Hostilités

Dans les couloirs de la faculté…

Des têtes qui se tournaient brusquement. Des yeux… Des yeux partout, qui s’agrandirent et papillonnèrent ne voulant perdre aucun mouvement, aucun déhanché. Puis des postures typiques et grotesques pour parfaire leur séduction. Tous ses regards me gênaient, me mettaient mal à l’aise, alors que la cible de toute cette attention déambulait joyeusement dans les couloirs de notre bâtiment, mon garde du corps personnel, et semblait s’amuser de cette nouvelle vie d’étudiante.

_ Tu te rends compte Bella ! Moi dans la prestigieuse université de Dartmouth ! J’ai connu Harvard, Columbia, et même Oxford et la Sorbonne, mais au grand jamais je ne suis venue étudiée la littérature dans le New Hampshire ! Le timbre de sa voix me fit sourire, car il claironnait telles des petites clochettes à mes oreilles.

_ Ravie que ça te plaise ma chère Alice. Par contre si tu pouvais parler légèrement moins fort, pour éviter d’attirer plus l’attention sur nous !

Alice jeta un regard circulaire et sourit à tous ces mâles en admiration. Haussant les épaules je la devançais pour me diriger vers mon prochain cours de langue appliquée. Alice allongea le pas et me rattrapa en peu de temps.

_ Tu cherches à me semer Bella ? Ma présence t’ennuie ? C’est ça, je t’exaspère et tu ne veux plus de moi ! Son sourire disparu pour laisser place à une moue dubitative qui me fit chavirer.

Je me stoppai en faisant un quart de tour pour me retrouver pile devant elle. Je posai mes deux mains sur son visage aux traits parfaits et froid afin de l’attirer vers le mien.

_ Ta présence me réconforte et m’apaise. Néanmoins, tu as tendance à oublier que tu ne passes pas inaperçu auprès des étudiants. Alors évitons d’attiser la jalousie de Jasper, et ne jouons pas avec ses nerfs. Ma réplique la fit rire aux éclats, elle passa un de ses bras sous le mien et m’escorta jusqu’à l’amphithéâtre sans s’arrêter de rire.

La présence d’Alice à mes côtés me rassurait, car je me savais en sécurité, mais aussi car j’avais l’impression de me retrouver au lycée de Forks où nous passions nos journées ensemble entre elle, moi et… Edward. Malheureusement, je devais me contenter d’Alice n’ayant pas revu Edward depuis notre conversation de la veille, il n’était pas réapparu. En fait, Alice m’apprit tout ce que je voulus savoir et donc je savais où il se trouvait : auprès d’Orline.

Hier, Alice avait appelé son frère en urgence, écourtant notre conversation à cause d’Orline qui avait faillit égorger un client ivre qui s’était trompé d’étage. Heureusement, Emmet avait réussi à la rattraper de justesse avant qu’elle ne commette un meurtre. Apparemment, le pauvre malheur était trop saoul pour se rappeler la moindre agression, et il avait continué son chemin vers la cage d’escaliers. Ensuite, Alice était parvenue à calmer Emmet et Jasper qui ne souhaitaient qu’une chose : se débarrasser d’Orline ! L’hôtel devenait un endroit remplit de tentations pour elle, alors après une multitude d’appels à des agences de location et à son père, Edward avait loué une petite maison à plusieurs kilomètres de la faculté en plein milieu de la forêt, à la frontière entre les États-Unis et le Canada.

Par conséquent, je savais qu’il resterait auprès d’elle, ne voulant pas la confronter à d’autres soucis. D’ailleurs, selon les dires d’Alice, Edward allait en profiter pour lui apprendre la chasse et se contenter de proies animales. Il ne serait plus sous ma fenêtre pour surveiller les alentours tandis que le sommeil m’emporterait. Il ne serait pas non plus là pour m’accompagner à la bibliothèque. Non… maintenant il avait une autre personne dont la survie lui importait, une charmante créature, une victime de Victoria, rien de plus pour le faire culpabiliser.

Mes pensées étaient viles et peu sympathiques envers mon amie, et malgré cette prise de conscience je ne pouvais m’empêcher de la haïr tout simplement parce que je l’enviais et aussi car elle éloignait Edward de moi. A cause de ce triste constat, je compris que mes sentiments pour lui ne s’étaient ni atténués, ni amoindris. Je l’aimais encore plus fort qu’auparavant, et je désirais sa présence à mes côtés, sa protection et son amour. Alors que je ne lui convenais plus, je n’étais qu’une humaine l’obligeant à jouer une mascarade qu’il ne supportait plus et à cause de qui il ne se reconnaissait plus. De surcroît, Orline et Edward étaient si beaux, et dorénavant ils partageaient le même secret, la même condition d’immortel, tous les facteurs étaient réunis pour qu’ils représentent un couple idyllique. Qu’avais-je à lui proposer moi, pauvre humaine dont l’odeur de mon sang le tiraillait et le faisait souffrir.

Alice me sortit de mes sombres pensées car il était déjà l’heure du déjeuner. J’avais somnolé durant tout le cours et je fus étonnée de ne pas avoir été rappelé à l’ordre par mon professeur acariâtre. Nous nous rendîmes ensemble à la cafétéria pour que je puisse reprendre un peu de forces. En bonne comédienne qu’elle était, Alice remplit son plateau repas d’aliments en tout genre dont je savais qu’ils resteraient intacts une fois la pause terminée. Alors que je cherchais une table pour nous installer, je vis Lily au loin toute seule, assise dans un endroit reculé.

Je jugeai le moment opportun pour lui présenter mon amie. Jake lui avait révélé son secret et du même coup l’existence de créatures à la peau froide et avide de sang. Quand il l’avait raccompagné à la résidence hier soir, mon amie était dans un état de léthargie, amorphe. Il avait rajouté, dans un murmure, que dorénavant ils ne partageaient plus le moindre secret. Néanmoins, j’étais quelque peu anxieuse quant à sa réaction, mais Alice était si douce et si aimable qu’elle ne pourrait pas l’effrayer très longtemps.

_ Hey… Lily j’ai quelqu’un à te présenter. En me voyant déposer mon plateau à côté d’elle, mon amie releva sa tête, et quand ses yeux se posèrent sur Alice elle se leva d’un bond.

_ Désolée, Bella je ne crois pas qu’il s’agisse d’une très bonne idée ! Son regard était sombre et peu amène. Sa réaction me surprit, car ses yeux ne trahissaient aucune peur mais plutôt de l’agressivité envers Alice.

_ Non ne t’inquiète pas, Alice n’est pas ce que tu crois. Elle…

_ Quoi il ne s’agit pas d’un buveur de sang, d’un monstre qui pourrait tuer n’importe lequel d’entre nous sans difficulté et sans plaisir ? Elle darda sur moi une expression remplit de haine et d’animosité, tout en chuchotant ses paroles agressives.

_ Oui, euh non. Enfin, oui tu ne trompes pas sur ce qu’elle est, mais elle ne tentera rien de tout ce que tu viens d’énumérer. Rassure-toi elle ne te veut aucun mal. Je compris que Lily éprouvait pour mes amis ce que Jake ressentait à leur égard et j’en fus attristée.

_ Bien sûr, je suis stupide ! Ils sont aussi inoffensifs que des loups dans une bergerie ! Sa réplique était sèche et son ton sarcastique me déplut.

_ Oh ! En parlant de loups, c’est l’hôpital qui se fout de la charité ! J’avais répondu très vite, l’exaspération de son comportant m’insufflant ma réplique.

_ Sois sans crainte, tu es la dernière personne dont le sang me ferait envie ! Tu sens la même odeur nauséabonde que ton sac à puces de copain et puis ton sang est… Sans saveur. Tu ne donnerais même pas envie à Orline ! Alice lui répondit sur le même ton qu’elle employait pour lui parler depuis le début de notre échange houleux.

_ Orline ? Comment ça ? La détresse chassa rapidement son antipathie et sa colère.

_ Ca suffit toutes les deux ! Lily assieds-toi ce que j’ai à te dire n’est pas agréable alors ne me complique pas la tâche s’il te plaît ! Je criais presque maintenant et mon emportement calma mes deux interlocutrices. Elles s’assirent non sans se lancer des regards peu commodes.

Tous les regards de la cafétéria étaient braqués sur nous à cause de moi. Cette comédie, ces mensonges allaient finir par me rendre folle, comment faisaient les Cullen pour ne pas péter un plomb à force de dissimuler leur existence ?

_ Quoi vous voulez notre photo ? Criais-je à l’assemblée.

_ Qu’avez-vous fais à ma meilleure amie ? Bella tu m’impressionnes ! M’interpella Alice.

_ Ah ah très drôle ! Ton frère lui a réglé son compte à celle-là ! Mon amie me décocha un regard incendié, j’en frissonnai de peur.

Après quelques secondes pour me calmer, j’entrepris de raconter à Lily ce que m’avais appris Edward hier au sujet d’Orline. Mon récit achevait, Alice tenta de rassurer aussi bien Lily que moi sur ce qui allait se passer pour notre amie commune.

_ Pour le moment, elle ne parvient pas à maîtriser sa soif, mais lorsqu’elle sera devenue plus forte qu’elle, vous pourrez la côtoyer. Mon frère, Edward, précisa-t-elle pour Lily, est à ses côtés continuellement pour éviter tout dérapage, et il lui apprend aussi à se contenter de sang animal. Orline a un caractère très fort et je suis persuadée qu’elle réussira à se contrôler. Elle fera un vampire hors du commun, elle nous éblouit déjà tous !

_ Excepté Emmet et Jasper, lançai-je avant même de réfléchir à mes paroles.

_ Quoi ? J’espère qu’il ne lui arrivera rien ! Lily vrilla ses yeux dans ceux d’Alice en guise de menace.

_ Emmet et Jasper sont inquiets pour Edward qui a tendance à trop se sacrifier pour que la… la convalescence d’Orline se passe au mieux. C’est tout ! D’ailleurs, ils ne pourront lui faire aucun mal, ils sont déjà sous son charme, même Rosalie semble s’être trouvée une nouvelle petite protégée.

C’était la cerise sur le gâteau ! Rosalie qui avait été si peu aimable avec moi, se réjouissait aujourd’hui d’avoir une nouvelle recrue à compter dans ses rangs. Et une très belle recrue en plus. J’avais l’impression d’être une étrangère, de vivre une vie qui n’était en réalité pas la même, une vie que je n’aurai fait que rêver, une illusion. Je ne maîtrisai plus la colère qui, depuis tout à l’heure se manifestait à la moindre occasion, et mon amertume pour cette nouvelle situation m’empoisonnait littéralement, envahissant tout mon corps.

_ Il faut… Je me repris et tenta de contrôler le débit de mes paroles. J’ai besoin de voir Orline !

Piètre mensonge… En fait, je voulais surtout voir comment Edward se comportait face à elle, comment se déroulait leur petite vie, et puis savoir quel vampire est-elle devenue. Alice répondit à ma requête par une grimace, je sentis que j’allais devoir être très convaincante pour qu’elle me laisse pénétrer leur antre.

_ En tout cas, ne comptez pas sur moi ! Je ne me jetterai pas dans la gueule du loup, Lily buta sur le dernier mot, enfin dans ce nid de vampires !

L’antipathie de Lily vis-à-vis des Cullen était plus que perceptible, elle est gênante. J’en étais peinée car en les insultant de la sorte, elle insultait également mon rêve, j’aurai pu être à la place d’Orline aujourd’hui si… si Edward avait continué à m’aimer. 

_ Bella, ce n’est pas une très bonne idée. Certes, Orline est sous bonne garde, mais cela ne veut pas dire que l’on peut être rassuré. Elle essayait à la fois de me tranquilliser sur mon amie tout en me mettant en garde contre toutes tentatives d’assassinat.

_ Je ne vois pas quel danger j’encours alors qu’elle sera encerclée par cinq vampires invincibles et puissants. Je lui ressortais le même couplet dont ils s’étaient servis pour me rassurer alors que James voulait me tuer l’année dernière.

_ Tu veux vraiment la voir, c’est bien ça ? Je hochai la tête à la question d’Alice pour lui montrer que ma décision était prise et que j’en étais consciente.

Un lourd silence tomba alors sur notre table, Alice et moi nous nous observions sans rajouter quelques commentaires. Mais bien qu’elle me toisait, en réalité elle n’était plus parmi nous, elle visionnait ce que ma décision allait engendrée comme conséquence. Puis, un sourire commença à naître au coin de sa bouche et je sus que la réponse à ma demande allait être positive. En même temps, sa vision me rassura, je n’avais jamais été suicidaire et me présenter devant un néophyte assoiffé n’était pas pour me soulager.

_ Ca devrait aller, si elle reste sous le contrôle d’Edward tout devrait bien se passer. Aucun sourire ne vint conforter sa vision, ce n’était pas sans risque mais Alice était prête à le prendre pour satisfaire mon caprice, ou mon mensonge plutôt.

***

Le chemin le plus court pour se rendre au petit chalet que les Cullen louaient, passait bien évidemment en plein cœur d’une forêt, et se trouvait à une centaine de kilomètres de la faculté. N’ayant ni voiture, ni moyen de transport en tout genre, Alice me proposa de m’y acheminer sur son dos. Je refusais tout de suite, Alice étant si petite et si menue, je ne la pensais pas capable de me porter sur une aussi longue distance. Ma remarque la fit rire, et elle m’attrapa par le bras pour me faire basculer de telle sorte j’atterris sur son dos. Elle ne me laissa pas le temps de m’installer qu’elle encercla fermement mes jambes autour de sa taille. Puis elle s’élança à travers les arbres et les rochers qui jonchaient le sol et les alentours. Je respirai un grand coup en n’oubliant surtout pas de fermer les yeux et enfermait mes bras autour du cou d’Alice. Elle ne semblait éprouver la moindre gêne, ou fournir un effort particulier, au contraire j’avais l’impression de voler.

Ce bref voyage m’en rappela d’autres, en compagnie d’Edward : notre premier rendez-vous dans la clairière, la partie de base-ball, autant de souvenirs qui me prirent de court et qui entrainèrent quelques larmes ruisselant sur mes joues. Alice ne s’étonna pas de voir les sillons que les larmes avaient tracés sur mon visage poussiéreux, sans doute dû à la course pensa-t-elle.

Dès que je foulais le sol du pied, je fus impressionnée par le décor qui s’offrait à moi et à ma contemplation. Un imposant chalet en bois dominait l’espace entouré d’une végétation luxuriante et dense. Un balcon courait tout le long du premier étage avec ses rambardes sculptées dans des formes géométriques et originales. Des fleurs pendaient des bacs depuis la balustrade et renvoyait des couleurs chaudes, du jaune, du rose et du orange illuminant les fenêtres d’éclats scintillants. Aucun signe ne trahissait de la présence des Cullen, les lumières ne chatoyaient pas à travers les baies vitrées, la cheminée ne recrachait aucune fumée attestant qu’un feu chaleureux réchauffait les convives, aucun bruit ne provenait des alentours ou de la maison. Tout était silencieux et désert, jusqu’à ce que Jasper apparaisse derrière le reflet d’une vitre.

Ce dernier ouvrit la baie vitrée et s’avança sur le balcon attrapant la balustrade fermement quand il m’aperçut, je n’étais pas attendu apparemment. Alice lui lança un sourire irrésistible qui eut le don de détendre les traits inquiets qui marquaient le visage de son fiancé.

_ C’est comme ça que tu m’accueilles Jaz ? lança-t-elle à son amoureux.    

Il entreprit de descendre les escaliers pour venir à notre rencontre quand Rosalie et Emmet sortirent eux aussi sur le balcon. La surprise se lut sur le visage de Rosalie en me voyant, ce qui me fit frissonner tandis qu’Emmet me servit son plus beau sourire qui me fit rougir.

_ Bella et ses joues rouges pivoines ! Vous m’avez manquées, me lança Emmet en enjambant la balustrade pour atterrir juste à côté de moi. Il me serra dans l’étau de ses bras tout en me faisant sauter. Sa bonne humeur fut contagieuse car il réussit à faire rire l’assemblée y compris Rosalie.

