chapitre 14

Publié le par Néo

Pression

Enlacés à sa douce moitié, un vampire saigne…

A cause du retour précipité de Lily, j’avais dû me défaire de l’emprise de Bella, car devant sa mine déterminée, je n’avais pas osé insister davantage, d’autant que ses pensées trahissaient sa peur. Lily était effrayée, en effet elle ne c’était pas attendue à me revoir de sitôt et dans sa chambre de surcroît. Réaction parfaitement normale pour le commun des mortels, nous étions à la fois attirants et inquiétants. Toutefois, elle se permettait quelques familiarités en osant me mettre à la porte sans détour et sans politesse.

Bien que le son de ses pas m’ai prévenu de son arrivée imminente, je n’avais anticipé aucun mouvement. Je me délectai de ces derniers instants, doux instants où je pouvais encore respirer le parfum de ses cheveux et laisser la chaleur de son corps réchauffer le mien. Lily était restée sur le pas de la porte, interdite. Jacob m’avait devancé sur certaines explications, et l’avait renseigné sur notre histoire, et à ce moment précis elle ne savait plus trop à quoi s’en tenir. Une de ses pensées ranima en moi une flamme d’espoir, puisqu’elle se demandait si nous n’avions pas renoués. Hélas ce n’était pas le cas, Bella avait craqué et je m’étais trouvé au bon endroit, au bon moment, pour calmer son angoisse.

Nous étions donc restés sans bouger à nous regarder, mon expression se voulait rassurante, tandis que la sienne était censée être menaçante. Finalement, Lily était un sacré bout de femme, à la fois délicate et dure, gentille tout en étant insolente et bornée. Et malgré son attitude peu cordiale à mon égard, je l’appréciai immédiatement pour son intégralité et sa franchise. L’analyse de son cerveau fut une vraie source de curiosité, l’amitié qui les unissait toutes les deux m’émerveillais, alors qu’elles ne se connaissaient que depuis deux mois, et puis je sentis l’osmose parfaite qui la reliait à Jacob, une sensation de bonheur extrême, la passion dévorante. Celle qui me dévorer de part en part aujourd’hui encore, surtout maintenant qu’elle était si près de moi et pourtant si loin…

Tout d’un coup, elle m’indiqua la sortie de son doigt pointé vers l’encadrement de la porte. Aussi, sans faire de geste brusque, je me hissai sur mes jambes, Bella collée contre mon torse qui continuait à dormir paisiblement.

_ Naan naan ! Elle, elle reste ici avec moi ! Sa langue claquait contre son palais, de façon méprisante.

_ Soit ! Bien entendu, je souhaitais seulement la remettre dans son lit. Me laisseras-tu le plaisir de la border au moins ? Je lui souris pour la tranquilliser. Ce soir, je vous laisse aux bons soins de la meute. Je dois m’entretenir avec le reste de mon clan. Rassurée ?

Je me penchai doucement vers le lit pour y déposer mon précieux trésor, puis entrepris de la couvrir avec le plaid qui traînait au pied de son lit. A aucun moment elle ne se réveilla, m’agenouillant je lui embrassai le front et me relevai à contre cœur pour me tourner vers son garde du corps. Lily n’avait pas bougé, bien que ses traits c’étaient un peu détendus, au fond d’elle-même elle était très émue par le spectacle que je venais de lui offrir. Elle se reprit très vite et ajouta à mon intention :

_ Oust créature surnaturelle ! Du balai !

_ Vos désirs sont des ordres ! Dois-je prévenir ceux qui se trouvent en bas aussi ? Elle piqua un fard et se renfrogna tout de suite.

Je passai l’encadrement de la porte, en prenant soin de vérifier que le couloir et les escaliers étaient déserts avant de continuer mon chemin quand sa voix m’arrêta :

_ Pourquoi… elle ne termina pas sa phrase, gênée de témoigner autant de curiosité. Mais, il n’était pas nécessaire qu’elle formule ses pensées à haute voix pour que je comprenne ce qu’elle voulait savoir. Dans un soupir de lassitude je répondis à ses interrogations mentales.

_ Ma présence à ces côtés est un péril quotidien. Toutes les parties de mon corps la réclame, autant mon cœur que… ma soif.

_ La belle affaire ! Tu as préféré faire une croix sur tes sentiments pour sa sécurité !

_ La vie est injuste, tu ne le savais pas ?

_ Oui c’est ce que j’ai cru comprendre. Sa voix n’était plus qu’un murmure, et je sus que sa réplique était dite pour elle-même. Elle aussi, de par sa relation avec un loup, allait connaître quelques désagréments.

