chapitre 21

Publié le par Néo

Quelques recommandations musicales : Clint Mansell sa BOF de Moon dans une première partie, puis celle de Doom pour la deuxième et enfin Requiem for a dream pour les deux dernières ;)

Guet Apens

 

Prendre une décision n’était jamais une chose facile pour moi, surtout quand on devait choisir entre la peste et le choléra. Bon, la comparaison n’était pas bonne, car ni Lily, ni la meute ne pouvaient être assimilées à ces deux maladies mortelles. Néanmoins, l’abandon de l’un pour l’autre ou vice et versa, me conduirait probablement au même sort…

Je savais que Lily ne se plairait pas à La Push, en même temps comment lui reprocher quelque chose qu’elle n’avait ni décidé et encore moins envisagé. Nous étions jeunes, ambitieux et encore remplis de rêves d’avenir. Elle ne se voyait sans doute pas finir ses jours dans une réserve indienne, aux côtés d’un mari hybride et de ses amis semblables. J’étais conscient de toutes ces choses, et aussi qu’elle avait vécu un véritable choc en apprenant la vérité sur ma vraie condition. Toutefois, je n’arrivais pas à comprendre son entêtement à vouloir mener une existence normale. Rien ne serait plus « normal » pour moi !

Ainsi nous étions dans une impasse, ni l’un ni l’autre ne voulant accepter les envies et les obligations de l’autre. Face à notre obstination j’avais préféré partir avant que les choses n’empirent. La seconde après, transformé en loup, je m’élançais dans la forêt pour ne plus en ressortir. Ma condition animale me permit de calmer la hargne qui me rongeait littéralement. Mon énervement envers Lily n’avait pas de limite, je lui en voulais de pouvoir remettre en cause toute mon existence en m’imposant, même de façon détournée, un choix.

J’étais maudit ! Tout d’abord, je m’étais épris d’une fille qui n’avait jamais cessé d’en aimer un autre, et qui fini par m’abandonner pour m’empêcher d’espérer. Ensuite, mon imprégnation ne me rendait pas heureux puisque la jeune fille en question se butait à quelques détails insignifiants. Elle aurait dû m’aimer et être prête à faire des concessions pour notre amour.

Finalement, avec le recul des derniers jours, je m’en voulus d’avoir pu être aussi égoïste. Après tout, la décision de tout quitter, comme je le souhaitais d’elle, n’était pas non plus facile pour moi, ce que je venais seulement d’apprendre.

Je passais plusieurs jours en loup, le contact et la proximité de la bête en moi m’empêchait de penser à tous ses problèmes et me permit de me concentrer sur des choses plus primaires, bestiales comme m’alimenter et protéger mon territoire. Je courus sur des kilomètres et des kilomètres de pistes afin d’y débusquer la moindre trace de mes ennemis.

D’ailleurs, je franchis sans vergogne ce no man’s land fixé entre mon arrière grand-père et les Cullen avec une autre raison précise. En effet, je voulais savoir s’ils étaient revenus dans leur maison. Avoir des nouvelles de Bella entre autre, connaître son destin. Évidemment, leur maison était baignée dans l’obscurité, les meubles toujours recouverts de draps blancs. Aucun signe de vie aux alentours, même Charlie semblait toujours absent. Ce problème rajoutait encore à mon énervement, ne pas savoir ce qu’elle était devenue m’angoissait.

Alors, j’étais partout à la fois, reniflant et arpentant la moindre odeur sans rien trouver de convaincant. Ce qui me rassura d’un côté, car cela signifiait aussi que nos ennemis ne s’étaient pas lancés à nos trousses comme nous l’avions craint. Néanmoins, cette vie primitive ne tarda pas à me lasser, et je regagnais les miens.

Un soir, alors que je venais de muter pour la première fois depuis des jours, j’aperçus Sam devant moi. Bien sûr, il avait lu à travers mes pensées que ma crise était passée et que j’étais prêt à retourner à la civilisation. Toutefois, son expression n’était pas joviale mais inquiète. Il savait quels tourments m’assaillaient et me paralysaient, ce que je ne savais pas c’était à quel point il les comprenait.

Assis à même le sol, nous restâmes un long moment silencieux à écouter le bruit du vent dans les feuilles, et celui de la pluie qui ruisselait sur nos visages détrempés. Soudain, ni tenant plus je lui confessais ouvertement mon envie de quitter la meute pour rester près de Lily, avant qu’elle ne m’abandonne comme Bella auparavant. Je ne voulais pas refaire la même erreur avec l’amour de ma vie. A ma grande surprise, mon annonce ne l’étonna pas plus que ça. Il avait dû certainement l’entendre dans mon cerveau, c’est sans doute pour ça qu’il ne broncha pas d’un cil.

Je me souviendrais toute ma vie de cette conversation qui me dévoila une autre facette de mon chef que je pensais sans faille.

 « Crois-tu que mon imprégnation a été une partie de plaisir Jake ? » sa voix était douce et son regard ne cillait toujours pas d’un pouce alors que je savais pertinemment qu’il détestait parler de cette époque traumatisante pour lui. Il avait muté pour la première fois sans savoir ce qui lui arrivait, et par-dessus le marché il avait blessé les deux femmes qu’il n’ait jamais aimées. La première en l’abandonnant à son chagrin, et la deuxième en la défigurant. Il reprit :

 « Crois-tu que je n’ai pas souhaité partir, décamper à toute vitesse pour ne jamais revenir ? Sais-tu pourquoi Emily porte ses séquelles sur son visage ? » il tourna son regard vers moi intensivement, ce qui me déstabilisa quelque peu.

 « Et bien tu as muté alors que tu ne t’y attendais pas. A cause de l’énervement. Tu t’en voulais d’avoir fait du mal à Leah en… en t’imprégnant de sa cousine. » subitement ses yeux se voilèrent et il pencha sa tête dans l’autre sens pour se cacher de ma vue.

