chapitre 6

Publié le par Néo

Intuition

Je quittais en vitesse la fenêtre des toilettes pour rejoindre Jake et pouvoir le questionner sur ce qui venait de se dérouler. Alors que je me précipitais dans l’escalier, j’entendis une porte s’ouvrir et des pas sur le palier du premier étage.

_ Bella, c’est toi ? La voix était encore ensommeillée mais parfaitement audible, à cause de mes allers-retours successifs je venais de réveiller Lily.

_ Ne t’inquiète pas Lily, va te recoucher. Je n’arrive pas à dormir, je vais faire un tour dans la salle télé pour passer le temps. Je vais bien réussir à trouver une émission soporifique qui me donnera le coup de grâce. Je tentais de mettre une tonalité d’humour dans ma voix, pour que le mensonge ne soit pas perceptible. Lily n’était pas dupe non plus, et cela me déplaisait de lui mentir, mais qu’aurais-je pus dire : excuse-moi je dois rejoindre Jake, il vient de se transformer en loup-garou, j’en déduis qu’il a détecté la présence d’un vampire proche de notre résidence. D’ailleurs, y a sûrement dû y avoir une bagarre car l’épaule de Jake était complètement démise. Mais ne t’inquiète pas et va te recoucher. Bien qu’il s’agisse de la vérité, je doute que mon amie réagisse normalement devant l’évocation des mots loup-garou et vampire.

_ Tu es masochiste Bella ou quoi ? Regarder la télé à cette heure de la nuit, dans la salle qui jouxte la chambre d’Hortensia, tu vas te faire prendre la main dans le sac !

Elle s’était penchée par-dessus la balustrade pour mieux me voir. Sa remarque était pertinente, en temps normal quand je ne réussissais pas à dormir, l’idée d’allumer la télé, située au rez-de-chaussée, ne me serais même pas venue à l’idée à cause de notre chien de garde et de ses règles de bienséance. Cependant, il fallait à trop prix je m’explique avec Jake, j’avais compris qu’il se tramait quelque chose de bizarre, et puis il était dans un tel état de nervosité, la situation avait du être critique pour qu’il ne puisse pas se contrôler à seulement quelques mètres de notre résidence, pouvant ainsi se compromettre. Si je ne le voyais pas dans la minute qui suivait j’allais exploser, mon angoisse avait atteint son maximum.

_ Oups, comment oublier notre chère Hortensia. Et bien, je n’aurais qu’à enlever le son de la télévision, je suis persuadée que les images suffiront à capter mon attention. Alors que je descendis quelques marches, la lumière de l’accueil s’alluma, et je vis l’ombre imposante de notre gardienne se diriger droit vers l’endroit où je me trouvais.

_ Bella remonte dépêche-toi ! Lily chuchotait à présent, elle se déplaça jusqu’au début des marches et me tendit sa main. J’étais coincée et forcée de faire machine arrière. Je me hâtais de regagner notre chambre, Lily sur mes talons.

A peine avais-je refermé la porte, qu’une idée germa dans ma tête, il me suffirait de passer par-dessus la fenêtre, j’attendrais que mon amie se rendorme et je me précipiterai au dehors. De toute façon, en cas de chute, je savais que je ne risquerais rien. En effet, j’étais persuadée que Jake se trouvait dans le coin, à me surveiller, et il ne me laisserait pas m’écraser au sol.

_ On l’a échappée belle ! Un peu plus et nous nous retrouvions de corvée de toilettes pour un mois chacune ! Lily était restée le dos contre la porte alors que je regagnais mon lit. Raconte- moi tu allais rejoindre qui ? Jake ? Sa voix émit quelques trémolos, je supposais qu’elle devait s’inquiéter sur les relations que mon meilleur ami et moi entretenions.

