chapitre 16

Publié le par Néo

Décisions

 

Ultimes instants…

La lisière de la forêt commençait à apparaître enfin devant moi après tant de kilomètres parcourus à la vitesse du vent. Mais devant l’urgence de la situation le temps m’était compté, les souffles qui émanaient de ses lèvres étaient de plus en plus espacés et son pouls n’émettait plus que des pulsations discrètes. Et malgré ma prodigieuse rapidité, je craignais de ne parvenir à temps pour la sauver. Une envie tenace ne quittait plus les méandres de mon cerveau, revenant sans cesse à la charge à la moindre faiblesse de mon orgueil : elle me commandait de stopper ma course folle et de planter mes crocs dans le cou de Bella pour lui assener suffisamment de venin afin de lui permettre de vivre. De vivre à mes côtés, de vivre comme moi et ce pour l’éternité…

Si seulement… si seulement, le temps ne nous avait pas fait défaut, et si mon entêtement n’avait pas poussé le vice si loin, je lui aurais révélé la vérité sur mes sentiments. Pourquoi n’avais-je pas profité de notre intimité, la dernière fois dans sa chambre, pour lui avouer les raisons pour lesquelles j’avais pris la décision de la quitter en septembre dernier. Une discussion m’aurait permis de connaître la nature de ses sentiments à mon égard, tout en dévoilant les miens. Alors, je lui aurai détaillé l’enfer dans lequel je vivais, les affres de mon agonie lancinante, et ma solitude quotidienne et dévorante, bref ma vie sans elle. Au lieu de cela, j’avais profité de cette courte étreinte, tendre pression de nos deux corps à nouveau réunis, alors que se jouer tout mon avenir sans en avoir conscience, notre dernier instant où tout aurait pu être différent.

Aujourd’hui, Alice ne la voyait plus devenir vampire dans ses visions. Quelle en était la signification exacte ? Malencontreusement, j’étais bien trop affolé et concentré sur ma course pour y réfléchir soigneusement, mais de prime abord, tout ce que je comprenais était que Bella ne se désirait plus partager mon existence et encore moins que la sienne et la mienne ne s’entremêlent. Du coup, je me devais de tout tenter pour la garder en vie, jusqu’à ce qu’elle me dise, me confesse ses sentiments, ses envies, si elle voulait toujours conjuguer nos deux vies ensemble, et seulement à cet instant je lui accorderai ce qu’elle souhaite : partir, rester ou la transformer.

Je contournai autant que possible toutes traces de civilisation afin de maintenir une allure constante car ce moyen de transport était bien plus commode que tout autre. Toutefois, quand les arbres laissèrent la place à des gratte-ciels, je dus me résoudre à choisir un autre mode pour progresser à travers la masse humaine. Ainsi, je ralentis mon pas tout en me dirigeant vers une aire de stationnement gigantesque appartenant à un concessionnaire de renom, afin de lui emprunter l’une de ses voitures puissantes. A l’instinct, je m’orientai vers une voiture à la fois rapide et  longiligne pour passer au travers de la circulation de New York, et puis les anciens modèles restaient toujours les plus simples à déverrouiller de façon illégale. Mon choix se porta donc sur une Mustang, mais pas n’importe quel modèle, la Shelby GT 500, une Eleanor. Sa peinture grise métallisée et ses deux bandes noires réussissaient à faire pâlir les autres voitures plus imposantes et plus tape-à-l’œil de tout le parking. Ses formes élégamment ciselées contrastaient sur un ensemble carré et des angles brusques, qui venaient s’harmoniser parfaitement dans une tendance agressive.

Je fis pencher le poids de Bella sur une de mes épaules, et entrepris d’exercer une forte pression sur le barillet de la serrure qui ne résista longtemps à ma force. Une fois, la voiture ouverte, je glissai délicatement le corps inerte de Bella sur le siège passager, tout en prenant soin d’abaisser le dossier à son maximum, puis bouclai fermement sa ceinture.

« Encore quelques minutes. Accorde-moi encore quelques instants mon amour… attends-moi. » m’adressai-je à elle en déposant un baiser sur sa main, seul endroit qui restait immaculé de toute trace de sang.

Puis, je m’engouffrai moi-même dans l’habitacle pour venir glisser mes mains sous le volant à la recherche du plateau qui renfermait les fils du coupe-circuit. J’arrachai précipitamment le couvercle en plastique ainsi que les deux fils qui m’intéressaient, un rouge et un vert que je nouais ensemble. Le ronronnement du moteur m’informa que ma tactique fonctionnait toujours. Enfin, sans prendre le temps d’apprécier le son et même le confort de la voiture je partis dans un crissement de pneus, venant percuter de plein fouet les grilles du parking.

Ma conduite était rapide et saccadée, donnant des coups de volant au dernier moment pour éviter taxis, bus, piétons et autres usagers. Mon inquiétude et ma concentration sur son état et sur les battements de son cœur, m’empêchais de me focaliser sur la route et d’anticiper comme je l’aurai fait un autre jour. Je réussis à éviter les embouteillages quotidiens et m’engouffrai dans toutes les rues parallèles qui me faisaient gagner du temps, tout en donnant des regards inquiets sur la pâleur des traits qui progressait lentement sur son visage. Dès que j’aperçu l’enseigne « EMERGENCY » de l’hôpital, mon cœur souffla de soulagement, car j’étais parvenu au bout de mon périple et elle respirait toujours. Mon apaisement fut même complet, quand une blouse blanche se dessina sur un corps anguleux, aux traits harmonieux surmontés d’une tignasse blonde platine : Carlisle. Il m’attendait devant l’entrée avec un brancard et deux infirmiers. Je remerciai intérieurement ma sœur d’avoir informé notre père sur la situation critique de Bella, pour m’éviter de perdre du temps et surtout d’expliquer son accident au commun des mortels. Ni mon état, ni mon cerveau n’aurait pu trouver un mensonge valable à offrir aux personnels sur les tenants et les aboutissants d’une telle chute, je ne pensais qu’à une seule chose : la sauver ! Mes pensées étaient concentrées sur une unique chose : notre future discussion, sur ma promesse, et je le souhaitais de toutes mes forces.

A quelques mètres de l’entrée, je laissai la voiture partir dans un tête-à-queue qui fit rugir le moteur, et sortis en trombe de l’habitacle envahit par l’odeur de son sang qui me dévorait littéralement depuis que nous étions partis de la frontière canadienne.