 « Ce n’est qu’une partie de l’explication. Après l’incident avec Emily, je me haïssais encore plus. Je ne supportais même plus mon reflet dans le miroir, alors j’ai voulu quitter la Push. Ne plus faire souffrir Leah et aussi Emily, je me trouvais répugnant et dangereux pour ce que je leur avais fait. (Silence) Bien évidemment, elle me supplia de rester, de ne jamais la quitter. Partir… comme si c’était si simple. J’en étais incapable ! »

 « Tu ne pouvais pas partir à cause de l’imprégnation, de ton amour pour Emily c’est ça ? »

 « C’est là que tu as tout faux Jacob ! A cause de ce que nous sommes tout simplement. »

 « Quoi ? Nous ne sommes pas libre de nos mouvements ? »

 « Oui et non… toujours les deux, toujours les deux. Nous sommes une meute, un groupe lié par le sang de nos ancêtres qui coulent en nous depuis des siècles et des siècles. Notre peuple ne s’est jamais divisé, nous sommes depuis tout temps unis à jamais. Le revers de la médaille en quelque sorte. »

 « Quelle médaille Sam ? La mutation ? C’est de cette médaille que tu parles ? Alors laisse-moi te dire qu’il existe plus d’un revers à cette récompense ! »

 « Ne soit pas si impétueux Jacob Black ! Et sois un peu reconnaissant du potentiel dont tu peux jouir aujourd’hui ! » son ton était sec et lorsqu’il m’agrippa les épaules j’eus un mouvement de recul, pour prévenir toute raclée éventuelle. « Tu as l’éternité devant toi, en tout cas tant que tu transformeras en loup ton espérance de vie s’accroîtra comme personne d’autre. Sans compter ta force, ta rapidité et tout ce que tu incarnes pour notre peuple. Toutes ses particularités sont enviables, ne l’oublie jamais et sois en fier au lieu de te lamenter sans cesse ! »  sa pique me blessa dans mon amour propre, je n’étais plus un enfant que l’on enguirlande pour le moindre faux pas. Depuis ma transformation je n’avais muri comme aucun autre adolescent et je trouvais injuste qu’il n’en tienne pas compte. Après tout, je n’avais que 17 ans et j’avais le droit d’avoir encore des réactions puériles.

La minute d’après, je refoulais mes plaintes intérieures par honte qu’il puisse les entendre bien que nous ne soyons pas en loup à cet instant. Il avait raison, je devais me ressaisir et accepter mon destin la tête haute.

 « Je crois avoir compris Sam. Je ne veux pas quitter la meute mais… »

 « Ah ah ! (il rigola mais pas d’un rire franc) Comme s’il suffisait que tu en aies envie pour que tu puisses nous quitter ! Ne comprends-tu pas ? Tu ne pourras jamais quitter notre meute. Voici le revers de la médaille dont je parlais à l’instant.

Quand je suis tombé amoureux d’Emily au détriment de Leah, je me suis détesté de lui faire ça. Pour moi, c’était comme si je la poignardais dans le dos. Nous nous aimions réellement, je ne pensais pas pouvoir aimer quelqu’un d’autre jusqu’au jour où Emily est apparue. Ce jour-là plus personne ne comptait, je ne voyais, ne sentait, ne voulait qu’elle. Tout mon être la réclamait à corps et à cris.

J’ai quitté Leah… la voir souffrir me rongeait. Et un jour, sans le vouloir, j’ai failli tuer Emily, mon amour. Ce fut la goutte d’eau. Une nuit, je suis sorti de chez moi avec l’intention de ne plus revenir afin de laisser tout le monde tranquille, Leah en paix, Emily en sécurité et les habitants de la Push loin d’une bête abominable et dangereuse.

Arrivée à la sortie de la réserve, mes pieds furent comme bloqués, collés sur place. Je ne pouvais plus faire le moindre pas en avant. Je me suis reculé, puis j’ai retenté l’expérience en vain. J’étais face à mur invisible. Qu’importe où j’allais je me retrouvais bloqué. Plus tard, ton père m’expliqua alors un autre phénomène lié à notre mutation : l’indivisibilité ! Tu ne peux pas quitter les tiens. »

Je restais bloqué sur ses révélations étranges. Jamais je n’avais su que Sam avait voulu tout quitter, mon cerveau avait du mal à imaginer notre chef fuir ses responsabilités, c’était une image qui ne collait pas au personnage.

 « Je comprends pas tout. Je suis déjà partis, et même plusieurs jours et à des milliers kilomètres, et je n’ai jamais ressenti ça. »

 « Car à chaque fois tu avais l’intention de revenir. Tu t’es jamais dit que tu ne reviendrais plus à La Push. Tu n’es jamais parti avec une culpabilité qui te rongeait de l’intérieur. Voilà pourquoi cette terre t’a autorisé à partir, dit-il en ramassant une poignée de terre qu’il fit couler entre ses doigts. Par contre, mets-toi en tête de nous abandonner et elle te retiendra ! »

 « Alors qu’as-tu fait de ton côté ? » intéressé d’en apprendre plus sur cette partie cachée de mon chef, qui me le rendait plus abordable, plus humain avec ses faiblesses.

 « Ce que je viens de te dire. Emily m’a fait jurer de ne jamais la quitter sur le prétexte qu’elle en mourait de chagrin. Et puis, je ne désirais qu’une chose : rester à jamais à ses côtés. Alors, j’ai fini par accepter la situation et ce que j’étais devenu. Et grâce à l’aide du conseil, je suis parvenu à me maîtriser. En t’attendant… »

Ses confessions résonnaient encore dans ma tête ce soir, comme pour me rappeler ma nature et mes obligations. Je faisais partie de la meute, des protecteurs, et mon devoir consistait à protéger mon peuple, il était donc logique de ne pas pouvoir les abandonner.

Je retournais sans cesse ma décision alors que mes pas m’entraînaient vers le ressac des vagues qui venaient se fracasser contre les rochers. M’asseyant sur le sable humide, je contemplais les lueurs de la lune se reflétaient dans la masse sombre de l’eau. Tournant le dos aux habitations qui se trouvaient plus loin derrière moi, je ne la vis pas arriver, mais je la sentis. Son parfum, que le souffle de vent m’apportait, m’enivra et j’eus bientôt perdu tout mon bon sens et mes promesses. Je ne l’avais pas approché depuis plusieurs jours, ni tenu dans mes bras, sa fragrance me transperça le cœur comme l’aurait fait un poignard, et la culpabilité s’empara de moi.

C’est pour cela, en sachant ce que j’allais lui révéler, que mon courage commença à me quitter, ne lui offrant que la vue de mon dos, alors que l’entendais distinctement avancer vers moi. Une attitude immature, mais je souffrais et souffrirais autant qu’elle le moment venu.

 « Jake » sa voix, prisonnière de sa gorge, n’émit que de faibles trémolos. Je savais qu’elle était au bord des larmes mais je continuais de l’ignorer. Je me détestais d’être ce que j’étais et de ce que j’allais lui faire endurer.

 « Jacob Ephraïm Black retourne-toi ! » de gros sanglots éclatèrent à seulement quelques pas de moi.

Je me relevais doucement, prenant mon temps. Ne pas la voir me rendrait les choses plus faciles, enfin c’est que je pensais. Ainsi, je demeurais impassible, ne me retournant pas. Puis, discrètement j’inspirais, me faisant gonfler le torse et redresser les épaules.

 « Je suis désolé Lily… désolé pour tout. Je comprends ton besoin de partir, et je ne peux pas te forcer à vivre avec moi contre ton gré. Tu es libre, tu l’as toujours été, alors agis à ta guise. » mon ton était grave et déterminé, tandis que mes yeux s’embrumèrent.