Sur ces dernières paroles je m’éclipsai rapidement, m’éloigner de Bella m’angoissais, mais je devais avoir une discussion avec les miens, et plus particulièrement avec Alice au sujet de ses visions. De plus, il me fallait assouvir ma soif, étant restée trop longtemps loin d’elle, je souffrais plus que d’ordinaire. Ma soif n’était plus habituée à se contrôler face à l’odeur de son sang si envoûtante.

J’aurai préféré la fenêtre aux escaliers, mon entrée personnelle, mais devant la réaction de Lily se tenant bien droite devant la porte, m’indiquant gracieusement la sortie et son impatience affichée, je n’avais pu résister à la taquiner. Elle avait tout d’une comédienne, l’attitude et le port !

En descendant les marches du perron je reconnus Jacob, assis non loin de là sur une souche d’arbre. Au moment où mon pied foula le sol, un rayon de soleil réussit à transpercer les épais nuages pour venir illuminer ce carré d’herbe. Je me reculai vivement, m’acculant jusque sous le porche de la résidence pour éviter toute exposition. De son côté, Jacob n’avait rien raté de ma surprise, et il se régalait intérieurement de ma faiblesse, cet idiot s’attendait à me voir périr sous les rayons du soleil. Son cerveau s’imaginant déjà mon trépas, une imagination fortement influencée par les grosses productions hollywoodiennes.

Quel imbécile de clébard formaté par le cinéma. Mon orgueil effleura ma conscience, qui ne tolérait aucune moquerie de la part ce chien hybride. Doucement je m’avançais vers le carré de lumière qui inondait l’espace devant la résidence, mes pieds s’arrêtant à la limite de l’ombre, tandis que j’observais les alentours. Jacob s’était redressé de son trône, préoccupé par ce que je comptais faire. Le coin était tranquille, les étudiants étaient parqués dans leur chambre, laissant le campus dépeuplé. Je sortis une de mes mains de la poche de ma veste et la dirigeai vers la partie ensoleillée. Devant un tel phénomène, Jacob était resté sans voix, les yeux écarquillés, même son cerveau avait cessé de fonctionner. Je faisais tournoyer ma main au soleil, qui resplendissait de mille feux, réussissant même à éblouir Jacob qui dû plisser les yeux à plusieurs reprises.

 _ Déçu ? Tu aurais préféré me voir réduit en cendres, brûler à petit feu ? Je partis dans un éclat de rire. Jacob se rassit sur son siège déçu.

Je tournai les talons, direction plein nord, j’étais devenu friand de caribous !

Les forêts canadiennes offraient un spectacle indescriptible, regorgeant de petits ruisseaux dont les flots tantôt rapides, tantôt tranquilles, venaient rompre la quiétude des lieux. Ma course folle m’avait menée jusqu’à un lac immense, bordait de sapins et de rochers proéminents. La surface de l’eau ressemblait à une nappe noire parfaitement tirée de chaque côté, sans aucun pli. Le temps semblait s’être arrêté, et je perdis moi aussi le fil du temps à contempler ce tableau pittoresque.

Soudain, je perçus timidement un bruit de pas en contre-bas du lac, ou plutôt un piétinement distinct. Orientant mes sens vers ses bruissements, je distinguais quatre sons de pas qui foulaient le sol terreux des sous-bois, ainsi qu’une odeur musquée qui me parvint instantanément. Je m’arrachai à la contemplation des lieux puisque le repas était prêt, enfin plus ou moins servit…

Cette partie de chasse m’éclaircit les idées quant à la suite des évènements à suivre. Je redoutais de me tenir près d’Orline, depuis notre rapprochement inopiné nous ne nous étions pas croisés, en même temps l’incident ne datait que de la veille, et je craignais les conséquences de mes actes. Je n’avais pas eu l’occasion de revoir aucun de mes frères et sœurs, et je devais bien me l’avouer, la réaction de Rosalie m’intimidait, car elle n’aurait pas tort. Néanmoins, la situation étant ce qu’elle était, il fallait que je me fasse violence, que je stoppe les relents de la culpabilité qui ne cessaient de me hanter pour affronter les miens, leur rancœur, leur mal à l’aise ou leur incompréhension totale. L’urgence ne concernait pas ma personne, mais la sécurité de plusieurs milliers d’étudiants et de celle qui… que j’aimais. Et puis, Alice me devait quelques explications sur ses visions, plus précisément sur ce qu’elle n’avait pu prévoir : le meurtre de ce jeune étudiant.

