chapitre 3

Publié le par Néo

Raisons et sentiments

Septembre, dans la tête d’un vampire…

Voilà où m’avais conduis mon odorat, au milieu d’une luxuriante pelouse. L’herbe était coupée à ras, et de là où j’étais, une multitude de chemins partaient en étoile, où d’autres venaient s’entrecouper. Devant moi, se dressait modestement un édifice en brique rouge, surmonté d’un clocher blanc dont le pic s’érigeait fièrement vers les cieux. Le style du bâtiment était plutôt classique et très géométrique, deux rangées de fenêtres se tenaient l’une au-dessous de l’autre dans les mêmes alignements, parfaitement symétriques. Les fenêtres du rez-de-chaussée étaient rectangulaires, sans originalité, tandis que celles du premier étage se différenciaient par leur hauteur, dont le haut s’arrondissait. La porte d’entrée qui se situait pile au milieu contrastait avec la vétusté de l’ensemble du bâtiment central. En effet, elle était proéminente par rapport au reste, avec des colonnes grecques flanquées de chaque côté, et surmontait d’un fronton triangulaire, dont une petite lucarne ornait la partie centrale. Tout était équilibré et centré, même les arbres qui bordaient le côté de la pelouse avaient été plantés avec un intervalle régulier, et taillé fréquemment pour que leurs branches ne s’entremêlent pas, ce qui m’était bizarrement familier.

Cette bibliothèque, cette pelouse, ces petits chemins de graviers, ne m’étaient pas inconnus… Mes pieds étaient déjà venus ici, il y a quelques années de cela…

Debout face à cette bâtisse, vieille de plus de trois siècles, je comprenais l’ampleur de mon idiotie. Dès mon départ de Forks, je n’avais eu de répit de traquer Victoria, il fallait que je la réduise à néant pour qu’elle ne puisse plus représenter une quelconque menace envers celle que j’avais laissée derrière moi. Cette course poursuite m’avait conduit à travers les États-Unis, même jusqu’au Mexique, m’obligeant à me calfeutrer dans un grenier lugubre, attendant le coucher du soleil pour reprendre la chasse et retrouver sa trace jusque là perdue. Car, plus je m’approchais d’elle  plus elle s’éloignait, et dès que le piège se refermait, elle s’échappait in extremis.

Sur le moment, je ne saisis pas la nature de tous ses déplacements, je pensais naïvement qu’elle cherchait à me semer, en m’emmenant dans des pays où le soleil rayonne et ne se couche que tardivement pour ralentir ma progression, mais en fait il s’agissait d’un autre subterfuge dont l’ampleur m’échappait encore.

Je me retrouvais dans le New Hampshire, complètement dans le nord-est des États-Unis sur le campus de l’université de Dartmouth à Hanover, à contempler le gazon d’un vert luxuriant et les lumières s’échappant de la bibliothèque Banker qui me faisait face.

_ La garce ! Elle m’a bien eut !

Pour moi, il était évident que je me trouvais dans la mauvaise direction, qu’il s’agissait d’un canular monté de toutes pièces par Victoria, qui devait à l’heure actuelle, faire route vers Forks.

Que me restait-il à faire ? Poursuivre ma proie ou demander à l’un des miens de s’en occuper ? Cette décision me coûtait énormément, car je lui avais juré que je ne reviendrai plus, ni moi ni aucun des membres de ma famille. Cependant, je ne pouvais tolérer l’idée que l’on touche à un seul de ses cheveux. Et puis, si je m’élançais à la suite du monstre, si je retournai à Forks, comment parviendrai-je à trouver le courage de repartir ?  Réussirai-je à rester dans l’ombre, et ne pas l’approcher ? Ne pas vouloir connaître ses préoccupations, ne pas savoir si elle prononçait encore mon prénom dans ses rêves, ne pas pouvoir la serrer dans mes bras et respirer son odeur. En serai-je seulement capable ?

