Chapitre 20

Publié le par Néo

Défi

 

Une fois que ma source de réconfort eut quitté notre bulle, la panique me submergea. J’étais comme livrée à moi-même. Et cette angoisse s’empara lentement de tout mon corps, me paralysant sur place. Mes pieds ne bougèrent pas de l’endroit où il m’avait laissé, de peur de me faire oublier toute lucidité, et tout self control jusque-là accumulé. Un peu comme si le moindre de mes mouvements auraient pu réveiller la bête tapie au fond de moi. Celle qui réclamait à force de griffes et de cris du sang, rien que du sang…

Soudain, je sentis une étreinte amicale m’enserrer les épaules, et des paroles rassurantes susurrées au creux de mon oreille. La voix était douce et mélodieuse, tel un enfant dont le timbre exquis adoucie tous vos tourments, de par ses rires qui résonnent comme des clochettes. Pour moi, il ne s’agissait pas d’un enfant, mais d’un ange. D’un ange descendu des cieux pour me bercer et m’apaiser de toutes craintes. D’un ange rien que pour moi en ces instants de doutes et de tristesse. Car quelque part sur terre, un homme allait apprendre la mort de son unique enfant. Et cet homme, rien ne pourrait le consoler, ni remplacer la perte qu’allait lui procurer mon absence.

Je me sentis soudain lâche et horriblement égoïste, car cette vie d’immortelle je l’avais souhaité ardemment et au détriment de tous. Le prix a payé serait la souffrance de mes proches, et je ne l’avais qu’à peine envisagé. Renée serait bouleversée, mais Charlie, seul dans sa maison à Forks, allait être inconsolable. J’avais débarqué dans sa vie quelques années plutôt, instaurant sans le vouloir consciemment, des nouvelles habitudes, des repères et réflexes qui rythmaient ses journées différemment. A nos quelques jours de vacances annuels, je m’étais imposée sans limite. Dorénavant, mon absence sera plus criante que n’importe lequel de mes silences coutumiers. J’enserrai violemment l’ange que l’on m’avait envoyé pour lui crier tout le dégoût qui s’emparait de moi.

 « Je me déteste ! Je me déteste ! Que vont-ils devenir ? Oh Renée et Charlie… mon père… » je posai ma tête sur l’épaule qui s’offrait à moi, espérant trouver une réponse.

 « Bella… chut… Calme-toi ! Ce sont des choses qui arrivent malheureusement. Je ne sais quoi te dire pour adoucir ta peine, et je ne te comprends que trop bien. Cette situation nous n’aurions jamais dû la connaître. » je relevais les yeux sur son faciès radieux.

 « Comment ça ? »

 « Normalement, nous n’aurions pas dû assister à notre mort, enfin au moment qui suit notre mort. Voir ses proches pleurer notre perte, leur faire encourir tant de chagrin est humainement insupportable. Et il va te falloir énormément de courage petite Bella, pour surpasser ces évènements. » tout en me prodiguant ces douces paroles, elle s’écarta de moi pour mieux me jauger.

 « Humainement insupportable… je ne le suis plus. Et pourtant je souffre tout autant. » même si la présence d’Esmé réussit à étouffer la crise qui menaçait d’éclater quelques instants plutôt, je ne parvenais pas à modérer mes accents hystériques qui s’échappaient à chacun de mes mots.

 « Parce que ton cœur n’est que bonté et amour. Tu préférerais connaître mille fois la souffrance que de faire endurer le moindre choc aux personnes que tu aimes. Mais la vie continue et maintenant que l’éternité t’a ouvert les bras, il ne faut pas que tu la repousses en pleurant tous ceux que tu as laissés derrière toi. Il faut aller de l’avant. » ses doigts passèrent dans ma tignasse désordonnée pour aplatir la masse informe de mes cheveux, telle une mère avec sa fille. Cette image me brisa le cœur.

 « Mais comment pourrais-je me réjouir, quand je pense à Charlie seul dans sa minuscule maison ? » les trémolos s’emparèrent de ma voix, et mes yeux me brûlèrent de toutes les larmes que je ne pourrais désormais plus versées. Une de ses mains vint soulever mon menton afin que nos yeux se croisent.

 « Je ne vais t’en citer qu’une seule de bonne raison de te continuer ta vie (pause) Edward. » sa réponse me déstabilisa.