 « Non, Jake, c’est moi qui te demande pardon. Je ne voulais pas te dire ses méchancetés. Je… »

  « Quoi ? Tu ne veux plus retourner à Hanover ? Tu ne veux pas retourner à ta vie ? » lançai-je cyniquement.

 « Si, mais… mais… pas sans toi. » la fin de sa phrase mourut entre ses lèvres, mais elle parvint nettement à mes oreilles.

 « Ma vie est ici, comme la tienne est là-bas. Quitter les miens m’est impossible, nous sommes une meute, nous ne faisons qu’un. Je suis incapable de choisir entre toi ou eux, donc t’imposer à mon tour ce choix n’est pas juste. »

 « Non ! Je ne peux pas te quitter, c’est inimaginable. » l’hystérie la gagna car je perçus des accents aigues dans le timbre de sa voix.

 « Il est hors de question que je revois un jour ce regard que tu m’as lancé la dernière fois. Je ne veux pas devenir la source de ta frustration, celui qui t’aura empêché de faire ce que tu voulais. Tu dois donc rejoindre Dartmouth et faire ce que tu y veux. Et quand tu auras vécu ce dont tu rêvais, tu pourras revenir. Je t’attendrais jusque là… » ma vision se voila, la mer devint floue et je sentis les larmes rouler sur mes joues.

  « Jake, retourne-toi je t’en supplie… »

Avant qu’elle ne tombe à genoux sur le sable, je la rattrapai d’un mouvement vif. En quelques secondes, nous étions entremêlés sur le sol. Sa tête s’enfonça dans mon torse et ses doigts m’agrippèrent les épaules.

 « Ne m’abandonne pas… ne m’abandonne pas… » ses larmes ruisselaient sur moi, et les miennes tombaient sur ses cheveux emmêlés.

 « Il n’y a pas d’autre solution. Ou alors jure-moi que tout ce qui compte pour toi c’est que je sois là, toujours là. Jure-moi que jamais tu ne regretteras de ne pas avoir accomplis tes rêves. Jure-le-moi ! » je m’emportai et la repoussais pour voir son visage.

Aussi vite que je l’avais écarté de moi, je l’enserrai contre moi en sachant pertinemment que la promesse ne viendrait pas. Comment pourrait-on être sûr de soi et de ses choix ? Et ne voulant pas prendre le risque de revoir ce regard plein d’amertume et de reproche, il fallait la laisser partir.

 « Pourquoi ? » ses sanglots s’étaient taris mais les hoquets ne s’arrêtèrent pas pour autant.

 « Parce que je n’ai pas d’autre choix que de rester ici. Parce que tes rêves sont importants pour toi, pour te sentir épanouie. Parce que nous sommes encore jeunes et que l’art des concessions n’est pas encore d’actualité. »

 « La vie est injuste. »

 « Oui, je l’ai déjà entendu quelque part. Mais rassure-toi, rien ne pourra altérer notre amour, ni l’éloignement, ni les diverses tentations ne pourront nous séparer. Je serai à jamais tien et tu seras mienne à jamais ; nous pouvons être sûrs de ça au moins. »

 « Je t’aime. Jamais je ne pourrais te quitter. »

 « Si et tu vas le faire. Avant de me rencontrer que voulais-tu faire ? »

 « Ressortir diplômée de l’université de Dartmouth, et montrer à mes parents que j’étais devenue quelqu’un de mature et de responsable. Et leur faire enfin comprendre que leur mode de vie ne me convenait pas. Je rêve d’une vie paisible, quelque chose de très simple, un mari aimant, des enfants courant dans le jardin et un travail qui me réjouirait sans m’accaparer non plus. Voilà mon rêve. » ses yeux s’illuminèrent au fil de son explication. Je savais qu’il était important pour elle d’avoir son diplôme. En plus d’être une satisfaction personnelle, il représenterait son laisser passé, sa liberté par rapport à ses parents. 

 « Sache que tu as déjà le mari aimant, quant aux enfants c’est une possibilité plus qu’envisageable. Alors il ne reste plus qu’à trouver un métier. »

 « Je te promet de revenir dès mon diplôme en poche. Je me trouverais un travail dans le coin et je pourrais vivre avec toi à jamais. » les larmes avaient disparu, reprenant du poil de la bête. Elle ne s’avouait pas vaincue.

Lily était une fille persévérante et déterminée, elle savait ce qu’elle ne voulait pas et je savais qu’une vie à moitié vécue ne la comblerait pas de joie, malgré tout le bonheur que je lui fournirai en contrepartie. C’était pour ces raisons que je la laissais partir, pour qu’elle me revienne quand elle l’aurait décidé.

 « Bien entendu que tu reviendras, puisque tu m’appartiens ! » lançai-je sur le ton de la rigolade, pour détendre l’atmosphère et rendre ce qui allait être nos derniers moments, plus appréciables.

 « Je suis tout à toi, tout comme tu es à moi ! » elle était plus que sérieuse lorsqu’elle me vrilla de ses yeux perçants et menaçants. Succombant à ses menaces, je la renversais sur le sable et m’emparai de ses lèvres tout en souriant.

 « Alors fais de moi ce que tu voudras… » lui susurrai-je entre deux baisers brûlants.

A cet instant, elle tenta de me repousser de ses bras longs et minces. Trouvant la situation amusante _ comment pouvait-elle espérer rivaliser avec ma force _ je me laissais faire en totale soumission. Elle passa une de ses jambes au-dessus de moi, et je me retrouvai allongé sur le sable à mon tour, alors que mon bourreau me dominait de toute sa hauteur. Ses longs cheveux bruns tombèrent sur mon visage, tel un rideau de satin, me caressant le corps au fur et à mesure qu’elle s’aventurait en territoire conquis.

Ses baisers m’incendiaient, laissant une trace enflammée sur chaque partie de mon corps dont elle s’accaparait avidement. Nous étions séparés depuis trop longtemps et nos corps se retrouvaient violemment mais avec délectation.

La lune, dont la lumière se reflétait sur nos deux corps nus, fut le témoin de notre rapprochement et de notre réconciliation. Lily resta étendue un long moment sur moi, pianotant du bout de ses doigts le long de mes côtes. Malgré la bise qui soufflait dans nos cheveux, aucun de nous deux ne frissonnaient de froid. Mon corps offrait un rempart réchauffant à nos ébats. Toutefois, j’eus peur qu’elle ne prit froid, alors délicatement j’entrepris de la rhabiller et de la ramener au chaud, dans le réduit qui me servait de chambre.