« Ne perdons pas de temps, Alice m’a tout raconté. Je m’occupe d’elle et de tout le reste. Débarrasse-toi de cette voiture, et va dans mon bureau je t’y rejoindrai ! » Carlisle ne parlait pas il ordonnait, alors je le laissais hisser le corps de Bella sur le brancard et disparaître derrière les battants des urgences. Je restai impassible à côté du capot de la Mustang sans émettre la moindre participation devant les sages recommandations de Carlisle. Il emportait avec lui ma raison de vivre, mais je savais qu’il en était conscient, car je pouvais ressentir toute l’appréhension qui surchargeait son esprit pragmatique.

Je contournai la voiture d’un pas hésitant car plus je m’écarterai de l’hôpital et moins les pensées de Carlisle me parviendraient nettement, d’ailleurs la tactique de mon père n’avait pas d’autre but que celle de m’envoyait au loin. Avant de pénétrer à l’intérieur de la voiture, je pris le soin d’ouvrir toutes les vitres et même d’ôter le toit du cabriolet, afin d’évacuer toute odeur tentatrice. Cependant, une fois assis je constatai que le siège passager ruisselé du sang de Bella… j’ôtai alors mon pull puis frottai inlassablement sur le cuir pour enlever au mieux les traces d’hémoglobine. Je me mis à humer l’odeur de son sang à travers le tissu. Tout au long de mon parcours à travers les forêts, j’avais dû refouler l’envie de venir poser mes lèvres sur son visage ensanglanté. Il m’avait fallu ravaler le venin qui inondait ma bouche et me concentrer uniquement sur le chemin (une première) pour que mon esprit se focalise sur autre chose que sur les minces filets de sang qui s’écoulaient tranquillement, l’air de rien. A cet instant précis, j’entrepris quel avait été le calvaire de Rosalie transportant le corps inanimé d’Emmett qui se vidait de tout son sang. Reprenant mes esprits, je décollai mes lèvres de mon pull, puis le lançai dans une poubelle proche de la voiture.

Je pris la route 87, direction le Bronx afin d’y laisser la voiture. Je savais qu’elle trouverait vite un autre propriétaire qui ne se poserait aucune question avant de la vandaliser à son tour. Je traversai la ville, cheveux au vent aspirant les derniers effluves du sang de Bella, tentant de me concentrer sur la route. La verdure florissante de Central Park laissa la place à des échangeurs et des routes sans fin avant de bifurquer vers un quartier les moins accueillants de Manhattan : le Bronx et ses immeubles décrépits, avec ses terrains vagues inquiétants et ses habitants lugubres. Je décidai de ne pas m’enfoncer plus dans le cœur de cette ville atemporelle, et laissai la voiture sur un trottoir le long d’une voix ferrée, telle un objet de tentation pour ses riverains. Pour ma part, je jouais au parfait newyorkais en empruntant les transports en commun qui me ramènerait dans l’Upper East Side, à deux blocs de Central Park, au Lenox Hill Hospital, auprès de ma belle.

Je pénétrai dans le bloc par l’entrée principale de ce bâtiment aux briques rouges et aussi vieux que moi. Le flot des urgences me permirent de me faufiler entre les brancards et les allers-venues incessants du personnel médical, passant inaperçu puisque n’étant ni blessé, ni malade. Pourtant, ma pâleur cadavérique aurait dû en alerter plus d’un… je ris doucement de mon constat tout en prenant la direction des ascenseurs. Parvenu à l’étage qui m’intéressait je tournai à gauche, direction le bureau de mon père, mais je fus arrêter dans l’ouverture de sa porte.

« Monsieur que faites-vous ? Vous n’avez pas le droit, cet étage est strictement réservé au personnel médical ! » une infirmière se jeta quasiment sur moi, me menaçant par-dessus ses lunettes aux montures épaisses.

« Désolé je… » elle ne me laissa pas le temps de m’expliquer, me montrant le chemin des ascenseurs.

« Il s’agit du bureau du Dr Cullen et vous n’avez aucun droit d’y pénétrer ! Alors s’il vous plaît, veuillez regagner les étages inférieurs. » la lecture de ses pensées me prirent au dépourvu. A l’inverse de ses condisciples, elle ne semblait ni effrayée, ni même subjuguée par ma personne. En fait, elle est complètement insensible, une grande première pour mon égo qui, il faut l’avouer en pris un coup.

« Léna attendez ! » Esmé apparut dans mon champ de vision avant même de l’entendre. « Il s’agit de mon fils ! Edward, mon fils prodige est de retour ! » elle m’encercla dans ses bras, appuyant sa tête contre mon torse, dans un élan d’affection. Ma dernière visite remontait à des mois, et avec les derniers évènements Esmé était paniquée pour ses enfants. « Oui, c’est mon fils que je retrouve depuis tous ses mois d’absence… mon fils… mon fils… » je collai ma joue sur ses cheveux et l’enlaçai à mon tour. L’infirmière vint rompre notre moment d’intimité :

« Je suis sincèrement navrée Mme Cullen, mais à ma décharge il s’agit du seul de vos enfants que je n’avais pas encore vu. Et si je peux me permettre, celui-ci vous ressemble plus que nul autre. » sa réplique m’étonnai, savait-elle que nous n’étions que des enfants adoptés ? Poussant plus loin mon analyse, je compris qu’elle était au courant pour la situation de mes frères et sœurs, et que sa comparaison n’avait pas d’autre but que celle de réjouir une mère retrouvant son fils adoré. Quelle touchante attention de sa part !

« Enchanté… » je lui tendis une main, avant d’y renoncer. Le contact de ma peau aurait pu la surprendre. A la place, je lui offris une petite révérence qui la fit sourire.

« Ici tout le monde m’appelle Léna. Enchanté également… »

« Edward Cullen. Tout le plaisir est pour moi ! » le sourire de cette jolie infirmière et le réconfort de ma mère réussit à m’apaiser un instant, à me faire oublier le destin qui se jouait quelques étages en-dessous, dans un bloc opératoire, où ma bien-aimée se trouvait entre la vie et la mort. Néanmoins, je voulais croire au talent de mon père, car la confiance que je lui portais était inébranlable.

« Léna travaille dans le service psychiatrique et plus particulièrement elle s’occupe de jeunes enfants. Et mon fils, Edward revient d’Europe où il y est partit étudier. » Esmé se chargea des présentations officielles tandis que je fouillais dans les pensées de mon interlocutrice. Ce petit bout de femme à la peau sombre et aux yeux rieurs m’interpellait. Je fus ravi de voir le respect qu’elle avait pour mes parents, mais aussi bien plus absorbé par tout le travail qu’elle accomplissait sur ses jeunes enfants souffrant de maladies incurables ou handicapés.

« Vos enfants sont un ravissement Mme Cullen, si jeunes et pourtant si bien éduqués ! »

« Oui, ils sont ma joie de vivre, alors quand je les retrouve je ne peux plus m’en séparer. » à ses mots Esmé plaça sa main sur mon avant-bras, un élan spontané qui me surpris. J’étais resté bien trop longtemps écarté des miens, les contacts me faisaient sursauter alors qu’ils étaient pourtant si agréables.