_ Je suis contente de te revoir saine et sauve après tout ce temps, Bella. Rosalie s’était rapprochée de moi et posa une main sur mon épaule. Cette attention particulière et si inattendue de la part d’elle me coûta quelques larmes qui roulèrent jusque dans mon cou. A la vue de ses traitresses, Emmet me relâcha pour rire aux éclats et les trois autres me sourirent, même Jasper.

_ Bella… Je tournai la tête vers mon interlocuteur dont l’air grave me déstabilisa. Je n’ai pas eu le temps de te présenter mes excuses. Je suis responsable de cette situation actuelle et de ta… votre rupture. Malheureusement, je n’ai pas réussi à plaider en ta faveur face à Edward. Alors sache que dorénavant tu pourras compter sur moi pour te protéger. Je ne voulais qu’une seule chose : m’élancer dans les bras de Jasper et le rassurer, mais j’avais peur que l’odeur de mon sang le perturbe plus que ne le réjouisse. Alors je restai stoïque avec un pauvre sourire figé sur mes lèvres. Comme s’il sembla deviner ma réticence, il ajouta :

_ Ne t’inquiète pas Bella, ton sang ne me fait plus autant souffrir. En septembre dernier, quand j’ai failli… bref j’ai réalisé le danger auquel tu as été exposé et les conséquences dramatiques qui auraient pu se produire si Edward n’avait pas réagi à temps. Dorénavant, je m’efforce de dominer cette soif et je pense être enfin sur le bon chemin.

C’était la première fois que je l’entendais parler autant, surtout à moi ! Le timbre de sa voie était tout aussi mélodieux que le reste de sa famille, mais un côté plus grave, pénétrant. Pourtant, alors qu’il me rassurait sur ses bonnes dispositions à mon égard, j’en tremblais. Trop de choses déplaisantes remontèrent à la surface de mon cerveau : mon anniversaire et puis notre rupture…

Toutefois, suite à cet aveu je sautai sur mes pieds et atterrit entre les bras de Jasper, afin de lui montrer ma confiance en lui et aussi pour cacher ma douleur aux autres. Je sentis une légère crispation sous mon corps, étant peu enclin aux démonstrations publiques Jasper se sentait un peu mal à l’aise. Néanmoins, ses muscles se relâchèrent et il me tapota légèrement le dos.

Notre échange ne s’éternisa pas non plus, je ne souhaitais pas mettre ses efforts à rude épreuve. Alors que je me reculai doucement, je levai la tête sur lui. Il était resté bras tendus avec un air surpris peint sur le visage, il était embarrassé par autant de déversement de sentiments. Tandis que mes joues s’empourprèrent à cause de l’embarras de la situation, Emmet se mit à rire fortement contaminant le reste des troupes qui partirent dans des éclats de rires bruyant.

Pendant que nous rigolions toujours de mes joues rosies et de mes larmes qui ne voulaient plus s’arrêter de couler, ils apparurent dans l’encadrement de la porte vitrée. Les rires se stoppèrent net devant l’expression peu courtoise qui devait se lire sur mon visage. Le regard que me lançait Orline était un mélange d’étonnement et d’envie. Une envie de me parler ou une envie de mon sang, je n’aurais su dire exactement.

Elle fit un pas vers la balustrade, mais Edward l’attrapa par la main et l’attira à lui, alors elle se blottit dans ses bras qu’il referma vivement autour de ses épaules. Cette vision fit disparaître la bonne humeur qui s’était installée sur mon visage et mon sourire se tordit dans une grimace plus liée à l’écœurement qu’à la surprise de les voir ensemble.  

_ Alice tu es inconsciente ! Tu cherches à faire voler en éclats le travail que nous avons accumulé ou quoi ! La voix d’Edward me fit tressaillir tant il était hors de lui.

_ Ne t’inquiète pas, Bella s’inquiétait pour Orline. Elle voulait juste la voir pour se rassurer. Et tout se passera bien ! Au contraire de son frère, Alice se voulait rassurante, mais Edward ne bougea pas d’un poil pour autant.

Le soleil m’éblouissait et m’empêchait de voir la scène du balcon correctement. Je m’écartai du petit groupe et avançai doucement vers le chalet. Edward fulminait de rage à chacun de mes pas, je pouvais l’entendre souffler. Sitôt, Alice m’emboîta le pas pour me couvrir au cas où, mais ses traits ne trahissaient aucune crainte, du coup je m’approchais sans peur. Dès que l’ombre me couvrit je pus contempler à loisir la beauté d’Orline.

Son teint d’albâtre renforçait la couleur émeraude de ses yeux translucides qui me surprirent.

_ Ces yeux ils ont… Ils sont… bégayai-je.

_ Oui, ils n’ont pas changé de couleurs. Franchement, personne ne sait pourquoi ! m’apprit Alice.

Passant outre ses yeux obsédants et intimidants, je continuai de la détailler. La courbe de sa mâchoire était plus prononcée et ses pommettes plus saillantes, néanmoins je n’observai pas d’autre changement. Elle était d’une beauté parfaite quand elle était vivante. Qu’aurait pu lui apporter de plus l’immortalité ?

            Je jetai un coup d’œil anodin à Edward dont sa cicatrice au visage tendait à disparaître, ne laissant que de petits bourrelets de peau blanche. Son corps était tendu comme un arc et son regard remplit de colère. Au fur et à mesure de mes avancées, il reculait doucement en resserrant sa prise sur Orline. Le duo qu’ils formaient tous les deux me choqua, leur beauté hors du commun, leur peau semblable, leurs cernes violacés, identiques. Ils ressemblaient à deux mannequins posant pour une publicité de parfums, représentant la jeunesse, la perfection et la sensualité. Bref, tout ce que je ne pouvais offrir ! Il était évident que je ne ferai jamais le poids face à telle beauté froide.

_ Bella, je ne savais pas que tu étais au courant ? Je hochai fébrilement la tête à la réponse de mon amie et rivale, elle me souriait de joie, de ses dents blanches étincelantes.

Mon amie… Ma Line délurée et bouillonnante de vie. Comment pouvais-je la détester ? En la regardant, je mis le doigt sur ce qui m’énervait depuis le début. Ce n’était pas elle que je maudissais, c’était le vampire qu’elle était devenue : mon rêve avorté.

Puis elle détourna son regard de moi pour se plonger dans les yeux d’Edward :

_ Tu as vu, j’arrive à me contrôler ! Ton travail n’a pas été vain. L’odeur de son sang chatouille mes narines mais je tiens trop à elle pour risquer le moindre faux pas, sa réflexion me fit l’effet d’une gifle.

Elle se réjouissait de ne me faire aucun mal avec ses crocs, alors qu’elle n’imaginait pas la souffrance qu’elle m’infligeait tout en restant dans les bras d’Edward. Elle s’inquiétait de me faire le moindre mal, elle ne voulait pas me blesser, tandis que l’aurai envoyé au diable si cela avait été dans mes capacités. La jalousie est vraiment un sentiment infect et exécrable, pourtant je ne parvenais à le faire taire.

Tandis que mon regard se posait sur Edward, je sentis une main m’agripper le bras et me tirer en arrière. A cet instant, je pus lire l’expression d’horreur qui courait sur le visage d’Edward, il tremblait de la tête aux pieds.

_ Alice emmène-la loin ! Remplacez-moi, je ne me contrôle plus ! DEPECHEZ-VOUS ! Edward cria ses instructions à ses frères et sœurs qui agirent très vite, mes yeux ne virent pas les déplacements qu’ils effectuèrent. Tout ce que je perçus dans ce remue-ménage fut Rosalie enlacée Orline au moment où Edward se volatilisa et les bras d’Alice me soulevant du sol, m’emportant très loin et très vite.

Notre course folle se termina dans un endroit que je ne connaissais pas. Le soleil commençait à décliner et j’étais morte de froid. Alice me reposa à terre et je vis que nous n’étions pas seules, Jasper venait juste de s’arrêter derrière sa fiancée. Les bruits d’un train passant au-dessus de ma tête me firent sursauter et je me mis à observer les alentours. Nous étions à la lisière d’une forêt et un pont passait juste au-dessus de ma tête, je me mis à suivre ses courbes dans l’horizon et les contours d’une grande ville avec ses immeubles se dessinaient dans le lointain.

_ Où est-on ? Et que s’est-il passé au juste ? Ma voix n’était pas aussi posée que je le voulus mais je parvins néanmoins à être compréhensible.

_ A Montréal. Il était moins une ! Jasper s’adressa à moi calmement tout en enlevant sa veste pour la passer sur mes épaules, et je m’aperçus que je tremblais comme une feuille. Ma mine surprise et incrédule força Alice à prendre la parole alors qu’elle paraissait aussi bouleversée que moi.

_ Je suis désolée Bella, j’étais persuadée que le danger viendrait d’Orline. Alors je n’étais attentive qu’à ça ! Elle s’appuya sur un tronc d’arbre et se frotta le front de ses doigts comme pour chasser les mauvaises idées de son esprits.

_ Je lui avais dit ! C’était une très mauvaise idée de lui faire boire son sang. Le résultat aurait pu être drôle s’il n’avait pas été dangereux. Jasper malgré son calme apparent, était hors de lui.

_ Il ne pensait pas à mal ! Et puis il s’en remettra très vite, il lui suffit de chasser plus que nécessaire, tout rentrera dans l’ordre. Alice s’était redressée et faisait face à Jasper tout en tentant de le rassurer, mais de quoi ?

_ Je t’en prie, tu connais aussi bien que moi l’addiction d’Orline pour Edward maintenant. Le sevrage va être douloureux !

_ Peut-être mais grâce au sang d’Edward, nous avons une néophyte plus gérable et qui se contrôle bien mieux !

 _ Humm à quel prix ? Il a faillit tuer Bella, l’odeur de son sang a réveillé sa soif et lui a fait perdre la tête !

_ STOP ! Je hurlai car je ne comprenais plus leur échange et la teneur de leur discussion. Edward avait faillit me tuer… Mes jambes se dérobèrent sous mon poids, mais avant de percuter le sol, Alice me soutint d’un bras et m’aida à m’asseoir doucement. Je sentis une onde de chaleur me parcourir tout le corps, qui eut le don de m’apaiser et de calmer mon cœur qui battait à la chamade. Jasper usait de son pouvoir pour éviter de mettre mes nerfs à rude épreuve. Il attendit que je me calme complètement pour commencer à m’expliquer les événements périlleux de notre après-midi. 

_ Au début de sa transformation, Orline ne supportait pas le sang animal. Il nous a fallut recourir à du sang humain une fois, je blêmis, non ce n’est pas ce que tu crois. Nous avons volé des échantillons de sang c’est tout. Puis, Edward a eut la brillante idée de lui faire boire son propre sang. Cette alimentation lui a apporté une force incroyable, et elle lui a permit d’assouvir sa soif et de commencer à la contrôler. En contrepartie, cela a fragilisé Edward, il se vide de toute son énergie, de sa force et retrouve des instants primaires. Aujourd’hui, en sentant l’odeur de ton sang, il n’a pas réussi à dominer sa soif et il s’est laissé aller.

_ C’est aussi pour cela, qu’il cicatrise très mal, rajouta Alice, la tête baissée.

_ Pourquoi ne chasse-t-il pas davantage pour combler le manque de sang ? Demandai-je paniquée.

_ Mais il le fait ! Seulement, Orline est devenue dépendante de lui. Il a donné énormément de son sang au début et il n’arrive pas à retrouver un équilibre. Et puis, il préfère prendre ses tours de garde plutôt que d’aller chasser ! L’imbécile ! Alice était désemparée face à une telle situation.

_ Mince ! Empêchez-la de l’approcher un point c’est tout ! Je tapai vigoureusement mon poing sur le sol devant une telle évidence.

_ Tu crois que l’on n’a pas déjà essayé de le ramener dans le bon sens ?! Tu penses que l’on le regarde tranquillement se vider de toute son énergie ? Le ton de Jasper me fit sursauter tellement il était virulent. Le problème est Edward et sa culpabilité !

_ L’échange de sang n’est pas non plus anodin, il créé un lien entre le donateur et le receveur, qui rend tout sevrage long et pénible mais pas impossible. Alice tentait de me rassurer en vain.

_ Au moins l’incident d’aujourd’hui va le faire réagir. Quand il aura retrouvé ses esprits et qu’il s’apercevra qu’il a faillit tuer la personne la plus importante pour lui, il reverra sa philosophie sur Orline ! La remarque de Jasper me surpris et me plut en même temps.

_ La personne la plus importante pour lui, pensai-je. Serait-il possible qu’il lui reste encore le moindre sentiment pour moi ? Serait-il possible que je sois toujours importante pour lui ?

Au même moment, je sentis une vibration dans le manteau de Jasper, en cherchant la provenance de ses mouvements, je tombai sur un cellulaire. Avant de le donner à son propriétaire, j’eus le temps de lire le nom du correspond : Edward.

Jasper décrocha mais il parlait si vite que je ne compris pas leur échange, par-dessus le tout ce dernier me tournait le dos. Il se retourna vivement et me tendis le téléphone, j’allai le remettre dans la poche intérieur du manteau quand il m’informa qu’Edward voulait me parler.

_ Oui ? Ma voix était hésitante et le nœud dans ma gorge m’empêchait d’en dire davantage.

_ Bella, je suis désolé, tu vas bien ? Il était anxieux et parlait extrêmement vite, à tel point que je n’entendis pas la suite de ses paroles.

_ Edward je vais bien rassure-toi. Mais parle moins vite je ne saisis à peine la moitié de ce que tu me dis. Il respira un grand coup puis rajouta.

_ Tu es venue te rassurer sur le sort de ton amie et c’est moi qui perds pied ! Il s’était un peu calmé, pourtant mes mots franchirent mes lèvres avec une grande difficulté ce qui le fit rire, mais un rire retenu tout de même. Alice et Jasper veilleront sur toi, j’ai confiance en eux. En attendant je vais t’éviter, ton odeur me prive de tout sens de contrôle. Je me mets en chasse très vite et dès que je suis à nouveau maître de moi je te débarrasserai de Victoria une bonne fois pour toute.

_ Merci et rétablis-toi vite. Mes paroles me paraissaient stupides et dénués de sens, mais rien d’autre ne me vint en tête. Sur ces dernières paroles il me souhaita bonne nuit et raccrocha dans un souffle.

Je rangeai le téléphone et me plongeai dans mes pensées, deux choses me tracassaient : la remarque de Jasper, et l’après Victoria ? Les Cullen repartiraient en emportant Orline avec eux, me laissant seule derrière. Cette image me rendit maussade et triste. Alice se pencha devant moi en agitant les mains pour attirer mon attention.

_ Tu as sans doute faim non ? A moins que tu ne préfères rentrer dormir ? Je lui souris et optai pour la deuxième option. Jasper m’aida à monter sur le dos d’Alice et nous nous mîmes en route rapidement.

Avant de m’endormir, l’image de Line et Edward enlacés s’imposa à moi et m’empêcha de fermer l’œil tout de suite.

Ce soir, Edward ne se trouverait pas en bas de ma fenêtre pour veiller sur moi, mais auprès d’elle…

 

Par Néo - Publié dans : fiction - Communauté : fictions crépusculaires
Jeudi 16 avril 2009 4 16 /04 /Avr /2009 17:28

Ecrire un commentaire - Voir les 19 commentaires

Culpabilité

Au soleil couchant, assis au pied d’un arbre, un vampire réalise l’ampleur des dégâts…

Il s’en était fallu de peu pour que je commette l’irréparable. Sur le moment, ma raison avait été bâillonnée et exclue de tout acte de décision, seule ma soif commandait à mes membres d’agir et obligeait mon cerveau à s’abreuver à cette source de plaisir. Ce souvenir m’était désagréable, car il reflétait ma faiblesse et mon erreur, je n’étais pas infaillible et malgré tout l’amour que je lui portais, je pouvais aussi être celui qui la ferait souffrir et même mourir. Je détestais cette partie de moi-même, toujours encline au sang humain et à la destruction, mais je devais l’accepter pourtant. J’étais un monstre avide de sang, un monstre remplit de remords et de regrets, mais un monstre dont la culpabilité l’assaillait au moindre faux pas.