Elle se laissa faire, docilement, et quand je la soulevais du sol, elle se pelotonna contre moi et enfouit son visage dans le creux de mon cou, en me murmurant des « je t’aime » auxquels je répondais par mes baisers. Mes pas seuls retrouvèrent le chemin de la maison, alors que mes yeux étaient plongés dans ceux de Lily.

Je me sentais enfin en accord avec moi-même, un peu comme si j’avais retrouvé mon autre partie. Notre séparation serait douloureuse, avec des moments d’extrême solitude, mais personne ne m’interdirait d’aller la voir souvent ; tout comme je l’avais fait avec Bella. Rien ne m’empêcherait de partir quelques temps pour être auprès d’elle, ainsi l’éloignement semblerait plus supportable. Je lui en fis part et lui promettais de ne pas l’abandonner, tant que je serais sur cette terre, rien ni personne ne pourra me faire oublier l’amour que j’éprouvais pour elle. L’imprégnation en était une garantie sûre.

Quand je la déposai doucement sur mon lit, elle attrapa le col de mon t-shirt pour m’inviter à une énième étreinte que je n’aurai refusé pour rien au monde ; sauf que je me raidis à quelques centimètres d’elle. Du fin fond de la forêt me parvenait des hurlements… celui d’un loup qui appelait aux renforts.

***

Dans un brusque recul, je déguerpis de ma chambre ordonnant à Lily de n’y sortir sous aucun prétexte. Les cris qui me parvenaient du dehors étaient une mise en état d’urgence, paniquée. A peine mes mises en garde lancées, je détalai aussi vite que je le pouvais vers les sous-bois, où le reste de la meute subissait une attaque dévastatrice, je mutai en chemin éparpillant mes vêtements qui se déchirèrent autour de moi, restant en suspension dans l’air alors que j’étais déjà à des centaines de mètres. Les pensées de Seth me signalèrent sa présence non loin de moi. Il avait muté et se dirigeait vers le lieu du combat, scannant les esprits de mes compagnons, je compris qu’ils se trouvaient tous sur les lieux, laissant les maisons derrière moi sans protection.

« Seth retourne au village, surveille les nôtres, reste près des maisons ! »

Il ne discuta pas mes ordres pour une fois, et fit demi-tour précipitamment. Une fois rassurée de ce côté-là, je me branchai sur les ondes qui me parvenaient du combat pour connaître la stratégie employée et les forces présentes. J’appris qu’il y avait ce vampire à l’allure de motard lancé dans un tête-à-tête avec Sam, tandis que les autres se concentraient sur seulement deux autres créatures aux impressionnantes capacités physiques. Toutefois, nous étions plus nombreux qu’eux, et je fus surpris qu’ils aient osés nous défier vu notre supériorité numérique. Cependant, je compris très vite que malgré les six loups qui présentaient un front uni, ils étaient malmenés et déstabilisés par ces yeux argentés.

Quil, Embry et Leah avaient entouré un des deux monstres dans un cercle très étroit, mais malgré leur attaque commune, la chose parvenait toujours à contrer leur attaque simultanée. Ce jeu du chat et de la souris se répétait inlassablement, tandis que les loups s’épuisaient à courir en tout sens. Jared et Paul avaient été plus pragmatiques, ils n’essayaient pas de l’encercler, au contraire ils étaient en position défensive, ce qui obligeait la créature à tenter des actions souvent maladroites dont ils tiraient profit. Aussitôt, je lançai quelques ordres aux trois autres.

« Passez à la défensive ! Laissez tomber, ne les attaquaient plus, il faut que ces choses viennent à vous, mettez-les en difficulté ! »

J’étais désormais tout proche d’eux, et je bifurquai sur ma droite pour rejoindre un autre combat qui se jouait en tête-à-tête cette fois-ci. Il ne me restait plus que quelques foulées et j’en informai Sam sur le champ, lui conseillant de m’attendre avant de passer à l’offensive. Je continuai à regarder la scène par ses yeux, pour m’inspirer au mieux de la stratégie qu’il mettait en place petit à petit. Les loups étaient une nouveauté pour ce vampire, qui semblait de ne pas savoir comment agir pour les tuer, d’autant que nous étions très différents de toutes les espèces les plus connues des lycans. La surprise se lisait sur son visage, à moins que cela n’ait été une ruse pour nous induire en erreur. Peu importait pour Sam, qui étudiait toutes ses possibilités : les réflexes de droitier de son adversaire à chaque fois qu’il essayait de bondir sur lui, cette façon de se rendre limite invisible quand il se déplaçait. Sam ne cherchait pas à l’attaquer, pas encore, il apprenait ses faiblesses, là où il pourrait frapper sans crainte.

Il tournait lentement autour du vampire mâle, dans une sorte de danse à trois temps. Soudain, il recula légèrement, laissant le cercle qu’ils formaient s’agrandir, le vampire jubilait devant son hésitation. Lorsqu’il anticipa un mouvement vers la droite, le vampire se fourvoya car Sam vira au dernier moment de cap, venant le cueillir au dernier moment là où il ne l’attendait pas. Au passage, il lui arracha tout son avant-bras, déstabilisant son adversaire. Sur le feu de l’action, le vampire se rebiffa violemment malgré la perte de son membre et envoya Sam se fracasser contre un arbre. Au dernier moment, ses pattes rebondir sur le tronc de l’arbre le propulsant de nouveau sur le vampire.

« Sam ! Non ! Pas de face ! »

Trop tard ! Sous le poids de Sam, le vampire s’écroula emmenant mon chef dans sa chute, durant laquelle il lui explosa le bassin d’un coup de main. J’entendis ses os explosés en milliers de morceaux sous sa peau, mais son métabolisme commencer rapidement le travail pour les ressouder.

Abasourdi, il mit plus de temps que nécessaire avant de se relever. Tandis, que le vampire se relevait, fier, s’approchant vers la masse noire qui gisait à quelques mètres de lui. Un sourire s’étira sur son visage cireux, heureux du tournant que prenait l’issue de la bataille. Quand il fut à seulement quelques pas de Sam, il le releva par l’encolure de son unique bras valide. Cependant, le loup quoique en plus mauvais état que la sangsue, était bien plus impressionnante de par sa taille et sa masse, il le dominait alors que le vampire se penchait vers lui.  A cet instant, mon cerveau détailla toute la scène en plusieurs fragments, me permettant de voir  plusieurs choses en même temps : les lèvres du vampire s’ouvrir laissant apercevoir une rangée de dents tranchantes, et une patte noire remplie de griffes acérées suspendue dans l’air.

Dans un saut foudroyant, je me propulsai droit sur lui pour sauver mon chef. Au moment, où j’atterris, toutes griffes dehors, Sam avait réussit à se libérer de l’emprise du vampire en lui assenant un vilain coup qui lui arracha ce qui restait de son bras. Grâce à ma diversion, Sam eut le temps de se relever et de reprendre ses esprits. Le combat était désormais plus équitable, en ce qui concernait la répartition des forces et des handicaps. 