« Je vous laisse en compagnie de votre fils, vous devez avoir pleins de choses à vous raconter. » sur ces dernières paroles, Léna s’éclipsa aussi soudainement qu’elle était apparue, nous laissant, Esmé et moi-même seuls.

Je pénétrai dans la pièce appartenant à mon père, modeste mais accueillante. Une large fenêtre nous offrait un spectacle indéfinissable sur Central Park et ses étendues d’eaux. Au milieu, se trouvait un large bureau en chêne massif, où s’éparpillait tout un tas de dossiers médicaux et une paperasse désordonnée, ainsi qu’un ordinateur portable aussi fin qu’une feuille de papier. Plus à gauche, une bibliothèque courait tout le long du mur, essentiellement des ouvrages de médecine, et sur les sciences diverses et variées. Et juste à droite de la porte, un canapé en cuir usé occupait un petit espace. Esmé se dirigea vers ce dernier et m’invita à la rejoindre avant même de prononcer l’invitation à voix haute. J’essayai de rester concentré sur ses pensées afin de ne pas entendre celles de Carlisle trois étages plus bas, sur les difficultés qu’il rencontrait pour suturer les plaies internes.

« Viens t’asseoir. » j’obtempérai sans rien dire, ma mine déconfite parlait pour moi de toute façon. « Tu as accomplis une vraie prouesse, tu as réussi à repousser tes envies de sang et de ça tu peux en être fier ! »

« Je peux être fier de ne pas l’avoir achevé sur le chemin, c’est de cela dont je dois me glorifier ? » mon ton sarcastique repris de plus belle : « Ou alors, dois-je me ravir d’être parti pour la retrouver dans un état encore plus lamentable qu’à mon départ ? »

« Cesse de te culpabiliser pour des fautes dont tu n’es pas responsable. Il faut que tu apprennes enfin à t’accepter. A accepter ce que tu es ! Oui tu es un monstre redoutable, qui aurait pu la tuer à tout instant, mais ta bonté naturelle t’en a empêché, ainsi que l’amour inconditionnel que tu lui portes. Tu peux… ou non plutôt, tu dois en être fier ! » elle posa une main sous mon dos, tandis que j’enfouissais mon visage dans mes mains.

« Que dois-je faire si… (rien que de penser à cette éventualité, mon cœur se fissurait de toutes parts) si Bella ne devait survivre ? »

« Ce que tu penses être le meilleur pour elle. »

« Là est tout le problème, je ne sais pas quel est le meilleur pour elle… Ses envies d’hier sont-elles les mêmes qu’aujourd’hui ? »

« Laisse parler ton cœur, lui seul te dira quel chemin prendre. Et sache que, quelque soit ta décision nous te soutiendrons de notre mieux. » l’amour sans limite d’une mère qui pardonnerait n’importe quelle erreur à son enfant. 

Comment savoir quelle serait la bonne décision, ne pouvant pas lire dans ses pensées, ne pouvant voir clairement ce qu’elle désirait. A moins de voir son avenir…

« Où sont passés les autres ? » depuis ma cavalcade, j’avais perdu toute trace de mes frères et sœurs, ainsi que le file de leurs pensées. Esmé essayait de brouiller son esprit mais je vis claire dans son jeu : « Ils sont partis… Alice a emporté ses visions avec elle. »

« Ils sont en Alaska, tous les cinq. D’ailleurs, il me tarde de rencontrer ma nouvelle fille adoptive, qui selon la description de Rosalie, ressemble à une magnifique petite poupée de porcelaine. Et puis… »

« Ne change pas de sujet et n’essaye pas de canaliser tes pensées sur autre chose ! Je sais très bien ce que tu cherches à me cacher. Alice à vu l’avenir de Bella et pour une raison que j’ignore encore elle a décidé de me le dissimuler ?! » mon ton était un peu trop abrupt car je vis les traits  de ma mère se raidirent. « Excuse-moi… je suis anxieux, comprends-moi. »

« Alice ne pas révéler la vision qu’elle a eut. Elle m’a juste expliqué qu’il serait mieux pour toi, de prendre cette décision tout seul en connaissance de cause. De ne pas recourir à son don, qui comme elle me la stipuler n’est pas une source absolue, chacun est maître de son destin et libre à lui de prendre la route qu’il souhaite. »

« Merci d’éclairer ma lanterne, je ne peux lui en être que reconnaissant ! » j’étais excédé que ma sœur cadette s’amuse à ce genre de parade au moment le plus critique pour moi. Que cherchait-elle ? A nous démontrer notre dépendance par rapport à son don, ou le fait qu’elle soit devenue indispensable pour nous !

« Elle a rajouté une chose à ton attention : Apprend à être égoïste parfois, car il arrive que le caprice d’une personne en aille de même pour une autre. » je reconnaissais bien là les jeux de mots préférés de ce lutin machiavélique. Esmé était en train de se repasser la conversation téléphonique qu’elle avait eu quelques minutes avant mon arrivée. J’appris qu’ils prenaient la route en direction de l’Alaska, pour demander de l’aide aux Denali. Même si le problème « Victoria » était réglé, un autre avait pointé le bout de son nez, mais je repoussai ce sujet au plus profond de mon cerveau, j’avais plus grave en ce moment et ne souhaitais disperser mon attention.

« Edward (je tournai la tête vers Esmé) parle-moi de ta nouvelle sœur. » me demanda-t-elle sur un air enjoué. Même sans lire dans ses pensées, j’aurai senti sa tactique à des kilomètres : me faire parler d’autre chose pour apaiser mon cerveau. Je me résolus à contre cœur à parler de cette chère sœur au passé chargé (encore une) dont la relation avait été des plus houleuse.

« Orline ressemble effectivement à une jolie poupée de porcelaine avec des yeux verts émeraudes ma… » je me levais d’un bond et j’allais me ruer sur la porte si Esmé ne m’avait retenue par un bras.

« Edward calme-toi ! Ton angoisse n’arrangera rien tu le sais pertinemment ! » sa voix était un murmure, dure mais silencieux.

« Esmé… son cœur… son cœur… » je m’écroulai sur le linoléum du bureau de mon père en proie à une angoisse terrible. J’étais une créature forte, rapide, dotée d’un don hors du commun, et pourtant en cet instant j’étais inutile. Le cœur de Bella venait de stopper tous battements et mon père se démenait comme un fou pour juguler l’hémorragie interne qui s’écoulait dans ses organes.