Depuis notre conversation dans la forêt et notre baiser de « sang », je connaissais enfin les vraies raisons de son abandon en septembre dernier. Je comprenais pourquoi il m’avait quitté : me garder en vie. Une chose qu’il n’était pas parvenu à accomplir et il s’en voulait énormément.

Toutefois, ma plus grande crainte était cette fameuse transformation…

 « Je ne suis plus la même qu’avant. J’espère qu’il ne reste pas avec moi juste parce qu’il se sent coupable. » un léger rire s’échappa des lèvres rouges carmin d’Esmé.

 « Oh, Bella… tu es si naïve, si innocente. Comment peux-tu douter des sentiments d’Edward alors que tout en lui n’est que témoignage d’amour envers toi ? » à cet instant elle se saisit de mon avant-bras pour me guider jusqu’au petit salon attenant à l’entrée de la maison.

 « Mais je suis si différente maintenant. Mes joues ne rougissent plus quand ses yeux se posent sur moi, mon cœur ne s’emballe plus tel un colibri dès qu’il se penche vers moi. Mon odeur n’est plus la même, à chaque jour qui passe l’arôme de mon sang perd en saveur, je le sais je le sens moi-même. J’ai perdu tout mon côté humaine qu’il aimait tant. »

Esmé garda le silence un moment sans me quitter des yeux un seul instant. Tout en n’étant plus humaine, je n’étais pas encore comme eux. Dans ses yeux, un liquide doré tel de l’or en fusion imprégnait ses iris, alors que les miens étaient tachetés de vermillon à cause de mon sang d’humaine qui circulait dans mon corps. Mes réactions étaient brusques et animales, alors que les siennes n’étaient que grâce et volupté. Vivante j’avais eus du mal à garder l’équilibre, immortelle je ne parvenais pas à maîtriser ma force. Et enfin, ses cheveux étaient lissés et sentaient bon, alors que les miens ressemblaient à un nid d’oiseaux tant ils étaient emmêlés.

Ces derniers jours, il fallait me reconnaître mon manque de féminité, n’ayant pas d’affaires sur moi au moment de ma mort, j’avais été contrainte de porter les vêtements d’Edward, ce qui ne me rebuta pas le moins du monde. Je me baladais en permanence avec son odeur sur moi, un délice de menthe poivrée avec une légère odeur de citrus, un parfum frais. En revanche, mes tenues n’étaient guère saillantes, avec ses chemises qui m’arrivaient aux cuisses et dont je devais relever les manches, sans parler des pantalons qui me donnaient l’air d’un sac.

En conséquence, je me sentais hideuse par rapport à l’allure radieuse d’Esmé, dans son col roulé noir qui contrastait avec la blancheur de sa peau et son pantalon ivoire qui s’évasait sur ses chevilles. Je me surpris à la reluquer comme n’importe quel garçon l’aurait fait dans la rue. Très vite je redressai mon regard à la hauteur du sien, elle me sourit. Trop tard, j’avais été prise sur le fait.

 « Oui il est sûr qu’avec ce genre de tenue et d’allure, tu ne peux guère avoir confiance en toi et en ton pouvoir de séduction. Même si tu n’as pas besoin de ça pour accaparer l’attention d’Edward. Heureusement, j’ai pensé à tout rassure-toi ! » elle se mit debout et traversa la pièce à vive allure jusqu’à la porte, où un énorme sac en papier glacé aux couleurs vives reposait contre le mur. Je réussis à déchiffrer les écritures sans parvenir à savoir de quoi il s’agissait : Bloomingdale’s.

Revenue au canapé sur lequel j’étais toujours assise, elle y déposa l’énorme sac qui devint tout à coup menaçant.

 « Qu’est-ce que c’est ? » demandai-je timidement en m’écartant du sac pour gagner l’extrémité du canapé.

 « Quoi ? Enfin Bella, je ne vais pas te laisser en guenilles, tu es pire que Cendrillon ! Si Alice te voyait elle en piquerait une crise ! » elle partit dans un fou rire aux notes claires.

Elle plongea sa petite main menue dans le sac et ressortit tout un tas de fripes, pantalons, jupes, chemises, corsages, sous-vêtements et une ribambelle de chaussettes. Avec tout cet attirail j’allais être équipée pour toute une saison. Combien de temps allais-je rester enfermée dans cette maison ? Après tout si mon geôlier se nommait Edward, j’aurai pu passer l’éternité ici à ses côtés, en docile prisonnière.