Redescendant vers le sud-est, je ne perdis plus aucun instant, certes j’avais profité de cette chasse solitaire qui dura plus longtemps que prévu, alors que d’autres problèmes attendaient d’être réglés, mais cette pause ou plutôt ce tête-à-tête avec moi-même m’avait été bénéfique. Je détalais sans faire attention à la flore qui m’enveloppait, courir était pour moi comme une seconde nature, quelque chose que l’on fait sans s’en rendre compte, comme respirer par exemple pour les humains. Durant mon trajet, je mis de l’ordre dans mon esprit et agençais les idées importantes à évoquer pendant notre discussion. Bientôt, les formes du modeste chalet se dessinèrent entre les troncs des différents conifères qui parsemaient l’étendue du bois. Je ne ralentis pas mon allure pour autant, et dans un bond je m’agrippai à la première branche d’un sapin, m’élançant droit vers une autre, jusqu’à me réceptionner sur le balcon de la demeure. Emmett, qui m’avait entendu de loin, anticipa ma chute et m’ouvrit la baie vitrée en grand pour me laisser entrer dans le séjour. 

Belle réception frangin ! _

_ Quelle synchronisation ! Dis-je à son attention.

A peine relevé, une petite chose blanche (peau) et noire (cheveux) s’agita vigoureusement sous mon nez, en proie à une furie impressionnante. Finalement je révisais mes jugements, ses visions fonctionnaient correctement !

_ Pour ta gouverne Edward, je tiens à te signaler que je n’ai pas cessé de surveiller Victoria et Bella durant toute une année entière ! Le meurtre de la nuit dernière ne peut être imputé à cette sauvage, qui se trouvait, comme à son habitude depuis son arrivée, dans cet endroit sombre. Je stoppai son verbiage en lui plaquant ma main sur sa bouche, et en instant je fus reconnaissant du silence salvateur qui emplit la pièce. Malheureusement, si sa voix stridente ne se répercutait plus contre chacun des quatre murs nous entourant, elle continua à gesticuler tel un oiseau pris au piège cherchant à s’échapper. Puis réorganisant le fil de mes pensées je lui répondis dans un sourire :

_ Je suis heureux de constater que vos talents ne se sont en rien amenuisés chère sœur.

_ Comment peux-tu en douter un seul instant ! D’ailleurs, comment aurai-je pu les ignorer tant tu fulmines contre moi depuis ce matin. Et réjouis-toi, de n’entendre ses reproches que maintenant, ne souhaitant pas perturber ton moment d’intimité avec Bella ! Je l’ai fais plus pour elle que pour toi… La fin de sa phrase n’était plus qu’un simple murmure destinée pour elle-même. Au fur et à mesure que sa colère se délayait, elle se penchait de plus en plus vers moi, les bras fixaient sur ses hanches, et le regard acerbe.

Son allusion à mon moment d’intimité me fit légèrement rougir. Puis, le bruit de plusieurs pensées me firent tourner la tête instinctivement, et croisai une paire d’yeux qui avait perdu tout éclat.

Comment ai-je pu croire qu’il serait à moi. Non ne me regarde pas de cette façon… Je me déteste.

Orline se tenait non loin de moi, assistant à cette scène et à ses révélations. Je sentis une vague de chaleur se former doucement dans mon bas ventre, puis elle se détourna de moi et quitta la pièce dans laquelle, je m’aperçus à cet instant, ma famille était rassemblée. En effet, sous le courroux d’Alice qui m’avait pour ainsi dire rendu aveugle, tant par sa réaction que par ses propos, je pu constater que Jasper se tenait tout près d’elle la retenant d’un bras, et que Rosalie et Emmett étaient assis l’un sur l’autre dans un fauteuil contemplant le spectacle sans y prendre part, l’une figée dans une expression peu avenante, l’autre hilare comme à son habitude.

Une seule femme ne lui suffit plus apparemment. Quel Don Juan !

_ Emmett ce n’est pas le moment !

Abruti congénital ! Au moins je savais toujours à quoi m’en tenir avec Rosalie.

Tandis qu’Orline refermait doucement la porte sur elle, je me sentis soulagé, la boule qui s’était formé au creux de mon ventre avait disparue. Au moins, je n’aurai pas à subir l’assaut de son regard dévastateur quant à la teneur de mes propos, même si elle pouvait les entendre où qu’elle se trouve. Mon comportement m’affligea autant que Rosalie, toutefois elle n’était pas un souci d’ordre premier, mais je me promis intérieurement de régler celui-ci aussi.

Jasper attira Alice à lui, la faisant rebondir contre lui avant de l’entourer de ses bras puissants. Elle se retourna, dos à moi, et posa sa tête sur son torse de pierre. Malgré le calme environnant et mon silence, Jasper comprit que mon impassibilité n’était qu’apparent et que mon irritation me brûlait, me consumait sur place.

_ Elle n’a pas cessé une minute de se concentrer autant que possible, sur la sécurité de Bella, et sur les plans de Victoria. La voix de Jasper, calme et posée, était bizarrement contagieuse, je sus alors qu’il usait de son don pour m’apaiser.