Les ordres que Carlisle lançaient à ses assistants résonnaient autour de moi, comme dans un écho obsédant, suivit par les ondes électriques des électrochocs qui tentaient de ramener son cœur en vie. Je pouvais voir son corps frêle et mince se soulever à chaque fois que le courant lui traverser la poitrine, venant percuter contre son cœur qui restait insensible à ses tentatives désespérées. Il est trop tard… trop tard… le venin ne circulerait pas si aucune pulsation ne le renvoyait à travers ses veines, son système sanguin. Je serrais mes poings, incapable d’exécuter tout autre mouvement, les yeux fermaient et mon esprit dans le bloc opératoire en train d’assister au funeste spectacle.

« REAGIS BELLA ! BATS-TOI POUR MOI ! je t’en pris… ne meurs pas… ne m’abandonne pas… pas maintenant, pas comme cela ! »

BIP… Bip… bip… bip… bip…

Merci… merci Bella…

***

  Son cœur avait repris des pulsations normales et régulières, mais elles n’étaient pas naturelles… un appareil respiratoire maintenait son rythme cardiaque à un stade minimum, permettant d’alimenter son cortex et ses organes en oxygène, tout le reste n’était qu’une enveloppe vide.

« Je suis navré Edward, mais les dégâts sont trop importants. La moelle épinière a été sectionnée en divers endroits, notamment une lésion au niveau du rachis cervical et… »

« Tu peux éviter le langage médical un instant et m’expliquer clairement le diagnostic, tes pensées techniques m’agacent ! »

« Sa colonne vertébrale à été sectionnée plusieurs fois, et principalement à des endroits dangereux : le cou ainsi que des vertèbres lombaires et dorsales. »

« Ce qui signifie que… »

« Ce qui donne lieu à une totale paralysie des quatre membres, une importante tétraplégie. Auquel on doit ajouter un hématome sous-dural aigu… »

« CARLISLE ! Sois plus clair ! »

_  « Il y a des poches de sang dans son cerveau dans la substance nerveuse, qui entraîne trouble de la parole, paralysie, confusion, voire même agressivité et divers troubles du comportement qui »

« Elle pourrait ne se souvenir de rien… ni de l’accident, ni de moi, ni »

« C’est une chose à envisager effectivement si… »

« Si ? »

« Si elle se réveille. »

Pour la première fois depuis ma renaissance, les pensées des gens qui m’entouraient, étaient les plus confuses les unes des autres. Bizarrement, l’esprit de mon père était insondable, enchaînant tout un tas de mots issus d’un vocabulaire qui m’était étranger. Esmé se cramponna à moi pour ne pas vaciller, comme si je pourrais la soutenir, moi le roc imperturbable je venais de trouver ma faille. Bella ne rouvrirait probablement plus les yeux, je me basais sur les statistiques émissent par mon père : ces chances de guérison étaient très minces. De surcroît, elle risquait de ne pas survivre à une autre anesthésie, l’étape « bloc opératoire » était donc à bannir. Seul le temps pourrait nous en apprendre plus sur l’évolution de son état.

Ma vie était éternelle, je pouvais l’attendre indéfiniment mais en ce jour toute ma patience me faisait faux bond, et je témoigner d’une virulente impétuosité qui me rongeait l’estomac. Il fallait que j’agisse tant que les machines lui permettent de faire circuler son sang à travers ses veines jusqu’à son cœur encore en état de marche. Déjà je n’écoutais plus ni les paroles rassurantes de mon père, ni même leurs pensées, j’étais dans la chambre de Bella, mes crocs plantés dans son cou juste à l’endroit de la carotide.

« Edward, tiens prend cela. Nous sommes derrière toi qu’importe ta décision, elle t’appartient désormais, et à toi seul. » Esmé me remit une fine clé dans la paume de main avant de refermer mon poing contre cette chose métallique. Ces pensées m’envoyaient des signaux compatissants, et je lui en fus reconnaissant.

Je l’ai placé dans une chambre isolée pour que le personnel médical ne pose pas trop de questions.

« Merci pour tout ce que tu as fait. »

J’aurai aimé en faire davantage… la soigner… je suis désolé Edward…

Mon père se flagellait pour une faute qui ne lui incombait pas, la responsable de cet accident avait payé de sa vie cette infamie, mais malgré cela Bella allait mourir ou pire finir sa vie dans un fauteuil roulant, à moitié amorphe et totalement inconsciente de son environnement. A moins que le criminel ne soit moi, mon existence… J’enfonçai ma main dans la poche de mon pantalon afin d’y glisser la clé en toute sécurité, et embrassai Esmé et Carlisle avant de bondir dans le couloir.

Je sautai dans le premier ascenseur qui s’ouvrit devant moi, et restait suffisamment à l’écart des personnes pour n’alarmer quiconque sur ma température corporelle. Le chemin jusqu’à sa chambre me parut interminable, tant je redoutai de voir son image de mourante. La porte close face à moi fut une véritable étape, un défi que je ne réussis pas à relever. Je savais que le spectacle que m’offrirai cette chambre vétuste avec sa pâle figure allait me renverser littéralement, tout d’un coup je ne me sentais plus sûr de moi et de ma robustesse.

Alice je t’en conjure viens-moi en aide… dis-moi ce que je dois faire… quel est son avenir ?

Malheureusement le téléphone resta silencieux malgré ma prière qui passait en boucle dans ma tête pour qu’elle ne lui échappe pas. Que m’aurait-elle dit si elle avait à côté de moi en ces instants ?

« Ouvre la porte et affronte ton destin. La personne qui se trouve de l’autre côté à plus besoin de toi que tu ne l’imagines. Alors assume tes actes et prend les devants ! Sois le héros de ton histoire, et non le spectateur ! »

J’actionnai la clenche de la poignée et l’entrebâillai doucement comme pour ne pas la réveiller ou l’effrayer par ma présence. Je ne vis qu’un bout de lit, le reste étant caché par un pan de mur, mais déjà les bruits des machines se répercutaient contre tous les murs de la pièce, répétitifs et lancinants. Puis, une odeur de sang me frappa à la gorges, qui d’autre se trouvait dans cette chambre ? En avançant vers le lit je ne découvris personne d’autre que son corps inerte qui reposait sur son lit comme un cadavre dans son cercueil. La pâleur de son visage aurait pu défier les miens, et tous ses muscles semblaient si détendus. Tandis qu’un autre sang s’écoulait en elle. Durant le trajet jusqu’à l’hôpital et même pendant l’opération, elle avait perdu une quantité de sang, du coup Carlisle avait jugé utile de la transfuser. Modifiant toute sa fragrance sucrée et florale qui me plaisait tant.