_ Non ce n’est pas ça, en fait j’ai cru entendre du bruit et je voulais aller vérifier de quoi il s’agissait, et quand je me suis penchée à la fenêtre, il m’a semblé apercevoir Jake. Ce qui, soit dit en passant, est complètement stupide ! C’est vrai, que ferait-il à plus de 4h du matin devant notre résidence !, je regardais le réveil posais sur ma table de nuit. J’ai dû avoir une hallucination. Je n’étais pas du tout crédible, je cherchais mes mots en bafouillant des excuses incohérentes.

_ Bella, sa voix se radoucit pour n’être plus qu’un chuchotis, qui y a-t-il réellement entre Jake et toi ? Sa tête était baisée et ses yeux fixaient le plancher de notre chambre.

Qu’allais-je pouvoir lui répondre ? Elle n’était au courant de rien, et c’était l’une de mes conditions avant d’arriver à Dartmouth : je voulais que personne ne sache rien de ma vie, en particulier de mes relations amoureuses. Pour que le peu d’amis que je réussirais à me faire, ne connaissent pas mon passé, pour enfin faire un trait dessus. Malheureusement, fuir n’était pas la bonne décision, puisque mon histoire me poursuivait pour me rappeler à son bon souvenir.

_ Jake et moi nous nous connaissons depuis que nous sommes petits, quand j’allais en vacances chez mon père, nous passions nos étés ensemble à La Push, une réserve d’indiens Quileutes. Il y a un peu plus de deux ans, j’ai déménagé chez mon père à Forks et j’ai renoué avec lui. Maintenant il fallait aborder la partie la plus délicate du sujet, car je savais qu’elle ne serait plus tranquille après, surtout si elle était vraiment imprégnée de lui jusqu’au cou. Puis, récemment, nous avons eu une relation qui n’a duré que quelques semaines, je n’arrivais pas à le voir autrement qu’un ami, et c’est une des raisons qui font que je me suis m’inscrite ici. Pour mettre de la distance dans notre histoire.

J’avais été beaucoup plus franche que je ne l’avais voulu au départ, d’ailleurs tant de confidences me surprenaient, peut-être un contrecoup de mon angoisse. Sa mine se renfrogna à l’évocation de notre aventure.

_ Et pour lui, qu’en est-il ? Que fait-il ici ? Souhaite-t-il renouer ou s’agit-il d’une visite de courtoisie ? Elle tentait de mettre une note de curiosité dans sa voix, mais elle ne me trompait pas, elle était inquiète. Je ne voulais pas lui mentir, du moins je pouvais lui cacher certaines choses mais pas l’entortiller, elle ne méritait pas ça.

_ Je ne sais pas trop ce qu’il ressent encore pour moi Lily. En tout cas, je suis persuadée d’une chose, tu lui as sacrément tapé dans l’œil ! D’ailleurs, tout à l’heure quand je lui ai passé ton jog… Je m’étais arrêtée à temps, je devais me contrôler mieux que ça ! J’avais été à deux doigts de commettre l’irréparable.

_ Quoi, tu lui as passé quoi ? Malgré sa surprise qui se lisait sur son visage, je pus constater que mes paroles l’avait réjouit.

_ Euh... . Vite il fallait que je trouve une idée, que j’enchaîne vite avant qu’elle ne s’aperçoive de mon subterfuge. Oui tout à l’heure il m’a demandé ton numéro de portable, ma répartie était pitoyable, il était tout gêné. Pourquoi avait-il fallut que j’en rajoute ? N’empêche elle était aux anges grâce à mon mensonge, et encore un.

Nous restâmes un moment sans se parler, elle vagabondait sûrement dans ses pensées en compagnie de Jacob, cela faisait plaisir à voir. Vraiment, il ne pouvait pas tomber amoureux d’une fille mieux que Lily, en y repensant plus sérieusement elle était son double féminin, c’est d’ailleurs grâce à ce trait de caractère que je m’ étais rapprochée d’elle, et que j’avais baissé toutes mes défenses, car elle me rappelait mon meilleur ami. Je m’allongeais sur mon lit et mes yeux croisèrent furtivement le réveil, pour y revenir précipitamment.