_ Depuis notre arrivée à Hanover, je ne perçois que très difficilement ses projets. C’est comme si elle s’était bandée les yeux et bouchée ses oreilles, elle reste dans le noir totale. Et puis aucune décision n’est clairement exposée, elle pourrait chanter l’hymne national en boucle que je ne verrais pas la différence. Le seul élément que je vois formellement est sa conviction à tenir enfin sa vengeance ! Alice était moins brutale que l’instant d’avant, elle semblait réellement frustrée par le fait qu’elle sentait qu’elle avait échoué, et la sensation d’inutilité la submergeait.

_ Dans ce cas, cela ne signifie qu’une chose : la menace vient d’ailleurs ! Quatre paires d’yeux furent braquées sur moi, attendant la suite. Excusez-moi de l’accuser sans détour et sans preuve, mais qui a passé la nuit avec Orline hier soir ? Je n’affectionnais pas particulièrement jouer les pessimistes de service, mais c’était une possibilité à envisager. Rosalie attira mon regard à elle, puisqu’elle levait la main, je lui fis signe de dire aux autres ce que j’avais lu dans sa tête.

_ Je ne l’ai pas lâché d’une semelle ! Depuis ton… Rejet jusqu’à maintenant, nous avons passé une bonne partie de la nuit à chasser. Bizarrement, il semblerait qu’elle se soit vidée d’une quantité de sang, sa voix était moqueuse et railleuse, et ses pensées m’exaspérèrent, mais je jugeai plus raisonnable de ne pas y porter attention outre mesure.

_ Parfait ! Il ne reste plus qu’à chercher le coupable… si Victoria c’était fait un nouvel allié, il aurait forcément transpiré dans tes pensées, et n’aurait pu échapper à ta vigilance, à moins que… que l’une de mes question de la veille est retenue toute ta concentration ? Je faisais sous-entendu à celle concernant le devenir de Bella, et face à sa mine dépitée je compris que j’avais visé juste.

_ Alice tu es incorrigible ! Bon sang !

_ Quoi ? Dois-je te rappeler que je tiens aussi à elle, et que son avenir m’importe, surtout quand la vois finir veille et mortelle ! Elle s’était libéré de l’étreinte de Jasper, pour se jeter de nouveau sur moi telle une lionne. Nonobstant, mon esprit n’était pas complètement verrouillé je te le jure !

Alice disait vrai, comme je pus le voir dans son cerveau. Un bref instant, je me hasardai à lire la totalité de ses visions mais au dernier moment je stoppai mon élan inquisiteur. Sa déclaration de la veille avait déjà ravagé les derniers espoirs qui siégeaient encore dans mon cœur, une autre révélation m’aurait anéanti alors que la situation réclamait toute ma clairvoyance. Du coup, je me détournais de cette source de tentation, pour me planter dans le regard de Jasper, attendant qu’il ait la réponse à la solution.

Dans une autre vie, Jasper avait été un fin stratège réussissant, grâce à sa force charismatique, à enrôler les troupes pour les mener au combat. Ses exploits militaires ne tardèrent pas à éclabousser ses supérieurs qui le firent gravir les échelons plus vite que ne le prévoyait le code. A dix-huit ans à peine, il était devenu une vraie légende vivante, il n’était que courage, ténacité, force et génie. Malheureusement, alors qu’il organisait l’évacuation d’une ville, son chemin croisa celui de trois femmes, à la fois ravissantes et énigmatiques, des vampires attirés par l’aura charismatique de ce jeune commandant. Dans une précipitation qu’il ne perçut pas, Jasper fut attaqué par ces femmes, dont l’une d’entre elle s’occupa personnellement de sa transformation. Très vite, ses connaissances militaires le distinguèrent des autres néophytes placés sous le commandement des trois femmes, et c’est ainsi qu’il intégra la tête pensante du groupe. Il entreprit de nombreuses guerres vampiriques dans le but d’amasser le plus de territoires surpeuplés d’humains, d’une source d’approvisionnement intarissable. S’ensuivit une longue période où il tenta de mettre fin à ses jours, les combats ne cessaient jamais, tuant autant d’humains que possible pour venir grossir les rangs des armées, des néophytes pris dans un engrenage sanglant qui ne tardèrent pas à périr pour de bon. Lassé de cette existence, il prit la fuite avant de rencontre Alice. Aujourd’hui encore, malgré les siècles qui s’étaient écoulés depuis sa renaissance, Jasper incarnait toujours le rôle de dirigeant des opérations jugées périlleuses, ses conseils avisés étant toujours nécessaires.

_ Victoria, a elle seule, ne peut prétendre mettre en péril un clan tel que le notre, aussi nombreux et aussi puissant grâce à nos dons, et elle en est parfaitement consciente. Personnellement, si j’étais à sa place, conscient de vos talents de télépathe et d’extralucide, je ferai en sorte de faire appel à une tierce personne, tout en sachant pertinemment que votre attention serait portée sur moi. Histoire de faire diversion, nous apprit-il simplement sans détour.