De surcroît, si ses lèvres souriaient à un autre, si ses doigts fouillaient dans une tignasse différente et si ses joues s’empourpreraient à la vue d’un garçon, alors comment ferais-je pour oublier ces images, pour tenir bon, et surtout pour ne pas m’imposer ? Je lui avais promis un avenir plus tranquille et plus sûr, je ne pouvais débarquer dans sa vie après une si longue absence. Et puis, elle ne devait plus m’aimer, cette seule pensée aurait pu m’arracher un flot de larmes, si tant est que cela fusse possible.

Malgré mon départ, elle hantait toujours mes pensées. Je ne pouvais me résoudre à l’oublier, car ma vie lui appartenait, malheureusement ma condition rendait tout bonheur impossible et dangereusement mortel pour elle. Alors, son souvenir demeurait gravé dans chaque partie de mes pensées, de mon cœur et sur chaque parcelle de mon corps. Tout mon être la réclamait, comme un toxicomane attendant une injection alors qu’il est en période de sevrage. La comparaison est sans doute de mauvais goût, mais tel était le cas. Je ne vivais plus, ne côtoyais aucun membre de mon espèce, si ce n’est Victoria que je voulais voir anéantie à jamais. Les miens ne me reconnaissaient plus, Esmée s’inquiétait et Carlisle ne parvenait plus à me rendre confiance en moi, j’avais donc renoncé à tout contact. Seule Alice, restait au courant de chacune de mes avancées dans la traque de mon ennemie et surtout sur mon état mental, via ses visions.

J’étais confronté à un choix cornélien, si je voulais sauver celle pour qui je ne me saurais jamais autant battu, il allait falloir la revoir de nouveau. A moins que, je ne confie cette tâche à l’un des miens, mais tout en gardant l’anonymat. Effectivement, Alice remplirait toutes les conditions, mais je doutais qu’elle puisse garder ses distances très longtemps avec elle, Jasper refuserait par précaution, Rosalie allait refuser tout de go prétextant que cela ne la concernait pas, il me restait alors Emmet, il serait heureux du combat et surtout il ne chercherait pas à la revoir. Mais moi, pourrais-je rester tranquillement éloigné du combat alors que je la savais potentiellement exposée ? Surtout quand on connaissait son indéniable attirance pour le danger. Aujourd’hui encore, je me rongeais de ne pas avoir de nouvelles d’elle, de ne pouvoir être là pour la protéger. Toutefois, je savais que malgré sa promesse ma sœur continuait à l’épier en douce. Alice représentait mon unique et dernier lien avec elle.

Alors que je réfléchissais aux milles et une solution, mon portable vibra dans la poche intérieure de mon manteau. Quand on parlait du loup… Avant même d’avoir décroché, je connaissais l’identité de mon interlocuteur, très certainement une jeune personne qui avait vu ce que je m’apprêtais à faire et désirais être de la partie, je décrochai déjà vaincu.

_ Tu as faux sur toute la ligne mon cher grand frère ! Son timbre de voix m’avait cruellement manqué, il résonnait tel un carillon.

_ Je suis ravi de t’entendre Alice, les nouvelles sont-elles bonnes ? Aussitôt le doute qui s’était installé s’évapora au son de sa voix. 

Inconsciemment je savais qu’elle aurait la bonne réponse. Facile quand on connaissait l’avenir comme elle ! J’étais épuisé de réfléchir pour faire concorder ce que me disait ma raison et mes sentiments. Tant pis, je laisserai la volonté d’Alice décider pour moi, alors je porterai secours à la détentrice de mon cœur, tout en ne révélant pas ma présence, je resterai dans l’ombre.

_ Tout dépend du point de vue que l’on adopte. En ce qui concerne le mien, je dirai que cela ne peut pas aller mieux que maintenant ! Tu as de la chance j’ai deux bonnes nouvelles et seulement une mauvaise. Laquelle veux-tu écouter en premier me répondit-elle gaiement, je pouvais aisément l’imaginer sauter partout.