Esmé me colla une montagne d’affaires dans les bras et me força à gagner le premier étage. Une fois parvenue dans ce qui était ma chambre, ou plutôt mon espace personnel. Je sautai dans la douche pour me débarrasser des saletés sous mes pieds et redonner un semblant d’ordre dans mes cheveux. Je me séchai rapidement et revêtis les affaires qu’Esmé m’avait laissé : une jupe noir et un corsage bleu, la couleur qu’Edward aimait me voir porter.

Quand je sortis de la salle de bain pour aller la rejoindre, elle s’empara vivement d’un peigne, et entrepris de mettre un terme à tous mes nœuds récalcitrants. Ainsi, commença une lutte sanglante pour le contrôle capillaire. Elle se positionnait derrière moi, arme au poing (un peigne) et m’invita à m’asseoir sur un tabouret. Je rigolais enfin pour la première fois de la journée, certes pas un de ses rires tonitruant qui vous secoue le corps, mais je souris en voyant Esmée se dépêtrer vivement avec mes mèches rebelles. Ses gestes étaient précis et rapides, néanmoins aucun ne m’échappèrent, y compris quand le peigne, fatigué d’avoir tant servi, se brisa en deux sous la poigne ferme d’Esmé.

 « Bon, tant pis ! De toute façon tu es bien plus présentable qu’il y a quelques minutes. » ses doigts s’attardèrent encore dans ma tignasse, pour y replacer encore quelques cheveux de-ci, de-là. J’attrapai sa main dans un geste rapide et précis, et vins la coller sur mon visage.

 « Merci Esmé… merci d’être venue. » elle m’attira de nouveau à elle, et je collais mon oreille sur son ventre, tandis qu’elle me frottait doucement le dos.

 « Je n’ai pas pu avoir d’enfant Bella, mais chaque nouveau venu a été pour moi une source de bonheur inégalable. Et aujourd’hui, c’est comme si je venais de mettre au monde une nouvelle fille. » elle se positionna devant moi et s’agenouilla pour être à ma hauteur. « Tu n’oublieras jamais d’où tu viens, ni ce que tu es ma chérie. Mais dorénavant une autre vie s’ouvre devant toi. Et pour en arriver là, certains se sont sacrifiés. Alors, n’oublie jamais de lui en être reconnaissante. »

J’ouvris des yeux ronds comme des billes, ne saisissant pas la dernière partie de sa phrase. Elle parlait de sacrifices, qu’entendant-elle par là ? Qu’allai-je encore devoir sacrifier ? Esmé me sourit avant d’approcher son regard près du mien, si près que nos nez auraient pu se toucher. Et elle me souffla ces paroles :

 « Edward. Il n’a pas eut l’occasion de te laisser le choix. Déjà qu’il ne voulait pas mettre un terme à ta vie, là il a du le faire à l’aveugle, sans connaître tes envies. Il t’a transformé parce qu’il te désirait à ses côtés, de façon égoïste. S’il ne l’avait pas fait tu serais soit toujours dans un profond coma, soit tétraplégique et complètement inconsciente de la réalité. Alors il a préféré t’avoir rien qu’à lui, plutôt qu’à personne d’autre. »

Je n’avais jamais réfléchis aux motifs qui avaient poussé Edward à me mordre, à laisser le venin agir en moi. Je pensais qu’il avait agit sur le coup de la précipitation car j’étais sur le point de mourir. En effet, mes derniers instants en tant qu’humaine n’étaient qu’un amas de souvenirs confus. Je me rappelais avoir eu mal quand j’avais percuté le sol, mais tout le reste était confus.

Seul un souvenir restait imprégné dans tous les coins et recoins de mon cerveau, celui du feu chassant le froid des ténèbres. Avant que le feu ne me ravage de part en part (ce que j’attribuais aujourd’hui au venin), c’était comme si mon corps avait été plongé dans un tunnel sombre et froid, mais tout en n’ayant pas conscience de cet état. Puis, tout à coup, les premières flammes du feu vinrent me lécher la peau, et en même temps qu’elles me réchauffaient, elles me ramenèrent à la vie.  Ce qui m’en persuada fut bien évidemment la douleur que je ressentis à l’instant où la brûlure marquait son territoire à l’intérieur de mon corps. Une douleur comme je n’en avais encore jamais ressentis, inqualifiable. Les mots ne suffiraient pas pour montrer à quel point l’on serait près à tout pour que la morsure du venin cesse. Mais tout souvenir à une fin, qu’il soit heureux ou traumatisant, et le mien avait pris fin dans les yeux d’Edward.

