, ce ne serait pas drôle si je prenais tout
sans rien modifier.

Bonnes fêtes à toi. J'ai préféré laissé l'agitation des fêtes passée avant de me remettre sur mes écrits de mon prochain chapitre. D'autant que je me suis aussi replongée dans notre forum ^^

Bonne continuation


Mélanie 28/12/2009 20:33


Je viens de reprendre ta fan fiction, et c'est fou mais j'aime toujours autant ... XD
Tu as vraiment un talent pour raconter les histoire parce que je prend beaucoup de plaisir a suivre ton histoire !!
J'attend avec impatience la suite !!
Bisous !!! :D


Néo 31/12/2009 20:32


Merci Mélanie de continuer à me lire malgré mon irrégularité à poster ^^


xéléniel 23/12/2009 10:36


enfin la suite!! sa fait du bien de te relire!
a bientot j'espère


Néo 24/12/2009 22:07


merci ^^ et à très bientôt !!


Anna (ou Kerze ;) ) 12/12/2009 14:54


Je suis ravie de voir que tu as repris l'écriture du chapitre, qui était bien évidemment excellent !
Un peu d'intimité pour nos deux tourteraux ne leur fera pas de mal, mais encore une fois des problèmes...

Gros gros bisous, @ très bientôt, et encore merci !


Néo 12/12/2009 21:42


Salut ma belle,

et oui j'ai enfin repris le chemin de mon clavier ^^ le prochain arrive bientôt j'ai un super coach à la maison xD