_ Lily il est 4h30 ! Recouche-toi, sinon demain je ne vais pas réussir à te réveiller ! J’avais à peine prononcé ma litanie, qu’elle bailla à s’en décrocher la mâchoire.

_ Ouais ta raison, bon’nuit Bella fais d’beaux rêves, elle s’allongea sur le côté me tournant le dos et s’endormit au bout de quelques minutes seulement. Je décidai d’attendre quelques instants de plus, avant d’entreprendre ma fugue par la fenêtre.

Une lumière irradia toute la chambre, me forçant à plisser les yeux, les rideaux n’avait pas été tirés et les rayons du soleil illuminèrent toute la chambre. Je me redressais d’un bond sur mon lit, à force d’attendre le moment opportun pour partir en quête d’informations, j’avais fini par m’endormir. C’est donc agacée, irascible et en retard que je commençais la journée, Lily si elle le remarqua ne me fit aucun sous-entendu, elle flottait sur un petit nuage.

En sortant de la résidence, je jetais un coup d’œil aux alentours pour tenter d’entrapercevoir Jacob, mais son absence ne m’étonnais pas, je pariais même qu’il ne pointerait pas le bout de sa truffe de la journée, repoussant notre rencontre afin d’éviter d’aborder la rixe d’hier soir.

_ Espèce de poule mouillée ! Je savais que où qu’il soit, il pourrait entendre mes menaces.

_ Quoi ? Je ne m’attendais pas à ce que Lily les entendirent par contre.

_ Rien, je parle du temps !

_ Je ne laisserai jamais le temps changer mon humeur ! Évidemment, comme c’était surprenant. Entichée comme elle l’était, elle pouvait bien se moquer du temps qu’il faisait !

_ Quoi, pas la peine de me regarder de travers. C’est vrai non ? T’imagines nous serions sans cesse en train de faire la tronche. La belle affaire !

Mon amie était tellement ailleurs, que nous dûmes courir vers notre premier cours de la matinée : « histoire de la civilisation américaine à travers la littérature anglaise du xviiie siècle ». L’intitulé était intéressant, mais le maître de conférence chargé de ce séminaire, un passionné pur et dur, nous pilonnait de connaissances à tel point que je me perdais parfois dans les méandres de ses explications. Ma concentration devait être totale du début jusqu’à la fin pour comprendre l’ensemble de son développement. Aujourd’hui, me concentrer sur les portraits des colons pendant l’indépendance américaine à travers les œuvres de contemporains, allait relever de l’exploit, mon cerveau ne ressassait qu’une seule et même chose en boucle : que me cachait Jake ?

Malgré notre faux départ, Lily et moi arrivâmes en avance dans l’amphithéâtre, nous gagnâmes nos places habituelles, celles qui se situaient près des immenses vitres donnant sur le parc et ses jets d’eaux, une vue magnifique que Lily se plaisait à admirer quand le professeur se perdait dans ses démonstrations. Peu de temps après nous, Orline se pointa sur le seuil de la porte agitant ses longs bras pour capter notre attention, puis elle se précipita vers nous avec son sourire étincelant.

Dès notre première rencontre, un mois auparavant, je savais qu’elle serait pour moi une vraie bulle d’oxygène, une distraction plaisante à entendre et à voir. Orline participait à tous les évènements sportifs du campus, d’ailleurs elle devait son admission grâce à sa bourse de challenger, mais sa préférence revenait à la course de fond.

Premier jour sur le campus

Alors que je déambulais dans les couloirs du bâtiment principal en quête du bureau des inscriptions des activités inter universitaire, un concours de circonstances me fit croiser la route de cette fille délurée, extravagante et naïve à la fois. Elle faisait de la publicité pour un club de sport de la faculté, et pour ameuter le plus de candidatures, elle portait une jupe de tennis et un bandeau moulant sa poitrine. Elle n’avait rien à envier à la plupart des filles, une silhouette athlétique et élancée, des longues mèches blondes retombant en cascade sur ses épaules dénudées, et des yeux d’un vert émeraude vous transperçant à chacun de ses regards.