 « Alors je n’allais pas mourir ? »

 « Pas dans l’immédiat. Carlisle est parvenu à juguler l’hémorragie, mais elle avait causé un nombre impressionnant de dégâts. Tu étais inconsciente, sans savoir si un jour tu aurais pu sortir de ton état comateux. Et si tu y étais parvenue, tu n’aurais pas pu recouvrir toutes tes capacités physiques et mentales. »

Ainsi, il l’avait fais non pas par dépit, dans l’urgence de la situation, mais au contraire en toute connaissance de causes. Cette nouvelle eut le bonheur de me rassurer quelque peu. Je n’allais pas être considérée comme un objet de culpabilité, mais comme un être désiré. Je connaissais si bien Edward et sa culpabilité qu’il aimait tant.

 « Bella, je te le demande comme une faveur : ne lui montre pas ta déception. Tente de le rassurer sur ce qu’il a fait. Il a longuement hésité sur ce qu’il devait faire ou pas. Il s’est littéralement rongé les sangs avant de prendre sa décision. Alors s’il te plaît, évite de… enfin dans la mesure du possible. Tu connais ses tendances à se replier sur lui-même, alors… » je l’interrompis de la main tout en comprenant l’inquiétude d’une mère.

 « J’aime Edward plus que tout au monde. Être là aujourd’hui, à ses côtés et ce pour l’éternité est le meilleur des cadeaux que j’espérais. Mais, je suis triste pour mes parents, pour mes amis, pour la peine qu’ils vont endurer. Néanmoins, je n’arrive pas à regretter son geste, c’est ce qui me fait me sentir mal !  »

En fait, je culpabilisais plus que tout autre chose ; je me sentais mal d’être heureuse alors que l’on pleurait ma disparition. Finalement, cette partie là ne pourrait jamais trouver ni la sérénité, ni la paix. Comment trouver l’équilibre parfait ? Un équilibre qui me permettrait de savourer chaque instant de mon éternité près de l’homme que j’aimais, sans m’imaginer mes parents souffrir de ma perte. Penser à mes souvenirs d’humaine sans tomber dans la pathologie, et la névrose. 

Peut-être pourrais-je revenir sous la forme d’un spectre, comme on le voyait dans les émissions sur les phénomènes paranormaux. Je voyais déjà Renée se lancer dans diverses hypothèses, tout en vérifiant si les objets ne bougeaient pas d’eux-mêmes ou guettant la moindre de mes apparitions. Ma mère avait une ouverture d’esprit très large pour se prendre au jeu, mais je redoutais le pire avec l’esprit cartésien de mon père.

Je voguais parmi des scénarios les plus rocambolesques les uns des autres pour tenter d’atténuer le chagrin de mes parents. Ce n’était que des piètres tentatives déjà avortées alors qu’à peine écloses. Il ne fallait pas m’en vouloir de penser tant à eux, c’était mon tempérament. Depuis toute petite, je n’avais agit que pour satisfaire tout le monde. Ainsi mon départ pour Forks afin de permettre à Renée d’accompagner Phil dans ses déplacements l’esprit tranquille en était un bon exemple. Seule ma décision d’aller dans le New Hampshire relevait d’un choix que l’on aurait pu qualifier d’égoïste vis-à-vis de mon attitude envers Jake, quoique mon stratagème était qu’il m’oubli. Toute ma vie j’avais jonglé avec les envies de chacun, et aujourd’hui je devais faire avec mes propres désirs.

  « Bella ? Tu m’entends ? » je sortis de mes rêveries et me rendis compte que le décor de la salle de bains s’était modifié. En effet, je me trouvais de nouveau dans le salon. J’avais suivi Esmé sans même faire attention à mes déplacements.

 « Je souhaite te faire un présent, viens par ici. (je lui emboitais le pas jusqu’à son sac à main restait sur le guéridon près de l’entrée) Une sorte de cadeau de bienvenue. » elle fit glisser un ruban de satin noir entre ses doigts fin et délicat. Puis, se plaçant derrière moi, elle entreprit de me le nouer autour de mon cou. Ses mains se plaquèrent ensuite sur mes épaules afin de m’obliger à me tourner face au miroir accroché au mur.