_ Dans ce cas là, commence par une bonne nouvelle, pour enchaîner sur la pire et garder la meilleure des trois pour la fin. J’essayais de mettre de la bonne humeur dans mes paroles pour qu’elle me révèle la vérité sans détour.

_ Alors soit ! Commençons par une bonne ! Victoria ne se dirige pas vers Forks, elle est à Hanover, tout comme toi.

Cette réponse me désarçonna, je perdis le fil de mes réflexions et toutes mes théories disparurent d’un coup. Victoria sur un campus… Je ne percevais pas le rapport, à moins que ce ne soit pour assouvir sa soif, mais je trouvais sa stratégie périlleuse. Devoir chasser dans un endroit remplie de monde n’est pas un moyen des plus discrets. Alice ne me questionna pas sur mon silence et poursuivit sur le même ton enjoué.

_ La mauvaise, est qu’elle prépare une embuscade à ton encontre, mais elle change tellement d’idées que je n’arrive pas à cerner réellement son but. Par conséquent, tu vas avoir besoin d’aide et le plus tôt sera le mieux. J’interrompis le fil de ses paroles, n’ayant pas saisi leur sens.

_ Attends un peu Alice, tu as vu Victoria préparer un piège ici, sur le campus ? Dans quel but ? Souhaite-t-elle me voir défendre toute une colonie d’étudiants, à moins qu’elle ait décidé de les transformer en vampires pour s’en faire une armée de néophytes ? Tes visions se brouillent ma chère sœur. J’étais désarçonné, je voulais décortiquer les visions qu’avaient eut Alice pour en comprendre l’ampleur et la signification mais, elle était trop loin de moi pour que ses visions m’apparaissent clairement.

_ J’avais vu juste alors, tu ne l’as pas encore senti ! Sa voix se radoucit. Bien évidemment que j’avais sentit cette folle furieuse de vampire. Certaines de tes analyses sont pertinentes Edward, effectivement elle a pensé à se constituer une armée de jeunes vampires pour nous tenir à l’écart, mais le but ultime de la manœuvre reste l’accomplissement de sa vengeance.

_ Mais pourquoi ici ? Et bien sûr, que j’ai flairé Victoria, pour qui me prends-tu ! Alice tu me barbes avec tes visions, soit plus claire ou je mets un terme à cette conversation ! L’impression d’être un pantin désarticulé m’apparut, je ne saisis plus les sous-entendus de ma sœur, et son flot de nouvelles informations me désarçonnait. Je n’avais pas l’habitude de poser des questions pour connaître le fond des pensées des gens, il me suffisait de plonger dans leur tête pour connaître ce à quoi il pensait. Ainsi la patience n’était pas mon fort.

_ Puisque tu le prends sur ce ton je te laisse découvrir la dernière bonne nouvelle et t’en rendre compte tout seul ! Je voulais te l’apprendre en douceur mais ta réaction m’insupporte ! Débrouille-toi pour gérer cette partie de ton problème Edward Cullen ! Sa voix s’était faite violente et rapide. Puis, elle rajouta : En ce qui concerne Victoria, nous serons tous là dans très peu de temps. Ne me remercie pas surtout ! Sa voix se stoppa nette et elle raccrocha.

Ces derniers temps, j’étais à fleur de peau et ne supportais aucun sarcasme ni cynisme. J’étais resté plusieurs mois sans côtoyer la moindre espèce vivante et commençais à me transformer en vieux bourru asocial. Alice en avait fait les frais aujourd’hui, je me détestais davantage. Il fallait que je fasse quelque chose pour m’excuser de mon impolitesse et de mon comportement trop brusque. Je visionnais plusieurs scènes d’excuses dans ma tête pour qu’elle puisse, elle aussi les voir, j’imaginai plusieurs scénarios, agenouillés, les mains jointes, les yeux baisés et mon sourire irrésistible. En voyant ces images je me mis à sourire, je n’avais pas vu les miens depuis trop longtemps et ils me manquaient cruellement, je m’étais trop isolé et je devais changer mon mode de vie si je ne voulais pas me transformer en ermite reclus dans une grotte.