Je fus tout autant subjuguée que la plupart des représentants de la gente masculine qui se pressaient autour du stand pour s’inscrire à n’importe quelles activités, du moment qu’elle leurs souriait. Je cherchais du regard le stand qui m’intéressait, l’atelier d’écriture, lorsqu’elle se planta devant moi.

_ Salut, moi c’est Orline Valentine, tu es plutôt du genre à jouer les équilibristes sur une poutre, à moins que tu ne préfères renvoyer la balle sur un cours ? me lança-t-elle sur un ton enjoué. La situation était comique, surtout lorsque l’on connaissait mes performances sportives et mon manque d’équilibre, marcher sans tomber était déjà un défi de tous les jours, alors jouer au tennis ou les acrobates, très peu pour moi !

Elle paraissait tellement cruche dans cet accoutrement que s’en était hilarant, toutefois par courtoisie, je m’abstins de rire. Sa voix était douce et son sourire enjôleur, bref elle avait la panoplie de la poupée Barbie. Toutefois, je sentais qu’elle était différente de ce que son physique laissait entendre. 

_ Enchantée, moi c’est Bella Swan. En fait je cherche l’atelier d’écriture. Je ne suis pas assez adroite et performante pour faire la moindre activité sportive, à moins de vouloir blesser quelqu’un ! Mon intonation ne se voulait ni ironique, ni comique, pourtant elle partie dans un éclat de rire qui résonna dans toute la salle. Pris de cours je lui souriais en guise de réponse, j’étais très peu à l’aise avec sa façon excessive de répondre ou de rire, pourtant un je ne sais quoi dans son rire m’apaisa.

_ Génial ! Moi aussi je me suis inscrite dans cet atelier, je compte devenir journaliste sportive alors il faut que j’améliore mon style pour conquérir les directeurs éditoriaux ! Elle posa une de ses mains sur mon épaule, contact qui me fit sursauter mais elle ne s’en aperçue pas.

_ Journaliste sportive… humm tu m’as tout l’air d’être captivante, lançai-je en regardant le tas de testostérone agglutiné devant le stand.

_ Fais pas gaffe à ma tenue, je suis payée à l’inscription, me chuchota-t-elle à l’oreille perdant soudain son ton excitée. Il n’y a pas de petits boulots, et j’ai besoin d’argent. Je m’étais fourvoyée, tout ça n’était qu’illusion. Néanmoins, elle restait très belle.

_ Je pense que tu vas décrocher le jack pot alors ! Nous pouffâmes discrètement à ma blague, une première depuis une éternité me sembla-t-il – je renouais avec mon sarcasme d’antan.

_ Les inscriptions pour l’atelier d’écriture se situe au premier étage de ce bâtiment. Ensuite tu n’auras qu’à suivre les citations d’auteur, elle me fit un clin d’œil et se dirigea vers ses admirateurs baveux. A la prochaine ma belle, m’adressant un signe de la main.

_ Non, c’est Bella, lui criai-je mais déjà elle ne m’entendait plus, elle avait repris sa voix surexcitée et quelque peu niais, je pouvais le dire maintenant.

Quel spécimen ! Subitement, je lui enviais son étonnante facilité à subjuguer les personnes autour d’elle, ça en était déconcertant ! Elle aurait très bien pu rivaliser avec Rosa… Oui, enfin elle était bien vivante elle, et ne semblait pas me détester, ni me jalouser. Pourquoi avais-je soudain pensé à elle ? La ressemblance sans doute.

Retour dans l’amphithéâtre

Aujourd’hui, elle se dirigeait droit vers nous, de sa démarche déhanchée, avec des yeux malicieux qui brillaient, que nous réserve-t-elle encore ?  Elle réussissait toujours à nous faire mourir de rire avec ses histoires aussi loufoques qu’irréaliste. Lily releva la tête de ses bras à son arrivée, et je tentais de me recomposer un visage naturel pour n’éveiller aucun soupçon sur les angoisses qui me parcouraient le cerveau.