Je continuai de marcher droit devant moi, me stoppant au pied du lit sur lequel je pris appui. La personne qui se trouvait devant moi m’était complètement inconnue, ni son visage, ni son odeur, ni la raideur de son corps ne m’étaient familiers. Et pourtant, si je décidai de la transformer elle ressemblera à cette femme, livide, impassible et avide de sang.

Le supporterai-je ? Serai-je amoureux de cette nouvelle femme ?

Toutes ses pensées m’assaillaient de toutes parts, me tordant le ventre et me broyant le cœur tandis qu’elles saccageaient mon cerveau. Mais, il fallait que j’envisage toutes les possibilités avant d’agir, de commettre l’irréparable. Le seul souvenir de notre année passé ensemble, comme deux amoureux transis me suffirait-il, alors que la nouvelle situation ne me convenait pas ?

Je ne verrai plus ses joues rosirent aussi souvent que par le passé. Je ne serai plus obligé de me rendre indispensable pour lui éviter toutes chutes inopinées. L’odeur de son sang ne me fera plus le même effet, me laissant un goût à la fois doux et amer. Sa beauté sera sublimée à la perfection. Et puis, sa passion pour le sang modifierait ses traits de caractère pour un temps, la faisant ressembler à une bête sauvage et assoiffée.

Mes idées noires m’emportaient vers des contrées lugubres et sinistres, cependant elles ne dérivaient pas sans raison. Mon inquiétude semblait légitime, malgré le fait que ni la distance, ni même le temps n’était parvenus à la chasser de mon cœur, je m’inquiétai pour le devenir. Je me questionnai sur mes futures réactions face à ce nouveau monstre…

Reprenant le fil de mes pensées, mon cerveau me repassa un moment bien choisi : le soir du bal, où tétanisée à la simple évocation du mot « danse », elle s’était laissé hisser sur mes pieds afin de ne pas trébucher. Durant tout le long où dura notre valse enlacée, les yeux plongés dans les siens, j’avais pu deviner son angoisse, elle s’attendait à tomber à chaque tournant. Puis, lorsque je l’avais finalement remise sur ses pieds, elle paraissait ravie de n’avoir commis aucun faux pas, et son sourire rayonna sur sa figure resplendissante. Comme par le passé, où j’avais prévenu le moindre accident, je serai à l’avenir celui qui la retiendrait de commettre un impaire, celui qui lui apprendrait à maîtriser sa soif, à chasser. Qu’importe ses envies, je ferai en sorte d’illuminer chaque jour son quotidien et pour cela je m’en donnerai tous les moyens.

Mes yeux toujours fixés sur mes mains sans les voir, s’arrondirent en constatant qu’elles avaient littéralement broyé la barrière au pied du lit. Même après enlevé mes mains, leurs traces étaient toujours visible sur le morceau métallique qui ressemblait plus à une matière souple comme de l’étain qu’à de l’acier. Quittant mon poste d’observatoire, je m’avançai sur le côté du lit, avant de m’asseoir sur un fauteuil.

« Bonsoir mon ange. Tu peux ouvrir les yeux maintenant, il ne s’agissait que d’un rêve, un très mauvais rêve. Réveille-toi mon ange » lui susurrai-je à l’oreille, repoussant délicatement les mèches de cheveux qui faisait un barrage. « Il est temps de revenir parmi nous, tu as assez dormis (je pris sa main délicatement dans les miennes, tout en prenant garde à la perfusion qui saillait hors de cette dernière) souhaites-tu m’abandonner sans m’avoir conté ta vie sans moi ? Ainsi tu comptes échapper à ma colère ! Je ne me suis pas débiné quand tu as lancé tes invectives contre moi, à mon tour maintenant ! » mes mots ne lui arrachèrent aucun sourire en coin, ni même aucun emballement cardiaque, elle resta parfaitement stoïque, comme je pouvais le faire parfois.

Effectivement, j’avais tellement de choses à lui dire, à lui crier ! Elle qui avait si vite cru à mes mensonges, comment avait-elle pu douter si vite sur mon amour ? Ne me faisait-elle toujours pas confiance après toutes les épreuves que nous avions traversées ? Un an après je n’en revenais toujours pas.

« D’ailleurs, sache que je suis jaloux de ce que tu as fais. Tu as laissé un autre que moi t’aimer, t’embrasser et te faire sourire. Je t’avais dis d’être heureuse, et sur le coup je le pensais réellement. En réalité, je ne te voulais que pour moi et pensais un peu naïvement qu’il en serait de même pour toi. » mes propos n’étaient que murmures, seule Bella devait les entendre.

Ma bouche remuait sans cesse, répandant un flot de  paroles insensées et pourtant si vraies. Mais elles prenaient un tout autre sens à cause de mon état d’énervement mélangé à mon anxiété quant à la suite des évènements. En d’autres mots, je déraillai complètement, perdant tout sens et signification des mots qui passaient la barrière de mes lèvres pour aller se loger dans le creux de ses oreilles. Des choses dont j’étais peu fier de dire mais que j’avais pensé sur le mot, le tout dans une sorte de confession comme pour m’absoudre mes prochains péchés, et surtout le meurtre que j’allais commettre d’ici peu…

« Pourquoi avez-vous pris mon cœur dans ce guêpier ? Que m’avez-vous fais pour que toutes certitudes et sérénité m’échappent ? Vous êtes mon pire cauchemar personnifié,  le corps de cette fille n’est qu’une duperie, le but est ma perdition c’est bien cela ! »

Je sentis les os de sa main se fissurer sous ma poigne d’acier, le monstre tapi dans l’ombre, dans les profondeurs les plus noires de mon âme surgissait au moment où j’étais le moins apte à résister à son appel. Tout mon corps brûlait de colère envers cette fille venue de mon enfer personnel afin de chambouler toute ma vie, mes principes et tout ce que j’avais pu réussir à accumuler de positif dans cette existence inhumaine et sordide.

« Je te déteste d’exister… je te détester de t’aimer autant… je te déteste de faire de moi un être aussi tiraillait car je ne pense qu’à ton bonheur ! Mais je ne peux plus me passer de toi, alors pour te faire pardonner tu seras mienne à jamais ! » j’approchai sa main, dont les doigts cassés avaient gardé la même positions, et la portai à mon nez.

Je respirai à plein poumons ce parfum qui m’était si familier : l’odeur sucré de sa peau et sa douceur. Mes lèvres frôlèrent le creux de sa paume jusqu’à la naissance de son poignet que je léchai du bout de ma langue. Son odeur parvint à chasser la bête en moi, à la repousser dans les confins de mon âme, je sortais de ma colère et de ma transe.