Je me mis à respirer de façon insistante pour retrouver la trace de mon ennemie, il fallait que je l’arrête avant qu’elle ne transforme la moitié de ces étudiants en monstres.

Alors que je flairais le moindre souffle que le vent me transportait, je sentis une odeur qui me fit frémir de la tête aux pieds. J’aurai pu reconnaître ce parfum entre mille autres, cette senteur fleurie et sucrée : comme de la lavande et du freesia. Un bref instant je restais interdit. C’était la première fois depuis des mois que son odeur me parvenait de façon si nette, si précise qu’elle aurait pu se tenir à quelques pas de moi. ! M’autorisant ce que je m’étais pourtant fortement défendu, je fermais les yeux pour profiter de cet arôme dont je m’étais séparé un an auparavant. Mon cerveau était en effervescence, plus aucune de mes résolutions ne passaient, mon désir et mes pulsions avaient pris le contrôle de mon corps et de mes pensées.

Mes souvenirs rejaillirent avec une précision incroyable, notre journée dans la clairière, mes nuits sur le rocking chair à la couver du regard, ses joues qui s’empourpraient, ses lèvres délicates et douces. Comme si mon corps n’était pas suffisamment agité, mes oreilles perçurent jusqu’au timbre de sa voix mélodieuse et discrète, mais les paroles restaient incompréhensibles je ne me concentrai que sur la tonalité. Ma raison tentait de me persuader de mettre un terme à ses rappels, je savais pertinemment quel en serait le prix à payer, mais à ce moment précis tout m’était égal, je pouvais respirer sa fragrance personnelle et entendre les notes de sa voix, un cadeau aussi agréable que douloureux, mais auquel on ne peut résister. Je savais que ma poitrine allait de nouveau se consumer de l’intérieur, que la bête allait resurgir de sa tanière pour lacérer ce qui restait de mon cœur et de mes sentiments. Alors tout en sachant la douleur qui m’attendait une fois ces hallucinations terminées, j’en profitais pour que la souffrance en vaille la peine !

Un bruissement de gravier me parvint sur ma gauche et mit un terme à mes apparitions, un étudiant marchait droit vers moi, mais il ne semblait pas m’avoir remarqué pour autant, je scannais sa mémoire pour connaître ses intentions, mais ce à quoi il pensa me stupéfiai, il la voyait !

Comment un étudiant lambda au teint mâte, au physique de surfer californien pouvait s’imaginer et se représenter celle pour qui j’aurai fait n’importe quoi, allant même jusqu’à la quitter comme gage de sa vie. Le surfer me frôla de son épaule massive au moment où nous nous croisâmes, un bref  pardon effleura à peine le bout de ses lèvres, et il continua son chemin droit devant moi oubliant les sentiers banalisés pour marcher sur la pelouse. Après plusieurs mètres, je compris qu’il se dirigeait vers la bibliothèque où un groupe d’étudiants venaient d’en sortir. J’étais prêt à lui sauter dessus pour lui faire avouer qui était cette fille pour lui, où l’avait-il vu, pourquoi hantait-elle toutes ses pensées ? Ma colère était à son paroxysme, mes muscles se bandèrent sous la pression et mes poings étaient si serrés que leurs jointures craquèrent. Il fallait que je me calme, sinon le surfer allait passer un sale moment, je tentai de respirer à nouveau, mais le venin coulait à flots dans ma bouche et le long de ma gorge. Au moment où je repris une bouffée d’air, une odeur me frappa violemment, celui de son sang à elle. Contrairement à son odeur corporelle, son sang ne réussit pas à me calmer, je tremblais, un séisme n’aurait pu être plus violent que moi en ce moment face à tous ses étudiants !