_ Les filles je suis amoureuse ! Elle nous avait lancé sa réplique alors qu’elle se trouvait encore à quelques sièges de nous, ce qui attira les regards vers nous. Certains des garçons présents dans l’amphi venaient d’entendre une bien triste dépêche !

_ ENCORE ? Lançai-je en cœur avec Lily. Pour notre défense, il fallait préciser qu’il n’y avait pas plus cœur d’artichaut qu’elle. Toutes les semaines, elle se trouvait un nouvel amant, s’amusait à le conquérir, pour déchanter ensuite. Pas assez romantique, trop collant, complètement niais… chaque fois elle se lassait de son Don Juan et retournait vers d’autres prétendants.

_ Line tu tombes amoureuse tous les jours, hormis les dimanches où tu passes le plus clair de ton temps à dormir ! La réponse de Lily avait fusé, et je devais lui reconnaître une certaine véracité. En plus d’être un phénomène à elle toute seule, Orline était dotée d’une sensibilité poussée à l’extrême, doublée d’une naïveté effarante.

_ Je suis véritablement tombée amoureuse, je suis sous le charme ! Je n’ai jamais vu un aussi beau garçon. À côté de lui Matt Damon et Brad Pitt sont des petits joueurs ! Elle s’était plantée devant nous pour nous faire face.

_ Pardon, je crois que j’ai mal entendu ? Un garçon qui serait plus beau que Brad Pitt et Matt Damon réunit ? Bella tu entends comme moi ? Comment est-ce possible Line ? Lily jouait l’ahurie, ce qui semblait ne faire rire qu’elle apparemment.

_ Ne fais pas attention Line et raconte-nous tout, jusque dans les moindres détails ! Lui répliquais-je, j’avais besoin qu’elle me sorte de mes préoccupations au risque de devenir folle à lier. Et puis, je savais que c’était sa partie préférée dans la quête du mâle.

_ Ce matin, alors que je faisais mon jogging près du bois. Il allait falloir que je la mette en garde, les bois étaient devenus trop dangereux avec Victoria dans les alentours. Mais comment lui dire ? J’ai remarqué un mec tellement beau, qu’au début je l’ai pris pour une statue !

_ Pourquoi, il était à poils ? La réplique de Lily fit rire Orline, mais j’étais tellement soucieuse d’imaginer mon amie dans les bois face à Victoria, que je loupais le moment pour rire.

_ Non, malheureusement pour moi il était tout habillé, mais son style ne m’a pas déplut ! Bref, curieuse comme je suis, j’ai poussé le pas jusqu’à  lui et je ne fus pas déçue du détour que cela m’a coûtait ! Il semblait m’ignorer, du coup je pus l’observais sans craindre un regard interrogateur. Il est grand, une silhouette fluette mais tout même bien costaud, mais surtout ce qui m’a surpris ce sont ses cheveux, leur couleur ressemblait à de la rou…

Orline ne put continuer la description de son bel inconnu car M. Deans, notre professeur, venait de faire irruption dans l’amphi, coupant net tout bavardage, et c’est sur une moue triste qu’Orline gagna sa place à côté de Lily.

Le cours avait à peine débuté, que mon esprit était déjà accaparé à tout autre chose, que la personnalité des colons retracée à travers des mémoires de britanniques. Le nez en l’air, le regard qui fixait une chose sans la voir, j’étais à des milliers de kilomètres du campus. Je voulais comprendre pourquoi Jake ne c’était pas expliqué sur les évènements de la nuit dernière. Je partais dans plusieurs hypothèses, enchaînant les théories et suppositions les plus farfelues, en essayant de rester logiques dans mes propos.

