chapitre 19

Publié le par Néo

Révélations

 

Je perçu ses pensées angoissantes avant même d’entendre le son de sa voix, il était entré dans le hall de l’hôpital et cherchait une infirmière pour lui indiquer la chambre de sa fille…

« Il vient d’arriver. » informai-je mon père qui me regarda inquiet. Carlisle, qui semblait toujours maître la situation, venait de perdre tout courage, alors que nous n’avions toujours pas décidé de la meilleure façon d’annoncer à Charlie la mort de sa fille.

Quand, Charlie eut enfin trouvé une infirmière au poste d’accueil, il se précipita sur elle, l’effrayant au passage par sa soudaine arrivée et son regard hagard.

« Bonjour, je voudrais savoir où est la chambre de ma fille, elle s’appelle Isabella Swan. » son débit était saturé par les larmes, l’anxiété et le manque d’air qui l’empêchait de reprendre son souffle. L’infirmière prit un instant pour consulter ses fichiers, puis afficha une mine déconfite en lisant le rapport médical qui indiqué une mort sous X.

« Ah oui, vous êtes ? » vérifia-t-elle.

« Je suis son père, Charlie Swan, je vous ai appelé hier. Enfin, je suis tombée sur l’une de vous alors que je voulais la joindre sur son portable. »

« Hum… oui je suis au courant. (silence) Je vais vous mettre en relation avec le docteur qui s’est occupé d’elle dès son admission. » sur ce l’infirmière décrocha le téléphone pour se débarrasser au plus vite d’une tâche qui l’incommodait. « Bonjour ici l’accueil, je vous envoie Monsieur Swan, le père de la fille m…, enfin de notre inconnue. Je le fais monter dans votre bureau ? … Merci Docteur Cullen. »

« Pardon ? » Charlie ne fit pas réellement attention à la conversation que la jeune infirmière avait tenu avec le médecin, seul un mot avait résonné dans sa tête : Cullen… « Quel est le nom du docteur qui s’occupe de ma fille ? » soudain, son angoisse laissa place à une stupéfaction non feinte qui déstabilisa la standardiste.

« Euh… le Docteur Cullen, pourquoi ? » face au regard noir que lui décocha Charlie, la jeune femme perdit tous ses moyens.

« Le docteur Carlisle Cullen ? » elle hocha lentement la tête dans un mouvement affirmatif. « Que viennent-ils faire ici ? Et pourquoi Bella se trouve dans cet hôpital justement ? » pour seule réponse, l’infirmière indiqua le chemin qui conduisait au bureau du docteur, pressée de se défaire de cet homme qui l’effrayait.

Charlie se dirigea vers l’ascenseur en appuyant nerveusement sur le bouton d’appel. Son inquiétude laissa place à une fureur noire. Il était persuadé que l’un des miens était responsable de l’hospitalisation de sa fille ; il ne savait pas jusqu’à quel point il avait raison mais il ne se doutait pas jusqu’où…

« Prépare-toi, il monte… Et on ne peut pas dire qu’il soit réjouit d’avoir appris notre présence… » je lançai un regard soucieux à Carlisle qui me le rendit au centuple. « Qu’allons-nous lui dire ? »

« On n’a deux solutions : lui mentir ou lui dire toute la vérité… »

« Autrement dit, nous avons le choix entre la peste ou le choléra. »

« Tout à fait Edward, tout à fait. »

Soudain, la porte s’ouvrit brusquement, allant claqué contre le mur derrière. Lorsque ses yeux se posèrent sur moi toute sa peine et son inquiétude se transformèrent en une haine incommensurable, le rouge lui monta aux joues et je pus sentir ses muscles se tendre sous la colère que lui insufflait ma présence. Ses paroles empiétaient sur ses pensées, et je ne réussis pas complètement à dissocier les unes des autres,  elles étaient au diapason.

« Qu’est-ce qu’il se passe ? Et que fait-il là ? » la dernière question m’était adressée ainsi que le flot de jurons qui suivirent, mais qui restèrent emprisonnés dans son cerveau par égard pour mon père.

« Chef Swan, je vous en prie asseyez-vous, et parlons entre personnes civilisées. » Carlisle tendit une chaise vers Charlie qui ne remarqua aucun geste ni même les paroles de mon père, tant il était concentré sur les moindres expressions de mon faciès. A croire qu’il espérait obtenir des réponses rien qu’à ma façon de plier mes lèvres ou avec le clignement de mes paupières.