Néanmoins, j’étais parvenu, grâce à je ne sais quelle force, à me détourner d’elle et à prendre la tangente, à l’opposé où Alice et Jasper l’emmenaient. Malgré la vitesse de ma course folle et le fait de n’avoir pensé qu’à une seule chose : me retenir de ne pas rebrousser chemin, j’avais une vague idée de l’endroit où je me situais : dans le Maine. La masse bleue qui se mouvait en-dessous de moi scintillait avec les derniers rayons du soleil, et la brise qui soufflait à mes oreilles m’apportait une odeur d’iode qui coupa un instant ma soif de sang. Le soleil s’engloutissait peu à peu dans la mer et offrait de jolis jeux de lumière allant du rose vif au bleu d’encre à mesure que l’on s’éloignait de ses rayons. Mes yeux étaient fixés sur le rivage, observant le mouvement régulier des vagues laissant mes pensées envahir tout mon esprit. Il fallait que je réagisse et au plus vite.

Après un long instant à réfléchir sur ce que je devais faire, je me levai d’un bond et courus sous le couvert des arbres pour me nourrir et étancher cette soif meurtrière. Les arbres défilaient sur mon passage, j’anticipai les pierres et les racines disséminaient tout au long du chemin. Je fermai les yeux pour concentrer toute mon attention sur les odeurs qui m’entouraient et sentir les marques de mes proies. J’assouvis ma soif plus que de raison, je vidai mes prises de tout leur sang et repartais en quête d’un nouvel animal à me mettre sous la dent. Après une séance de chasse intense, je sentis une chaleur au creux de mon ventre, mes muscles jusque là noués et tendus se décrispèrent. Je passai une main sur mon visage, là où une griffure avait égratignée toute la surface, mais je ne senti aucune boursoufflure. Alors je remontai la manche de ma chemise jusqu’à mon coude et contemplai  l’absence des fines traces de morsures qu’hier encore sillonnaient tout mon avant-bras, il ne restait que de fines marques imperceptible pour un œil humain. Mon sang se régénérait me redonnant force et vitalité, jusqu’à… jusqu’à ce qu’Orline désire s’abreuver.

Il fallait commencer le sevrage au plus tôt, avant qu’il ne me détruise ou pire que je vienne à tuer quelqu’un dont l’odeur du sang m’enivrerait et me ferait perdre tout contrôle : Bella. J’étais en colère contre moi-même pour ne pas être auprès d’elle en ce moment. Où l’avaient-ils emmené ? Que pensait-elle de moi en ce moment ? Toutes ses questions ne cessaient de me tarauder et d’envahir le fil de mes pensées, n’y tenant plus j’attrapai mon cellulaire dans la poche de mon jean et composai le numéro de Jasper. Il m’apprit qu’ils se trouvaient à l’extérieur de Montréal, Alice avait préféré partir loin pour effacer toutes traces de son odeur, un choix quelque peu exagéré mais judicieux. Je le priais de me donner des nouvelles de Bella sur son état d’esprit, et physique, il jugea plus habile de me laisser le découvrir par moi-même.

Aux premiers sons de sa voix, une vague d’apaisement parcouru tout mon corps. J’enchaînais des excuses et m’enquis de savoir comment elle se portait, si elle était indemne et si elle tenait le coup. Elle ne comprit que la première partie de mes lamentations, parlant trop vite pour ses oreilles. Je me ressaisis et inspira un grand coup pour calmer le débit de mes paroles. Je décidai de confier sa garde à Alice et Jasper pour quelques temps, ce qu’il me fallait pour recouvrir le contrôle de mon corps. Cette décision me coutait énormément, je n’étais rassuré seulement que quand elle se trouvait sous ma garde, mais aujourd’hui j’étais le plus dangereux de tous, peut-être même plus que Victoria. Je devais m’éclipser pour, d’une part régler le problème d’Orline et d’autre part, me refaire une santé de fer, je ris à cette allusion. Néanmoins, je me fis la promesse de résoudre ces deux choses très vite pour me retrouver auprès d’elle. Elle me souhaita un prompt rétablissement et me remercia. Nos échanges étaient modérés et j’avais eu très peu de contacts physiques avec elle, néanmoins je savais que le jour du départ serait extrêmement difficile.

Un an loin d’elle avait été une épreuve difficile, remplit de souffrances et de solitude, mais maintenant que je l’avais de nouveau sous les yeux, j’étais conscient que je ne pourrais plus l’abandonner de nouveau. Mais voudrait-elle encore de moi, elle qui avait cru à mes mensonges, qui ne m’avait même pas retenu ? Elle qui avait accepté notre rupture sans me forcer à rester auprès d’elle. Son amour pour moi n’était peut-être pas suffisamment grand à l’époque par rapport aux risques qu’elle encourait. Peut-être même qu’aujourd’hui elle ne désirait plus passer l’éternité à mes côtés… Je pourrais rester dans l’ombre à veiller sur elle, mais ne pas pouvoir l’approcher, de pas pouvoir la serrer contre moi et surtout la voir s’amouracher d’un autre serait une expérience insoutenable pour moi.

C’est avec ses tristes réflexions que je regagnai le chalet péniblement. Arrivé devant l’imposante bâtisse en bois, repère de chasseurs canadiens en quête de belles prises, je m’appuyai contre le tronc d’un arbre. Il allait falloir que j’affronte les miens, que je leur explique le dérapage de tout à l’heure, pour m’entendre dire qu’ils avaient raison depuis le début, que ma gestion du nouveau vampire n’avait pas été la meilleure. Avant même de m’approcher de la demeure j’entendis au loin des pas et reconnu son odeur, Orline venait à ma rencontre. Elle se stoppa à quelques pas de moi, hésitante, puis elle me sourit et réduisit la distance qui nous séparait.

Ses yeux me vrillèrent comme si elle essayait d’y lire une réponse, pour connaître mon état d’esprit, alors pour la rassurer je lui souris et me redressai.

_ Tu n’as plus à t’inquiéter, elle est partie avec Alice et Jasper. D’ailleurs, elle est tellement loin que son odeur m’est complètement impossible à sentir. Elle continuait à marcher vers moi doucement d’une démarche déhanchée.

Ses cheveux blonds retombaient sur ses épaules dénudées. Son bustier modelait à merveille les courbes de son corps élancé, et la blancheur de sa peau contrastait avec le noir intense de sa robe. Sans aucun doute, Orline était un vampire séduisant, le venin lui serait inutile si elle voulait paralyser une victime, ces yeux pouvaient envoûter n’importe quel homme. Devant une telle allure, j’oubliais un instant la teneur de ses paroles, et je dû baisser les yeux pour retrouver mes mots. 

_ Oui, je sais. Orline, il faut que l’on revoie ton régime alimentaire avant qu’il ne coûte la vie de quelqu’un et la mienne par la même occasion. Lui lançai-je pour couper court à mes pensées, et aux siennes toujours avenantes.

_ Mais… mais j’apprécie tellement ton sang. Il me rend forte et grâce à lui ma gorge ne me fait plus souffrir. Son visage se décomposa en même temps que son sourire disparu. Elle était abattue et attristée.

_ Je sais, mais aujourd’hui j’étais tellement affaibli que j’ai failli tuer Bella, t’en rends-tu compte ?

_ Bien évidemment, je te rappelle que j’étais présente ! S’il t’arrivait le moindre accident je ne m’en remettrais pas. Devant sa mine dépitée je la pris par les épaules plus pour la rassurer, lui montrer que je ne lui en voulais pas.

_ Je partage aussi les torts, je n’aurais jamais dû t’acculer autant dans cette voie. Néanmoins, je suis fier d’une chose. Son visage se releva vers moi, ses yeux pétillant. Tu as réussis à dominer tes instincts tout à l’heure, tu es sur le bon chemin._ elle était ravie de mes encouragements et de la fierté que je ressentais pour elle. Pour le coup, tout ce qu’elle souhaitait maintenant était de tout faire pour ne jamais perdre ma confiance.

Au fil des jours que je passais avec elle, je pus me rendre compte qu’Orline était une personne appréciable. Je connaissais sa souffrance, le vivant en même temps par le biais de ses pensées, et malgré ça elle était déterminée. Pour elle combattre la soif s’assimilait à un match de tennis qu’elle ne devait pas perdre. J’admirais sa combattivité et son endurance à repousser toujours plus loin ses limites. Mon sang n’avait été qu’un plus, sa persévérance était le résultat de sa réussite.

Bien entendu, j’avais très vite appris que je ne la laissais pas indifférente, et que ma compagnie était recherchée, c’est pour cela que le sevrage nous serait bénéfique.

_ Dorénavant, je vais pouvoir te confier à Emmet pour des parties de chasse endiablées. Et Jasper pour t’apprendre l’art du combat. Lançai en rigolant comme pour mettre fin à notre conversation.

_ Non ! Je préfère rester avec toi, tu es le seul à pouvoir me freiner, à m’arrêter à temps. Ta présence me rassure et me force à devenir meilleure. Elle s’accrochait aux pans de ma veste et colla sur son visage tout près du mien.

_ Orline…

_ Line ! Me corrigea-t-elle.

_ Si tu veux, Line. Mes frères et sœurs te surveilleront tout autant, voire même plus, que moi. Tu n’as aucun souci à avoir. Tu es une fille épatante, dotée d’un caractère fort. Continue comme ça et tu trouveras la voie du régime végétarien. Rajoutai-je pour faire stopper ses pensées qu’elle avait à mon égard, et qui pour la première fois me mirent mal à l’aise. 

Elle continuait à se rapprocher dangereusement de moi, et ses yeux me transperçaient, je les fuyais autant que ses pensées.

_ Line, je t’ai déjà expliqué les raisons de ma présence ici, à Dartmouth : je dois veiller sur Bella, elle est to…

_ Je sais qu’elle est en danger. Et je veux aider moi aussi ! Apprends-moi à me battre s’il te plaît.

_ Tu es trop jeune pour te battre contre un vampire comme Victoria. Je ne veux pas qu’il t’arrive quelque chose, et puis si tu es présente je risque d’être distrait et donc vulnérable. Lui dis-je pour la rassurer.

Orline se redressa sur la pointe des pieds pour se retrouver à la même hauteur que moi. Soudain, mes yeux rencontrèrent les siens. Pourquoi ses yeux avaient-ils gardé la même couleur que dans sa vie ? Un vert émeraude transperçant, éblouissant, envoûtant…

Une de ses mains relâcha ma veste pour venir caresser mon visage, à l’endroit de mon ancienne cicatrise. Je sentis le contact de ses doigts froids sur ma peau gelée, et la vis prendre son temps pour effleurer ma joue et descendre le long de ma mâchoire. Elle continua à descendre jusque dans mon cou, je restai éblouit, sous l’emprise de son regard et ne bougeai plus. Sa main remonta et glissa sur mes lèvres qui s’entrouvrir légèrement pour laisser son doigt entrer. Elle s’amusa à jouer avec ma langue avant de le déplacer sur l’une de mes canines et le planta fortement. Le sang perlait de son doigt qu’elle glissa sur ma langue, je m’en emparai avidement, attrapant sa main pour la plaquer contre ma bouche sans jamais la quitter des yeux.

_ A mon tour de t’abreuver de mon sang. Elle lâcha ses mots dans un soupir de plaisir.

Elle retira délicatement son doigt de ma bouche, pour venir y poser ses lèvres. Nos yeux toujours grands ouverts se fixaient intensément. L’odeur de son sang était encore présent, et m’enivrer à en perdre haleine. Je passai ma main derrière sa tête pour plaquai sa bouche plus fortement contre la mienne, puis mes dents se saisirent de sa lèvre inférieure et la transpercèrent de part en part afin que son sang continue de ruisseler le long de ma gorge.

Orline émit un petit gémissement sous la douleur et son corps se cambra. Afin qu’elle ne m’échappe pas, je mis ma main sur ses reins et la tirai vers moi, sa poitrine se lova contre mon torse qu’elle entreprit de caresser. A aucun moment elle chercha à me chasser, au contraire elle me fit reculer contre un tronc d’arbre et passa une de ses jambes autour de ma taille. Instinctivement, ma main quitta la courbe de ses reins pour venir se nicher derrière son genou et la tenir plaqué contre moi.

Tandis qu’elle fourrageait dans ma chevelure je l’entendais gémir de plaisir. Son corps ne cessait de se pétrir sur le mien, et ses mains étaient redescendues plus bas, s’attardant sur ma chemise qu’elle déchira d’un mouvement sec puis jusqu’à la boucle de ma ceinture qui ne lui résista guère longtemps. Je quittai la saveur de ses lèvres pour me pencher sur son cou. La saveur de son sang me rendait littéralement sauvage, bestial. Ma conscience à ce moment-là m’était complètement étrangère.

 J’entrepris de caresser sa nuque du bout de ma langue pour sentir le chemin de ses veines et principalement celle de son artère. Une fois que je sentis les pulsations de son sang dans sa gorge, mes dents perforèrent sa peau pour s’abreuver d’elle, à la source. Mon corps fut parcouru de frissons, naissant dans ma nuque pour mourir dans le creux de mes reins.

Après voir arraché ma ceinture, elle s’en prit à la boutonnière de mon jean qui s’ouvrit brutalement laissant apparaître mes sous-vêtements et mon intimité. Des bruits de vêtements déchirés parvenaient à mes oreilles, des gémissements aussi, les siens se mélangeant aux miens. Alors qu’elle gesticulait tout contre moi, je sentis une vague de chaleur me remplir l’abdomen, et un violent désir naître au plus profond de moi, qui me commandait de m’emparer de cette femme, de la conquérir pour assouvir mon plaisir.

Mes muscles se tendirent sous la pression, et une de mes mains, jusque là cantonnée à son cou, partit à la découverte de son corps. Ses épaules étaient petites mais puissantes, je descendis jusqu’ à sa poitrine rebondit et ferme sur laquelle je plantai mes crocs. Après avoir continué mon cheminement jusqu’à ses reins, je passai la main sur l’arrière de sa cuisse dont je me saisis et l’entourai autour de ma taille, tout comme son autre jambe. Sa jupe remonta légèrement sur le haut de ses cuisses quand elle se colla à moi et resserra ses jambes autour de mes hanches. Il ne restait plus qu’un dernier obstacle avant de laisser le désir prendre le total contrôle de nos corps : nos sous-vêtements.

Subitement, un autre décor s’imposa à moi : une chambre exiguë avec son papier jaunie, ses meubles basiques, un rocking-chair qui trônait dans la pièce prenant le reste de la place et son petit lit. Puis, une autre image s’imposa à moi : son sourire, ses baisers et ses caresses. Ce jour-là, nous avions été à deux doigts de laisser nos corps exprimer l’amour que nous éprouvions l’un pour l’autre, avec d’autres gestes. Elle était décidée de se donner à moi sans retenue et ses yeux me déclaraient tout l’amour qu’elle avait pour moi. Malheureusement, je ne réussis pas à lui donner satisfaction. En effet, au dernier instant, doutant de moi-même j’avais préféré mettre fin à nos ébats ayant trop peur de lui faire le moindre mal. Et aujourd’hui encore, à l’instar de mon cœur, mon corps ne réclamait plus qu’une seule personne : Bella. Et en ce moment précis, il me rappelait vivement la seule personne qui réussirait à le combler.

Dans un sursaut je poussais violemment Orline qui réussit à ralentir sa chute grâce au secours d’un arbre de l’autre côté. Du sang coulait le long de son menton, de son cou jusque sur ses seins à moitié cachés par les restes de son bustier. Ses cheveux étaient emmêlés et certaines de ses mèches étaient pleines de sang. Quand je baissais le regard, je remarquai que sa robe avait été fendue en divers endroits, son bustier ne soutenait plus sa poitrine dont les courbes généreuses apparaissaient derrière les déchirures, et le bas de sa robe était tailladé des hanches aux cuisses laissant apparaître le satinée de sa peau.

Je m’essuyai vivement la bouche pour ôter l’odeur de son hémoglobine et me pour me faire redescendre sur terre. Que m’était-il arrivé ? Je ne me souvenais que de deux choses : ses yeux pénétrant et son sang. Après, tout avait été si vite, j’avais réagit comme un animal, tous mes sens éveillés face à la soif et devant l’envie de sentir un corps contre le mien.

_ Excuse-moi… Je… Je… Je ne sais pas ce qui m’est arrivé… J’ai perdu le contrôle de mon corps semble-t-il.