Dans le cas où Jake était tombé sur Victoria, je ne comprenais pas pourquoi elle s’était échappée. Que risquait un vampire face à un seul loup-garou ? Elle était en supériorité, et c’était le meilleur moment pour tenter une attaque, d’autant qu’elle pouvait compter sur un acolyte selon les dires de Jake. A moins, qu’il n’est eu la visite de ce dernier hier soir, mais la situation restait la même, pourquoi avoir pris la fuite ? Ou alors, il ou elle était simplement venu en éclaireur, comme pour s’imprégner des lieux, vérifier qu’il s’agissait bien de moi. Cette théorie étant tangible, mais ce que je ne parvenais pas encore à comprendre, connaissant le caractère impulsif et irréfléchi de Jake : pourquoi ne c’était-il pas lançait à sa poursuite ? Surtout qu’il avait déjà muté, il aurait pu le ou la rattraper aisément !

J’avais senti une telle pression, une telle nervosité dans ses paroles, que j’étais persuadée que cette visite ne l’avait pas enchantée, et puis il renâclait sans cesse, comme si quelque chose dans l’air l’insupportait. Finalement, je ne savais que très peu de choses, d’une part Jake avait muté, et avait eu l’épaule déboîtée et d’autre part Victoria était sur le campus. Pourtant, une petite partie au fond de moi était stupidement persuadée qu’il s’agissait d’autre chose, le comportement de Jake aurait été différent s’il avait eu affaire à Victoria ou à son compagnon.

M. Deans me sortit de mes rêves pour nous annoncer, que nous aurions d’ici peu un devoir à rendre sur un livre faisant partie de la fiche de lecture. J’avais passé les deux heures à ne penser qu’à Victoria, ma feuille était restée blanche, je n’avais pris aucune note. En regardant ma feuille, Lily me lança :

_ Immaculée ! J’en connais une qui va passer sa soirée à la bibliothèque pour rattraper les deux heures de cours qu’elle vient de rater… Préférant rêver, plutôt que d’écouter la voix de ténor de Mr Deans, je n’entendu par le reste de sa réplique ironique à l’intention de notre professeur, un mot qu’elle avait prononcé m’interpella : ténor.

Contre qui Jake aurait pu se battre, qui aurait pu s’enfuir en m’entendant ouvrir la fenêtre ou en sentant mon odeur, et qui aurait tout intérêt à rester cacher ? Lui… Non, ce n’était pas possible, je fabulais, que ferait-il ici à Dartmouth ? Peut-être était-il au courant pour Victoria, du danger qui se tramait à mon encontre… Orline me secoua comme un prunier pour me sortir de mon ébahissement, j’étais restée debout face à ma tablette, les yeux fixant l’immense tableau noir vierge de toute écriture.

_ Je n’ai pas fini de vous décrire l’apollon que j’ai vu ce matin ! Orline trépignait comme une enfant de 5 ans, mais je ne faisais plus attention à ses paroles ni à la description du garçon. Pourtant mon inconscient tiqua sur deux détails : la blancheur de la peau et son air menaçant, qu’Orline qualifia de « Bad boy ». Quel était le pourcentage de chance pour qu’il s’agisse du même ?   

_ Excusez-moi les filles mais je viens de me rendre compte que j’ai laissé mon devoir d’ethno sur mon bureau, je cours à la résidence le chercher, partez devant je vous rejoindrai ! Je ne leur laissais pas le temps de me rétorquer la moindre chose, je me dépêchais de sortir de l’amphi.

Je filais à travers les couloirs bondés d’étudiants, et quittais très vite le bâtiment dans lequel je me trouvais. Une fois parvenue dehors, je regardais tout autour de moi pour repérer son visage, sa stature, je ne le voyais nulle part mais j’étais convaincue qu’il m’épiait, je le sentais tout proche de moi, veillant à ma sécurité. Alors, je décidais d’opter pour un coin sombre, loin des regards indiscrets où il ne craindrait pas d’être vu et où il pourrait alors sortir de sa cachette. C’est d’un pas décidé que je traversais le parc et ses pelouses luxuriantes pour me rendre vers l’ombre des arbres. Je poussais le plus loin possible, pour que je ne puisse plus être vu des autres étudiants, ni même à portée d’oreilles indiscrètes. Le couvert des arbres m’apporta une douce brise qui me mordait le visage, et la lumière avait du mal à filtrer à travers l’épais feuillage, par conséquent je me retrouvais dans un endroit frais et voilé.