« Où est Bella ? OU EST MA FILLE BORDEL ! » il quitta l’espace de la porte et la poussa sous le coup de la colère. Elle se referma dans un bruit assourdissant, à tel point que les murs du bureau de Carlisle tremblèrent. Charlie se rapprocha de moi à grands pas, et me réitéra sa question ses yeux plantaient dans les miens, en articulant sur chaque syllabe dans un ton qui se voulait menaçant. Ce qui aurait pu fonctionner avec une personne normale, une personne incapable de déchiffrer via son cerveau, toute sa peur, son angoisse qui débordaient et inondaient tout sur son passage. Mon père se précipita sur nous, posant une main rassurante sur l’épaule de Charlie, pour le forcer à adopter un comportement normal vis-à-vis de moi. Mais, il n’en fit rien et ne baissa pas les yeux pour autant. Je prévoyais chacune de ses intentions agressives à mon égard, Charlie était persuadé que si Bella avait des ennuis, j’y étais pour quelque chose. Toutefois, il ne savait pas jusqu’à quel point il avait raison, c’est pour cela que je me laissais insulter sans rien dire, y voyant comme une sorte de punition, le retour de la médaille pour avoir poser les yeux sur sa fille.

« Quoi qu’il soit arrivé à Bella, je t’en tiens déjà pour personnellement responsable ! Et crois-moi tu ne l’emporteras pas au paradis ! Chaque blessure sera égale au nombre de tes années à brûler en enfer ! » ces dernières paroles me furent murmurées au creux de l’oreille, dédaigneusement.

« Charlie voyons, reprenez-vous ! Comment pouvez-vous tenir de pareilles accusations à l’encontre mon fils! Edward est là pour les mêmes raisons que vous, tout comme vous il n’était pas au courant de la situation de Bella. Alors je vous en prie calmez-vous ! » le forçant à lui faire face, Carlisle se voulait à la fois menaçant et compatissant, mais il ne supportait pas qu’il puisse m’en vouloir à moi du pseudo malheur de sa fille.

En effet, Carlisle me voyait plus comme un héros. Un héros qui avait sauvé Bella d’une vie triste et terne qui lui aurait tendu les bras si elle s’était réveillée de son coma, avec un fauteuil roulant pour seule compagnie et l’envol de son esprit comme échappatoire. Néanmoins, si je n’avais pas croisé sa route, si j’avais réussis à l’éviter, elle serait aujourd’hui en train de couler des jours heureux, sans vampires, sans vengeance, sans la mort au bout du couloir.

« Mais réfléchissez un peu nom d’une pipe ! D’après vous que faisais Bella à New York ? Elle a dû apprendre, je ne sais comment, que VOUS (en pointant Carlisle de son doigt menaçant) vous y trouviez ! Et par la même occasion je suis persuadé qu’elle cherchait à entrer en contact avec lui ! » Carlisle ouvrit des yeux ronds face aux explications que nous fournissaient Charlie, car sans le vouloir il venait de nous fournir un alibi sur la présence de Bella dans le coin.

« C’est sans doute une possibilité Charlie mais en… » commença Carlisle avant d’être coupé par Charlie, nous allions enfin rentrer dans les complications.

« Comment ça : c’est sans doute une possibilité ? Vous ne lui avez pas demandé ce qu’elle fichait ici ? Pourquoi n’a-t-elle pas encore repris consciente ? » la rage avait enfin quitté ses traits, et d’un seul coup, il se désintéressa de moi pour se pencher vers mon père.

« Charlie asseyez-vous, je vais tout vous raconter. » Carlisle radoucit sa voix et enfila le costume du médecin devant annoncer une triste nouvelle. Soudain, le visage de Bella s’effaça de sa mémoire pour devenir une inconnue, une patiente lambda qu’il avait essayé de sauver en vain. Je ne compris pas tout de suite cet aspect de lui-même. Pourquoi se refusait-il de penser à elle quand il évoquait sa mort ? Aussi fausse fut-elle d’ailleurs.

Tout d’un coup, une pensée parvint à s’infiltrer au-dessous de son masque inexpressif et je saisis pourquoi il ne voulait pas penser à elle. Cette révélation me coupa le souffle, l’étonnement devait se lire sur mes traits à ce moment-là. Une chance que toute l’attention de Charlie était fixée sur mon père, car il se serait mépris sur mes sentiments. Prenant conscience des sentiments de mon père, au fur et à mesure que ses pensées me devenaient disponibles, je réfléchissais à l’impact que Bella avait eu sur l’ensemble de ma famille. Je n’avais jamais réellement fais attention à l’attachement de mes pairs pour Bella, et je constatai aujourd’hui la place qu’elle avait réussis à se faire en si peu de temps auprès des miens. Effectivement, Carlisle se préservait, il était trop douloureux pour lui d’évoquer la mort de Bella, bien qu’il s’agisse d’un mensonge. Pour lui cela revenait au même que d’assister à la mort d’Esmée ou de l’un de nous ! Ainsi, Bella avait donc une telle place dans son cœur.