_ Arrête de t’excuser toutes les cinq minutes Edward ! Nous ne faisions rien de mal. Tu en avais envie et moi aussi, rien de dramatique. Elle s’était redressée et passait sa main sur sa bouche endolorie et ensanglantée.

_ Ce n’était pas une bonne idée. Je suis désolée Orline, je… Je… Ne peux pas faire ça. A mon tour j’essuyai le sang qui me gouttait du menton du revers de ma main.

_ Je ne te plais pas, c’est ça ? Elle pensait à tellement de choses en même temps que je ne parvins pas à déchiffrer quoique se soit.

_ Tu es une magnifique jeune femme, mais mon cœur appartient à quelque d’autre. Elle me manque tellement, j’ai dû perdre la raison un instant. Je suis inexcusable et désolé pour ta robe.

_ Qui ? Ne me dis pas que tu ne me désirais pas ! J’entendais ton souffle rauque entre chaque absorption de mon sang. Le caractère de feu d’Orline et sa répartie me laissèrent perplexe et confus.

_ Ton sang m’a fait perdre la tête, et puis tes yeux… Ils… M’ont paralysé… Mon analyse était imprécise, car moi-même je ne savais pas pourquoi un tel évènement était arrivé.

_ Tu n’as pas répondu à ma question ! Quelle est la personne que tu désires Edward ? Sa question était sèche et son ton brut n’attendait aucune fuite de ma part.

_ Bella. Répondis-je dans un souffle, j’étais si las, si désemparé.

_ Quoi ? Tu es tombé amoureux de ma Be… Son ton était redescendu, de mon amie… Elle se retint sur le tronc d’arbre, elle accusait le coup difficilement. Puis, elle recula doucement avant d’effectuer un demi-tour rapide et de s’éclipser dans la forêt.

Je posai un regard sur ma veste à terre, et sur ma chemise déchirée, mon jean était également éventré au niveau de mon entrejambe avec ma ceinture qui pendait sur chaque côté. Le rouge de son sang recouvrait mon torse et avait imbibé les restes de ma chemise. Mon apparence me fit honte et encore plus quand je vis de loin le reflet d’Alice postait au coin de la baie vitrée, qui me lançait un regard assassin, bien évidemment nos ébats n’étaient pas passé inaperçu. J’entendis une porte claquée violemment, et Rosalie sautait par-dessus la balustrade du balcon, elle se planta devant moi. Furieuse, fut la seule chose que je décryptais. Enroulé autour de son bras elle tenait ce qui ressemblait à une robe de chambre.

_ Bien joué ! Elle non plus ne te convient pas décidemment ! J’encaissai sa réplique sans broncher, il n’était pas nécessaire de me disputer aussi avec elle.

Carlisle l’avait sauvé dans l’espoir qu’elle devienne un jour ma compagne, mais je ne l’avais jamais considéré comme tel. Et sa vanité n’avait pas accepté mon manque d’entrain envers sa beauté subliminale. En conséquence, je baissai les yeux et pinçai fortement mes lèvres pour m’empêcher de lui rétorquer une phrase qui n’aurait fait qu’envenimer la situation. Sur ces dernières paroles je m’éloignai d’elle, je voulais me changer et ne voir personne. Mais éviter quatre frères et sœurs insomniaques, dont certains peuvent voir vos réactions, n’est pas une chose aisée.

Heureusement, je ne sentis que la présence d’Alice dans le séjour, en lisant ses pensées j’appris que Jasper et Emmet montaient la garde devant la résidence de Bella. J’aurai tant voulu me trouver près d’elle et effacer les remords qui me hantaient. Je m’attendais à recevoir une rafale d’insultes en tout genre, à une explosion de paroles de la part de ma petite sœur virulente, finalement elle m’accueillit avec un pâle sourire tout en me prenant dans ses bras. Je fus étonné par cette marque d’affection alors que je connaissais l’attachement qui unissait Alice à Bella. D’ailleurs, j’avais toujours été étonné par le fait qu’elle ait su gérer l’absence de cette dernière, bien mieux que moi en fait.

Elle te manque cruellement n’est-ce pas ? Tu essayes de la chercher à travers toutes les personnes que tu croises ? pensa-t-elle.

_ Tu n’imagines pas à quel point, elle me manque. (Silence) Dis-moi, l’a vois-tu toujours devenir vampire ?

_ Non…

Je baissai ma tête sur l’épaule d’Alice, démoralisé par la réponse de ma sœur. Elle qui avait toujours vu Bella devenir vampire, elle qui avait toujours été une fervente partisane de sa transformation, et ce même après notre rupture, venait de me faire perdre tout espoir de pouvoir la récupérer, qu’elle soit mienne à jamais. Si seulement j’avais était moins têtu à l’époque, je l’aurai transformé dès la partie de base-ball, m’évitant de tuer James et aussi les représailles de Victoria. Du coup, elle ne se serait jamais coupé le doigt, Jasper n’aurait jamais tenté de la tuer et elle serait toujours à mes côtés aujourd’hui. Je l’aurai pris sous mon aile pour lui apprendre à se contrôler, les premiers mois auraient été difficiles mais sa présence aurait balayé tous les obstacles. En réalité, j’avais reproduit ce schéma avec Orline… comme j’aurai souhaité qu’elle soit Bella.

Ayant pris congé de ma sœur je grimpai dans la salle de bains et me glissai sous le jet d’eau. Peu importait la température de l’eau, de toute façon le froid ne pouvait pas me frigorifier et le chaud encore moins me brûler, je souhaitais seulement me débarrasser de l’odeur et du sang d’Orline qui collait à ma peau, espérant par ce procédé effacer nos baisers et nos ébats. Je restais un long moment sous la douche, la tête appuyait contre la faïence froide. Puis je les entendis, Orline et Rosalie venaient de rentrer dans la maison. Ne sachant pas comment réagir face à sa présence, j’optai pour une solution simple et lâche : la fuite. Me séchant en hâte j’attrapai les premières affaires qui trônaient sur une étagère, puis j’ouvris la fenêtre et sautai.

Le soleil s’était couché laissant place à une lune rayonnante et à ciel étoilé, néanmoins je ne perdis pas de temps à contempler la beauté de la nuit, je décampai rapidement en prenant la direction du campus, avec une seule idée en tête : la voir.

            Mon comité d’accueil ne fut guère chaleureux quand ils m’entendirent arriver. Cependant la cicatrisation de mes blessures au visage et sur mes bras, les rassurèrent sur la quantité de sang que j’avais ingurgité. Néanmoins je fis l’impasse sur le sang que je venais de dérober à Orline. J’étais en pleine possession de mes moyens et je leur fis savoir.

_ Je ne vois pas de lumière, elle s’est endormie ? Demandai-je inquiet à mes frères.

_ Oui, dès que Lily la prévenue qu’elle passerait la nuit avec Jacob, elle s’est couchée. L’avertit Emmet. Par conséquent elle était seule dans sa chambre et déjà plongée dans un sommeil réparateur.

_ Vous pouvez retourner au chalet, je vais rester avec elle durant le reste de la nuit. Emmet et Jasper hésitèrent avant de bouger. Ils devaient se demander s’il était bien raisonnable de me laisser seul en sa compagnie, alors que j’avais voulu la tuer quelques heures plus tôt. J’argumentais comme un acharné pour qu’ils me laissent quelques instants d’intimité avec elle. C’est à contrecœur qu’ils s’éloignèrent de moi, non sans jeter quelques regards anxieux tout le long du chemin.

N’oublie pas que tu le regretterais, m’informa Jasper par ses pensées.

Il est taré ce gosse, tourne pas rond ! Celles d’Emmett étaient toujours si… Si désopilantes que je ne me renfrognai pas.

Une fois seul, j’observai les alentours de la résidence pour savoir si la voie était libre. Je fis le tour de la bâtisse, puis dans un bond je me propulsai sur la façade et atteignis la fenêtre des toilettes, celle qui restait toujours ouverte. Parvenue dans la demeure, j’épiai les moindres bruits, les paisibles ronflements m’apprirent que toutes les étudiantes dormaient tranquillement et que les couloirs étaient donc déserts. M’orientant à l’aide de mon odorat je repérai facilement la chambre de Bella, et y entrai sans un bruit.

La chambre était très vétuste, deux lits occupaient le principal de l’espace, ainsi que deux bureaux surmontés de lampes et de deux penderies encastrées à même les murs. Au dessus du lit vide, je pouvais voir une quantité de posters, principalement des groupes de rock à ce qu’il me semblait deviner avec des noms tels que Radiohead, Metallica, R.A.T.M., ou encore Queen.

Puis mon regard se dirigea vers l’autre lit, juste à côté, où dormait Bella. Une de ses jambes était repliée au-dessus des couvertures et je pus constater qu’elle portait toujours le même survêtement que je ne connaissais que trop bien. Je m’agenouillai près d’elle sur le tapis moelleux qui recouvrait le parquet, et posai ma tête sur le lit, près de ses mains. Sentir son odeur me fit autant de bien que de mal. Du bien parce que j’aimais sa fragrance, du mal parce que je devais me contenter de la respirer de loin, je ne pouvais laisser mes lèvres parcourir sa peau pour me regorger de son parfum. Je restai un moment assis à terre, la tête sur son matelas à l’écouter respirer calmement, à la voir remuer. J’étais tenté de m’emparer d’une de ses mains, je me serai même satisfait d’un doigt, mais si je venais à la réveiller comment aurai-je expliqué ma présence dans sa chambre ?

_ Edward…

En un quart de seconde, j’avais bondi sur mes pieds et entreprenais de sauter par la fenêtre, quand un léger ronflement m’avertit qu’elle dormait toujours et qu’elle ne m’avait pas vu. Comment avais-je pu, en cet instant, oublier que Bella parlait toujours en dormant. Je retournai à ma place, mais au lieu de posai ma tête je la regardais attentivement.

_ Edward… Reste. Ne pars pas.

Je fus interloqué par ses murmures. Était-il possible que ces paroles soient exactement les mêmes que ce premier soir où j’étais entré dans sa chambre ? Cela remontait à plus d’un an, nous étions alors à Forks et je venais de pénétrer illégalement dans l’espace intime d’une jeune fille pour savoir ce qui m’attirais en elle. Tandis que j’étais sur le point de quitter la ville pour de bon, elle m’avait prié, de façon inconsciente, de rester près d’elle. A l’époque, ces paroles m’avaient suffit pour rester et lui avouer mon amour et lui laisser découvrir mon terrible secret.

_ Quoi qu’il arrive, je resterai toujours auprès de toi, je serai à toi pour l’éternité. Murmurai-je dans son oreille.

_ Idem. Je fus étonné qu’elle puisse me répondre, et surtout qu’elle ait pu m’entendre en plein rêve.

La nuit se déroula comme toutes celles que j’avais passées à Forks, à une différence près : je ne partageais pas son lit et ne pouvais la serrer contre moi. Néanmoins, je restai à la contempler jusqu’aux premières lueurs du soleil qui essayaient de percer à travers les épais nuages qui s’étaient amoncelés durant la nuit. Ce temps était bien commode, ils nous permettaient de pouvoir sortir sans craindre les rayons accusateurs du soleil. Malheureusement, dès la première sonnerie de son réveil je dus me volatiliser hors de sa chambre, j’atterris en contre-bas sans avoir pris la peine de vérifier la présence d’un individu auparavant. Une chance, l’endroit était désert enfin à une exception, un loup-garou traînait dans les parages. Je pouvais à la fois sentir son odeur pestilentielle, et entendre ses pensées confuses.

_ Sors de ta cachette, je ne vais pas te tuer ! Aujourd’hui je n’ai pas de motif valable pour te mettre une raclée ! Lançai-je dans le vide à mon interlocuteur caché, pensant qu’il s’agissait de Jacob.

_ Bien évidemment tu ne vas me tuer, puisque je le ferai en premier. La voix ne m’était pas du tout familière, il ne s’agissait pas de Jacob.

Il apparut doucement sous les pâles rayons du soleil, il avait le même teint halé que les Quileutes et une carrure imposante, néanmoins ce visage taillé à la serpe n’avait rien de sympathique. Ses yeux d’un noir de jais me menaçaient ouvertement, tandis que ses lèvres s’étirèrent dans un rictus. Il portait des cheveux aussi noirs que ses yeux et les avait très court. Son air agressif ne me plaisait pas plus que ces propos querelleurs. S’il souhaitait se mesurer à moi, il n’allait pas être déçu, d’autant que mes forces étaient à leur paroxysme. Et puis en quoi un loup pouvait faire le poids face à un vampire aussi rapide et fort que moi.

_ Sais-tu que seul, tu ne feras pas le poids face à moi ?

J’entendis un rire moqueur à travers ses pensées, et je pus aussi apprendre que cet imbécile de clébard me prenait pour un ennemi, apparenté à Victoria. J’aurai pu éclaircir la situation maintenant au lieu de la laisser s’envenimer, mais j’avais tellement besoin de décharger toute la tension qui s’était accumulée dans mon corps, que le plaisir de me battre fut plus grand et dépassait même mes inclinaisons pacifiques. J’allais seulement me défouler sur une personne aussi résistante que moi, sans être pour autant être invincible, une personne qui osait se mesurait à moi.

Ma réplique parut le déstabiliser, car il fut secouer par de violents tremblements. J’aperçus les coutures de son bermuda se déchirer petit à petit, puis son t-shirt fut réduit en charpie sous le coup de la mutation. Un loup gris gigantesque aux reflets argentés me dominait de toute sa hauteur, néanmoins je n’étais pas effrayé par si peu. Je me baissai pour me mettre en position d’attaque, prêt à montrer à ce jeune loup désinvolte le sens du mot : respect. Ce jeune homme était bien trop impulsif et colérique, je me devais de lui remettre les pendules à l’heure.

 

 

 

Par Néo - Publié dans : fiction - Communauté : fictions crépusculaires
Vendredi 17 avril 2009 5 17 /04 /Avr /2009 16:04

Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires

Nervosité

Dans les rues d’Hanover, un couple d’amoureux se balade enlacés…

Sur le chemin du retour, main dans la main, je me remémorai ma nuit avec Lily. Une nuit merveilleuse où nous avions pu jouir complètement d’une intimité intégrale. Aucun vampire, ni aucune autre personne n’était venu troubler nos ébats et nos secrets divulgués dans le creux de nos oreilles, cachés sous les couvertures. Depuis mon arrivée dans le New Hampshire, et comme à chacune de mes visites, je logeai dans un petit gîte non loin du campus, mais suffisamment distant pour rester inaperçu. Cette nuit, nous avait surtout permis de nous retrouver et conforter Lily dans les sentiments qu’elle me portait, et ceux que je ressentais en retour. Nous étions parvenus à la même conclusion : toute séparation était inenvisageable. J’étais alors rassuré de voir que Lily m’acceptait de plus en plus, sans pour autant souffrir de cette situation.

Alors que nous marchions vers la faculté, échangeant regards en coin, et riant sans en connaître la vraie raison, je perçus un son strident, aigu et perçant, puis de nouveau le calme. J’orientai ma tête vers la provenance de ce bruit inconnu, et plissait les yeux pour tenter d’apercevoir ce qu’il se passait à quelques kilomètres de nous. Nous n’étions pas encore à l’intérieur de la faculté, ils nous restaient encore plusieurs mètres avant de passer sous l’imposante arche qui symbolisait l’entrée principale du campus. Néanmoins, ma vue exceptionnelle entrevue des voitures de police stationner devant l’un des bâtiments principaux de l’université, ainsi que d’autres véhicules qui entraient en trombe sur le parking,  gyrophares allumés et résonnant dans le vent. La source du bruit strident et perçant. Que s’était-il passé ? Quel évènement s’était produit pour rameuter autant de patrouilles ? Bizarrement, je ne vis pas la carrure de Charlie se distinguant parmi les agents qui se dirigeaient vers l’accueil, avant de me rappeler que je me trouvais à Hanover, et non à Forks.