Son rire retentit dans mes ténèbres, puis sa voix de nouveau, ses bienfaits eurent le don d’apaiser la colère que le surfer m’avait insufflé, mes mains se détendirent et mes muscles se décrispèrent. Mon combat avec moi-même pris fin et je pus retrouver ma lucidité et ma raison. Malheureusement, ce répit fut de courte durée, puisque c’était au tour de mes yeux de se jouer de moi. A quelques mètres de moi, elle était là assise sur les marches du grand bâtiment, des livres dans les bras et ce surfer juste à côté d’elle. Mon esprit me jouait-il encore un tour, mais je compris finalement que mes hallucinations n’en étaient pas. Si je n’avais pas été aussi fort, je me serai écroulé.

La phrase d’Alice me revint en tête, et je compris sa signification, elle m’avait appelé pour me dire que Bella se trouvait elle aussi à Dartmouth, la meilleure nouvelle des trois qu’elle voulait m’annoncer. Ce qui expliquait sa bonne humeur et sa décision de me rejoindre pour m’aider à affronter Victoria. Je soupçonnais plus une envie de la revoir, que de venir pour anéantir un vampire. Alice me ressemblait tant, elle non plus n’avait pas réussit à l’oublier…

Après une année d’absence qui s’était traduit par la souffrance et le regain des souvenirs, je pouvais la contempler de nouveau, mon cœur - s’il n’était mort - aurait pu exploser devant une telle vision. Seule une soixantaine de mètres nous séparaient. Mon ahurissement devait sans doute se lire sur mon visage tant j’étais étonné que nos chemin se croisent de nouveau sur cette pelouse. Enfin, uniquement le mien puisqu’elle n’était pas conscience de ma présence.

J’étais heureux qu’elle ait suivi mes conseils et qu’elle se retrouve dans l’une des huit meilleures universités américaines, et qu’elle puisse sourire, vivre sans secret, normalement en sécurité. Tout ce que j’avais voulu pour elle, même si, dans ce tableau idyllique je n’y étais plus, le revers de la médaille, sa vie sans moi dans les parages pour lui rappeler que je resterais le même alors qu’elle vieillirait. Pendant ses douze derniers mois, j’avais imaginé ce scénario des retrouvailles plusieurs fois, changeant le décor, le temps, mais le résultat me paraissait bien terne et fade par rapport à ce que je vivais à ce moment précis. Une petite brise vient souffler dans ses cheveux me rapportant de plein fouet son parfum, celui de ses cheveux, de sa peau, de son corps. Mes muscles se bandèrent de nouveau, ma langue baignait dans le venin et mon cœur se serra à ce souvenir à la fois doux et cruel.

Pendant le laps de temps que je passais à l’observais, j’avais l’impression que ma conscience était sortie de mon cerveau, qu’elle était devenue un être à part entière, tentant de me ramener sur terre et à mes promesses. Mais je n’écoutais plus que moi, enfin mes envies, je la contemplais, son visage,  m’imaginais ses doigts s’enroulant autour d’une mèche de mes cheveux, ses lèvres s’étirant à chacun de ses sourires, et ses joues rosirent sous l’embarras. Pendant, ses longues semaines et mois, mon amour pour elle n’avait en rien perdu de son intensité et de sa valeur, mais qu’en est-il pour elle ? Elle qui avait cru à mes mensonges en septembre dernier, qui n’avait pas cherché à me retenir, pensait-elle encore à moi ? En ce qui me concernait, je ne pouvais pas me lasser d’elle !

Ma curiosité fut la plus forte, et je me déplaçai sur le côté, à l’abri d’un arbre qui m’offrit pénombre et anonymat pour épier leurs faits et gestes, notamment ceux du surfer en pleine discussion avec elle.