_ Le raisonnement se tient, d’autant que je ne suis braquée que sur elle, tout ce qui gravite à l’extrémité de mon cerveau est repoussé inconsciemment, elle semblait à la fois éreintée et frustrée.

_ Écoute Alice, à partir de maintenant je veux que tu restes concentrer sur Victoria et que tu tentes d’élargir ton observation à tous ce qui peux rôder sur le campus. Sois-y sensible surtout. Quant-à moi, je me charge de garder un œil vigilant sur Bella personnellement. Cette me décision allait me permette deux choses : d’une part je pouvais désormais justifier ma présence à ses côtés, et d’autre part elle m’éviterait de croiser les yeux compatissants d’Alice concernant l’avenir peu enjoué qui m’attendait.

En repensant à notre échange, mon esprit revint sur un détail qu’il avait sagement mis de côté tout à l’heure, et maintenant il me le rappelait à mon bon souvenir.

_ Alice ? L’intéressée baissa automatiquement les yeux tout en se pelotonnant à Jasper. Peux-tu m’expliquer ce que tu faisais à Forks ? Ses épaules se voutèrent.

_ Désolée, je t’ai menti…Je n’ai pas réussi à rester loin d’elle très longtemps. En fait, je me suis rendue plusieurs fois à Forks, pour veiller sur elle mais de loin. Je n’ai pas eu le courage de lui dévoiler ma présence, ayant peur de lui causer plus de mal que de bien.

Les images de ses escapades à Forks défilèrent dans sa tête, en me glaçant d’effroi. Je pouvais apercevoir une Bella terne, apathique, presque sans vie, traversant le lycée sans prêter attention aux gens qui l’entouraient. Qu’avais-je fais ? Je ressentis très sensiblement mon cœur se fissurer, il saignait abondamment. Le seul responsable de son malheur n’était autre que moi-même, je m’étais débrouillé comme un chef pour saper notre bonheur ! A cet instant, je m’en voulu de ne pas avoir répondu positivement à ses exigences sur sa transformation, alors que j’avais bataillé fermement pour l’en dissuader et faire reculer la décision. Aujourd’hui, je me détestai pour avoir joué la carte de l’opposition.

_ Je suis désolée… Laissant sa phrase en suspens, elle fut envahit par une vision : moi ravagé par le chagrin, face à ma solitude et reculé du monde. J’appris que je ne resterai pas auprès de ma famille, de ses trois couples vivant un bonheur parfait ; je me sentirai de trop dans ce cadre idyllique et m’enfuirai à jamais sans me retourner.

Finalement, la réunion entre Cullen tourna court devant mon abattement suite aux révélations d’Alice. Heureusement, Jasper s’occupa de la suite des opérations, organisant une chasse aux vampires durant la nuit à travers tout le campus aidé par Emmett et Rose. Alice devait rester ici, méditer ses visions aidée par Orline, dont il était inconcevable de la laisser en pleine nature entourée de milliers d’étudiants. Quant à moi, il exigeait une surveillance pointilleuse sur Bella, rien ne devrait m’échapper quitte à passer la nuit dans sa chambre (proposition tentante à plusieurs niveaux).

J’eus le droit à ce que je détestais au plus haut point : leurs yeux compatissants se posèrent sur moi (excepté celui de Rose bien entendu), ce qui n’allait pas tarder à me rendre dingue ! Je me retirai après avoir remerciais sincèrement Jasper de me relayer. Je montais l’escalier pour me rendre dans le petit boudoir qui jouxtait ma chambre. J’appréciais cette pièce petite aux murs orangés et chauds, avec son canapé confortable, le tout enveloppait dans une odeur de vieux brandy. Mon havre de paix pour un temps, et puis je pourrais réfléchir sans être dérangé par des regards remplient de pitié ou de rage. Malheureusement, quelqu’un m’avait déjà devancé : Orline s’y trouvait. Rebroussant chemin, je me dirigeai vers une autre pièce quand sa voix me pria d’entrer. Le moment fatidique avait sonné, et comme je me l’étais promis quelques minutes plutôt, je lui devais des explications. Je me plantai face à la porte et avant même d’enclencher la poignée, je scannai rapidement ses pensées comme pour prendre la température à l’intérieur, elle semblait paisible, mélancolique mais chaleureuse. J’entrai dans la pièce sans toquer puisque j’avais été convié à entrer.