« Oh Bella regarde ce que tu fais de moi… je ne peux vivre éternellement dans ce calvaire. Alors quitte à me damner, je souhaiterai que tu m’y accompagnes et ce jusqu’en enfer. » je continuai à embrasser le parcours de ses veines dont le tracé bleu ressortait sur sa peau blafarde. J

Je m’imprégnai de chaque centimètre parcouru, me saoulant avec son odeur, le bout de ma langue laissant ses diverses plaies et égratignures. Son sang fit jaillirent de mes crocs le venin qui inonda ma bouche. En le ravalant, je laissais ma gorge s’enflammer de par le feu qui naissait en moi et son sang qui me rendait fou.

J’arrachai délicatement les manches de la blouse blanche qu’elle portait, ne voulant à aucun instant échapper au contact de sa peau. Le tissu se rompit en deux morceaux jusqu’à son encolure, je repoussai le premier pan, tandis que l’autre retomba négligemment sur sa poitrine. Ma langue s’enroula sur l’arrondi de son épaule, alors que mes mains se chargèrent de repousser les mèches de cheveux qui s’éparpillaient dans son cou.

Parvenu au creux de sa gorge, je sentis les vibrations de son pouls, le flot de sang qui était propulsé dans l’artère juste sous mes dents acérés. J’ouvris mes mâchoires pour placer mes dents pile au niveau de la carotide, les faisant glisser sur le satin de sa peau et me résigna.

« Bella… et si je ne parviens pas à m’arrêter ? »

Mes yeux cherchèrent son visage, ses yeux, une lueur d’espoir, un réconfort exprimé de n’importe quelle façon, bien entendu rien ne transpirait de ses traits détendus. Mes lèvres vinrent se poser sur les siennes, pour lui donner un dernier baiser, le dernier de sa vie d’humain ou le dernier de toute son existence. Je m’attardai un instant sur ses deux petits bourrelets de peau rose et tendres. 

« Je ne suis pas aussi fort que je le prétends, car depuis que je t’ai rencontré… depuis que nos yeux se sont croisés, j’ai compris que ma vie seule m’importait peu, si je n’avais rien à défendre, rien contre quoi me battre, alors la vie ne valait pas la peine d’être vécue. Je suis devenu vulnérable, car j’ai peur de te perdre à jamais. »

Je respirai un grand coup avant de me pencher sur elle, et juste avant de refermer mes dents sur la partie tendre de son cou, je fus certain d’une chose : mon amour était sans limite et je serai prêt à n’importe quel exploit pour elle.

« A très vite mon amour. La douleur sera fulgurante mais je serai de l’autre côté à t’attendre. »

Enfin, son sang coula le long de ma gorge… les premières gorgées m’écœurèrent mais très vite je reconnus les premières effluves de son arôme : un mélange doux mais tenace qui s’infiltrait dans tout mon corps. Je m’emparai de ces poignets pour les transpercer également avant de planter mes crocs au-dessus de son sein gauche, au niveau de son cœur. Son sang me transporta, me fit l’effet d’une bombe qui explose avec le souffle de la détonation.

Les convulsions de son corps me firent tout stopper… je lui avais pris trop de sang…

***

Dans un esprit calciné par la propagation du venin…

Certaines personnes qui sortent d’un profond coma vous raconteront alors leur expérience dans l’au-delà, le mythe du tunnel obscurcit avec une lumière blanche à son extrémité. D’autres rajouteront même avoir vu quelques-uns de leurs proches décédés venus les accueillir pour passer dans l’autre monde. Ou encore, d’autres vous diront avoir survolé la pièce et assisté d’un point culminant à leur trépas. Toutes ses expériences de mort imminente, basées uniquement sur des témoignages de comateux revenus d’entre les morts ne sont évidemment pas objectifs. La limite entre le ressenti réel et le rêve est trop flou pour accepter comme vérité générale la présence d’un Éden après notre vie sur terre. La seule motivation à croire en ce genre d’évènements est notre croyance dans une autre vie post mortem. En effet, il est parfois difficile de se persuader qu’une fois notre cœur silencieux nous retournons dans des tréfonds insondables et inconscients. Alors, toutes ses histoires et témoignages ne sont alimentés que par notre cerveau, inconsciemment, qui révèlent tout simplement notre peur commune de ce qu’il adviendra de nous une fois notre vie achevée.

Je me permets de mettre en doute cette croyance, car durant mon état comateux, je n’ai à aucun moment aperçu ni le moindre tunnel sombre, ni la moindre lumière bienveillante et encore moins un accueil chaleureux par des anges en culottes courtes. Non, bien au contraire, la seule chose que je sentis était la brûlure du feu…

Mon corps ne répondait à aucun des signaux que mon cerveau lui transmettait. J’aurai souhaité pouvoir me tordre tant la douleur qui me parcourait l’intérieur de mes bras et de mon cou était insurmontable, mais rien n’y fit. L’impression d’être fermement ligotée sur une planche me vint à l’esprit. Pourquoi ne pouvais-je remuer aucun de mes membres, ni même réussir à serrer mes mâchoires afin de lutter contre le feu qui m’incendiait.

L’incendie était partie de ma nuque, à moins que ce ne soit mon cou, pour se propager dans toute ma cage thoracique, puis remontant le long de mes bras pour courir dans mon dos et parvenir jusqu’à mes jambes. Bizarrement, je pouvais ressentir de façon douloureuse, tout le parcours de la douleur mais sans être capable du moindre mouvement. J’étais enfermée dans une pièce sans lumière, minuscule car je ressentais les parois tout le long de mon corps, chaque centimètre était en contact avec une surface dure. A moins… à moins, qu’il ne s’agisse de mon propre cercueil… Était-il possible que l’on met enterrée vivante ? Mais pour quelle raison ? Étais-je morte ? Dans ce cas là pourquoi ressentais-je la douleur, et comment se faisait-il que j’en étais consciente ?

Tout ceci était absurde, je n’étais pas morte ! Le feu s’intensifia dans mes veines à un tel point que la chaleur se transforma en froid, telle de l’azote liquide qui remontait de mes jambes et mes bras. Je sentais l’azote me parcourir millimètres par millimètres, et sa trajectoire était identique : le haut de mon corps… Quand la masse froide se déporta sur la gauche de ma poitrine, j’entendis, comme un écho lointain : les battements de mon cœur qui résonnaient à travers mes propres oreilles. Tout d’abord emballé, mon rythme se calma, émettant un son fort et espacé. Puis, les vibrations se firent plus courtes et timides. J’assistai passivement, sans pouvoir y changer quoique se soit au dernier soulèvement de mon cœur qui se brisa dans un raté au moment où l’azote entra dans les deux ventricules.

Impression étrange que d’être à la fois impuissante et consciente du moment de sa propre mort. Je stoppai toute lutte interne, attendant l’instant où mon esprit s’éteindrait à son tour faute d’oxygène. J’avais lu dans une revue scientifique qu’il fallait quelques instants au cerveau pour se couper de la réalité, mais alors que mes yeux ne voyaient rien de ce qui pouvait se trouver autour de moi, mon cerveau lui vagabondait encore, perdu dans les labyrinthes de mes pensées.