_ Alors ma belle, qu’as-tu prévue pour combler le long et misérable week-end qui vient ? Le surfer à la chevelure dorée s’était penché vers Bella, il ne manquait pas d’audace c’est le moins que l’on puisse dire, il reprit sur une petite boutade qui ne fit rire que lui : Oh laisse-moi deviner, tu espères passer la soirée avec moi, devant un dîner aux chandelles mais, tu ne sais pas comment me le demander, et surtout tu as peur que je refuse. Sois tranquille pour toi je ferai ce qu’il faut poupée ! Son rire aurait pu faire trembler la terre. Cependant, Bella semblait rester de glace face aux assauts du blond californien, sans aucun doute il n’était pas son type d’homme ! Tout même elle répondit à ses insinuations avec le même sarcasme qui me faisait tant rire il y a des mois de ça.

_ Oh Sean, maintenant je connaissais le prénom de mon nouvel adversaire, décidemment partout où elle allait il y avait toujours un Mike Newton pour lui tenir compagnie, quoique celui-ci était plus entreprenant. Vraiment ta proposition me… Me laisse pantoise, je préfère passer mon samedi soir en compagnie de Jack l’éventreur plutôt que t’entendre parler à chacun de tes muscles ! Tous ceux qui se trouvaient autour de Bella rire de bon cœur, l’apollon fut touché en plein cœur, fâché il partit dans la nuit.

Bella ne faisait apparemment plus dans la diplomatie. Je ne reconnaissais pas ces traits moqueurs. Et oui les humains changent, leurs traits se modifient et leur caractère aussi. Ces cheveux étaient plus longs lui tombant jusqu’au milieu du dos. Curieux de constater d’autres changements je l’analysais sous toutes les coutures. Je la trouvais amaigrie, ses joues étaient désormais plus creusées et sa mâchoire plus saillante du coup. Toutefois, ce qui me choqua le plus était l’absence de lueur dans son regard, il était vide… Autrefois, seuls ses yeux pouvaient me permettre de capter ses mensonges et ses secrets, aujourd’hui ils n’exprimaient plus rien. Cette constatation me fit trembler comme si je fixais une morte.

Alors que Sean s’en allait vexait comme il ne l’avait jamais été, une fille s’approcha de Bella. Elle était très grande, certainement 1m80 au moins ! Toutefois, ce qui retint le plus mon attention fut son regard, plus particulièrement ses yeux… On aurait pu littéralement plonger dedans, tellement leur couleur rappelait celle de la mer, d’une transparence éblouissante. En s’asseyant elle donna une petit claque dans le dos de Bella qui se retourna brusquement vers elle.

_ Ah Lily c’est toi !  Lui répondis Bella en souriant.

Lily… Un prénom simple mais gracieux comme elle. Elle portait un imper rouge sur un jean à moitié déchiré qui s’avachissait sur une paire de converse élimait avec le temps. Ses longs cheveux noirs, avaient été noués rapidement derrière sa nuque, et sa frange trop longue lui barrait le front, cachant en partie son visage. Cependant, elle remuait tellement que je pus l’observais dans les moindres détails. Elle avait un visage ovale, une ossature bien prononcée le tout sur un teint hâlé. Sa bouche paraissait immense mais c’était surtout parce qu’elle rigolait tout le temps et ses pommettes rebondissaient à chacun de ses rires. Alors que j’étais là, à la scruter, un autre visage s’interposa sur le sien, celui d’une ancienne personne de Forks :

Jacob Black.

_ Un peu de sérieux jeune fille, on n’éconduit pas un surfer de cette trempe ! Savez-vous que vous avez déclenché la colère des dieux petite impertinente ! D’un seul coup, les deux filles partirent dans un fou rire, qui m’envahit et me paralysait tout à la fois, car celui de Bella sonnait faux.