Orline était assise sur le canapé sous la fenêtre, les quelques lueurs du soleil venaient se répercuter contre les murs, inondant la pièce d’une lueur orangée. Elle avait replié ses longues jambes sous elle, le regard perdu dans la contemplation du vide. Dans cette position décontractée, ses cheveux, qui retombaient de chaque côté de son visage en cœur, étaient d’une clarté impressionnante, virant presque au blanc. Puis, ses yeux pétillants se posèrent sur moi tels deux joyaux. La chaleur irradia de nouveau mon corps, du bas de mon ventre remontant jusqu’à mes épaules, me faisant frissonner d’émoi et d’une passion dévorante.

Que m’arrivait-il ? Pourquoi ma conscience me faisait faux bond à chaque fois qu’elle posait les yeux sur moi ?

Mon corps était parcouru par une excitation intense au fur et à mesure que ses yeux devenaient plus perçants et plus inquisiteurs. Tout en elle me déstabilisait, me remplissait d’une émotion vive alors qu’elle ne bougeait pas d’un pouce, seul son regard erratique semblait animer cette statue d’albâtre au visage d’ange. Je forçais les limites de ma volonté pour tenter de m’arracher à ces prunelles incandescentes, mais mon cerveau ne répondait plus à mes signaux d’alerte, même mon corps, immobilisé, restait stoïque devant la contemplation de ses iris flamboyantes. J’étais perdu, mon corps offert à ses moindres désirs, répondant à ses ordres lancés mentalement.

Son esprit était en pleine confusion, ou plutôt dédoublé ! D’un côté, je pouvais y ressentir de l’affolement, alors qu’une autre partie était curieuse, consciente de l’attraction qu’elle exerçait sur moi, elle souhaitait pousser plus loin le phénomène qu’elle ne maîtrisait pas outre mesure. Renvoyant sa culpabilité et sa panique dans les limbes de son cerveau, Orline pencha son corps en avant, se retenant à l’assise du fauteuil, ses yeux ne ressemblaient plus qu’à des fentes minuscules d’où scintillait une lueur verte bleutée.

Sa manière de m’observer était plus profonde, scrutant le moindre reflet de mes yeux, allant même au-delà. Dans un effort titanesque, je réussis à soulever mon pied de quelques centimètres du sol pour tenter de reculer, mais elle s’en aperçut tout de suite, et ses iris se mirent à rougir, je m’écroulais sur le sol, immobile mais conscient.

_ EDWARD ! Mon dieu qu’ai-je fais ? Je sentis ses doigts sur ma joue, ainsi que de petites secousses.

_ C’est bon Line, je ne suis pas mort ! Je me redressai vivement sans oser la regarder. Une chance que ma chute m’ait libéré de l’emprise de son regard devenu diabolique. Orline était restée prosternée à l’endroit où je me trouvais il y a encore une seconde. J’hasardai un bref regard à mes pieds, très furtivement. Puis, ils revinrent se poser sur cette petite chose secouée de spasmes et de soubresauts, la tête enfouie dans ses mains. M’agenouillant de nouveau, je me mis juste derrière elle, posture qui m’empêchait de croiser son regard.

_ Chut… Calme-toi… Je crois comprendre ce qui t’arrive. Je posai ma main sur son épaule, vaine tentative timide pour la consoler. Effectivement, à l’instant où ni ma tête, ni mon corps ne répondaient à ma volonté, j’avais compris la puissance du talent d’Orline.

_ Tu es au courant de ce dont Alice, Jasper et moi-même sommes capables de faire via notre esprit ? Elle hocha la tête sans se retourner. Et bien, tu bénéficies toi aussi d’un don particulier. Carlisle pense que nos dons sont le reflet de notre vie d’avant. Par exemple, Alice devait sûrement faire preuve d’une intuition impressionnante, Jasper était très charismatique, et pour moi, il semblerait que j’étais quelqu’un de sensible par rapport aux gens qui m’entouraient. Bref, ton don est révélateur de ce que tu as été.

_ Ce que j’ai été… j’ai l’impression de ne plus exister !

_ C’est aussi vrai que faux, tu n’es plus humaine aujourd’hui, plus rien ne te rattache à cette condition. Mais je puis t’assurer que tu finiras par apprécier ton nouveau statut. Orline ? Elle redressa légèrement la tête mais sans planter ses yeux dans les miens. Et si tu me racontais quelle jeune fille tu étais dans ton ancienne vie ? Je me montrais chaleureux et bienveillant envers elle. L’histoire sur sa précédente existence me serait très utile, car cela me permettrait de comprendre son talent, et aussi pour qu’elle fasse le deuil de cette vie.

Après un bref instant durant lequel ni elle, ni moi, échangeâmes la moindre parole, elle sauta soudainement sur ses pieds et s’assit sur le canapé. Toujours assis sur le plancher, je me plaçai juste en dessous d’elle, le dos tourné, pour éviter son regard et pour que son récit ne soit perturbé par quelconque expression de mon visage.