Ses manières, son sourire et ses yeux étincelants de vie, étaient parvenus à conquérir tous les cœurs froids et inanimés de ma famille, à une exception près… Je découvris par la même occasion à quel point son absence cette année avait chagriné Esmé, à quel point elle lui avait manqué. Ces constations me laissèrent paralysé, comment étaient-ils arrivés à me le cacher ? Perdu dans mes supputations, j’oubliais la conversation qui se tenait à quelques mètres de moi. Les pronostics et diagnostics que mon père déblatéraient me laissèrent de marbre, tant ma nouvelle découverte m’accaparait.

Brusquement, la réalité me rattrapa quand je sentis une vague de fureur et de haine se dresser dans la pièce. Il ne me fallut guère une seconde pour comprendre ses ondes de colère : elles m’étaient destinés ! Charlie se ruait déjà sur moi, balançant sa chaise de rage, qui vint percuter la bibliothèque de Carlisle. Bien que ses intentions m’étaient totalement claires et limpides, je n’esquivais pas son attaque et restai de marbre face à ses insultes, je les méritais à plus d’un titre.

« ASSASIN ! ASSASIN ! JE VAIS TE TUER ! »

Carlisle arriva aussi vite que lui permettait sa « pseudo » condition humaine, sans alerter Charlie, quoiqu’il n’aurait rien remarqué d’étranger tant son déchaînement lui faisait oublier tout le reste. Aux paroles menaçantes, je vis se profiler à l’horizon son poing qui allait s’abattre contre ma joue, mais Carlisle le stoppa net de sa poigne de fer.

Au contact de mon père, son échine fut parcourue d’un frisson perceptible. Ressentait-il le froid de cette prise ferme ou alors percevait-il enfin le danger qui irradiait de chacun de nous deux ? Les deux percevais-je.

« Charlie arrêtez tout de suite ou je me verrais dans l’obligation de faire appel à la sécurité ! Dois-je vous rappeler où vous vous trouvez ? » Carlisle recouvrait à toute la frayeur de sa condition pour intimider toutes véhémences de la part du chef Swan.

Devant autant d’intimidation qui émanait de Carlisle, Charlie tomba lourdement sur ses genoux les mains camouflant son visage. Nous restâmes figés, n’osant bouger de quelques millimètres, devant le spectacle de Charlie à nos pieds tremblant de chagrin.

« Ma fille… ma petite fille… non… non… NOOOONN ! Rendez-la-moi ! S’il vous plaît rendez-la-moi ! » ses cris se mêlaient à ses pleurs nous paralysant au même titre. Assister à la peine d’un père qui vient d’apprendre la mort de sa fille et le spectacle le plus atroce qui m’ait été donné de voir. Malgré notre force et notre invincibilité, nous n’étions d’aucun secours face à autant de souffrance et d’accablement.

Carlisle tenta de le redresser en vain, Charlie était une boule de nerf sur le point d’exploser littéralement et ce à n’importe quel moment. Nous aurions pu le forcer à se lever, mais nous préférâmes ne pas insister. Carlisle souffrait également devant l’affligeante douleur de ce père en proie au deuil. Ainsi, à travers la peine de Charlie, il revivait tous les malheurs auxquels il avait été contraint quand il avait obtenu sa propre famille.

Il revoyait les Hale pleurant la disparition de leur fille, sa mère hystérique et son père atterré. Les parents d’Esmé, devant le caveau de leur fille perdue à jamais dans les limbes de l’enfer. Ainsi que ceux d’Emmett, qui ne retrouvèrent que quelques vaines traces du campement de leur fils, ainsi que du sang qui avait éclaboussé sur les affaires de ce dernier. Carlisle avait assisté à chacun des enterrements, bien que les caveaux fussent vides. Il avait porté une attention particulière aux personnes endeuillées, sous l’aspect du médecin bienveillant. Comme s’il souhaitait expié ses fautes, alors qu’il n’avait fait que les sauver d’une mort certaine, autant Esmé après son suicide, que Rosalie après son viol et qu’Emmett après l’attaque de l’ours. A chacun de ses moments, il avait voulu redonner la vie à ses créatures privées de lumière. Pour leur octroyer une autre chance de voir la vie sous un meilleur angle, pour les aider à se reconstruire ou tout simplement pour leur permettre de sourire encore. 