Un bijou était venu se nicher dans le creux de ma gorge, comme une sorte de camé avec plusieurs motifs. Un lion crachant du feu occupait l’espace principal du médaillon, mais celui-ci ne semblait pas effrayant. Au contraire, il me faisait penser à la beauté de l’animal, à sa force, sa majesté qu’à toute autre preuve de force. D’autant qu’une main plaçait juste au-dessus de l’animal, les doigts bien écartés en signe de paix, rendait ce symbole de la force toute puissante plus réconfortant. Et enfin une enfilade de trèfles à trois feuilles bouclait l’ensemble du dessin, qui m’était intriguant mais pas étranger.

 « Le blason de notre famille, de ta famille ma chérie. Bienvenue chez toi. » d’un coup je revis le bracelet en cuir que portait Emmett avec ces mêmes armures, la chevalière de Jasper ou encore le pendentif d’Alice, tous avaient sur eux le symbole de leur famille. Des bijoux que j’avais entraperçus sans en connaître la vraie nature.

Devant cette marque d’affection, je me jetai à son cou et la remerciai infiniment de m’accepter au sein  de sa famille. Je voulais lui expliquer pourquoi j’étais si fière d’y appartenir mais les mots me manquèrent, je ne réussis qu’à lui promettre qu’elle serait fière de moi un jour, et que je respecterai leur choix et leur philosophie comme jamais.

 « Mais nous sommes déjà fiers de toi. Et je suis confiante quant à ton destin. Edward ne te laissera rien faire que tu puisses regretter par la suite. Il veillera sur toi comme personne d’autres. »

Je n’eus pas le temps de lui rétorquer quelque chose, car je flairai déjà une odeur bien familière pour moi, celle de la menthe poivrée et du citrus : Edward… Je me ruais sur la porte que j’ouvris avec fracas et m’élançais à sa rencontre, Esmé sur mes talons. J’étais sans doute complètement sadique de vouloir connaître la réaction de mon père, de m’enquérir auprès d’Edward pour qu’il me fasse le récit de leur rencontre. Et aussi, savoir si les Cullen allaient avoir des problèmes avec Charlie à cause de ma mort.

A sa vue je stoppai ma course et l’attendis, patiente. Tout d’abord, ses contours restèrent floues, vague silhouette qui se dessinait entre les arbres. Mais très vite, les traits se distinguèrent et ses formes apparurent en contraste sur les ténèbres de la forêt. En quelques secondes il fut sur moi, m’enserrant dans ses bras, mon havre de paix, mon réconfort. Je perdis toute notion du temps, mes motivations, mes mots rien qu’à son contact, oubliant même jusqu’à la présence d’Esmé.

Notre étreinte n’était pas amicale, elle était complice et affectueuse. J’avais l’impression que ces douze deniers mois n’avaient jamais existé, qu’il n’était jamais parti, et je goûtais enfin à mon avenir comme j’en avais rêvé. Connaître enfin la vérité sur son départ, et sur les motivations de ma transformation m’avait redonné confiance en moi, en lui, en son amour. Et mon amour pour lui rayonnait en moi de toute part, la plaie qui recouvrait mon cœur n’existait plus. J’enfouis ma tête contre son torse, relâchant un à un tous mes muscles, m’enivrant de l’odeur douceâtre de sa peau. Laissant les souvenirs refaire surface un à un et les sentiments m’emporter.

 « Bella !? » sa voix soudaine me fit sortir de ma douce rêverie et je levais les yeux vers lui. « Est-ce toi qui… qui… » il n’acheva pas sa phrase, laissant planer les dernières notes dans l’air, en me fixant d’un drôle d’air.  Je détaillais sa mine perplexe, ses sourcils relevés sur son front plissé et sa bouche entrouverte.

 « Quoi ? Qu’est-ce que j’ai fais ? » je voulu m’écarter pour mieux le jucher, mais il resserra discrètement sa prise sur moi, alors je n’insistai. Il ne m’en fallait pas plus pour rester nicher au creux de ses bras.

 « Non… Rien… Un drôle de… de… enfin bref, nous… nous n’avons pas le temps…plus tard. »

Ma démonstration affectueuse avait dû l’étonner, elle avait été si soudaine, si brusque qu’il était bien normal qu’elle l’étonna. Il est vrai que le pauvre ne devait plus savoir sur quel pied danser avec moi et mes réactions ambivalentes, un coup je l’injuriais, le maudissais, l’ignorai et maintenant je me jetai sur lui.