_ Jake, je sais que tu n’es pas loin, je t’en prie sort de ta cachette j’ai à te parler s’il te plaît. Je lançais ma demande expresse en déposant mon sac le long d’un arbre et déambulait sur quelques mètres, regardant partout, mais aucune trace de mon ami.

_ Tu ne vas pouvoir m’éviter plus longtemps ! Jake je t’en prie, dis-moi avec qui tu étais hier soir, je suis sûre qu’il ne s’agissait pas de Victoria ! La colère me monta au visage. Ai pitié de ma santé mentale, je suis sur le point d’exploser car je sais que tu me caches un fait important.

N’ayant toujours aucune réponse, je tombais à genoux sur le sol boueux, le visage caché dans mes mains. J’avais peu dormit la nuit dernière et appris que Victoria était à ma poursuite, mes nerfs étaient donc mis à rude épreuve et je craquai. Comme d’habitude, ma colère étant branchée sur mon canal lacrymal, je ne pus m’empêcher de pleurer. La vanne s’ouvrit, laissant s’échapper un flot de larmes, des soubresauts me secouant de la tête aux pieds, martelant le sol avec mes poings, mais Jake ne se matérialisa pas pour autant à mes côtés.

_ Je te déteste ! Non, je vous déteste tous les deux ! Jake dis-moi la vérité, lequel des Cu… Je butais contre le mot, lequel as-tu rencontré ? Je t’en supplie dis-le moi ! Mon ton était virulent mais ma voix finit par se briser sur les derniers mots. Je n’obtins pour seule réponse que le bruit du vent qui sifflait à travers les feuilles. Je restais agenouillée, les larmes inondant mon visage et mes mains recouvertes de boue. 

En réalité, la personne que je détestais n’était autre que moi. L’image que je laissais ressortir me dégoûtait : pathétique, pleureuse et ennuyeuse. La plupart des personnes qui connaissaient un chagrin d’amour finissaient toujours pas s’en remettre. Alors, pourquoi n’y parvenais-je toujours pas au bout de plusieurs mois ? De surcroît, je n’avais plus aucune nouvelle, je n’avais pas non plus le moindre espoir à avoir. Aussi, à la plus petite évocation d’une possible ressemblance avec lui, je perdais complètement toute raison. Étais-je à ce point dissemblable au commun des mortels, moi qui un jour avait caressé le rêve de devenir une immortelle, pour l’éternité à ses côtés.

Je ressassais tous ses souvenirs, et anciens rêves qui me hantaient toujours, et il me fallut plus d’une heure pour me calmer et retrouver un calme apparent. Je finis par me relever, repris mon sac et partit dans la direction de ma résidence pour y rester cloîtrer le reste de la journée, il était hors de question de me mêler à la foule aujourd’hui, et puis j’avais besoin d’une bonne douche.

Sur le chemin me menant à la résidence et jusque sous ma douche, je réfléchis à tout ce qui m’était arrivée depuis ses deux dernières années, et aujourd’hui je me trouvais pathétique, terne et peureuse. Loin de la fille courageuse et responsable que j’étais il y a deux ans. Il fallait à tout prix que je me reprenne en main, pour casser cette apparence de déprimée. Du coup, au lieu de rester à broyer du noir, je repris mon sac pour me rendre à l’atelier d’écriture, je devais aller de l’avant, cela ne s’améliorerait pas tout seul, comme par enchantement, après tout chacun était maître de son destin, à moi de prendre le mien en mains. Les trois heures passèrent rapidement, Orline était rassurée par mon subite engouement et mon récit reçut les meilleurs éloges.