Quels avaient été les crimes de Carlisle, si ce n’est la possibilité d’offrir le choix à ses « victimes » ? Que pouvait-on reprocher à un homme empli de compassion et de raison ? Après tout ils seraient tous morts sans son intervention, alors qu’aujourd’hui ils respiraient et vivaient près de leur moitié.

Les reproches dont il pouvait s’incriminer me déchiraient, car grâce à lui j’avais rencontré celle grâce à qui mon existence avait pris enfin toute son ampleur. Ce que je n’avais pas eut le temps de connaitre dans ma vie d’humain, je l’avais connu dans cette autre vie, et je connu six mois de passion et d’amour réciproque, rien que pour cette chose, je lui en serai toujours reconnaissant.

Je me mis à espérer à l’avenir…. « Ainsi, peut-être qu’un jour Bella sera reconnaissante pour lui avoir permis de vivre autre chose. Peut-être qu’elle sera heureuse de sa destinée ? Et ce remerciement parviendra sûrement à me faire oublier toute la culpabilité qui me tenaillait et m’empoisonne aujourd’hui, alors que son père me supplie de la lui rendre. Le temps saura si prendre pour nous faire oublier nos erreurs, car aujourd’hui, face à la tristesse de la scène, aujourd’hui je prends conscience de ma chance. Bella est enfin à moi pour l’éternité, et je ferai tout et même plus pour qu’elle n’ait jamais à regretter mon geste. »

La main de Charlie agrippa le bas de mon pantalon, je ressentis les tremblants qui s’emparaient de son corps, car les vibrations montaient jusqu’à moi. Puis ses yeux rougis par les larmes qui ruisselaient sur ses joues, se levèrent pour chercher à se planter dans les miens. Se redressant sur un genou, il me mit en garde, me menaçant une fois de plus, mais cette fois-ci, il n’était pas en colère. 

« J’espère que tu comprends l’ampleur de tes actes aujourd’hui ! Elle t’aimait et a toujours espéré ton retour. Tu as été présent dans les bons moments de son existence, mais saches que tu as été la source de ses pires cauchemars, et de sa longue descente aux enfers. Alors, même si ce n’est pas toi qui l’as percuté, même si ce n’est pas toi qui l’as renversé, je te considère comme celui qui l’a tué à petit feu. »

Je tirai vivement sur ma jambe pour me libérer de sa fébrile emprise, son regard m’insupportait autant que ses visions. Je ne tenais plus à voir les images qui défilaient dans sa tête, celles où l’on voyait Bella en proie au chagrin après mon abandon, son état léthargique et ses cris qui perçaient à travers la nuit. Je connaissais bien son désarroi, ses paniques et son manque d’entrain pour son environnement. Je ne le connaissais que trop bien pour avoir vécu le même chaos, mais cela personne ne s’en doutait, je ne tenais que le rôle du méchant, celui qui l’avait abandonné pour d’autres horizons. Personne ne se doutait que j’avais agis pour elle, pour son bonheur et sa survie !

« Non ! Vous vous méprenez Charlie ! Je n’ai jamais cessé de l’aimer, son souvenir m’accompagnait partout où j’allais. Il m’obsédait et me lacérait en même temps. J’ai dû l’abandonner certes, mais pas pour les raisons qui vous passent à travers le cerveau ! Vous ne savez rien Charlie Swan alors ne vous permettez pas de juger ! J’ai fais ce qu’il y avait à faire c’est tout ! » sur ce je longeai le mur auquel Charlie m’avait acculé et me précipitai sur la porte.

J’en avais entendu et vu assez ! Le calme et la patience n’étaient pas mes qualités en ce jour sinistre, et il valait mieux que je quitte cette pièce affreuse avant qu’un mot de trop ne m’échappe. Refermant la porte derrière, je me laissais glisser le long du mur à quelques mètres du bureau de Carlisle et posai ma tête contre ce dernier, paupières closes.

Charlie n’était qu’un humain, à qui l’on venait d’apprendre une terrible nouvelle, et comme la plupart des humains, il était naturel de s’en prendre à une tiers personne. Il ne fallait pas que je prenne pour argent comptant ses paroles, qui ne cessaient de passer en boucle dans ma tête. Alors pourquoi continuaient-elles de me hanter ?

Non, j’avais toujours agi dans son intention et pour son bonheur à elle, même si aujourd’hui je comprenais mes erreurs, je n’étais pas une mauvaise personne. Je devais m’en persuader avant que la culpabilité qui m’était coutumière ne revienne me prendre dans se bras épineux.