 « Esmé, s’il te plait approche-toi, nous ne serons pas de trop de deux. » Edward me tenait toujours fermement alors qu’Esmé se rapprocha de nous, aussi perdue que je l’étais.

 « Bella, nous allons avoir de la visite… humaine… (Inconsciemment je me mis déjà à flairer la moindre trace) BELLA ! Il s’agit de ton père ! » subitement, mon corps pourtant si fort me sembla aussi mou que de la guimauve, à croire que mes jambes ne parvenaient plus à me porter.

 « Comment se fait-il que Charlie soit près d’ici ? Enfin c’est insensé personne ne connaît cette maison ! » lança Esmé aussi dubitative que moi, sauf qu’aucun mot ne dépassait le stade de mes pensées.

 « Carlisle a préféré tout révéler à Charlie sur notre famille, et notre secret. Et en bon flic qu’il est, il compte bien vérifier par lui-même la véracité de ses propos. (Esmé le regarda horrifiée)… Oui je sais tu as sans doute raison, mais nous n’avons plus le temps pour épiloguer sur leur éventuelle réaction, et puis il y a très peu de chance pour qu’ils l’apprennent là où ils sont. Aide-moi plutôt à la tenir bien fermement. » Edward m’enserra la taille, tandis qu’Esmé refermait de ses frêles mais puissantes mains mes poignets.

 « Tu ne voudrais pas arracher les mains d’Esmé, n’est-ce-pas ? Ni faire le moindre mal à ton père ? Et encore moins l’effrayer ? » il s’adressa à moi d’un ton calme qui eut le don de me mettre hors de moi. Comment pouvait-il penser que je souhaitais de si horribles choses. J’étais sur le point de lui exploser ma colère au visage quand il me coupa dans ma lancée.

 « Oh ! Époustouflant ! (il secoua sa tête comme pour reprendre ses esprits) Très bien Bella, j’ai compris le message. A partir de maintenant je veux que tu cesses de respirer, compris ? » je hochai la tête tout en coupant ma respiration. Sensation incommode car je fus comme aveugle pendant un instant, désarçonnée à ne rien pouvoir sentir autour de moi.

Seule mon ouïe m’informa de l’approche d’individus, mais sans mon odorat je dus attendre que mes yeux réussissent à les distinguer pour reconnaitre dans leurs traits l’allure de Carlisle et de mon père.

Carlisle nous rejoignit en quelques foulées tandis que Charlie, étonné de la prestance du docteur, s’approchait méfiant, me cherchant désespéramment du regard. Pour ses yeux d’humains il était encore trop loin pour apercevoir la petite maison blanche enfoui sous le couvert des arbres. La forêt paraissait sinistre maintenant que le soleil, lasse de persister, avait abandonné ses rayons afin de se camoufler derrière les nuages. Pourtant, Charlie continuait d’avancer dans la direction que Carlisle venait de prendre à un rythme plus soutenu.

Un échange silencieux se déroula entre Carlisle et Edward, rythmé entre les hochements de tête de ce dernier qui répondait aux questions que son père formulait dans sa tête. Puis, les yeux de Carlisle se baissèrent sur moi, la lueur dorée coutumière sillonnait ses pupilles et un léger sourire se dessina sur son visage angélique.

 « J’espère que tu ne m’en voudra pas Bella d’avoir opté pour la vérité. Je ne parvenais pas à lui mentir. Affliger du malheur à cet homme m’étais tout simplement impossible. Toutefois, j’assumerai seul les conséquences de mes actes. » son ton était doux, moins grave que celui d’Edward mais tout aussi posé.

 « Merci infiniment Carlisle, me permettre de revoir mon père malgré… malgré ma condition c’est plus que je ne l’espérais. Par contre, il est hors de question que tu endosses n’importe quelle responsabilité, il s’agit de mon père alors si quelqu’un doit faire face à un problème je m’en chargerai. » j’essayai d’afficher une mine décidée et résolue, mais le rire cristallin de Carlisle me fit perdre toute la détermination de mes traits.

 « Voyons Bella, c’est là où tu te trompes (il approcha une main vers ma gorge et il souleva le petit médaillon accroché autour de mon cou). Nous sommes une famille et tu en fais partie aujourd’hui. Alors, tes problèmes sont nos problèmes et inversement. » il m’adressa un clin d’œil complice. Je le compris tout de suite, à mon tour de pouvoir jouer aux super héros. Adieu le rôle poissard de Loïs Lane !