À la sortie du cours, Lily nous rejoignit, et nous fîmes un bout de chemin ensemble, puis nous séparâmes, Orline devait se rendre à un entraînement de tennis, Lily à son cours d’improvisation et moi je devais travailler les cours de la matinée que j’avais raté. Par conséquent, j’allais passer ma soirée à la bibliothèque pour rattraper le temps perdu et me consacrer au prochain devoir que nous devions rendre en civilisation. Je passais plus de trois heures à la bibliothèque sans m’en rendre compte, tout ce travail m’avait permis de me concentrer sur autre chose que sur mes histoires de traque, de vampires et de loups-garous. Quand je relevais les yeux pour la première fois de mes livres, la nuit était tombée et les premières lueurs de la lune filtraient à travers l’immense verrière qui recouvrait le toit de la salle de lecture. Je pris mon temps pour m’étirer et dégourdir mon dos et mes jambes jusque là restaient pliées sous le bureau. L’annonce du haut parleur m’annonça que la bibliothèque n’allait pas tarder à fermer ses portes, et invitait ses lecteurs à reposer les livres sur les plateaux et à gagner la sortie. Je rangeai mes affaires, déposai les livres que j’avais consultés et mis mon manteau sur mes épaules.

Dehors, la température avait dû chuter d’au moins dix degrés, je resserrai les pans de mon manteau contre moi pour me réchauffer, et accélérer l’allure pour rentrer le plus vite possible au chaud auprès de mon amie. La partie ouest du campus, était quasiment déserte à cette heure, la plupart des étudiants étaient soit occupés par une activité sportive, soit calfeutrés dans leur chambre. Malgré l’obscurité, je ne m’étais jamais sentie en danger à Dartmouth, j’avais l’impression d’être dans un village, certes assez étendu mais où tout était regroupé sur un seul et même lieu. Du coup, je ne ressentais aucune angoisse, ni appréhension en parcourant le parc qui séparaient la faculté des résidences, ni aujourd’hui, ni jamais, mais ce soir, c’étais sans savoir que je n’étais pas seule, je ne savais pas que depuis ma sortie de la bibliothèque j’avais été prise en chasse par un prédateur redoutable.

Alors qu’il me restait plus que quelques pas, sa voix résonna à l’intérieur de ma tête, se répercutant contre chacune de ses parois. Sa voix me fit tressaillir, et la panique me submergea. Je tentai de la refouler car je ne voulais pas lui faire ce plaisir.

_ Bella.

Je me retournais doucement, évitant tout geste brusque afin que le prédateur n’interprète pas mes gestes de travers ou s’en effraie (si tant est que l’on puisse espérer faire peur à un vampire). Je savais que la douleur serait atroce mais je devais aujourd’hui, ce soir, affronter mes vieux fantômes. Du coup, j’étais prête à l’affronter, la tête haute, le regard ferme et les épaules droites.

L’ombre se rétrécit au fur et à mesure que le vampire se rapprochait de moi, je sentis les premières larmes me piquaient les yeux, mais je luttais pour les faire disparaître, je voulais dégager autant de fierté et d’orgueil que je le pouvais, pour lui faire face. Je lui adressai la parole avant même que la clarté de la lune illumine ses traits. Toutefois, mes mots ne furent ni bienveillants, ni aimables, bien au contraire j’affichais une mine hautaine et mon ton était impérieux, voire même dédaigneux :

_ Que me vaut l’honneur de ta présence ici… Edward !

 

Publié dans fiction

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Clo# 20/10/2009 11:46


HIIIIIII ! EDWARD !
Désolée, mes instints de groupie ont refait surface un instant ... En tout cas, excellent chapitre ;)


Néo 20/10/2009 18:42


Oui je crois savoir de quoi tu parles, je suis emballée à chaque fois que j'écris une ligne sur lui. M'imaginer Edward est plus que fantastique !!


la Bella du Quebec 01/10/2009 14:39


enfinnnnnnnnnn elle le retrouve mais elle n'a pas trop l'air entousiasme encore une fois merci pour cette fic ses super vite chapitre 7


Néo 01/10/2009 22:28


ça va tu as encore 200 pages devant toi ^^ je me dépêche d'écrire la suite !!!