Distraitement, j’écoutais les bruits qui me provenaient du bureau de Carlisle mais sans y porter un réel intérêt. Je ne désirai plus qu’une chose, regagner notre petite maison au cœur des bois pour y retrouver celle que j’aimais, afin d’achever la conversation nous avions entamé, et de renouveler l’expérience d’un baiser avorté.

Par conséquent, je compris au dernier moment les intentions de mon père, qui avait adopté un ton plus doux, presque un chuchotis. Qu’était-il en train de faire ? A quoi jouait-il ? Me relevant d’un bond, je me collai à la porte de la petite pièce où Carlisle était sur le point de nous trahir tous, et de nous mettre en danger… gravement en danger…

Leur discussion me parut aussi clairement et distinctement que si je me trouvais à leurs côtés. Instinctivement, je me mis à arpenter les lieux, à guetter les va-et-vient du personnel de l’hôpital, à renifler toute présence étrangère. Personne ne devait intercepter les paroles que mon père avait l’intention de révéler, aucun humain et encore moins ceux qui ne l’étaient plus… J’étais donc à l’affût de la moindre intrusion, tout en écoutant aux portes et à la fois priant pour que cet incendie ne nous retombe pas dessus un jour. Car Carlisle était à deux doigts de rompre l’une de nos règles, de nos lois ancestrales.

***

« Chef Swan ne vous en prenez pas à lui. Je puis vous assurer qu’il a fait tout ce qui était possible pour la sécurité de votre fille. Et même vous avouer, que leur rupture n’a pas été le résultat d’un manque d’amour, croyez-moi. Edward est en deu… excusez-moi. » Carlisle ne voulait pas finir la phrase qu’il avait commencé, car il n’était pas nécessaire de mentir outre mesure. Non je n’étais pas en deuil, j’étais triste par la tournure des évènements, mais loin de l’être.

« Ne venez pas me faire la morale Docteur. Quand bien même toute votre famille aurait été anéantie, vous ne pouvez pas comprendre la peine et tout mon malheur. Je viens de perdre ma fille unique, le soleil de ma vie, la dernière joie qui me comblait… mon espérance… » Charlie aidait par Carlisle, s’assit sur le fauteuil juste à côté de la bibliothèque.

« Détrompez-vous Charlie, pour que je puisse avoir ma propre famille, celle que vous connaissez aujourd’hui, j’ai dû assister et même participer à la mort de chacun d’entre eux. »

J’eus l’impression que sa phrase, lourde de sous-entendus, résonnait contre chaque mur, avant de rebondir sur chaque meuble qui composait la pièce. Elle resta à flotter dans l’air, stupéfiant Charlie au-delà de mes craintes. Ses pensées, révélaient des actes atroces sans en saisir les sens cachés. Il ne parvenait pas à comprendre les mots exacts que mon père avait prononcés, mais il saisit la gravité et en pris peur. C’était comme s’il percevait les traits du vampire au-delà du masque du docteur sans pouvoir trouver le terme qui le qualifiait. Pour la première fois, il était sur le point de mettre le doigt sur une réalité tout autre et bien plus étrange qui ne le pensait.

Devant les yeux écarquillés et perdus du policier, Carlisle s’empara de la chaise renversée pour la placer devant Charlie. Mon père était décidé, plus rien ne l’empêcherai. Ce qui ne m’étonna qu’à moitié d’ailleurs. Lui plus que n’importe lequel d’entre nous, était le moins à même de mentir, c’était un défaut qu’il reprouvait, mais dont il fallait parfois recourir pour notre secret. Cette mascarade le peinait plus qu’elle ne l’ennuyait, c’était une obligation et il s’y tenait malgré tout. Mais, aujourd’hui, face à ce père au bord du gouffre, il allait enfin dire la vérité et toute la vérité.

« Charlie, permettez-moi de vous raconter une histoire… mon histoire, aussi authentique et réelle qu’elle le soit et sans vous épargnez les détails. (Charlie hocha lentement la tête, inquiet) En échange, vous devez me promettre de ne pas m’interrompre, de ne pas hurler ou de vous en aller avant la fin, alors ? »

« Que cherchez-vous à la fin ? »

« A vous rendre votre fille, Charlie. Et à vous dire ce qui lui est arrivée. » sur ces dernières paroles, Carlisle parvint à forcer les derniers barrages mentaux de Charlie, le mot de passe était le bon : Bella. Il était désormais attentif et prêt à entendre ce qui lui semblait impossible à croire pour un esprit si cartésien que le sien.  