En me concentrant davantage, je vis que l’on tirait des bandes jaunes sur lesquelles je pus lire « CRIME SCENE DO NOT CROSS » avant de voir le corps d’un étudiant gisant dans la fontaine. Son cadavre flottait à la surface, la tête enfouie dans les eaux peu profondes du bassin, ses cheveux blonds ondulaient autour de sa tête, mais le plus choquant était de voir tous ses membres contorsionnés dans des positions humainement impossibles. Ses bras semblaient avoir été complètement disloqués, comme si sa peau était tout ce qui les rattachait encore à son tronc. Quant à ses jambes, l’une était tordue dans l’autre sens de la pliure, et l’autre le tibia avait transpercé le mollet et pointait vers le ciel. Des médecins, et divers scientifiques commençaient déjà à investir la scène du crime pour récolter le maximum d’informations, afin de trouver le coupable et le motif de cet homicide. Intérieurement, je connaissais déjà le motif du crime et son assassin : un vampire.

_ Instinctivement, je portai ma main sur les yeux de Lily, ne voulant pas qu’elle vît ce macabre spectacle. Alors que seul moi pouvais apercevoir autant de détails, et même entendre le bruit des véhicules d’urgence.

_ Aïe ! Tu m’as mis le doigt dans l’œil ! me cria-t-elle

_ Zut ! Ca va ? Je me tournai face à elle et examinai son œil sous toutes les coutures

_ C’est bon Jake, pas besoin de m’énucléer non plus ! Puis devant mon air penaud elle m’offrit ses lèvres dont je m’emparais avidement. Puis, je repris sa main dans l’une des miennes, elle l’attira vers un passage clouté.

_ Euh… Tu te trompes de chemin. Pour quelqu’un qui bénéficie de sens poussés à l’extrême, on ne peut pas dire que tu sois doué en orientation ! Elle rigola toute seule à sa blague un instant, puis se renfrogna devant ma mine silencieuse.

_ On va couper par le parc et rattraper la forêt juste derrière. Une fois, que nous serons camouflés par les arbres nous pourrons passer inaperçus. Lui appris-je en traversant la route pour prendre la direction du square déserté par les enfants à une heure si matinale.

_ Quoi ? Cette nuit ne t’as pas suffit ! Décidemment Lily était d’humeur légère aujourd’hui.

_ Hum… je n’y avais pas pensé, mais effectivement l’idée me plaît ! Et puis, il est vrai que la dernière fois il faisait nuit noire. Ne voulant pas l’inquiéter, j’optai également pour une attitude frivole.

_ Dans ce cas, si ce n’est pas pour assouvir un besoin irrépressible, à quoi pensais-tu ? Elle me fit un clin d’œil.

_ Je me disais que tu aurais souhaité connaître un de mes autres dons prodigieux…

En réalité, je désirais la ramener au plus vite à la résidence, en lieu sûr, donc courir vite, incroyablement vite. De surcroît, je voulais m’enquérir auprès d’un des buveurs de sang qui ferait le piquet, pour savoir s’il avait entendu quoique se soit la nuit dernière. Ou encore s’il s’agissait d’une erreur de leur part, d’une erreur provenant d’un néophyte incontrôlable : Orline.

La nuit dernière, Lily m’appris la triste nouvelle pour Orline. Sur le coup, je m’en voulu de n’avoir pas été assez vigilant ce soir-là, alors que je m’étais pourtant rendu plusieurs fois à son cours de tennis pour veiller sur elle. Malheureusement, elle avait échappé à mon contrôle, puis s’était retrouvé au mauvais endroit, au mauvais moment. Finalement, cette attaque avait sans doute était préméditée par Victoria. En effet, combien de chance avait-elle pour tomber sur une amie de Bella ? Cette coïncidence m’interloquait énormément. En tout cas, une chance que le rouquin ait réussi à l’arracher à l’emprise de Victoria. Cependant, un néophyte près d’un campus grouillant de monde n’était pas pour me rassurer. Du coup, j’interdis formellement à Lily de chercher à la voir, ou même à essayer de rentrer en contact avec cette dernière. Selon ses dires, les Cullen l’auraient pris sous leur protection et j’espérais même qu’ils la ramèneraient avec eux une fois le problème réglé. Je ne savais pas pourquoi, mais mon intuition me disait que la présence des Cullen s’éterniserait, même après la mort de Victoria.

Alors que le couvert des arbres nous rendait invisibles aux yeux de tous, j’entrepris de faire basculer Lily sur mon dos. Mon geste soudain la fit sursauter, et elle se retrouva à califourchon sur mon dos, sans l’avoir voulu, ce qui parût la désarçonner.

_ J’ai beau savoir que ta force est surdéveloppée, je reste toujours pantoise à chacun de tes gestes ! Je tournai la tête dans sa direction pour contempler son expression perplexe qui se lisait sur chacun de ses traits.

_ Je rajouterai même que certains de mes gestes te plaisent surtout dans l’intimité. A ma remarque je vis ses joues s’empourprer ce qui me fit rire. 

_ Maintenant, si tu me permets, je vais me dégourdir les jambes car… Je me stoppai brusquement quand mon ouïe me rapporta des sons étranges.

J’entendis des bruits liés à un bagarre avant même de voir les combattants en pleine action. D’ailleurs, je ressentais leur attaque jusqu’à la moindre vibration du sol. Je laissai ma phrase en suspens puis me mis en route, détalant comme un fou vers l’endroit de la rixe. Un lieu qui se trouvait dans la même direction que la résidence…

Je ne savais pas dans quel traquenard j’allais m’empêtrer, d’autant plus que Lily m’accompagnait, mais je mis rendais. Plus je me rapprochai, plus les détails de la lutte me parvenaient. Sans aucun doute, il s’agissait de créatures dotées d’une force incroyable pour réussir à faire trembler autant le sol. Quant à la direction elle restait inchangée, plein sud, soit le lieu où se trouvait Bella.

            La scène avec les gyrophares des voitures de police à l’entrée du campus me revint en mémoire, ainsi que le cadavre mutilé du jeune étudiant. Tous ces détails n’étaient donc pas pour me rassurer. Lily rebondissait légèrement sur mon dos, elle avait enroulée ses jambes autour de mes hanches tandis que je la maintenais en place d’une main que j’avais posé sous ses fesses. Après avoir vu les voitures de police amassées, j’avais préféré accélérer l’allure. Lily ne semblait pas s’être évanouie, un exploit pour elle ! M’acceptait-elle enfin pour ce que j’étais ?

Rapidement, je chassai mes inquiétudes sur ma relation à cause de mon angoisse de trouver Bella en prise avec des vampires, ou peut-être l’un des miens malmenés. En effet, je savais que certains des miens, ceux de la meute ne devraient plus tarder à arriver. Sam, le chef de notre clan des «Protecteurs », avait décidé de m’envoyer Quil, Embry et Paul pour m’aider à me débarrasser de cette sale buveuse de sang. Quand, je lui avais demandé des renforts, c’était sans connaître la présence des Cullen. A l’heure actuelle, nous étions quatre loups-garous et six vampires, en comptant Orline, pour faire face à Victoria. En conséquent, nous serions suffisamment nombreux pour l’exterminer, d’ailleurs le plus tôt serait le mieux, car cette tension commençait à mettre mes nerfs à rude épreuve, et devenait périlleux pour la population estudiantine de Dartmouth.

Mon ahurissement devant ce que j’avais sous les yeux me fit stopper net à quelques pas la scène qui s’offrait à moi. Durant les quelques secondes qu’il m’avait fallu pour recouvrir la distance qui me séparait de la vieille bâtisse. Mon imagination avait fomenté des situations les plus horribles les unes que les autres, concernant principalement l’état dans lequel j’allais trouver Bella et ses gardes du corps. Bien que la survie de ces derniers ne m’inquiétait pas comparé à celle de mon amie.

Subitement, la masse grise qui s’agitait à une dizaine de mètres de moi, vint s’écraser vivement sur un des arbres à proximité de l’endroit où Lily et moi nous nous trouvions, dans un bruit d’os brisés. Dans un ébrouement de poils qui s’éparpilla tout autour, la bête repartit à la charge dans l’espoir de venir percuter son adversaire et de l’envoyer valser comme dans un jeu de quille. Malheureusement, son rival fut trop rapide pour le loup qui, dans son élan, continua sa course folle avant de faire voler en éclat une racine qui se trouvait sur son chemin. Je reconnus facilement les deux assaillants qui se faisaient face, et à moins qu’il ne s’agisse d’un entraînement, j’étais persuadé que ses deux là s’étaient se cherchaient des noises avant d’en arriver là.

Ma décision était partagée entre mettre fin à la bagarre, ou la laisser continuer pour voir quels seraient les dommages pour le vampire face à un Paul nerveux et impulsif. Puis le souvenir de Lily me revint en tête, alors je hasardai un regard dans sa direction comme pour prendre la température. Elle regardait la bagarre attentivement, enfin dans la limite de ce que ses yeux d’humaines lui permettaient de voir. Aucune frayeur, aucun affolement, ses traits était détendus et je pouvais même deviner de la curiosité.

_ 20 dollars sur le loup gris ! me lança-t-elle sérieusement.

Je m’écartai vivement de la trajectoire du loup, juste à temps avant qu’il nous heurte violemment, puis il se réceptionna sur une branche d’arbre, de laquelle il prit de l’élan avant de toucher le vampire. Ce dernier fut pris de court par une si belle réception et n’eut pas le temps de s’écarter avant que le loup ne le propulse en arrière. Durant un laps de temps très court, le vampire roula sur le sol, et la masse grise aux reflets argentés se jeta avidement sur lui, comme l’aurai fait un chien afin de saisir sa proie au cou et la maintenir au sol. Une fois parvenue à l’endroit prévu, la mâchoire du loup se referma sur la peau glaciale et robuste du vampire.

J’allai intervenir pour proclamer la victoire de Paul, mais au dernier moment je me ravisai. Alors qu’il était allongé au sol, prisonnier d’une mâchoire d’acier, je le vis soulever à bout de bras l’imposant loup et s’arracher à son étreinte dans un jet de sang. La partie prenait un tournant dangereux, je préférai y mettre un terme. Néanmoins, je ne me déchargeais pas de Lily, ne savant pas dans quel endroit elle serait à l’abri, je jugeai plus sage de la garder avec moi.

_ Ca suffit comme ça ! STOP ! Je dû hurler pour me faire entendre des deux adversaires qui se faisaient de nouveau face, en position d’attaque, prêt à repartir dans un corps-à-corps sanglant.

Connaissant le tempérament impétueux de Paul, je courus me placer juste devant lui pour lui intimer l’ordre de retrouver une apparence plus décente. J’eus l’impression que le temps s’était arrêté, et commençai à douter de ma force de persuasion face à ce loup indomptable. Pourtant, dans la minute qui suivit, il retrouva sa forme humaine dans un craquement sec.

Un couinement provenant de derrière moi, me rappela la présence de Lily et compris sa gêne soudaine. Paul avait muté sous nos yeux, n’ayant pas vu mon amie derrière mes imposantes épaules. Cependant, ce n’est pas tant ce phénomène qui embarrassa Lily, mais plus la nudité de Paul.

_ Tsst… Paul pourrais-tu nous épargner la vue de ton intimité, s’il te plaît ! Lui demandais-je gentiment à mon ami.

_ Quoi ? La vue de ma virilité dérange ce buveur de sang ! me lança-t-il acerbe.

_ Non, en fait je pensais plus à la demoiselle qui se cache, rouge de honte, derrière mon épaule, lui répondis-je en lui servant mon sourire moqueur. Puis sans même lancer un regard sur Lily, il se retourna et tâcha de masquer sa virilité.

_ Oups, Bella je suis navré. Je… dit-il hâtivement en dénouant le lacet qui ceinturait sa cheville, où se trouvait un short de rechange, au cas où.

_ Non (un long souffle) il ne s’agit pas de Bella, mais de Lily, une fois Paul habillé, je me tournais légèrement pour que mon ami puisse voir la personne calfeutrée à l’arrière de mon dos et sans doute encore rouge pivoine.

Un raclement de gorge me fit me retourner. Edward se trouvait devant moi raide comme un piquet, le col de sa chemise était imbibé par son sang, mais plus aucune trace n’était visible sur son cou. Je tournai ma tête vers Paul, pour observer s’il avait été blessé, mais le sang qui suintait sur la chemise appartenait bien au vampire, néanmoins les traces des crocs de Paul avaient disparus. J’en conclus, que le vampire s’était bien alimenté depuis notre dernière rixe. Tout de même, je restais fier d’avoir pu le mettre plus en défaite que ne l’avais fait Paul.

_ Battre un homme déjà affaiblis n’a rien de remarquable, ni même de louable, me dit Edward suite à ma remarque mentale.

J’allai répliquer à ce ton dédaigneux qui me faisait hérisser les poils de ma nuque à chaque fois, quand l’image de Bella, seule dans sa chambre, me frappa inconsciemment. Elle était seule, alors qu’un crime avait été commis. Qui veillait sur elle ? Edward pu lire mon inquiétude sur mes traits, en même temps qu’il vit la scène de crime via mon cerveau. Il décampa dans un bond et aurait pu disparaitre à notre vue, si celle-ci n’était pas perçante.

***

Bruit de fond : une sonnerie stridente qui annonce une nouvelle journée…

J’abattis une main lourde sur mon réveil, qui sous le coup stoppa sa sonnerie désagréable, annonçant que la nuit était terminée, et qu’une journée remplie de cours m’attendait. Alors que la nuit m’offrait de doux rêves d’une tendre étreinte, des paroles passionnées, la journée me renvoyait la triste réalité. Soit à ma pauvre condition de fille pathétique, qui s’attirait toujours des ennuis inimaginables et dont tout le monde avait pitié. Bref une vraie petite chose molle et sans défense, pareille à une guimauve. La description convenait parfaitement, j’étais une guimauve, et encore moins que ça car une sucrerie suscite l’envie…

En me relevant, je sentis qu’une partie de mon lit était glaciale, comme si, ou plutôt comme quand Edward dormait avec moi auparavant. Je ne m’attardais pas sur ce détail, ayant dormie toute la nuit du même côté, je n’avais pu réchauffer l’autre pan du lit. Je passai mes mains sur mes yeux pour les forcer à s’ouvrir, et m’étirer comme un chat. Bizarrement l’absence de Lily m’ôta toute gaieté matinale. D’habitude, je me levais d’un bond, énergiquement pour la réveiller, la sortir de son sommeil imperturbable. Aujourd’hui, le lit à côté du mien était vide, inutile de faire semblant que tout allait bien, d’autant que je me sentais plus seule de jour en jour. 

Me décidant enfin à me lever, je me dirigeai vers la fenêtre pour entreprendre d’ouvrir les stores et laisser les quelques rayons de soleil pénétrer la chambre, mais en cherchant le cordon je m’aperçus que les stores n’avaient pas été baissé hier soir. Baissant les yeux sur le fil du store qui pendait de ma main, je constatai aussi que je le verrou de ma fenêtre n’avait pas été enclenché, ou alors avait été déverrouillé… Prise de doutes je lâchai le cordon un peu vivement, et dans la précipitation je tirai dessus ce qui déclencha le mécanisme, laissant les stores retomber devant moi dans un bruit métallique. Pourtant, je me souvenais d’avoir fermé les stores hier soir avant de m’être endormie, juste après avoir aperçut Jasper en bas me faire un signe de la main, je l’avais tiré.

Je restai un bon moment, debout devant ma fenêtre à méditer sur mes faits et gestes de la veille au soir. Finalement, mes rêves et la réalité devaient s’interférer de temps en temps. J’entrepris de relever le store, quand tout à coup une forme s’accrocha au cadre de la fenêtre. Je sursautai d’effroi me prenant les pieds dans le tapis et attendit la chute, qui ne vint pas. J’ouvris les yeux doucement en sentant la morsure du froid m’assaillir de part en part. Alors que je tremblais, transie de froid, son sourire me réchauffa intégralement. Mon visiteur inopiné était en fait Edward.

_ Il était moins une ! me lança-t-il en m’aidant à me remettre sur pied.

_ Euh… Oui. Tu m’as foutu une de ces frousses ! Heureusement que je ne suis pas cardiaque !

_ Excuse-moi, mais quand j’ai vu ton store se fermait si vite j’ai pris peur. Et je suis venu vérifier si tout allait bien.

_ Tu n’as vu personne cette nuit ? Lui demandai-je.