_ J’étais une fille banale, extrêmement jolie il faut l’admettre mais totalement ordinaire. Mon principal défaut était d’être un véritable cœur d’artichaut, je tombais amoureuse tous les jours, mais le coup de foudre ne s’éternisait jamais ! Je voulais y croire mais à chaque fois, je ne récoltais que des nazes !

_ Pourquoi forcer le destin ?

_ Parce que l’importance que l’on me portait me rendait vivante. J’avais l’impression d’être nécessaire à quelqu’un. Mais les garçons en me voyant ne pensaient qu’à une seule chose : me mettre dans leur lit. Bêtement j’acceptais à chaque fois, au moins ils m’aimaient même durant un laps de temps.

_ Ce n’est pas seulement ça l’amour tu sais ?

_ Oui je sais ! Sa réponse fut violente. Mais je n’allais pas attendre indéfiniment l’homme parfait. Tout ce que je souhaitais c’était que l’on m’aime pour ce que j’étais, pas seulement pour ma plastique. A croire que je suis une fille inintéressante ! Le stéréotype même de la blonde écervelée et une Marie couche-toi là !

Je ne prêtai qu’une fine oreille à ses propos clairement exprimés car ce qu’elle cachait au fond d’elle m’interpellai au plus haut point. Je ressentis énormément de peine et de chagrin face à cette enfance douloureuse et malmenée. Je m’en voulais d’être rentré dans cette partie de ses souvenirs traumatisants pour une petite fille de 10 ans. Pourtant, je n’arrivai pas à m’en dépêtrer, j’étais à la fois curieux et coupable.

Je voulais juste que l’on m’aime, alors je faisais tout ce qu’ils voulaient…

Elle avait vécu à Détroit dans l’État du Michigan, une ville portuaire située dans le nord des États-Unis, près des grands lacs. A l’époque, son père travaillait encore dans l’une des nombreuses industries du secteur automobile, chez Generals Motors, tandis que sa mère faisait un peu de ménage dans d’autres maisons pour boucler les fins de mois difficiles. Malgré les problèmes récurrents liés au manque d’argent, la famille restait soudée, et Orline dès son jeune âge comprit parfaitement la situation financière de ses parents et s’en accoutuma. De toute façon, elle savait s’y prendre pour se faire offrir glace ou friandise par quelques badauds qui croisaient son chemin. Sa bouche en cœur et ses cheveux blonds bouclés attendrissaient toujours les mamans ou grand-mères de son quartier. La vie dans son quartier n’était pas toujours rose, mais il y régnait cependant une grande solidarité et fraternité.

Puis les années 90 pointèrent leur nez avec leurs lots quotidiens d’évènements pénibles, mais le pire de tout arriva vers la fin de cette période, au moment où les grandes industries automobiles, qui faisait la richesse de Détroit, commencèrent à suffoquer et donc à licencier… Le père d’Orline fut congédié et sa mère ne trouva plus aussi facilement des tâches ménagères à effectuer contre quelques billets. Le couple commença à s’endetter dangereusement. Orline effectuait tous les petits boulots qui se présentaient à elle, du babysitting le soir, à la livraison du journal les week-ends. Malheureusement, ces maigres revenus ne suffisaient pas à faire vivre sa famille, ce n’était qu’un pis-aller tout au plus. Suivit les premières lettres d’expulsion pour les loyers non payés, son père venda leurs mobiliers qui ne leur était pas nécessaire allant même jusqu’à manger à même le sol.

Tout le quartier souffrait du même mal, personne ne pouvait plus soutenir personne. Les voisins déménagèrent avec un simple baluchon posait sur l’épaule, jusqu’à ce qu’il en soit de même pour Orline et ses parents. Ils atterrirent dans un misérable foyer pour les personnes sans domicile et se fut le début de la fin. Son père, affligé de ne pouvoir offrir mieux à sa femme et à sa fille, tomba dans le cercle sans fin de l’alcool, quant à sa mère elle ne parlait plus, ne s’occupant plus ni de sa fille ni d’elle-même. Un soir, le calvaire d’Orline bascula à jamais dans l’obscurité.

Après avoir passé la journée à dilapider leurs maigres économies dans l’achat d’une bouteille de whisky, son père rentra émécher dans le vulgaire deux pièces que le foyer leur avait trouvé en attendant. En attendant quoi, se demandait Orline. En attendant que mon père arrête de passer ses journées à se saouler, en attendant qu’il trouve du travail, en attendant que ma mère sorte de sa léthargie, en attente de quoi ? Son père s’énerva tout seul, comme à son habitude, pestant sur les politiques et les patrons insensibles à son malheur, avant de recracher sa bile sur ma mère qui ne le soutenait pas.