La sangsue, perdue dans la future victoire de son combat, n’avait pas fait attention à mon arrivée. Son visage était, dorénavant moins confiant, moins sûr de lui. Nous étions deux loups face à lui seul. Même si Sam était pas mal amoché, il serait couvrir mes arrières.

« Tu vas le charger aussi fort que tu le peux. Moi je veille à ce qu’il ne t’arrive rien, d’accord Jacob ? »

« Entendu, je fonce, tu corriges la trajectoire ! »

Notre échange tacite passa inaperçu aux yeux du vampire qui repris sa danse macabre autour de nous. Je devais vite trouver une brèche dont je pourrai profiter et assurer la victoire. Il avait perdu son bras entier, mais ne semblait en aucun cas souffrir de cette perte ! Aucun déséquilibre, aucune perte d’énergie, malgré le sang qui s’écoulait de sa blessure. Bizarre… Edward avait faibli plus vite que ça avec un seul coup de pattes ?!

« Il se nourrit de sang humain, il est bien plus puissant que ces végétariens ! N’attends pas qu’il se vide de tout son sang cela risque d’être long ! »

Décidemment, Sam en savait toujours plus que moi sur ces sangsues ! En même temps, j’avais remarqué une différence entre Victoria, ce vampire et les Cullen : leurs yeux. Ceux de mes adversaires étaient d’un rouge très prononcés, comme si du sang circulait dans leur iris. Je passai rapidement à autre chose : une attaque.

Prenant enfin, une décision, je courus vers son côté droit mutilé, là où il ne pourrait me donner un violent coup n’ayant plus de quoi se défendre. Inconsciemment, je sus à la seconde même où je m’élançai que mon choix serait le mauvais, car le plus prévisible. En effet, mon adversaire savait pertinemment que je le frapperai à cet endroit justement. Du coup, il se retourna vivement, venant à me tourner le dos, pour me saisir au vol de son unique bras. Il m’enserra les épaules, du moins une partie, alors que je sentis mes omoplates craquer sous la pression. Sam parvint difficilement à se saisir d’une de ses jambes qu’il mordu avec force, le vampire dû lâcher sa proie, et je me laissai retomber sur le sol. Tandis que son attention était reportée sur Sam, un cri déchira les ténèbres de la nuit, un hurlement mi-bête, mi-humain…

« LEAH !!! » six loups-garous, l’espace d’une seconde furent aveugles en même temps, ne voyant qu’une seule et même image : Leah inerte sur le sol.

Nous fûmes chamboulés par cette vision horrible, soudain Jared se lança sur la masse immobile pour lui porter secours, tandis que la hargne décuplée de trois loups s’abattit sur les deux créatures.

Je sortis de leur cerveau pour me concentrer sur ma bataille, si je ne voulais y laisser ma peau, mais les mots de Jared, qui avait muté, ne cessaient de me parvenir ! Je les entendais distinctement, sa voix paniquée, entrecoupée de pleurs.

« Non ! Leah ! Allez reviens… je t’en supplie. »

Je devais verrouiller mes oreilles… je ne devais plus l’entendre… Ferme-là Jared ! Il nous déstabilisé tous, par son inquiétude qui nous rongeait aussi, mais nous allions tous y passer si nous ne reprenions pas le contrôle !

Et ces quelques secondes d’inattention nous coûtèrent très chères… déjà Quil, Embry et Paul se retrouvaient acculés par les deux créatures qui dominaient clairement le combat, leur pelage était recouvert de sang, Quil boitait, Embry comptait un bout d’oreille en moins et Paul avait un trou énorme au niveau de l’épaule. Nous n’en ressortirons jamais vivant.

Je repris vivement mes esprits, mais Sam inquiet pour Leah et pour les siens resta une seconde de plus à écouter Jared. Une seconde de trop. Le vampire, qui comprit notre imprudence et le combat des miens, se releva aussi sec Sam accroché à sa jambe, et le porta à lui, le tout dans un mouvement rapide.

Reprenant mes esprits je fondis sur lui précipitamment, lui enfonçant mes griffes dans son dos, le déchiquetant à coup de dents, arrachant tout ce que je trouvais sous ma truffe. Le sang me recouvrait entièrement le visage, son sang à lui. Je reposai sur lui de tout mon poids, mes antérieures étaient postés sur son dos, tandis que mes postérieurs étaient plantées dans ses jambes. Et frénétiquement je lacérai tout ce que je pouvais. La peau des vampires était aussi dure que du marbre, mais la nature nous avait pourvu de dents et de griffes tout aussi acérées.

Dans ma hâte, tout ce que je vis c’est que Sam avait réussi à s’échapper au moment où je percutai le vampire. Je ne le voyais pas, concentrai à calmer mes nerfs sur le dos du vampire, mais je le sentais tout proche.

Puis des sons humains me firent relever le museau de mon carnage, Sam, retournant à l’état humain, convulsait sous mes yeux. Qu’est-ce qui c’était passé ? J’allai sauter le rejoindre, quand ma prise sur le vampire se fit moins pesante. Il en profita pour se retourner, nos têtes étaient presque collées. Il forçait, de son seul bras, sur mon cou afin que ma tête soit à portée de ses dents. Je luttai de toutes mes forces pour gagner quelques centimètres, pour m’écarter le plus possible de ses lames de rasoir. Puis, le surprenant autant que moi, je répondis à son invitation mortelle. Pris au dépourvu, son mouvement de tête fut aussi rapide que le mien. Finalement, ce fut moi, qui le premier, rentra en contact avec sa peau, celle de son cou. D’un coup de tête virulent, je vins planter mes crocs profondément et lui arracha la tête qui vola à travers les branches des arbres. Malgré la réussite de mon combat, mes nerfs ne c’étaient pas calmés, et je continuai à le dépouiller de tous ses membres, j’entaillai son torse puis lui arracher son cœur. Piètre inquiétude, puisque c’était le premier organe qui était déjà mort depuis longtemps. Toutefois, ma frénésie me faisait continuer inlassablement, jusqu’à ce que la réalité me frappe en pleine conscience.

« Jacob… » me supplia Sam. Je relevai la tête vers mon ami à quelques mètres de moi.

Son visage était livide, et de grosses gouttes de sueur perlaient de son front. Les convulsions n’avaient pas stoppé, tous ses membres se soulevaient à l’unisson, et ses yeux qui regardaient le ciel sans rien voir.