_ Non, pourquoi ? Il était étonné par ma question.

_ Non, rien. J’ai sans doute dû oublier de fermer le loquet de ma fenêtre hier alors. Edward resta muet un instant avant de hocher la tête et de me prier d’être plus vigilante à l’avenir.

Soudain sa présence m’étonna, et sortis de l’étau de se bras. La veille il avait été à deux doigts de craquer et de m’attaquer à cause de l’odeur de mon sang. Et aujourd’hui, il se tenait à moins d’un mètre de moi, néanmoins l’absence de sa longue balafre me rassura un peu. Son visage avait retrouvé sa perfection d’antan, même si sa blessure lui avait conféré un côté viril non déplaisant.

_ Excuse-moi Bella pour hier. Ne t’inquiète pas j’ai chassé plus que de raison, et ton sang ne me tente pas. Enfin, si tu me tentes… Euh non… Bref je ne vais pas craquer. Depuis quand Edward bégayais ? Depuis quand est-il incapable d’enchaîner deux mots sans revenir dessus pour dire le contraire ?

_ Oui j’ai bien compris, car ta cicatrise a disparue. Il passa sa main sur son visage à l’endroit où hier encore les stigmates de la patte de Jake avaient laissé ses traces.

Prenant conscience de ma tenue, et de mon allure, sans penser à la fraîcheur de mon visage, je pris congé de lui et sauta sous la douche. J’eus la surprise de le voir assit sur mon lit à mon retour, le regard tourné vers les posters de Lily. Cette scène me serra le cœur, la pâleur du soleil, la simplicité de la chambre, et cet apollon assis sur un couvre-lit défraîchit, me rappela ma vie d’avant, dans laquelle il avait une place importante et où je comptais encore pour lui. Je restai planté derrière la porte, ne voulant faire aucun bruit pour ne pas effacer ce tableau qui se tenait devant moi, alors que son ouïe fine n’avait rien raté de mon entrée fracassante.

Il tourna la tête vers moi en me souriant, je fus paralysée par son regard et mon cerveau s’arracha un instant à la réalité pour imaginer des scènes de réconciliation. Il divaguait sur les différentes possibilités qui s’offraient à moi : lui sauter au cou et coller mes lèvres sur les siennes, ou alors plus sensuellement, je m’avançais doucement vers lui d’un pas chaloupé sans le lâcher du regard, puis il me renverserait et m’embrasserait fougueusement. Malheureusement, mon corps noueux aurait quelques difficultés avec le chaloupé, et ma maladresse ambulante me ferait tomber avant d’arriver dans ses bras. Heureusement, que mon cerveau lui était fermé, pour je ne sais quelle raison d’ailleurs, car mes pensées nous auraient mis mal à l’aise tous les deux.

Au lieu de m’embrasser passionnément et de me renverser comme dans un tango ardant, il me tendit sa main et m’invita à m’asseoir sur le lit de Lily, cette distance eut le don de mettre mes nerfs en pelote. Trop de distance ! Son rire accueillant disparu, pour laisser place à sa mine sombre et grave, dernier souvenir que j’avais gardé de lui.

_ Ce que j’ai à t’annoncer n’est pas facile, mais n’ai crainte tu sais bien qu’il ne t’arrivera rien…

Qu’était-il sur le point de m’annoncer ? Des scènes défilèrent devant moi : il allait m’avouer sa passion dévorante pour Line, ou encore il m’abandonnait suite à un exil commun avec elle, cette dernière devenant trop dangereuse ils préféraient partir loin sur une île déserte.

_ …Bella ? Tu m’écoutes ? Revenant à moi je hochai la tête. A mon avis il s’agit de Victoria. Son corps a été retrouvé dans la fontaine, sans…

_ QUOI ? Victoria a été tuée ? Je sortais de ma torpeur.

_ Steve Thompson, tu le connaissais ? Je suis désolé.

_ Non… Non, je ne le connaissais pas. Sur le coup, dans ma tête, j’avais fais l’amalgame entre Victoria et le décès que m’annonçait Edward.

D’ailleurs, ma première réaction avait été le soulagement, puis la déception. Ainsi, un étudiant venait de perdre la vie à cause de moi ! Si je n’étais pas venu ici, Victoria ne s’en serait jamais prise à lui. Mais où que j’irai, elle serait toujours là à tuer des innocents. Je craquai, laissant les larmes envahirent ma vision. Ces derniers jours, plus rien n’avait de sens. Edward était revenu, Line était un vampire, Victoria voulait me tuer… Trop de pression.

Edward resta immobile un moment, ne connaissant ni la raison de mon épanchement, ni la façon appropriée de me consoler. Il se pencha vers moi et passa sa main froide sur mon dos, mais sa peau glaciale fit naître des frissons, qui rajoutaient à mes pleurs, et me donnais l’impression de convulser. Puis constatant que ses caresses causaient plus de mal que de bien, il entreprit de me rouler dans la couette de Lily et m’attira à lui, agenouillé sur la moquette. J’atterris dans le creux de ses bras, en posant ma tête sur son épaule. Son odeur était toujours la même, un mélange de citron et de menthe fraîche que j’affectionnai tout particulièrement.

Une fois ma crise calmée, je fis semblant de m’être assoupie pour ne pas avoir à me retirer de l’étreinte de ses bras, et ma feinte passa inaperçue, nous restâmes un long moment, par terre enlacés. Alors je sentie ses lèvres frôler inlassablement le haut de mon crane et ses doigts caresser le bout des miens dépassant de la couverture, tout en me fredonnant un air que je connaissais par cœur : ma berceuse. Du coup, sans remarquer les signes annonciateurs, je tombai dans un sommeil de plomb, bercée par sa voix, entourée de ses bras et le nez dans son cou. Mon sommeil fut doux et sans rêve.

Je m’éveillais doucement, la lumière qui s’infiltrait dans la pièce m’indiqua que le soleil était haut dans le ciel, et par conséquent que la matinée était sur le point de s’achever. Malheureusement, j’étais dans mon lit et seule.

_ Edward ? Je bondis sur mes coudes pour scruter la chambre.

_ Ne t’inquiète pas Bella, je suis là. La voix était familière et chaleureuse mais ne ressemblait en rien au ténor qui me faisait défaillir.

_ L’université est fermée jusqu’à nouvel ordre, et les étudiants sont amenés à rester dans leur résidence. Alors tu peux te reposer. La dernière fois que j’avais parlée à Lily, j’avais eu le droit à un concentré de mauvaise humeur, alors qu’aujourd’hui elle était douce et mielleuse.

_ Où est Edward ? Demandai-je d’une voix fluette.

_ S’il te plaît, je ne t’incommode pas avec la présence de Jacob, alors ne m’incommode avec la sienne s’il te plaît ! Je l’ai mis à la porte ! Son ton jusque là affectueux disparu.

_ Euh… Dois-je te rappeler que Jake est mon ami et que par conséquent sa présence ne peut en rien m’incommoder… Et tu as mis Edward à la porte ? Je m’imaginai furtivement la scène : je voyais Lily débarquer en laissant la porte se fracasser contre le mur, se mettre bien droite face à la sortie tout en la désignant du bout des doigts à mon visiteur. La classe !

_ Bien évidemment que j’ai mis cette sang… Quoi ? Oui je l’ai mis à la porte ! En plus tu t’étais endormie dans ses bras par terre, une position qui t’aurais esquinté le dos à coup sûr ! Sa voix se radoucit mais son attitude trahissait sa nervosité. Lily était une aussi bonne menteuse que moi. Je savais que son aversion pour les vampires venait de Jake.

Je me levai pour connaître l’identité de notre garde personnelle ce soir, espérant croiser un regard familier, mais avant d’arriver à la fenêtre Lily me lança :

_ Loups-garous au menu ce soir ! Réunion au sommet pour les vampires !

_ Humm… merci madame météo, lui dis-je en me retournant de trois quart, avant de poser mon regard sur la forêt en contrebas.

_ Tu es au courant pour Steve Thompson ? me demanda Lily doucement.

_ Oui. Je ne le connaissais pas et toi ?

_ Non, enfin pas personnellement. Il était dans la même promo que Sean il me semble.

_ Il s’agit de Victoria à ton avis ? me demanda-t-elle inquiète.

_ Qui veux-tu que se soit d’autre ?

_ Jake a pensé à Line durant un instant. Après tout c’est un nouveau-né, elle peut craquer. Mais je n’y crois pas, c’est Line après tout non ? Elle semblait si inquiète pour notre amie.

_ Oui c’est toujours notre Line, elle se porte bien. Elle n’a pas essayé de m’attaquer bonne nouvelle, non ?

_ Humm… Elle me manque tellement… ma Line… elle tomba sur son lit dépitée.

_ Oui à moi aussi elle me manque ? Chose véridique, mon amie me manquait bien que j’exulte face au vampire qu’elle était à présent. Je repris :

_ Si Line avait craqué Edward me l’aurait dit, personne ne peut rien cacher à un télépathe !

_ Mouais… Mais faut faire quelque chose et vite, pour qu’ils puissent tuer cette sado avant qu’elle s’abreuve du campus en entier ! Lily était très inquiète, très probablement pour Jake, comme je l’avais été envers Edward quand il avait fallu s’occuper de James.

_ Oui, il faut réfléchir à un plan… Victoria ne demande juste qu’à être appâtée… murmurai-je pour moi seule, les yeux rivés sur le clocher du bestiaire que l’on pouvait apercevoir.

 

 

Par Néo - Publié dans : fiction - Communauté : fictions crépusculaires
Lundi 20 avril 2009 1 20 /04 /Avr /2009 15:56

Ecrire un commentaire - Voir les 16 commentaires

Pression

Enlacés à sa douce moitié, un vampire saigne…

A cause du retour précipité de Lily, j’avais dû me défaire de l’emprise de Bella, car devant sa mine déterminée, je n’avais pas osé insister davantage, d’autant que ses pensées trahissaient sa peur. Lily était effrayée, en effet elle ne c’était pas attendue à me revoir de sitôt et dans sa chambre de surcroît. Réaction parfaitement normale pour le commun des mortels, nous étions à la fois attirants et inquiétants. Toutefois, elle se permettait quelques familiarités en osant me mettre à la porte sans détour et sans politesse.

Bien que le son de ses pas m’ai prévenu de son arrivée imminente, je n’avais anticipé aucun mouvement. Je me délectai de ces derniers instants, doux instants où je pouvais encore respirer le parfum de ses cheveux et laisser la chaleur de son corps réchauffer le mien. Lily était restée sur le pas de la porte, interdite. Jacob m’avait devancé sur certaines explications, et l’avait renseigné sur notre histoire, et à ce moment précis elle ne savait plus trop à quoi s’en tenir. Une de ses pensées ranima en moi une flamme d’espoir, puisqu’elle se demandait si nous n’avions pas renoués. Hélas ce n’était pas le cas, Bella avait craqué et je m’étais trouvé au bon endroit, au bon moment, pour calmer son angoisse.

Nous étions donc restés sans bouger à nous regarder, mon expression se voulait rassurante, tandis que la sienne était censée être menaçante. Finalement, Lily était un sacré bout de femme, à la fois délicate et dure, gentille tout en étant insolente et bornée. Et malgré son attitude peu cordiale à mon égard, je l’appréciai immédiatement pour son intégralité et sa franchise. L’analyse de son cerveau fut une vraie source de curiosité, l’amitié qui les unissait toutes les deux m’émerveillais, alors qu’elles ne se connaissaient que depuis deux mois, et puis je sentis l’osmose parfaite qui la reliait à Jacob, une sensation de bonheur extrême, la passion dévorante. Celle qui me dévorer de part en part aujourd’hui encore, surtout maintenant qu’elle était si près de moi et pourtant si loin…

Tout d’un coup, elle m’indiqua la sortie de son doigt pointé vers l’encadrement de la porte. Aussi, sans faire de geste brusque, je me hissai sur mes jambes, Bella collée contre mon torse qui continuait à dormir paisiblement.

_ Naan naan ! Elle, elle reste ici avec moi ! Sa langue claquait contre son palais, de façon méprisante.

_ Soit ! Bien entendu, je souhaitais seulement la remettre dans son lit. Me laisseras-tu le plaisir de la border au moins ? Je lui souris pour la tranquilliser. Ce soir, je vous laisse aux bons soins de la meute. Je dois m’entretenir avec le reste de mon clan. Rassurée ?

Je me penchai doucement vers le lit pour y déposer mon précieux trésor, puis entrepris de la couvrir avec le plaid qui traînait au pied de son lit. A aucun moment elle ne se réveilla, m’agenouillant je lui embrassai le front et me relevai à contre cœur pour me tourner vers son garde du corps. Lily n’avait pas bougé, bien que ses traits c’étaient un peu détendus, au fond d’elle-même elle était très émue par le spectacle que je venais de lui offrir. Elle se reprit très vite et ajouta à mon intention :

_ Oust créature surnaturelle ! Du balai !

_ Vos désirs sont des ordres ! Dois-je prévenir ceux qui se trouvent en bas aussi ? Elle piqua un fard et se renfrogna tout de suite.

Je passai l’encadrement de la porte, en prenant soin de vérifier que le couloir et les escaliers étaient déserts avant de continuer mon chemin quand sa voix m’arrêta :

_ Pourquoi… elle ne termina pas sa phrase, gênée de témoigner autant de curiosité. Mais, il n’était pas nécessaire qu’elle formule ses pensées à haute voix pour que je comprenne ce qu’elle voulait savoir. Dans un soupir de lassitude je répondis à ses interrogations mentales.

_ Ma présence à ces côtés est un péril quotidien. Toutes les parties de mon corps la réclame, autant mon cœur que… ma soif.

_ La belle affaire ! Tu as préféré faire une croix sur tes sentiments pour sa sécurité !

_ La vie est injuste, tu ne le savais pas ?

_ Oui c’est ce que j’ai cru comprendre. Sa voix n’était plus qu’un murmure, et je sus que sa réplique était dite pour elle-même. Elle aussi, de par sa relation avec un loup, allait connaître quelques désagréments.

Sur ces dernières paroles je m’éclipsai rapidement, m’éloigner de Bella m’angoissais, mais je devais avoir une discussion avec les miens, et plus particulièrement avec Alice au sujet de ses visions. De plus, il me fallait assouvir ma soif, étant restée trop longtemps loin d’elle, je souffrais plus que d’ordinaire. Ma soif n’était plus habituée à se contrôler face à l’odeur de son sang si envoûtante.

J’aurai préféré la fenêtre aux escaliers, mon entrée personnelle, mais devant la réaction de Lily se tenant bien droite devant la porte, m’indiquant gracieusement la sortie et son impatience affichée, je n’avais pu résister à la taquiner. Elle avait tout d’une comédienne, l’attitude et le port !

En descendant les marches du perron je reconnus Jacob, assis non loin de là sur une souche d’arbre. Au moment où mon pied foula le sol, un rayon de soleil réussit à transpercer les épais nuages pour venir illuminer ce carré d’herbe. Je me reculai vivement, m’acculant jusque sous le porche de la résidence pour éviter toute exposition. De son côté, Jacob n’avait rien raté de ma surprise, et il se régalait intérieurement de ma faiblesse, cet idiot s’attendait à me voir périr sous les rayons du soleil. Son cerveau s’imaginant déjà mon trépas, une imagination fortement influencée par les grosses productions hollywoodiennes.

Quel imbécile de clébard formaté par le cinéma. Mon orgueil effleura ma conscience, qui ne tolérait aucune moquerie de la part ce chien hybride. Doucement je m’avançais vers le carré de lumière qui inondait l’espace devant la résidence, mes pieds s’arrêtant à la limite de l’ombre, tandis que j’observais les alentours. Jacob s’était redressé de son trône, préoccupé par ce que je comptais faire. Le coin était tranquille, les étudiants étaient parqués dans leur chambre, laissant le campus dépeuplé. Je sortis une de mes mains de la poche de ma veste et la dirigeai vers la partie ensoleillée. Devant un tel phénomène, Jacob était resté sans voix, les yeux écarquillés, même son cerveau avait cessé de fonctionner. Je faisais tournoyer ma main au soleil, qui resplendissait de mille feux, réussissant même à éblouir Jacob qui dû plisser les yeux à plusieurs reprises.