Je le revoyais avant son départ, quand mon amour lui suffisait encore, quand ses lèvres froides venaient se plaquer contre les miennes. Le seul regret que je pouvais émettre, était d’être morte avant de lui avoir expliqué la raison de ma haine à son égard : l’amour inconditionnel que je lui portais encore et malgré tout…

Trou noir !

***

Panique totale au lever du jour…

J’arrachai tous les tuyaux qui la reliaient à toutes sortes de monitoring, appareils respiratoires et surtout à la perfusion qui l’alimentait encore en sang. Ma soif avait pris le contrôle de ma volonté pendant un bref instant, mais un instant de trop. Je savais que je lui avais pris une quantité non négligeable de sang, néanmoins la dose de poison était conséquente. J’espérai que même si la quantité d’hémoglobine s’était tarie, le liquide venimeux parviendrait à s’infiltrait dans son système veineux.

Puis les premières contractions musculaires m’indiquèrent que le poison faisait son effet, tandis que son pouls s’affolait. Toutefois, je fus étonné de constater l’absence de réaction sur son visage, la douleur n’était aucunement visible sur ses traits. Carlisle lui avait sans doute administré une quantité de morphine suite à l’opération, et peut-être même davantage en prévision de son éventuelle transformation. Néanmoins, j’en restai perplexe alors que ses jambes et ses bras se raidirent au passage du venin mortel.

Je patientai encore quelques minutes, attendant d’assister aux derniers battements de son cœur qui, surprise, s’acharnait pour continuer son dur labeur et ne pas perdre la partie. Je me rappelais que lors de la transformation de Rosalie, d’Esmé et d’Emmett, leur cœur n’avait pas résisté longtemps face au pouvoir ravageur du venin de Carlisle, alors que l’état de santé de Bella était identique aux leurs. Est-ce un signe, une façon de me rendre à l’évidence que Bella luttait pour rester en vie ? Je repoussai cette pensée aussi inutile que blessante, car de toute façon le mal était fait à présent.

Les yeux fermés, et la tête penchée sur son sein gauche j’écoutai silencieusement les derniers battements de son cœur. Celui qui m’avait permis de surprendre ses moindres excès de panique, de doute, d’inquiétude. Celui qui à chacun de mes baisers émettait des ratés. A défaut de pouvoir lire dans ses pensées, son cœur avait été pour moi comme une sonde pour l’analyse de ses ressentis. Et aujourd’hui, j’assistai à son arrêt définitif sans émettre le moindre regret. 

Alors que son cœur ne résonnait plus dans mes tympans, j’entrepris d’ouvrir la fenêtre de la chambre, qui une chance, donnait sur une petite cour intérieure peu fréquentée. J’enroulai Bella dans une couverture à l’effigie du Lenox Hill Hospital, et soulevai son corps sans vie dans mes bras. Un bref coup d’œil dans la cour m’apprit que la voie était déserte, alors j’enjambai le chambranle de la fenêtre et me laissai tomber plus bas. J’atterris sur le sol qui trembla légèrement sous mes pas. De mon bras libre, je tâtais mon pantalon à l’endroit où se trouver la fine clé que ma mère m’avait remise quelques instants plus tôt. Cet asile me serait très utile pour veiller sur la métamorphose de Bella.

Rabaissant un pan de couverture sur son visage, je constatai que la transformation commençait déjà son opération, une pâleur cadavérique s’emparait de son teint d’albâtre, et de très légères ombres violettes naissaient sous ses yeux toujours clos. Par contre, la rigidité de son corps et le silence qu’il en ressortait m’inquiétais. Les précédentes mutations auxquelles j’avais assisté, s’étaient déroulées de la même façon : crispation des traits à cause de la douleur, convulsions très fortes des membres inférieurs et plaintes gutturales qui s’échappaient de leur gorge. Alors que Bella semblait dormir paisiblement. En mon for intérieur, j’associai son visage à celui d’un cadavre mais je voulais croire en la réussite de mon entreprise.

J’empruntai des rues désertes et ne quittai pas l’ombre des bâtiments, ne désirant alerter aucun badaud avec mon drôle de paquetage que je me trimbalais dans mes bras. Du coup, je longeai les murs, dans l’attente de trouver une solution moins dangereuse, d’autant que le soleil déjà haut dans le ciel, laissait ses rayons s’infiltrer entre chaque immeuble. 

Le piège se refermait sur nous, quel imbécile ! J’aurai dû prendre la voiture de Carlisle, nous aurions été protégés par les vitres teintées. Mais maintenant, il était trop tard pour faire machine arrière. Il ne me restait plus qu’une solution, la plus périlleuse mais qu’avais-je à perdre planté au milieu d’un trottoir à chercher de l’ombre, alors que la journée promettait d’être radieuse, un comble. Je resserrais ma prise autour de Bella, et je me mis à courir aussi vite que je le pouvais sans prendre gare aux gens que je frôlais stupéfaits.

Les journaux s’envolaient en tourbillonnant sur mon passage et certains piétons se trouvaient propulsés sur quelques mètres sans voir la personne qui les avait bousculés. Je ne cherchais qu’une seule chose : un abri quelconque, et seul une forêt pourrait m’offrir ce havre de paix. Il me fallut dix bonnes minutes pour me faufiler de rues en rues pour enfin sortir du centre de la ville. A cela je rajoutai d’autres kilomètres avant d’atteindre mon but : le couvert protecteur des bois. Je ralenti ma course et hasarda un œil sur ma coéquipière passive, elle avait gardé le même aspect statuaire, mais en posant mes lèvres sur son front je pus sentir une vague de froid… la transformation était en train d’opérer, j’avais réussi !

La transformation était fulgurante et étonnamment rapide, d’habitude il fallait au moins compter deux jours pour que les premières modifications apparaissent, et en seulement une heure Bella avait déjà acquit une grande partie de la morphologie attribuée aux vampires. En mon for intérieur, j’étais persuadé qu’elle serait un être à part, que nous réservait-elle pour s’accommoder si vite de son nouveau statut ? Et puis la mort lui allait si bien. Je ris de cette dernière remarque, puis repris ma course vers notre lieu de pèlerinage.

Après seulement quelques minutes, nous étions arrivés à bon port devant cette maison très simple que Carlisle et Esmé avaient acheté lors de leurs fréquentes visites à New York. La maison était vraiment des plus banales, sa seule similitude avec le reste de nos dépendances était la forêt avoisinante, critère de choix non négligeable pour une bande de vampires. J’ouvris la porte à l’aide de la clé que ma mère m’avait remise et pénétrer dans une petite pièce aux couleurs chaudes.