« Sam, qu’est-ce qu’il faut que je fasse ? Qu’est-ce qui t’arrive ? »

Je rebasculai en humain pour être plus utile et moins empoté pour traverser la forêt et sauver Sam. J’examinai tout son corps pour comprendre et savoir d’où venait le mal, mais je n’aperçus rien de dangereux. Il n’avait aucune blessure, aucun saignement, aucun os cassé. Son cerveau ne semblait pas fracassé, bref je ne savais pas ce qui clochait. Puis passant une main sous sa tête pour le soulever, ses longs cheveux glissèrent de ses épaules pour dégager son cou, et là je compris.

Le sang commençait à suinter de sa blessure, minime blessure même. On ne distinguait qu’un petit arc de cercle au creux de son cou, une infime morsure qui à elle seule ne consisterait en rien quelque chose de dangereux si… si du venin ne s’était pas infiltré sous la peau. Ce même venin, capable de transformer de simples humains en vampire, mais mortel pour nous autres, puisqu’étant une arme incomparable pour notre ennemi.

« Jacob… Leah… est » sa voix n’était qu’un faible râle.

« Chut ! Ne parle pas… je vais te sortir de là, t’inquiète pas je vais… je vais… »

Nom de dieu ! Que pouvais-je faire pour sauver Sam, notre chef, mon ami de cette mort éminente ? Il fallait que je trouve une solution et vite. Soudain, une lueur d’espoir ranima mon cerveau et ses rouages. Sam ne pouvait pas mourir, nous étions forts et notre santé était robuste. La morsure était vraiment infime, la pression n’avait pas dû être importante du coup seules quelques gouttes avaient se répandre. Quelques gouttes que je saurai aspirer du corps de Sam.

« Ne bouge pas Sam, je vais aspirer le venin. La morsure est pe… » je ne pus finir ma phrase, surpris de le voir attraper mon poignet.

« Ne… ne touche… pas… pas…blessure ! C’est un… ordre… Jac’ ! »

« Non ! NON ! tu n’as pas le droit ! Que suis-je censé faire d’autre alors ? » mes poings s’abattirent à quelques centimètres de sa tête, en colère. Il respira un grand coup avant de réussir à me dire :

« Prends soin… Emily et mon… mon… (Ses mots finirent dans un gargouillement). La meute… tu es… le chef maintenant. »

« Ne fais pas celui qui dit adieu ! Je t’en prie Sam ! » je sentis sa pression se raffermir sur mon poignet alors que les convulsions reprirent leur rythme endiablé.

D’un seul coup, ses yeux devinrent blancs, complètement blancs ! Ses muscles se crispèrent au maximum, faisant apparaître le dessin de ses veines sur ses bras, sur ses jambes, sur son torse jusqu’au cœur. Puis, les tremblements cessèrent, les muscles se détendirent, ses yeux retrouvèrent leur aspect originel et sa main lâcha mon poignet…

« NOOOOOOOONNNNNN ! » je m’abattis sur le corps de mon ami, pleurant à grands cris. Très vite rejoins dans mes plaintes pour d’autres hurlements de souffrances.

***

Alors que les nuages obscurcirent la lune et sa lumière, rendant les bois encore plus obscurs et effrayant, je sentis des gouttes de pluie ruisseler sur mon dos. Je n’avais pas bougé depuis la mort de Sam, le tenant fermement dans mes bras, immobile. Des bruits de pas se firent entendre, foulant le sol et écrasant les branches sur leur passage, mais je ne relevai pas la tête, j’étais abattu. La perte de Sam déconnecta mon cerveau de la réalité, de l’endroit dangereux où je me trouvais, de la proximité de mes ennemis qui auraient pu surgir de n’importe où, de l’incapacité de me concentrer sur la sécurité des miens.

Pour la première fois de ma vie, j’étais confronté directement à la mort d’un être cher. Bien entendu j’étais orphelin de ma mère, mais ne l’ayant jamais connu, je ne souffris pas autant que durant cet instant. Malheureusement, ma peine ne se tarirait jamais et même allait en s’intensifiant.

« Jacob ? »

Je ne tournai pas la tête vers cette source de bruit, je voulais que l’on me laisse tranquille, à ma souffrance. Mais, Embry insista, me forçant de sa main à lever la tête vers lui. Son regard était aussi hagard que le mien, la même douleur brûlait dans ses yeux. Nous étions tous meurtris par ce tragique évènement. Puis, Quil, à son tour s’approcha de moi, l’air perturbé, les lèvres tremblantes.

« Jacob, nous n’avons pas réussi à sauver Leah… »

Écoutant le nombre de respirations autour de moi, je ne perçus pas la sienne. Dérouté, je me levai, Sam dans mes bras, cherchant sa présence parmi nous. Les larmes voilèrent ma vue, quand je vins poser mes yeux sur Jared qui tenait, tout comme moi, la dépouille d’un des nôtres.

Leah reposait paisible, dans les bras de Jared, elle semblait si tranquille, elle aurait pu tout simplement dormir, sauf que sa respiration ne l’attestait plus.

« Elle n’a pas souffert, elle est morte sur le coup. Une des… (Jared bloqua sa respiration pour pouvoir continuer) elle lui a brisé la nuque. » il baissa la tête vers Leah, la serrant plus fort.

Paul se prit la tête dans ses mains, se laissant tomber au sol, aussi déboussolé que nous autres. Pourquoi, pourquoi eux ? Qu’allions nous devenir sans eux ? Qu’allions-nous faire ? Les mêmes questions passées en boucle dans mon cerveau, sans m’apporter les solutions nécessaires.

« Nous devons retourner au village. Et procédé au… aux rituels de deuil. »

Je passai devant, suivit par Jared et les autres qui se mirent en marche silencieusement. Pour la première fois depuis longtemps, nous ne parcourûmes pas les bois en courant. Nous prenions notre temps, marchant d’un pas régulier sans rien précipiter. Nos coutumes tribales veulent que la progression vers la mort se fasse en douceur, pour que l’âme du mort rejoigne paisiblement le paradis. Les âmes de Leah et Sam rejoindraient mutuellement, s’accompagnant vers l’autre monde.

Vint ensuite les premières lueurs de l’aube… un nouveau jour se levait sur nos tristes visages. Aucun de nous ne voulait y réfléchir pour le moment, mais une nouvelle destinée attendait notre meute. Depuis que nous nous étions mis en marche, aucun de nous n’émit le moindre son. Nous étions entrés en période de deuil, une période qui durerait trois jours et trois nuits, durant lesquels silence et jeun seraient de rigueur. Tels nos morts, nous le serions aussi, concentrant notre cerveau sur les autres sens, pour entrer en communion avec les esprits de nous disparus.

C’est pour cela que, quand je vis, parmi la foule rassemblée au cœur du village, le visage horrifié d’Emily, je ne pus prononcer la moindre parole. Ainsi, qu’à Seth, Sue et Harry qui vint chercher le corps de sa fille à jamais endormie.