 _ Déçu ? Tu aurais préféré me voir réduit en cendres, brûler à petit feu ? Je partis dans un éclat de rire. Jacob se rassit sur son siège déçu.

Je tournai les talons, direction plein nord, j’étais devenu friand de caribous !

Les forêts canadiennes offraient un spectacle indescriptible, regorgeant de petits ruisseaux dont les flots tantôt rapides, tantôt tranquilles, venaient rompre la quiétude des lieux. Ma course folle m’avait menée jusqu’à un lac immense, bordait de sapins et de rochers proéminents. La surface de l’eau ressemblait à une nappe noire parfaitement tirée de chaque côté, sans aucun pli. Le temps semblait s’être arrêté, et je perdis moi aussi le fil du temps à contempler ce tableau pittoresque.

Soudain, je perçus timidement un bruit de pas en contre-bas du lac, ou plutôt un piétinement distinct. Orientant mes sens vers ses bruissements, je distinguais quatre sons de pas qui foulaient le sol terreux des sous-bois, ainsi qu’une odeur musquée qui me parvint instantanément. Je m’arrachai à la contemplation des lieux puisque le repas était prêt, enfin plus ou moins servit…

Cette partie de chasse m’éclaircit les idées quant à la suite des évènements à suivre. Je redoutais de me tenir près d’Orline, depuis notre rapprochement inopiné nous ne nous étions pas croisés, en même temps l’incident ne datait que de la veille, et je craignais les conséquences de mes actes. Je n’avais pas eu l’occasion de revoir aucun de mes frères et sœurs, et je devais bien me l’avouer, la réaction de Rosalie m’intimidait, car elle n’aurait pas tort. Néanmoins, la situation étant ce qu’elle était, il fallait que je me fasse violence, que je stoppe les relents de la culpabilité qui ne cessaient de me hanter pour affronter les miens, leur rancœur, leur mal à l’aise ou leur incompréhension totale. L’urgence ne concernait pas ma personne, mais la sécurité de plusieurs milliers d’étudiants et de celle qui… que j’aimais. Et puis, Alice me devait quelques explications sur ses visions, plus précisément sur ce qu’elle n’avait pu prévoir : le meurtre de ce jeune étudiant.

Redescendant vers le sud-est, je ne perdis plus aucun instant, certes j’avais profité de cette chasse solitaire qui dura plus longtemps que prévu, alors que d’autres problèmes attendaient d’être réglés, mais cette pause ou plutôt ce tête-à-tête avec moi-même m’avait été bénéfique. Je détalais sans faire attention à la flore qui m’enveloppait, courir était pour moi comme une seconde nature, quelque chose que l’on fait sans s’en rendre compte, comme respirer par exemple pour les humains. Durant mon trajet, je mis de l’ordre dans mon esprit et agençais les idées importantes à évoquer pendant notre discussion. Bientôt, les formes du modeste chalet se dessinèrent entre les troncs des différents conifères qui parsemaient l’étendue du bois. Je ne ralentis pas mon allure pour autant, et dans un bond je m’agrippai à la première branche d’un sapin, m’élançant droit vers une autre, jusqu’à me réceptionner sur le balcon de la demeure. Emmett, qui m’avait entendu de loin, anticipa ma chute et m’ouvrit la baie vitrée en grand pour me laisser entrer dans le séjour. 

Belle réception frangin ! _

_ Quelle synchronisation ! Dis-je à son attention.

A peine relevé, une petite chose blanche (peau) et noire (cheveux) s’agita vigoureusement sous mon nez, en proie à une furie impressionnante. Finalement je révisais mes jugements, ses visions fonctionnaient correctement !

_ Pour ta gouverne Edward, je tiens à te signaler que je n’ai pas cessé de surveiller Victoria et Bella durant toute une année entière ! Le meurtre de la nuit dernière ne peut être imputé à cette sauvage, qui se trouvait, comme à son habitude depuis son arrivée, dans cet endroit sombre. Je stoppai son verbiage en lui plaquant ma main sur sa bouche, et en instant je fus reconnaissant du silence salvateur qui emplit la pièce. Malheureusement, si sa voix stridente ne se répercutait plus contre chacun des quatre murs nous entourant, elle continua à gesticuler tel un oiseau pris au piège cherchant à s’échapper. Puis réorganisant le fil de mes pensées je lui répondis dans un sourire :

_ Je suis heureux de constater que vos talents ne se sont en rien amenuisés chère sœur.

_ Comment peux-tu en douter un seul instant ! D’ailleurs, comment aurai-je pu les ignorer tant tu fulmines contre moi depuis ce matin. Et réjouis-toi, de n’entendre ses reproches que maintenant, ne souhaitant pas perturber ton moment d’intimité avec Bella ! Je l’ai fais plus pour elle que pour toi… La fin de sa phrase n’était plus qu’un simple murmure destinée pour elle-même. Au fur et à mesure que sa colère se délayait, elle se penchait de plus en plus vers moi, les bras fixaient sur ses hanches, et le regard acerbe.

Son allusion à mon moment d’intimité me fit légèrement rougir. Puis, le bruit de plusieurs pensées me firent tourner la tête instinctivement, et croisai une paire d’yeux qui avait perdu tout éclat.

Comment ai-je pu croire qu’il serait à moi. Non ne me regarde pas de cette façon… Je me déteste.

Orline se tenait non loin de moi, assistant à cette scène et à ses révélations. Je sentis une vague de chaleur se former doucement dans mon bas ventre, puis elle se détourna de moi et quitta la pièce dans laquelle, je m’aperçus à cet instant, ma famille était rassemblée. En effet, sous le courroux d’Alice qui m’avait pour ainsi dire rendu aveugle, tant par sa réaction que par ses propos, je pu constater que Jasper se tenait tout près d’elle la retenant d’un bras, et que Rosalie et Emmett étaient assis l’un sur l’autre dans un fauteuil contemplant le spectacle sans y prendre part, l’une figée dans une expression peu avenante, l’autre hilare comme à son habitude.

Une seule femme ne lui suffit plus apparemment. Quel Don Juan !

_ Emmett ce n’est pas le moment !

Abruti congénital ! Au moins je savais toujours à quoi m’en tenir avec Rosalie.

Tandis qu’Orline refermait doucement la porte sur elle, je me sentis soulagé, la boule qui s’était formé au creux de mon ventre avait disparue. Au moins, je n’aurai pas à subir l’assaut de son regard dévastateur quant à la teneur de mes propos, même si elle pouvait les entendre où qu’elle se trouve. Mon comportement m’affligea autant que Rosalie, toutefois elle n’était pas un souci d’ordre premier, mais je me promis intérieurement de régler celui-ci aussi.

Jasper attira Alice à lui, la faisant rebondir contre lui avant de l’entourer de ses bras puissants. Elle se retourna, dos à moi, et posa sa tête sur son torse de pierre. Malgré le calme environnant et mon silence, Jasper comprit que mon impassibilité n’était qu’apparent et que mon irritation me brûlait, me consumait sur place.

_ Elle n’a pas cessé une minute de se concentrer autant que possible, sur la sécurité de Bella, et sur les plans de Victoria. La voix de Jasper, calme et posée, était bizarrement contagieuse, je sus alors qu’il usait de son don pour m’apaiser.

_ Depuis notre arrivée à Hanover, je ne perçois que très difficilement ses projets. C’est comme si elle s’était bandée les yeux et bouchée ses oreilles, elle reste dans le noir totale. Et puis aucune décision n’est clairement exposée, elle pourrait chanter l’hymne national en boucle que je ne verrais pas la différence. Le seul élément que je vois formellement est sa conviction à tenir enfin sa vengeance ! Alice était moins brutale que l’instant d’avant, elle semblait réellement frustrée par le fait qu’elle sentait qu’elle avait échoué, et la sensation d’inutilité la submergeait.

_ Dans ce cas, cela ne signifie qu’une chose : la menace vient d’ailleurs ! Quatre paires d’yeux furent braquées sur moi, attendant la suite. Excusez-moi de l’accuser sans détour et sans preuve, mais qui a passé la nuit avec Orline hier soir ? Je n’affectionnais pas particulièrement jouer les pessimistes de service, mais c’était une possibilité à envisager. Rosalie attira mon regard à elle, puisqu’elle levait la main, je lui fis signe de dire aux autres ce que j’avais lu dans sa tête.

_ Je ne l’ai pas lâché d’une semelle ! Depuis ton… Rejet jusqu’à maintenant, nous avons passé une bonne partie de la nuit à chasser. Bizarrement, il semblerait qu’elle se soit vidée d’une quantité de sang, sa voix était moqueuse et railleuse, et ses pensées m’exaspérèrent, mais je jugeai plus raisonnable de ne pas y porter attention outre mesure.

_ Parfait ! Il ne reste plus qu’à chercher le coupable… si Victoria c’était fait un nouvel allié, il aurait forcément transpiré dans tes pensées, et n’aurait pu échapper à ta vigilance, à moins que… que l’une de mes question de la veille est retenue toute ta concentration ? Je faisais sous-entendu à celle concernant le devenir de Bella, et face à sa mine dépitée je compris que j’avais visé juste.

_ Alice tu es incorrigible ! Bon sang !

_ Quoi ? Dois-je te rappeler que je tiens aussi à elle, et que son avenir m’importe, surtout quand la vois finir veille et mortelle ! Elle s’était libéré de l’étreinte de Jasper, pour se jeter de nouveau sur moi telle une lionne. Nonobstant, mon esprit n’était pas complètement verrouillé je te le jure !

Alice disait vrai, comme je pus le voir dans son cerveau. Un bref instant, je me hasardai à lire la totalité de ses visions mais au dernier moment je stoppai mon élan inquisiteur. Sa déclaration de la veille avait déjà ravagé les derniers espoirs qui siégeaient encore dans mon cœur, une autre révélation m’aurait anéanti alors que la situation réclamait toute ma clairvoyance. Du coup, je me détournais de cette source de tentation, pour me planter dans le regard de Jasper, attendant qu’il ait la réponse à la solution.

Dans une autre vie, Jasper avait été un fin stratège réussissant, grâce à sa force charismatique, à enrôler les troupes pour les mener au combat. Ses exploits militaires ne tardèrent pas à éclabousser ses supérieurs qui le firent gravir les échelons plus vite que ne le prévoyait le code. A dix-huit ans à peine, il était devenu une vraie légende vivante, il n’était que courage, ténacité, force et génie. Malheureusement, alors qu’il organisait l’évacuation d’une ville, son chemin croisa celui de trois femmes, à la fois ravissantes et énigmatiques, des vampires attirés par l’aura charismatique de ce jeune commandant. Dans une précipitation qu’il ne perçut pas, Jasper fut attaqué par ces femmes, dont l’une d’entre elle s’occupa personnellement de sa transformation. Très vite, ses connaissances militaires le distinguèrent des autres néophytes placés sous le commandement des trois femmes, et c’est ainsi qu’il intégra la tête pensante du groupe. Il entreprit de nombreuses guerres vampiriques dans le but d’amasser le plus de territoires surpeuplés d’humains, d’une source d’approvisionnement intarissable. S’ensuivit une longue période où il tenta de mettre fin à ses jours, les combats ne cessaient jamais, tuant autant d’humains que possible pour venir grossir les rangs des armées, des néophytes pris dans un engrenage sanglant qui ne tardèrent pas à périr pour de bon. Lassé de cette existence, il prit la fuite avant de rencontre Alice. Aujourd’hui encore, malgré les siècles qui s’étaient écoulés depuis sa renaissance, Jasper incarnait toujours le rôle de dirigeant des opérations jugées périlleuses, ses conseils avisés étant toujours nécessaires.

_ Victoria, a elle seule, ne peut prétendre mettre en péril un clan tel que le notre, aussi nombreux et aussi puissant grâce à nos dons, et elle en est parfaitement consciente. Personnellement, si j’étais à sa place, conscient de vos talents de télépathe et d’extralucide, je ferai en sorte de faire appel à une tierce personne, tout en sachant pertinemment que votre attention serait portée sur moi. Histoire de faire diversion, nous apprit-il simplement sans détour.

_ Le raisonnement se tient, d’autant que je ne suis braquée que sur elle, tout ce qui gravite à l’extrémité de mon cerveau est repoussé inconsciemment, elle semblait à la fois éreintée et frustrée.

_ Écoute Alice, à partir de maintenant je veux que tu restes concentrer sur Victoria et que tu tentes d’élargir ton observation à tous ce qui peux rôder sur le campus. Sois-y sensible surtout. Quant-à moi, je me charge de garder un œil vigilant sur Bella personnellement. Cette me décision allait me permette deux choses : d’une part je pouvais désormais justifier ma présence à ses côtés, et d’autre part elle m’éviterait de croiser les yeux compatissants d’Alice concernant l’avenir peu enjoué qui m’attendait.

En repensant à notre échange, mon esprit revint sur un détail qu’il avait sagement mis de côté tout à l’heure, et maintenant il me le rappelait à mon bon souvenir.

_ Alice ? L’intéressée baissa automatiquement les yeux tout en se pelotonnant à Jasper. Peux-tu m’expliquer ce que tu faisais à Forks ? Ses épaules se voutèrent.

_ Désolée, je t’ai menti…Je n’ai pas réussi à rester loin d’elle très longtemps. En fait, je me suis rendue plusieurs fois à Forks, pour veiller sur elle mais de loin. Je n’ai pas eu le courage de lui dévoiler ma présence, ayant peur de lui causer plus de mal que de bien.

Les images de ses escapades à Forks défilèrent dans sa tête, en me glaçant d’effroi. Je pouvais apercevoir une Bella terne, apathique, presque sans vie, traversant le lycée sans prêter attention aux gens qui l’entouraient. Qu’avais-je fais ? Je ressentis très sensiblement mon cœur se fissurer, il saignait abondamment. Le seul responsable de son malheur n’était autre que moi-même, je m’étais débrouillé comme un chef pour saper notre bonheur ! A cet instant, je m’en voulu de ne pas avoir répondu positivement à ses exigences sur sa transformation, alors que j’avais bataillé fermement pour l’en dissuader et faire reculer la décision. Aujourd’hui, je me détestai pour avoir joué la carte de l’opposition.

_ Je suis désolée… Laissant sa phrase en suspens, elle fut envahit par une vision : moi ravagé par le chagrin, face à ma solitude et reculé du monde. J’appris que je ne resterai pas auprès de ma famille, de ses trois couples vivant un bonheur parfait ; je me sentirai de trop dans ce cadre idyllique et m’enfuirai à jamais sans me retourner.

Finalement, la réunion entre Cullen tourna court devant mon abattement suite aux révélations d’Alice. Heureusement, Jasper s’occupa de la suite des opérations, organisant une chasse aux vampires durant la nuit à travers tout le campus aidé par Emmett et Rose. Alice devait rester ici, méditer ses visions aidée par Orline, dont il était inconcevable de la laisser en pleine nature entourée de milliers d’étudiants. Quant à moi, il exigeait une surveillance pointilleuse sur Bella, rien ne devrait m’échapper quitte à passer la nuit dans sa chambre (proposition tentante à plusieurs niveaux).

J’eus le droit à ce que je détestais au plus haut point : leurs yeux compatissants se posèrent sur moi (excepté celui de Rose bien entendu), ce qui n’allait pas tarder à me rendre dingue ! Je me retirai après avoir remerciais sincèrement Jasper de me relayer. Je montais l’escalier pour me rendre dans le petit boudoir qui jouxtait ma chambre. J’appréciais cette pièce petite aux murs orangés et chauds, avec son canapé confortable, le tout enveloppait dans une odeur de vieux brandy. Mon havre de paix pour un temps, et puis je pourrais réfléchir sans être dérangé par des regards remplient de pitié ou de rage. Malheureusement, quelqu’un m’avait déjà devancé : Orline s’y trouvait. Rebroussant chemin, je me dirigeai vers une autre pièce quand sa voix me pria d’entrer. Le moment fatidique avait sonné, et comme je me l’étais promis quelques minutes plutôt, je lui devais des explications. Je me plantai face à la porte et avant même d’enclencher la poignée, je scannai rapidement ses pensées comme pour prendre la température à l’intérieur, elle semblait paisible, mélancolique mais chaleureuse. J’entrai dans la pièce sans toquer puisque j’avais été convié à entrer.