La scène suivante avait été complètement effacée du cerveau d’Orline… le subconscient est d’une ingéniosité incroyable, gommant tout évènement pénible, comme pour se protéger. Néanmoins, je savais plus ou moins ce qu’il s’était passé ce soir là, grâce aux images suivantes : l’enterrement de ses deux parents et ses années à l’orphelinat de Lansing.

J’étais remplis de chagrin et d’émotions vives envers cette petite fille qui avait dû batailler ferme durant ses années de pensionnat, qui avait réussit à garder la tête haute et à obtenir une bourse dans l’une des plus prestigieuses universités américaines.

Une petite fille qui avait bien grandi et qui cherchait de la chaleur humaine, un peu de réconfort pour cette orpheline ; le rêve d’une vie meilleure. Malgré cet incident, elle voulait croire qu’un jour le bonheur lui sourirait, que quelqu’un lui porterait enfin une attention toute particulière. Malheureusement, plus le temps passait, plus elle s’accommodait de peu…

_ L’amour n’est refusé à personne tant que l’on y croit, alors ne perd pas espoir.

_ Le problème est d’y croire.

_ Laisse-toi simplement porté, et sans que tu t’y attendes, ton cœur chavirera. L’éternité est devant toi, alors tu as le temps d’apprivoiser, mais sans te servir de ton don ! On ne doit pas tricher en amour…

_ Mon don ? Quel est-il alors, tu as trouvé une réponse ?

_ Oui je pense avoir plus ou moins mis le doigt dessus. Tu ne cessais d’attirer la convoitise et l’envie des hommes, alors maintenant tu réussis même à les dominer, à les soumettre à ta volonté d’un simple regard.

_ En quelque sorte je peux les hypnotiser ?

_ Oui on peut l’envisager de cette façon, mais cela ne reste qu’une supposition. Carlisle, mon père, aura peut-être des mots plus clairs que les miens.

Un silence s’installa entre nous deux, je me sentais maladroit, ne sachant pas quel mot employé pour la rassurer, ni même quel geste.

_ Excuse-moi… pour hier… et aussi pour aujourd’hui. J’espère que ça n’altèrera pas nos liens amicaux ? Je lui répondis négativement, après tout il était bien difficile de maîtriser un don quand vous n’avez que quelques jours. J’espère vraiment n’avoir rien compromis avec… Bella ?

_ Ne t’inquiète pas, il n’y a rien à compromettre de toute façon ? J’ai tourné le dos à l’amour pour sa survie. Elle resta un moment à méditer ma réponse avant de me lancer :

_ Mais pourquoi…

La voix d’Alice interrompit notre conversation, la voix paniquée d’Alice…

_ EDWARD !            

En un instant je fus aux côtés de ma sœur, son visage tordu sous la panique. Tandis que je m’insérai dans son esprit pour y lire ce qui l’angoissait, mon sang ne fit qu’un tour.

_ NON ! Bella…       

Je m’élançai droit vers la première sortie qui s’offrait à moi venant exploser la baie vitrée. Les morceaux de verres n’étaient pas encore retombés sur le sol que je disparaissais.

 

Publié dans fiction

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Clo# 24/10/2009 16:32


Ah ? Toi aussi tu es malade ? Comme ça on est deux ;) Du coup, moi-aussi ma propre histoire en pâtie X(


Néo 24/10/2009 17:11


ouep je dois avoir une bonne rhino, à moins que ce ne soit une angine... je ne sais pas trop en fait je n'aime pas prendre RDV chez le médecin XD


Clo# 22/10/2009 20:56


Non !! je veux lire la suite ! Bella !!
Non. Je dois faire mes devoirs.
mais je reviens tout de suite après !!


Néo 23/10/2009 14:43


allez oust va faire tes devoirs =)

je voulais écrire la suite aujourd'hui mais je suis malade T_T heureusement que les vacances sont là, je vais avoir plus de temps pour ma fix et pour surveiller ma santé...


la Bella du Quebec 05/10/2009 04:05


qued lui arrive t-il a Bella encore dans le trouble pauvre Edward

et en passant Noé j'aime bien ton personnage Orline elle respecte Bella et ne veut pas compremettre l'amour de Edward et Bella meme si elle aime Edward je l'aime bien ses une bonne amie. bon vite à
la suite


Néo 05/10/2009 13:49


Ah je suis ravie que le personnage d'Orline ne te rebute pas ^^ Et au fait c'est Néo pour Noé xD


Angie 22/09/2009 21:13


^.^ j'y rentre tout de suite =D (quand j'aurais fini d'expliquer aux gens sur msn que quand il y a marqué "occupé" c'est pas pour rien >.


Néo 22/09/2009 22:12


ahhah bonne lecture alors xD


Angie 22/09/2009 20:42


qu'es-ce qui se passe ? =D
(je vais vite lire la suite :p)


Néo 22/09/2009 20:44


entrons dans le vif de l'action ma belle hi hi hi