Les plaintes d’Emily se mélangèrent à celles de Sue, tandis que nous restions immobiles, les yeux embrumaient par le chagrin et les larmes. La disparition d’un amour, d’un amant et celui d’une fille, d’une sœur nous bouleversaient tout autant que les principaux concernés.

Emily se jeta sur moi, enfouissant son visage dans les cheveux de Sam, je me baissai pour que son ultime au revoir lui soit possible. Elle resta longtemps ainsi, les genoux à même le sol, ses bras entourant les épaules de son amour perdu. Lily se fraya un chemin parmi la foule, se dirigeant droit sur moi. Ses yeux inquisiteurs se portèrent sur moi, sur mon corps et je l’entendis de nouveau respirer, ses traits s’apaisant, quand elle vu que j’allais bien… physiquement.

Ensuite, elle porta toute son attention sur Emily, dont la souffrance l’empêchait de quitter le corps de Sam. Lily se plaça derrière elle pour la soulever et la retirer de cette étreinte qui n’en finirait jamais. A l’instar de nous autres, tout le monde se tut, seuls les pleurs résonnaient dans nos têtes. Même Lily, compris vite que les mots étaient prohibés en cette nuit funèbre et elle n’adressa que des signes de tête à Emily, lui offrant son épaule et son soutien tandis qu’elles s’éloignaient dans la maison de cette dernière.

Se fut au tour des Anciens de venir vers nous, bouleversés et affligés par la perte de deux protecteurs, de deux enfants, de deux de leurs enfants. Billy venait de perdre quasiment un fils et Harry sa fille. La douleur était incomparable. Nous les suivîmes jusqu’à notre lieu de culte, une sorte de petite chapelle toute simple, sans faste ni ornement.

Leah et Sam allaient être embaumés, puis veillés jour et nuit. Car, bien que leur âme ait rejoint l’au-delà, leur enveloppe charnelle devaient être protégées des esprits malveillants, et les accompagner jusqu’au bout. 

Ces trois jours et trois nuits furent atroces pour chacun d’entre nous et bien plus pour moi. De nouveaux regards se posaient sur moi, dès que je sortais de chez moi, des regards inquiets venant chercher du réconfort. Même les miens avaient cette lueur dans leurs yeux, ils s’interrogeaient, se demandaient comment se comporter vis-à-vis de moi.

Le conseil des Anciens n’avait pas encore eut lieu, mais tout le monde savait déjà qui serait le prochain chef, celui qui viendrait remplacer Sam. Comment pouvaient-ils s’inquiéter pour ça alors que nous pleurions encore la disparition de Leah et de Sam ?

Emily ne sortait même plus de chez elle, les brèves visites qu’elle rendait aux disparus la bouleversaient plus que de raisons. D’ailleurs, elle en tomba malade avec des excès de fièvres, de nausées et de vomissements fréquents. Nous appelâmes un médecin, mais Emily ne se laissa pas ausculter, ni ne répondis aux questions du docteur, conservant jeun et mutisme quoiqu’il lui en coûta. Lily la veillait jour et nuit, essuyant son front remplit de sueurs quand elle dormait mal, l’aidant quand elle était prise de vomissements, allant même à lui préparer à manger qu’Emily refusait catégoriquement de la tête. Elle ne l’abandonna à aucun moment, Lily était tous les jours à ses côtés offrant de par sa présence silencieuse et discrète, un soutien, une épaule.

Sue quant à elle, ne quittait plus le corps de sa fille, récitant des invocations dans notre langue tribale. Elle lui parlait comme si elle s’attendait à recevoir une réponse, comme si elle ne faisait que dormir tout simplement. Sue m’inquiétait réellement, j’avais peur qu’elle ne sombre dans la folie. Je voyais toutes ses visites comme un mauvais pressentiment et guettai le moment où elle s’effondrerait. Je ne trouvais pas cela très sain comme réaction.

Je m’occupai moi-même de Seth, ce jeune garçon dont la mère parlait à sa fille morte, et le père était absent du domicile familial. Je le forçai à me suivre dans chacune de mes activités : la surveillance du territoire et la mise en place de la dernière veillée funèbre. Il me suivait partout où j’allais et je ne trouvai rien à redire, préférant le savoir à mes côtés plutôt que seul, allongé dans le lit de sa sœur.

Néanmoins, je l’écartai dès le premier jour pour aller nettoyer le champ de bataille. En effet, j’avais appris qu’il ne fallait pas laisser un vampire en pièces détachées derrière nous. Alors que je m’apprêtai, un bidon d’essence sous le bras, à brûler les restes du corps du vampire, Paul se lança à ma suite. Il me tira le bras vers un autre lieu, plus reculé à l’abri des regards indiscrets. Nous nous rendîmes à l’endroit où le reste de la meute avait tenté de battre ces créatures dangereuses dont nous ignorions encore tout.

Paul s’agenouilla devant un arbre immense, dont l’écorce était largement fissurée, laissant apparaître un trou impressionnant au niveau du sol. Je le vis disparaître entièrement dans le tronc de l’arbre avant de le voir ressortir en marche arrière, et tirer quelque chose vers lui : une jambe.

Continuant de tirer, tout un corps disloqué apparu devant moi. J’étais stupéfait et en même temps je culpabilisai, car à aucun moment je ne m’étais inquiété de savoir ce qu’il s’était passé pour eux, dans leur combat. Paul attira mon attention sur le visage du cadavre, mais je ne voyais pas grand-chose, mise à part une bouillie informe de chair, de sang et de mercure.

Je m’agenouillai à la hauteur du corps pour savoir d’où sortait ce liquide gris scintillant qui s’était mélangé à la chair. Cela ressemblait à du mercure, le liquide dont on se sert pour les thermomètres. Voilà d’où leur venait la couleur de leurs yeux, c’était ce liquide étrange.

Un souffle de vent fit rage subitement, faisant tourbillonner feuilles et branches autour de nous, nous obligeant à protéger notre regard de la poussière qui volait dans l’air. Puis, revenant à mon analyse, je fus pris d’une stupeur mémorable.

Les quelques feuilles encore collées au visage du monstre avaient disparu, envolées avec le vent, laissant entrevoir l’autre moitié de son visage moins abîmé que l’autre, et ce que je vus me glaça d’effroi.

Ce visage… enfin cette moitié de visage, je le connaissais. J’avais déjà vu cette personne, mais où ? Mon esprit scanna tous mes souvenirs, creusant les moindres parcelles de mon cerveau pour mettre un prénom, une situation sur ce visage. Quand soudain, j’assimilai enfin ce faciès à une réalité :

« Forks… Bella… son lycée… Jessica Stanley. » pensai-je.

Paul dû trouver ma réaction démesurée, il devait juste s’attendre à de la reconnaissance d’avoir réussit à en tuer un, alors que mon visage était agité, troublé.