J’étais tellement euphorique à cet instant, la boule qui m’obstruait ma gorge quelques minutes plutôt avait complètement disparue. Tellement heureuse à l’idée de ne rien devoir cacher à mon père et d’être si bien accepter dans ma famille de prédilection que j’en oublis l’essentiel : retenir ma respiration.

Soudain, une odeur de limaille de fer mélangée à une forte concentration de sel me parvint de plein fouet, un arôme subtil qui embaumait tous les alentours aussi fortement que si la source de cette fragrance se trouvait juste sous mon nez. Alors, mes sens bestiaux prirent le dessus en sentant les effluves de sang, me corps se cabra violemment pour se libérer de l’emprise de mes détracteurs. En effet, la situation changea rapidement, les trois vampires qui m’emprisonnaient n’étaient plus ma famille, ils n’étaient plus rien d’autres que mes adversaires. 

Mon cerveau n’obéissait plus qu’à une seule chose : l’odeur du sang qui ne cessait de se rapprocher de moi. Tel un délicat fumet qui me parvenait de l’autre côté des arbres et qui m’obstruait toute autre vision. A cet instant, Bella n’existait plus, ma conscience entière c’était éteinte au moment où les arômes du sang s’infiltraient en moi. Je ne connaissais plus les personnes m’entourant, et je ne connaissais encore moins celle qui se dirigeait volontairement vers moi. Même le son de leur voix m’était inaudible, seules deux choses me parvenaient distinctivement : le vent qui à chaque bourrasque me rapportait de façon violente l’odeur du sang et le bruit de ses pas dans l’herbe haute qui m’indiquait son rapprochement…

Aussi brutalement que la sensation du sang dans ma bouche m’avait enivré, je fus surprise de constater la perte de tous mes sens. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, je devins aveugle, plongée dans le noir subitement. Puis comme un écho qui me parvenait plus distinctement à mesure que la voix se rapprocher, je reconnus la personne qui s’enrageait contre moi, son courroux violent, son ténor.

 « Bella… Bella… arrête… arrête… ARRETE DE RESPIRER ! » tous mes souvenirs, ma conscience, reprirent place dans mon cerveau et aussitôt que je cessais de respirer la lumière fut de nouveau.

Trois vampires étaient penchés au-dessus de moi, tandis que je gisais sur l’herbe mouillée, dos au sol. La main de Carlisle se trouvait juste au-dessus de mes yeux, prêt à me cacher de nouveau la vue à la moindre prise d’air. Tandis qu’Edward maintenait la sienne contre ma bouche et mes canines acérées. Et enfin, Esmé m’agrippait les épaules, les bloquant de ses genoux plantaient des muscles.

 « Tu m’entends ? Cligne deux fois des yeux si c’est le cas (j’opérai vigoureusement). Bella s’il te plaît reste concentrée (de nouveau je clignai deux fois). »

Chacun leur tour, ils me libèrent de leur carcan d’acier et je me remis sur mes pieds sans qu’ils ne cessent leur rapide examen. Puis, Edward me bloqua dans l’étau de ses bras, se plaçant dans mon dos, alors qu’Esmé se tenait toute proche, prête à intervenir au moindre dérapage.

Enfin, il apparut face à moi, ses yeux grands ouverts sur moi. Ma nouvelle apparence devait sans aucun doute le choquer, ma peau encore plus blanche qu’à l’accoutumée, mes yeux rouges, l’harmonie de mes traits et enfin je lisais autre chose dans ses prunelles : la peur… A l’instar de tous les autres, mon père était aussi fasciné qu’apeuré. Nous autres vampires sommes des chasseurs hors pair, tout en nous séduit et attire, toutefois cela n’empêche pas d’inquiété nos proies.

Constat doux-amer de cette première rencontre. Charlie était heureux de me savoir en vie, d’une certaine manière, mais désormais nos relations en seraient à jamais altérées par la peur qui émanait de lui face au monstre que j’étais devenue.

 « Je t’en prie n’ais pas peur papa, s’il te plaît. » parler sans pouvoir respirer n’était pas une mince affaire, ainsi au lieu de lui tenir un discours plus étayé, lui fournissant quantités d’arguments pour qu’il cesse de me regarder avec ses yeux d’ahuris, je me bornais à des supplications.