Ainsi, Carlisle commença par le récit de sa vie : Londres au XVIIe siècle, celui de sa jeunesse et de sa mort prématurée. Charlie ne l’interrompit à aucun moment, même quand mon père lui fit le conte de sa transformation en une abominable créature mythique, qui dans le cerveau de Charlie prenait vie au fur et à mesure du débit de son narrateur. Carlisle ne lui épargna aucun détail, comme promis. La soif de sang, le désir de tuer n’importe quel badaud pour s’y abreuver, les démons qui le hantaient sans cesse et sa volonté de mourir.

Il enchaîna ensuite, sur les prémisses de sa philosophie, sur ses réticences à tuer des innocents et sur son régime alimentaire dit « animal ». Puis très vite, il en arriva à mon cas… sur la façon dont il m’avait trouvé en train de mourir parmi la moitié des habitants de la ville de Chicago. A travers son esprit, je revis le visage de ma mère biologique : Elizabeth Masen. Celle à qui je ressemblais tant, mais dont tout souvenir m’avait quitté au fil du temps. Je ne la revoyais qu’au travers des yeux de mon père. Depuis longtemps, Esmé avait supplanté les dernières traces de cette mère morte depuis des décennies. Elle avait de beaux yeux vert émeraude et nos cheveux avaient cette même couleur orangée et cuivrée.

En même temps que Charlie, mais avec plus de détails visuels, je revécu cette scène mythique, où ma mère, sur le point de mourir, avait supplié Carlisle de faire tout ce qu’il pouvait pour me sauver. Ce dernier, alors en quête d’un compagnon, avait cédé à la supplique de ma mère et fait taire les protestations de son inconscient pour obtenir ce qu’il souhaitait depuis des siècles.

Cette première partie de ma vie était un souvenir douloureux pour moi, encore maintenant. Tout d’abord la morsure du venin qui restait, à la différence de tout autre douleur, encore très vive dans mon esprit. J’eus envie de mourir cent fois au moins pendant les quelques jours où le venin, s’infiltrant dans chacune des parties de mon anatomie, me consumer lentement. Puis, ma renaissance n’en avait pas été moins douloureuse, apprendre ce que j’étais devenu, et surtout la mort des miens était une souvenance qu’il n’était pas agréable à me remémorer.

Carlisle continua avec le suicide d’Esmé, qui après avoir assisté à la mort de son premier né, c’était jetée du haut d’une falaise. Quand son corps lui fut amener à la morgue, il fit tout son possible pour trouver les dernières traces de battement de son cœur. Il fit plus que le nécessaire pour sauver cette femme, dont un simple regard lui avait suffi pour l’aimer. Il changea de cap, pour se concentrer sur l’agression de Rosalie dans une ruelle sombre à Rochester. Toutefois, il passa sur les détails de son viol, mais insista sur les intentions des assaillants.

 Après la renaissance de Rosalie, Esmé, en duo avec Carlisle, avaient dû accomplir un travail titanesque pour que cette belle blonde reprenne goût à la vie. Car, bien qu’elle soit devenue une autre personne, son agression restait marquée sur chaque parcelle de son être. Finalement, sans le savoir, il allait falloir un nouvel accident, une autre attaque, animale cette fois-ci, pour que Rosalie revive. En effet, avec l’arrivée d’Emmett dans notre famille, elle avait enfin repris goût à la vie grâce aux rires enjôleurs de cet imposant individu, qui su la dérider et la faire sourire. 

Et enfin, il clôtura cette histoire, le récit de la fratrie des Cullen, par l’arrivée inopinée d’Alice et de Jasper qui avaient vécu des choses bien différentes des nôtres, mais dont le destin avait soudain basculé dans la pénombre. Carlisle se tut après avoir raconté les années qu’Alice avait passé dans un asile et les faits d’arme de Jasper dans l’armée confédérée des siècles auparavant. Charlie ne cilla pas devant toutes ses révélations, ne demandant pas de précision, ni d’explication. Il resta sur le fauteuil, les bras ballants et les yeux perdus dans le vague, choqué.

Je perçus bien évidemment la moindre de ses pensées, et comme sa fille auparavant, il ne semblait ni effrayer, ni sceptique quant au récit de mon père. N’osant poser des questions, car toujours suspendu aux dernières paroles de Carlisle, ce dernier reprit la parole, toujours de façon claire et posée, afin de se concentrer sur la période plus « contemporaine » de notre fratrie.