_ J’espère qu’il aura compris une fois pour toute. Je n’aime pas être agressive et méchante, mais il m’exaspère depuis le début du semestre, maintenant il va me laisser tranquille ! Je reconnaissais sa façon de repousser tous les prétendants qui ne lui convenait pas.

_ Plus sérieusement, que comptes-tu faire ce week-end ? Et ne me rétorque pas ton excuse pitoyable de la dernière fois, car j’ai vérifié ton agenda, et tu as tout bouclé jusqu’au semestre prochain au moins ! Lily était désormais bien droite et pointait son doigt dans la direction de Bella, telle une mise en garde.

 _ Désolée je ne suis pas un boute-en-train comme certaines ! Franchement ma compagnie est sans intérêt ! Je ne t’en voudrais pas si tu as une sortie au programme pour samedi prochain, ne culpabilise pas, je trouvais de l’occupation. Et puis, M. Morisson m’a donné toute une liste de livres à étudier pour alimenter mes dissertations. Soit Bella était devenue une experte dans l’art du mensonge, ce dont j’en doutais, soit elle ne souhaitait pas s’amuser avec ses amis.

_ Alors que dirais-tu d’un cinéma entre filles, quelques-unes tout au plus. Nous n’avons qu’à opter pour le dernier Burton, pas de scènes romantiques, que des enfants lancés dans un parcours du combattant avec en prime le beau Johnny Depp dans le rôle du chocolatier déluré Willy Vonka. Alors qu’en dis-tu ? Sa voix s’était radoucie et se transformait plus en prière qu’en une proposition de sortie.

Depuis quand fallait-il supplier Bella pour la sortir ? En scrutant les pensées de son amie je voyais un nombre impressionnant de faux bond, de refus catégoriques et surtout de soirées passées seule dans sa chambre ou à la bibliothèque.

_ J’y réfléchirai et je te tiens au courant d’accord ? répondit Bella en se levant, la conversation devait prendre un tournant qui semblait ne pas lui convenir, elle remit son sac à dos sur une épaule, et entama une tentative de départ.

_ J’attendrais ta réponse miss casanière ! Lily était lasse de s’acharner contre son amie, elle laissait tomber une fois de plus. Ce qu’elle désirait plus que tout était de savoir si son état léthargique était de nature, ou si un évènement extérieur en était la cause. Cette pensée me fit frémir, serai-je le coupable ? Mon départ lui aurait-il fait perdre toute joie de vivre, tout espoir de bonheur ? Je devais être trop égocentrique pour penser que je pouvais être le responsable de son manque d’entrain. Même si mon bonheur était resté auprès d’elle, il ne pouvait pas aller de même pour elle, les humains tournaient vite la page sur les choses qui leur sont désagréables.

Bella salua ses amis et se dirigea vers l’ouest du campus, certainement pour rejoindre sa chambre universitaire. Alors qu’elle s’éloignait, j’en profitai pour respirer à pleins poumons son parfum qui marquait chaque centimètre parcourus, je restais dans l’ombre pour que je puisse faire le plein de souvenirs d’elle. Je m’efforçais d’avancer dans la pénombre tout en continuant de l’épier jusqu’à ce qu’elle regagne sa résidence, prenant même des rues parallèles pour éviter de me faire remarquer.

Une fois les bâtiments administratifs et principaux dépassaient, Bella entra dans un immense parc bordé par une multitude de résidences et de fraternités diverses. Ce coin de verdure était immense, offrant une végétation dense et luxuriante. Je fus scandalisé de la voir traverser tranquillement dans cette obscurité, alors que n’importe qui de mal attentionné aurait pu surgir d’un bosquet ou de derrière un arbre. N’importe qui aurait pu la suivre, pire la prendre en traque comme… comme moi. Cette observation me perturba aussi je la repoussais vivement loin de mon cerveau, je n’étais pas un pervers !

Malgré que le ciel soit couvert, la lune nous offrait quelques pâles lueurs venant éclairer les pas de Bella, jusqu’à la dernière maison.