 « Je… je… je n’ai pas peur de toi Bella, enfin… Laisse-moi le temps de digérer d’accord. (Silence) Je vois bien que tu n’es plus la même, tes yeux sont… sont comme ceux… d’une bête. » ainsi il me voyait comme une bête, comment réfuter cette évidence.

 « Ne vous inquiétez pas Charlie j’y compte bien. Avec moi elle ne craint plus rien, et je ferai tout lui éviter ce genre de situation. Comme vous l’a expliqué mon père sur le trajet, nous avons rompu avec notre passé, nous nous contentons de proies animales. Et Bella s’en contente et s’en contentera. » Edward répondait oralement à toutes les interrogations de mon père sans que ce dernier s’en offusqua. Je pense qu’il avait suffisamment à faire avec ma condition pour se rendre compte des particularités de ma camisole personnelle, à moins que mon père soit au courant de l’intégralité de l’histoire.

Carlisle se désintéressa de moi et s’approcha de mon père. La séance des retrouvailles allait prendre fin, c’était plus que suffisant pour une première expérience de prise de contact humaine.

 « Charlie il nous faut partir. Vous ne vous en rendez certainement pas compte, mais votre fille fait des efforts considérables, alors il ne faut pas pousser au-delà de ses capacités encore en expérimentation. D’accord ? Je vais vous raccompagner. » juste avant de se détourner de moi, mon père me lança un regard qui me fit trembler.

 « Je t’aime ma fille. Reviens-moi vite. »

Avant que le désarroi déclenché par ses paroles ne s’empare de moi, m’obligeant à reprendre mon souffle pour avaler la boule qui entravait ma gorge, Edward me souleva du sol et couru à travers la forêt pour m’emmener loin de mon père. Je m’envolai dans les bras de mon sauveur sur ces derniers mots :

 « Moi aussi papa… moi aussi je t’aime. »

Publié dans fiction

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Clo# 26/10/2009 13:46


C'est émouvant je trouve, les retrouvailles entre Bella et Charlie ^^


Néo 31/10/2009 01:50


merci merci c'est un chapitre que j'adore aussi c'est émouvant de voir Charlie dans cet état ! A BAS LA POLITIQUE DE L'AUTRUCHE xD


la Bella du Quebec 06/10/2009 23:14


wowwww encore une fois une belle rencontre avec son père et la preuve d'amour de Esmé en lui donnant leurs embleme woww
juste une chose ca fait bizard de voir Bella souffrir a l'odeur du sang je suis telement habituer de voir comment elle se controle d'habitude que ca fait un peut bizard mais ca fait changement et
j'adore les changement donc bravo encore une fois


Néo 07/10/2009 00:16


oui je dis NON MERCI à la Bella super woman que Stephenie Meyer nous a fait. pour moi Bella est un néophyte avec des envies de sang qu'elle ne sait pas encore maîtriser ;)


Mrs Esmée Cullen 15/08/2009 21:12

Je suis bien contente qu'Esmée lui ait expliqué le point de vue d'Edward. J'espère qu'ils vont enfin pouvoir s'embrasser et parler de leur amour.

Néo 20/08/2009 01:11


Son côté maternelle sans doute =))

en tout cas je suis de retour et déjà sur mon prochain chapitre que j'ai bossé en vacances x)


sariah 09/08/2009 13:29

Je suis encore désarçonée par ta façon d'écrire. Epoustouflant! Surtout la manière dont tu décris les sentiments!
J'adore!

Néo 09/08/2009 21:39


Et bien... bon je vais me lancer alors, a moi les maisons d'ecriture mais croyez vous que Stephenie Meyer me laissera lui racheter ses droits d'auteur xD



patou870 04/08/2009 17:07

Eh bien, bonnes vacances, amuse toi bien. Cette suite était super comme d'habitude, tu nous tiens en haleine tout le long de ton chapitre, crois moi je vais guetter ton retour avec impatience. De plus tu nous tortures en nous mettant l'eau à la bouche avec quelques petites lignes bien postées, c'est pas sympa ça, mais repose toi et reviens avec une suite tout aussi réussie que touts celles que tu nous as postées depuis. Profite de tes vacances. Bisous.
Patou.

Néo 07/08/2009 11:41


j'ai commence le debut du chapitre euh 21 il me semble xD une petite prise de note, mais pour le moment je prend des notes sur l'Ecosse pour une autre histoire aui prend vie peu a peu dans mon
imagination