« Il y a maintenant un peu moins de deux ans, mon fils, Edward a rencontré Bella. Il a été sous l’emprise de son odeur, celle de son sang. (panique de Charlie) Ne pouvant y résister, il a préféré fuir et quitter toute sa famille, ses repères et ses habitudes, plutôt que de toucher à un seul de ses cheveux. (le visage de Charlie jusque-là baissé sur ses mains, se releva subrepticement) Finalement, il c’est décidé à revenir au près de nous, affirmant qu’il serait le plus fort, et que rien ne pourrait le forcer à se séparer des siens. Puis… (Carlisle fit une pause dans son récit pour être sûr qu’il captait tout l’attention de son auditoire) puis… il y a eut l’accident… »

« Hein ? L’accident ? Quel accident ? » pour la première fois depuis que Carlisle avait pris la parole, Charlie l’interrompait.

« Avec le van de Tyler Crowley. L’accident qui normalement, ou du moins sans l’intervention d’Edward, aurait dû sans l’ombre d’un doute causer la mort de votre fille. » la sentence était tombée ! Je savais qu’elles étaient les intentions de mon père en lançant une telle révélation. Il souhaitait me faire remonter dans son estime, lui montrer qu’il s’était complètement mépris sur mes intentions. Et qu’à défaut de lui causer de la peine, j’avais désiré surtout la survie de sa fille.

« Quoi ? Comment ça sans l’intervention d’Edward ? » sa voix était hésitante, hachée.

« Notre condition nous offre bien des avantages Charlie. Ainsi, en plus de compter sur une invincibilité à toute épreuve, nous sommes aussi forts que rapides. Quand Edward a compris ce qui allait arriver à Bella, il c’est tout de suite précipité sur elle, pour la protéger des assauts de la voiture, tel un bouclier. Ce jour-là, Bella aurait dû mourir. Si nous n’existions pas ou si Edward en avait décidé autrement, ce jour-là Bella serait morte. » il laissa quelques instants à Charlie pour encaisser la nouvelle, et tandis qu’il se repliait sur lui-même je pus lire la repentance qui circulait dans sa tête à mon égard.

« Ensuite, vous connaissez l’histoire. Ils se sont rapprochés, se sont aimés d’un amour sans pareil jusqu’au jour où ce qu’il devait arriver arriva. Elle a été exposée au danger à cause de nous et par deux fois. Jasper a été la fois de trop pour Edward. » Charlie écouta en silence notre aventure à Phoenix, il découvrit l’envers du décor, et nos mensonges pour dissimuler la vérité. Puis, quand arriva le tour de l’évènement de son dix-huitième anniversaire, je me détournai. Cet incident était encore bien trop présent, trop lourd de conséquence pour que je pus l’entendre sans tressaillir, car il était l’élément déclencheur… celui qui avait, entre autre causé la perte de Bella.

Carlisle n’omit aucun passage allant même jusqu’à lui révéler ceux des derniers jours, ainsi que la vengeance de Victoria et l’accident tragique de Bella… Toutefois, il évita, un point crucial dans son exposé : il ne fit pas mention des loups-garous, dans le pur respect de notre traité sans doute.

« Alors, elle n’a pas été renversé par une voiture ? Ce n’était qu’un énième mensonge destiné à me faire croire sa mort ! » recouvrant ses esprit, le ton de Charlie monta légèrement.

« Sachez que j’en suis désolé, et que c’est pour cette raison que j’ai décidé de tout vous révéler. Charlie promettez-moi de n’en parler sous aucun prétexte. Ni à Renée, ni à personne d’autre. Il y a des choses que nous ne devons révéler, et notre condition en fait partie. » tenta de l’apaiser mon père.

« Alors, Edward a essayé de tout faire pour la sauver ? Il a fait du mieux qu’il pouvait en vain… » Charlie grâce à ce qu’il venait d’entendre avait repris espoir. Certes, inconsciemment il se persuadait qu’il n’en était autrement pour sa fille, mais il espérait tout de même qu’un autre sort lui avait été réservé. Peu importe sa condition, tout ce qu’il souhaitait c’était la savoir en vie. Malheureusement, Carlisle ne lui avait pas contredit sa mort, et il retomba dans la souffrance encore plus vivre et féroce après ses maigres espoirs.

« Détrompez-vous Charlie, Edward a fait bien plus… » ses yeux embrumés par les larmes, s’illuminèrent à l’entente des paroles réconfortantes de Carlisle.

Qui aurait pu croire qu’un chef de police se serait si vite réjouit de la mutation de sa fille en vampire. L’amour, celui pour sa fille irradiait dans sa tête, le fait de la savoir en vie lui suffisait pour retrouver la paix dans son esprit. J’étais persuadé qu’il serait plus ardu de le convaincre, mais la tendresse qu’il portait pour sa fille aurait pu lui faire croire n’importe quelle histoire, du moment que la fin était heureuse.