***

L’enterrement de nos amis, eut lieu trois jours et trois nuits après leur décès. Nous avions revêtu nos tenues de cérémonie pour l’occasion, pour nous le noir n’était pas de mise. Nos coutumes ne considéraient pas la mort comme une mauvaise chose, au contraire, elle symbolisait la liberté de l’esprit, le retour aux sources, la communion intense avec la nature. Notre paradis ne se résumait pas au purgatoire, à dieu et à ses anges. Non, pour nous notre paradis était le retour à la terre, à la terre mère, à la nature. Nous nous réincarnions en esprit de la forêt pour ne jamais plus la quitter.

Ainsi, il fut décidé, toujours sans émettre le moindre mot, que les corps de Leah et Sam, reposeraient sur nos terres, dans la réserve, et précisément dans un endroit secret en pleine forêt. Notre cortège progressa lentement à travers les épaisses branches et les racines qui sillonnaient notre chemin. Harry, Seth, Quil et Jared portaient sur leurs épaules le cercueil de Leah, tandis qu’Embry, Paul et moi-même conduisions celui de Sam. Puis, Emily qui avait réussi à se lever était accompagnée par Lily, qui lui permettait de marcher une main sous son coude. Sue se trouvait non loin d’elle entourait de ma sœur Rachel, qui ayant appris la nouvelle avait sauté dans un avion, pour dire au revoir à ses amis.

Notre mutisme prendrait fin au moment où les premières pelletées de terre commenceraient à recouvrir leur cercueil, afin de les accompagner avec nos prières et invocations, suppliant nos esprits de les accueillir en leur sein. Mais pour le moment, le silence était toujours de rigueur, est notre assemblée aurait pu s’apparenter à une horde de fantômes, avec nos habits blancs et nos airs bouleversés.

Quand, la lumière du jour se fit sentir au-dessus de nos têtes, nous étions arrivés à l’endroit que nous avions choisi pour eux. Une petite clairière toujours baignée dans la lumière du soleil, où les arbres formaient un petit arc de cercle autour d’un coin de verdure luxuriant.

Nous posâmes délicatement les deux cercueils au-dessus de leur caveau, retenus par un système à poulies. Puis nous commençâmes les derniers rituels. Nous communions chacun dans sa tête, seul avec lui-même priant pour l’esprit de nos amis, priant pour leur survie à travers l’autre-monde et de continuer à veiller sur nous.

Ensuite, tour à tour nous ramassâmes une poignée de terre avant de la lancer sur le cercueil au fond du trou. Je ne refoulai plus mes larmes, à côté des miens, de la meute, je laissais toute ma peine s’exprimer. A quoi bon résister…

Sue s’écroula devant la tombe de sa fille, le visage baigné par les larmes, à peine soutenue par son mari qui tomba à son côté. Seth couru vers ses parents, se joignant à leurs larmes tandis qu’ils l’encerclaient de leurs bras. Tous trois se serrèrent fortement, et pleurèrent la perte de Leah et de Sam.

Emily, quant à elle, accompagnée par Lily, se rendit à la tombe de son amour perdu, mais devant celle de sa cousine, elle s’effondra avec Sue, Harry et Seth. Ils restèrent un long moment assis tous les quatre devant les tombes, à pleurer en silence la perte de leur amour, de leur fille, de leur sœur, de leur cousine.

Puis Emily tenta de se lever pour rendre un dernier adieu à Sam, aidait par Lily. Au passage, elle s’empara faiblement d’une poignée de terre, puis se tourna vers la stèle que l’on avait faite pour elle à son attention : 

 

  A Samuel Uley,

l’amour de ma vie.

Pour l’éternité,

repose en paix.

 

« A Samuel Uley, l’amour de ma vie pour l’éternité, répéta Emily à voix haute. A Sam, qui a emporté mon cœur avec lui pour l’éternité. Au père de notre enfant, ta dernière preuve d’amour. » puis elle s’écroula de nouveau, une main sur son ventre, l’autre au-dessus du cercueil relâchant la terre.


A Leah Clearwater,

Notre fille chérie

Ma sœur adorée

Une amie regrettée

 

Faisant ce qui me revenait, je me saisis de la pelle enfoncée dans le sol, et jetai à grand coup de reins la terre dans les caveaux de mes amis à jamais endormis, pour l’éternité. Je sentis les yeux sur moi, mais ils n’étaient plus interrogateurs, ils étaient bienveillants, pleins de respect, tandis que les miens ne voyaient plus ni la pelle, ni les cercueils, mes larmes se mélangeant à la terre que je jetai dans les caveaux.

 

 

                                  

 

Publié dans fiction

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Mrs Esmée Cullen 29/11/2009 17:43


Merci de ta réponse, j'en salive d'avance.


Néo 30/11/2009 15:44


^^ mais de rien.


Mrs Esmée Cullen 28/11/2009 18:51


Ca fait 2 mois maintenant sans nouveau chapitre!!!! Tu laisses tomber ta fiction ? C'est dur d'attendre!


Néo 29/11/2009 14:05


T_T ouch ça fait mal

non je ne laisse pas tomber ma fiction, disons que je suis en train de vivre des nouvelles choses autour de moi et que j'ai la tête un peu ailleurs, mais je ne vous oublie pas. Je consacre mon
après midi à mon chapitre 22 "Attractions" du POV d'Edward !! Avec une petite scène un peu osée entre Bella et Edward pour ravir les fans du couple mythique ^^



Jasmine 23/11/2009 19:00


Voilà ! J'ai terminé !
Et je ss ravie de voir qu'il y à une suite !
J'ai tout simplement ADORE ! Ton histoire & ta plume m'ont totalement conquis ! Je te dis un grand bravo.

Je poste la review immediatement sur le forum Cullens Collumn ! :)
PS: Je ss incrite à ta newsletter désormais.

A très vite, et je te souhiate une excellente continuation.


Néo 29/11/2009 14:02


Merci beaucoup Jasmine je suis ravie que mon style d'écriture ne t'ai pas rebuté et que tu te sois inscrite à ma newsletter, car la première chose que je fais après avoir publié un nouveau chapitre
et de vous prévenir via vos boîtes mails ; )

je te dis à très bientôt pour la suite Jasmine


Mrs Esmée Cullen 18/11/2009 15:22


Sniff, toujours aucun nouveau chapitre!!!!! C'est trop dur!


Néo 29/11/2009 14:00


bentôt... j'ai réouvert mon fichier word sous la menace ^^

je vais passer mon après midi à taper la suite ainsi que toute la journée du lundi....

je reviendrai ne t'en fais pas Esmée ; )


kaori 10/11/2009 17:29


bon tu l'as poste quand la suite?
j'ai envie de te lui moi!!


Néo 29/11/2009 13:58


et toi tu l'as poste quand ta suite ? xD