La résidence était la plus petite de toutes celles qui bordaient le parc, mais elle n’en perdait pas en caractère cependant. Elle s’érigeait fièrement dans une architecture géorgienne, avec ses colonnades romaines ornées de chapiteaux, son fronton triangulaire le tout parfaitement symétrique. La maison se fondait parfaitement dans son décor ambiant, grâce au revêtement blanc et à ses volets verts. D’ailleurs, elle était entourée de petits arbustes et recouvertes de lierre.

Elle bifurqua pour emprunter la petite allée dallée, et grimpa les quelques marches, et alors qu’elle se trouvait sur le perron, elle se retourna doucement et regarda dans ma direction. Je ne bougeais pas d’un pouce, même si j’étais persuadé qu’à une telle distance j’étais invisible pour elle. Pourtant, inconsciemment, j’espérais la voir se mettre à courir vers moi. Elle resta un long moment à scruter les ténèbres et mon subconscient à prier pour qu’elle me visse, mais elle tourna les talons et disparut derrière la lourde porte verte en bois massif.

A ce moment précis, j’aurais donné tout ce que j’avais de plus cher au monde, ma vie, mon immortalité ou ma force, pour connaître le fond de ses pensées. Qu’avait-elle ressentie pour stopper net son élan et se mettre à observer l’obscurité ? Pourquoi ne parvenais-je pas à percer les méandres de son cerveau ? Cette constatation eut le don d’envoyer valser toutes les promesses, toutes les recommandations que ma raison avait établit, et c’est en courant que je me précipitais à la rejoindre attendant que le sommeil l’emporte pour l’écouter dormir, ces rêves m’apprendraient toutes les choses que son cerveau refusait de me laisser entendre. Certes ma démarche n’était pas du tout raisonnable, mais j’avais besoin de savoir. 


 

Publié dans fiction

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la Bella du Quebec 30/09/2009 11:29


ouahahaha jadore au chapitre 2 je disais que je trouvais Jacob pas chanceux car Bella partais mais la je suis si heureuse de retrouver mon beau Rob

ohhhhh oui super bon vite la suite


Néo 30/09/2009 14:32


Tu vois Jake et Edward ne sont pas restés longtemps absent de mon histoire ;)


Angie 20/09/2009 17:36

wouah..
je viens de lire les trois premiers chapitres et je reste sur le cul!(pardonne moi l'expression ^^)
tu écris merveilleusement bien ! j'étais impressionnée par le niveau ! bravo !
et en ce qui concerne l'histoire j'adore tout simplement ♥

Néo 20/09/2009 22:58


Je te pardonne ton expression, et je suis contente de compter de nouvelles lectrices. J'espère que la suite te plaira tout autant que les trois premiers que je n'arrête pas de modifier... les deux
premiers chapitres me plaisant moins que les autres. Ce sont en quelque sorte mes premiers bouts d'essai et je ne suis pas très fière de mon style. Le problème étant mon côté perfectionniste, je
peux recommencer vingt fois le même chapitre. Au minimum, j'ai toujours au moins deux versions du chapitre que je veux écrire... En ce qui concerne le chapitre sur lequel je suis en train d'écrire,
j'en ai eu quatre en tout. Mais je me suis enfin arrêtée sur une seule, celle qui me plaît alors j'espère que cela vous réjouira tout autant que moi.

Ravie de te compter parmi mes lectrice Angie, et hâte de connaître toutes tes impressions sur les prochains, n'hésite pas à me donner ton avis ;)


Eowyn (forum de twilight france) 27/04/2009 18:01

Je découvre ta fic, et ca a l'air très prometteur, je pense bien me faire la suite ce soir.
Merci pour tes écrits

Néo 27/04/2009 20:41


mais merci à toi d'accorder du temps à lire ma fiction ! j'espère qu'elle te plaira