« Où était-elle ? Je veux la voir ? » il se mit debout prêt à ouvrir la porte, mais tout de suite Carlisle lui barra le chemin.

« Attendez Charlie, je dois vous expliquer des éléments importants concernant les jeunes… les jeunes… enfin les néophytes. » mon père, alors qu’il venait de lui livrer tous les secrets de notre famille, hésitait maintenant à appeler un chat un chat !

Bien décidé à ne pas prendre de gants comme il l’avait fait pour moi quelques instants plutôt, je fis une entrée théâtrale dans le bureau de mon père, qui se déplaça sur le côté pour me laisser entrer. Charlie sursauta devant moi, ne s’attendant à me voir alors qu’il me croyait parti depuis un moment. Ses yeux se baissèrent sur le tapis qui recouvrait le linoléum de la pièce, tel un enfant pris en flagrant délit il hésitait à s’excuser, je me délectais de ce moment avec ahurissement. Ainsi, la situation était inversée, c’était à lui de me remercier finalement.

Rapidement, je me dégoûtais de penser de telles choses, et ôta mon masque de supériorité que j’avais affiché en entrant dans la pièce. Ces derniers temps, j’avais trop tendance à laisser mon arrogance et mon orgueil s’exprimer à ma place.

« Charlie, votre fille est un jeune vampire qui n’est contrôlée que par ses pulsions primaires ; celles du sang. Vous montrer serait trop dangereux pour vous. »

« Je ne croirais à vos propos seulement quand j’aurais vu de mes propres yeux Bella ! » il transpirait la peur, et sa menace n’en était pas réellement une, puisqu’il au lieu de croire simplement, il se persuader d’y croire. Toutefois, je fis semblant de ne pas porter attention à ses pensées et allais jouer avec le feu. Le père comme la fille méritaient vraiment qu’on leur fiche une peur monstre pour calmer leur curiosité.

Je tournai la tête vers Carlisle afin de lui donner différentes instructions, auxquelles Charlie ne comprit rien, car nous parlions si vite et si bas que nos propos restaient incompréhensibles. Il n’était pas question de faire encourir à Charlie le moindre danger. Il fallait seulement qu’il comprenne de lui-même le danger qu’était devenue Bella. Et connaissant la fille par cœur, je savais comment m’y prendre avec le père.  

Publié dans fiction

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Kkate 12/12/2009 06:23


J'ai adoré ce passage, surtout avec le soundtrack en arrière plan! Superbe suggestion, vraiment! Et maintenant je cours lire la suite hihi


Néo 12/12/2009 13:48

Ah Clint Mansell est genialissime !!! Tu me diras ce que tu en as pensé de la suite ^^

Clo# 26/10/2009 13:35


Pas de temps à perdre, je vais lire la suite !


Néo 31/10/2009 01:48


ok très bien c'est toi qui vois après tout ^^


la Bella du Quebec 06/10/2009 21:43


je suis si contente que Charlie sois au courant de leurs vrais nature (vampire) et il ne le prend pas si mal comme sa fille. c'est super il va pouvoir revoir sa fille,j'avais peur que tu ne le
laisse en deuil

merci pour ce super bon chapitre encore une fois merci Néo tu est fantastique


Néo 06/10/2009 21:54


merci ^^ pas question de jouer à la politique de l'autruche !!


mélisandre 26/08/2009 18:43

J'ai dévoré ce passage: j'adore Carlisle! Ton idée sur le fait qu'il ait assisté à chacun des enterrements pour soutenir les proches en deuil est formidable... Ce Carlisle mériterait sa propre saga!
profite bien de tes vacances car la rentrée arrice à grands pas!!

Néo 28/08/2009 17:21


Carlisle qui mériterait sa propre saga... The Story about a life of Carlisle.... sympa...

j'ai reçu un courrier concernant ton blog... on se remet à la réécriture apparemment il va falloir que j'aille lire ça xD


coralie 31/07/2009 18:55

je viens de lire enfin le chapitre 19 hé ben franchement je suis sur le cul.
Tout dire à charlie fallait y penser!
Tu écris superbement bien tu es vraiment trés douée!
j'ai le coeur qui c'est serré en imaginant charlie qui apprenait le décés de sa fille un parent qui perds son enfant quoi de plus horrible!! vraiment bravo pour ton talent!
bon ben a quand le 20???

Néo 31/07/2009 21:45


ahah et pourquoi maintenant... cadeau avant de vous quitter... pour une longue absence...