Je déposai le corps de Bella sur un des canapés qui trônait au milieu du salon orange et verrouillai la porte d’entrée. J’aurai voulu aller prendre une douche pour me relaxer de cette nuit étourdissante mais un cri pénétrant m’en dissuada. Les derniers effets de la morphine s’était complètement dissous et la douleur prenait enfin place dans son corps. La partie la moins drôle de sa mutation était en train de se dérouler. Dans un élan, je bondis par-dessus le canapé et vint me poster à ses côtés. Je m’emparai vivement de sa main quand cette dernière me serra si fort que je crus entendre mes os craquer. A défaut de constater que la paralysie ne l’assaillait plus, je pouvais me rendre compte que la force d’un néophyte est toujours très impressionnante au départ.

Les heures défilèrent indéfiniment sur ses plaintes aigues et ses convulsions vigoureuses. Plusieurs fois, je dus la maintenir prisonnière sur le canapé pour qu’elle ne se renverse sur le sol. Et au troisième lever du soleil, deux yeux rouges vifs se plantèrent dans les miens, avides de sang chaud… La transformation avait on ne peut plus fonctionner, car j’avais devant moi un être à la peau si blanche qu’elle en était presque transparente, avec deux yeux au beurre noir rehaussés sur des pommettes proéminentes. Ses lèvres vermeilles étaient légèrement retroussées dévoilant son arme la plus dangereuse : ses dents acérées d’où le venin coulait. 

« Bella, comment te sens-tu ? »

Pendant un instant, elle continua de m’observer de ses pupilles pourpres, un air agressif marqué sur son visage. Se pouvait-il que son cerveau ait gardé des séquelles suite à son accident, et que sa transformation n’ait rien modifié ?

« Edward… » le soulagement m’envahit, elle se souvenait de moi.

« Pourquoi ma gorge… Suis-je… » par contre, je m’aperçus que ses pensées m’étaient toujours défendues.

« Je suis un vampire ! » je hochai tristement la tête de haut en bas m’attendant à sa réaction, à n’importe quelle réaction.

« Je suis morte ! Ou plutôt j’ai failli mourir alors ? »

« Carlisle a essayé de t’opérer… ta colonne vertébrale avait été sectionné en divers endroits et un caillot de sang obstruait une partie de ton cerveau. Tu es tombée dans le coma juste après, et à cause de ton arrêt cardiaque ton cerveau n’a pas été oxygéné pendant quelques minutes endommageant davantage ton cortex. Tu aurais finis dans une chaise roulante, le cerveau aussi paralysé que tes membres. Voici quelques-unes des raisons pour lesquelles je t’ai transformé… »

Je lui laissais encaisser le choc, mon débit de paroles avait jaillit sans que je le veuille car il était encore trop tôt pour expliquer quoique se soit à un jeune vampire assoiffé. Sa mine était indéchiffrable, si elle réfléchissait à la situation je n’aurai pu en connaître son ressentiment. Puis elle se mit à examiner ses mains pâles, et de ses doigts fins elle se palpa le visage légèrement émacié.

« Suis-je toujours la même ? » me demanda-t-elle timidement.

« Veux-tu te voir ? »

« NON ! hurla-t-elle. Excuse-moi… Mais je… Je ne sais plus quoi penser. Mon esprit ne m’appartient pas, et ma gorge me brûle j’ai besoin …» elle s’attrapa le cou à deux mains et se mit à le serrer violemment, ses yeux révulsés trahissaient la panique qui se lisait sur tous ses traits.

Instinctivement, je me mis à vouloir desserrer l’étau de ses mains, en vain. Alors je lui plaquai mon poignet contre ses lèvres :

« MORD ! »

Sans attendre une seconde de plus, je sentis ses canines me transpercer le poignet de part en part. La piqure du venin me brûla sur le coup, mais j’acceptai la douleur en silence et la laissai s’abreuver de mon sang. Afin que je lui sois indispensable… un subterfuge sournois mais après tout j’étais prêt à faire n’importe quoi pour la récupérer…

« Bella, le principe n’est pas que tu me vides de tout mon sang… Comment ferais-tu pour te nourrir ensuite sans moi ? » ironisai-je.

Elle s’arracha à mon poignet, laissant un filet de sang coulait des commissures de ses lèvres jusqu’à la pointe de son menton. D’un doigt je vins essuyer sa bouche puis le porta jusqu’à ma langue. A présent, nos deux sangs circulaient dans chacun de nos corps réunis pour l’éternité…

Publié dans fiction

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Commenter cet article

Clo# 24/10/2009 17:18


Bella et Edward ensembles pour l'éternité ... C'est ce que tous les fans (ou presque) désirent !!


Néo 25/10/2009 15:20


j'ai exaucé vos souhaits alors ^^


Clo# 24/10/2009 17:17


Absolument fantastique !!


Néo 25/10/2009 15:20


merci ^^


la Bella du Quebec 05/10/2009 22:29


Néo tu es fantastique j'adore telement ta fic je suis ta fan numéro 1 a présent ses super bon

quel chapitre ouffff plein d'émotion de revirement woww vraiment wowww

enfin ils sont de nouveau enssemble espèrant qu'ils ne leurs arrive plus rien a part un mariage ou juste d'être enfin heureux
re wowwww trop bon je vais a la suite


Néo 05/10/2009 23:21


tu es encore loin d'une éventuelle fin heureuse ainsi que d'un mariage... Il y a des choses encore bien pires que Victoria qui les attendent...

Je suis heureuse de te compter parmi mes fans xD a y est j'ai des fans alors =) waouh quelle douce émotion !!


Angie 23/09/2009 18:36


"Et puis la mort lui allait si bien. " je irais bien la même chose de ma prof 'histoire >.< j'aimerai tellement la voir morte x) au moins on saurait pourquoi on dirait qu'elle vient du moyen
âge >.< (bon je suis méchant là xD)
j'adore la fin du chapitre ! surtout à partir du moment où il dit à Bella "mords" x) je trouve ça choupinou = ) ♥


Néo 23/09/2009 18:55


ahhah tu as de la chance d'avoir pu lire ce chapitre je viens de l'effacer pour mettre la dernière version!

Mais en ce qui concerne celui-ci j'ai juste corrigé des fautes d'orthographe ^^

Plus j'avance et moins je modifie, c'est juste pour la syntaxe et l'oubli de mots.


roro6601 07/07/2009 16:27

Ouaiii supe néo est de retour et on va avoir le plaisir de lire le chap 17 youpiiii ;-)

Néo 07/07/2009 18:00


= ) suis contente de m'y remettre moi aussi !!