Orline était assise sur le canapé sous la fenêtre, les quelques lueurs du soleil venaient se répercuter contre les murs, inondant la pièce d’une lueur orangée. Elle avait replié ses longues jambes sous elle, le regard perdu dans la contemplation du vide. Dans cette position décontractée, ses cheveux, qui retombaient de chaque côté de son visage en cœur, étaient d’une clarté impressionnante, virant presque au blanc. Puis, ses yeux pétillants se posèrent sur moi tels deux joyaux. La chaleur irradia de nouveau mon corps, du bas de mon ventre remontant jusqu’à mes épaules, me faisant frissonner d’émoi et d’une passion dévorante.

Que m’arrivait-il ? Pourquoi ma conscience me faisait faux bond à chaque fois qu’elle posait les yeux sur moi ?

Mon corps était parcouru par une excitation intense au fur et à mesure que ses yeux devenaient plus perçants et plus inquisiteurs. Tout en elle me déstabilisait, me remplissait d’une émotion vive alors qu’elle ne bougeait pas d’un pouce, seul son regard erratique semblait animer cette statue d’albâtre au visage d’ange. Je forçais les limites de ma volonté pour tenter de m’arracher à ces prunelles incandescentes, mais mon cerveau ne répondait plus à mes signaux d’alerte, même mon corps, immobilisé, restait stoïque devant la contemplation de ses iris flamboyantes. J’étais perdu, mon corps offert à ses moindres désirs, répondant à ses ordres lancés mentalement.

Son esprit était en pleine confusion, ou plutôt dédoublé ! D’un côté, je pouvais y ressentir de l’affolement, alors qu’une autre partie était curieuse, consciente de l’attraction qu’elle exerçait sur moi, elle souhaitait pousser plus loin le phénomène qu’elle ne maîtrisait pas outre mesure. Renvoyant sa culpabilité et sa panique dans les limbes de son cerveau, Orline pencha son corps en avant, se retenant à l’assise du fauteuil, ses yeux ne ressemblaient plus qu’à des fentes minuscules d’où scintillait une lueur verte bleutée.

Sa manière de m’observer était plus profonde, scrutant le moindre reflet de mes yeux, allant même au-delà. Dans un effort titanesque, je réussis à soulever mon pied de quelques centimètres du sol pour tenter de reculer, mais elle s’en aperçut tout de suite, et ses iris se mirent à rougir, je m’écroulais sur le sol, immobile mais conscient.

_ EDWARD ! Mon dieu qu’ai-je fais ? Je sentis ses doigts sur ma joue, ainsi que de petites secousses.

_ C’est bon Line, je ne suis pas mort ! Je me redressai vivement sans oser la regarder. Une chance que ma chute m’ait libéré de l’emprise de son regard devenu diabolique. Orline était restée prosternée à l’endroit où je me trouvais il y a encore une seconde. J’hasardai un bref regard à mes pieds, très furtivement. Puis, ils revinrent se poser sur cette petite chose secouée de spasmes et de soubresauts, la tête enfouie dans ses mains. M’agenouillant de nouveau, je me mis juste derrière elle, posture qui m’empêchait de croiser son regard.

_ Chut… Calme-toi… Je crois comprendre ce qui t’arrive. Je posai ma main sur son épaule, vaine tentative timide pour la consoler. Effectivement, à l’instant où ni ma tête, ni mon corps ne répondaient à ma volonté, j’avais compris la puissance du talent d’Orline.

_ Tu es au courant de ce dont Alice, Jasper et moi-même sommes capables de faire via notre esprit ? Elle hocha la tête sans se retourner. Et bien, tu bénéficies toi aussi d’un don particulier. Carlisle pense que nos dons sont le reflet de notre vie d’avant. Par exemple, Alice devait sûrement faire preuve d’une intuition impressionnante, Jasper était très charismatique, et pour moi, il semblerait que j’étais quelqu’un de sensible par rapport aux gens qui m’entouraient. Bref, ton don est révélateur de ce que tu as été.

_ Ce que j’ai été… j’ai l’impression de ne plus exister !

_ C’est aussi vrai que faux, tu n’es plus humaine aujourd’hui, plus rien ne te rattache à cette condition. Mais je puis t’assurer que tu finiras par apprécier ton nouveau statut. Orline ? Elle redressa légèrement la tête mais sans planter ses yeux dans les miens. Et si tu me racontais quelle jeune fille tu étais dans ton ancienne vie ? Je me montrais chaleureux et bienveillant envers elle. L’histoire sur sa précédente existence me serait très utile, car cela me permettrait de comprendre son talent, et aussi pour qu’elle fasse le deuil de cette vie.

Après un bref instant durant lequel ni elle, ni moi, échangeâmes la moindre parole, elle sauta soudainement sur ses pieds et s’assit sur le canapé. Toujours assis sur le plancher, je me plaçai juste en dessous d’elle, le dos tourné, pour éviter son regard et pour que son récit ne soit perturbé par quelconque expression de mon visage.

_ J’étais une fille banale, extrêmement jolie il faut l’admettre mais totalement ordinaire. Mon principal défaut était d’être un véritable cœur d’artichaut, je tombais amoureuse tous les jours, mais le coup de foudre ne s’éternisait jamais ! Je voulais y croire mais à chaque fois, je ne récoltais que des nazes !

_ Pourquoi forcer le destin ?

_ Parce que l’importance que l’on me portait me rendait vivante. J’avais l’impression d’être nécessaire à quelqu’un. Mais les garçons en me voyant ne pensaient qu’à une seule chose : me mettre dans leur lit. Bêtement j’acceptais à chaque fois, au moins ils m’aimaient même durant un laps de temps.

_ Ce n’est pas seulement ça l’amour tu sais ?

_ Oui je sais ! Sa réponse fut violente. Mais je n’allais pas attendre indéfiniment l’homme parfait. Tout ce que je souhaitais c’était que l’on m’aime pour ce que j’étais, pas seulement pour ma plastique. A croire que je suis une fille inintéressante ! Le stéréotype même de la blonde écervelée et une Marie couche-toi là !

Je ne prêtai qu’une fine oreille à ses propos clairement exprimés car ce qu’elle cachait au fond d’elle m’interpellai au plus haut point. Je ressentis énormément de peine et de chagrin face à cette enfance douloureuse et malmenée. Je m’en voulais d’être rentré dans cette partie de ses souvenirs traumatisants pour une petite fille de 10 ans. Pourtant, je n’arrivai pas à m’en dépêtrer, j’étais à la fois curieux et coupable.

Je voulais juste que l’on m’aime, alors je faisais tout ce qu’ils voulaient…

Elle avait vécu à Détroit dans l’État du Michigan, une ville portuaire située dans le nord des États-Unis, près des grands lacs. A l’époque, son père travaillait encore dans l’une des nombreuses industries du secteur automobile, chez Generals Motors, tandis que sa mère faisait un peu de ménage dans d’autres maisons pour boucler les fins de mois difficiles. Malgré les problèmes récurrents liés au manque d’argent, la famille restait soudée, et Orline dès son jeune âge comprit parfaitement la situation financière de ses parents et s’en accoutuma. De toute façon, elle savait s’y prendre pour se faire offrir glace ou friandise par quelques badauds qui croisaient son chemin. Sa bouche en cœur et ses cheveux blonds bouclés attendrissaient toujours les mamans ou grand-mères de son quartier. La vie dans son quartier n’était pas toujours rose, mais il y régnait cependant une grande solidarité et fraternité.

Puis les années 90 pointèrent leur nez avec leurs lots quotidiens d’évènements pénibles, mais le pire de tout arriva vers la fin de cette période, au moment où les grandes industries automobiles, qui faisait la richesse de Détroit, commencèrent à suffoquer et donc à licencier… Le père d’Orline fut congédié et sa mère ne trouva plus aussi facilement des tâches ménagères à effectuer contre quelques billets. Le couple commença à s’endetter dangereusement. Orline effectuait tous les petits boulots qui se présentaient à elle, du babysitting le soir, à la livraison du journal les week-ends. Malheureusement, ces maigres revenus ne suffisaient pas à faire vivre sa famille, ce n’était qu’un pis-aller tout au plus. Suivit les premières lettres d’expulsion pour les loyers non payés, son père venda leurs mobiliers qui ne leur était pas nécessaire allant même jusqu’à manger à même le sol.

Tout le quartier souffrait du même mal, personne ne pouvait plus soutenir personne. Les voisins déménagèrent avec un simple baluchon posait sur l’épaule, jusqu’à ce qu’il en soit de même pour Orline et ses parents. Ils atterrirent dans un misérable foyer pour les personnes sans domicile et se fut le début de la fin. Son père, affligé de ne pouvoir offrir mieux à sa femme et à sa fille, tomba dans le cercle sans fin de l’alcool, quant à sa mère elle ne parlait plus, ne s’occupant plus ni de sa fille ni d’elle-même. Un soir, le calvaire d’Orline bascula à jamais dans l’obscurité.

Après avoir passé la journée à dilapider leurs maigres économies dans l’achat d’une bouteille de whisky, son père rentra émécher dans le vulgaire deux pièces que le foyer leur avait trouvé en attendant. En attendant quoi, se demandait Orline. En attendant que mon père arrête de passer ses journées à se saouler, en attendant qu’il trouve du travail, en attendant que ma mère sorte de sa léthargie, en attente de quoi ? Son père s’énerva tout seul, comme à son habitude, pestant sur les politiques et les patrons insensibles à son malheur, avant de recracher sa bile sur ma mère qui ne le soutenait pas.

La scène suivante avait été complètement effacée du cerveau d’Orline… le subconscient est d’une ingéniosité incroyable, gommant tout évènement pénible, comme pour se protéger. Néanmoins, je savais plus ou moins ce qu’il s’était passé ce soir là, grâce aux images suivantes : l’enterrement de ses deux parents et ses années à l’orphelinat de Lansing.

J’étais remplis de chagrin et d’émotions vives envers cette petite fille qui avait dû batailler ferme durant ses années de pensionnat, qui avait réussit à garder la tête haute et à obtenir une bourse dans l’une des plus prestigieuses universités américaines.

Une petite fille qui avait bien grandi et qui cherchait de la chaleur humaine, un peu de réconfort pour cette orpheline ; le rêve d’une vie meilleure. Malgré cet incident, elle voulait croire qu’un jour le bonheur lui sourirait, que quelqu’un lui porterait enfin une attention toute particulière. Malheureusement, plus le temps passait, plus elle s’accommodait de peu…

_ L’amour n’est refusé à personne tant que l’on y croit, alors ne perd pas espoir.

_ Le problème est d’y croire.

_ Laisse-toi simplement porté, et sans que tu t’y attendes, ton cœur chavirera. L’éternité est devant toi, alors tu as le temps d’apprivoiser, mais sans te servir de ton don ! On ne doit pas tricher en amour…

_ Mon don ? Quel est-il alors, tu as trouvé une réponse ?

_ Oui je pense avoir plus ou moins mis le doigt dessus. Tu ne cessais d’attirer la convoitise et l’envie des hommes, alors maintenant tu réussis même à les dominer, à les soumettre à ta volonté d’un simple regard.

_ En quelque sorte je peux les hypnotiser ?

_ Oui on peut l’envisager de cette façon, mais cela ne reste qu’une supposition. Carlisle, mon père, aura peut-être des mots plus clairs que les miens.

Un silence s’installa entre nous deux, je me sentais maladroit, ne sachant pas quel mot employé pour la rassurer, ni même quel geste.

_ Excuse-moi… pour hier… et aussi pour aujourd’hui. J’espère que ça n’altèrera pas nos liens amicaux ? Je lui répondis négativement, après tout il était bien difficile de maîtriser un don quand vous n’avez que quelques jours. J’espère vraiment n’avoir rien compromis avec… Bella ?

_ Ne t’inquiète pas, il n’y a rien à compromettre de toute façon ? J’ai tourné le dos à l’amour pour sa survie. Elle resta un moment à méditer ma réponse avant de me lancer :

_ Mais pourquoi…

La voix d’Alice interrompit notre conversation, la voix paniquée d’Alice…

_ EDWARD !            

En un instant je fus aux côtés de ma sœur, son visage tordu sous la panique. Tandis que je m’insérai dans son esprit pour y lire ce qui l’angoissait, mon sang ne fit qu’un tour.

_ NON ! Bella…       

Je m’élançai droit vers la première sortie qui s’offrait à moi venant exploser la baie vitrée. Les morceaux de verres n’étaient pas encore retombés sur le sol que je disparaissais.

 

Par Néo - Publié dans : fiction - Communauté : fictions crépusculaires
Lundi 27 avril 2009 1 27 /04 /Avr /2009 20:12

Ecrire un commentaire - Voir les 21 commentaires

Angoisses

 Le ciel était d’un noir d’encre ce soir-là…

Telle une voute qui obscurcissait tout, et où rien ne venait éclairer ce ciel lugubre, même les pâles lueurs du croissant de lune ne réussissaient pas à donner un peu de clarté.

La tête tournait vers le défilement accéléré des nuages, mon cerveau repassait en boucle la scène du matin ; la découverte de ce corps disloqué, sans vie, gisant dans une mare d’eau, sa nudité offert à tous les badauds. Comment ces espèces privées de toute humanité pouvaient-elles cohabiter dans cet univers ? A côté de si délicates et charmantes personnes, qui au moindre sourire, à la moindre œillade venant d’elle me faisait chavirer ? Et de quel droit, moi représentant de ces créatures nocturnes sorties tout droit d’un livre de science-fiction, me l’appropriai-je ?

Les yeux pétillants de Lily se posèrent sur ma conscience, telle une pommade venant pansée mes plaies internes, balayant mes pensées noires et funestes. Voilà à quoi devait servir mon instinct de prédateur, mes capacités hors normes : à la protéger ! Sa vie avait basculé au moment où nos yeux s’étaient croisés, sa vie dont le cours si tranquille avait perdu tout équilibre, et il était de mon devoir de lui rendre l’existence plus facile, et de lui offrir un carcan de protection.

Le meurtre n’avait pas été commis par l’un des miens, toutefois ni lycans, ni vampires ne devraient partager le monde de personnes si fragiles. Je ne devrais pas exister, du moins pas sous cette apparence, pas avec tout ce que cela engendrait comme conséquence. Si le phénomène de l’imprégnation ne régissait pas nos vies, Lily m’aurait-elle aimée avec la même ardeur, aurait-elle-même posée un regard sur moi ? L’imprégnation ne nous laissait guère le choix, enrôlés dans une passion enivrante et dévorante, altérant tout sens du pragmatisme et du bon sens. Si mes gènes ne s’étaient pas autant développés je n’aurai pas l’allure dont je prétendais aujourd’hui, ni la carrure, ni la force et encore moins la maturité.

Un mal pour un bien, c’est ce que l’on dit… Mais à quoi mesure-t-on l’importance du mal par rapport au bien prodigué ? Si dans les jours à venir Lily venait à être blessée ou pire ; le peu de bonheur que je lui aurais offert durant ses quelques jours, serait-il plus important que sa mort elle-même ? Mais comment la protéger… de moi-même, des menaces qui m’assaillaient de toutes parts ? Alors que ce combat n’était pas le mien ! Je n’étais pas censé me trouver ici, nous étions les « Protecteurs » de notre peuple seulement ! L’heure du choix aurait-elle sonné son glas ?

Entre celle que j’aimais d’un amour sans limite, et celle qui… qui représentait aussi une autre moitié de moi-même. Lily ou Bella ?

Alors que je me perdais dans ce choix cornélien, soudain le vent se mit à mugir violemment, embarquant dans sa danse endiablée feuilles mortes et détritus en tout genre, m’obscurcissant la vue une seconde. Les nuages épaissirent rapidement, cachant définitivement le halo du croissant de lune. Les lampadaires venant de la petite allée bétonnée exhibaient une lumière timide mais qui se fit sentir dans l’obscurité étouffante. Les rafales tourbillonnaient autour de moi, m’emprisonnant dans un tourbillon déchaîné. Le temps était au diapason de mon humeur, comme pour me forcer à prendre une décision, à me pousser vers la sortie.

J’entendis bien avant de les voir, deux étudiantes qui titubaient sur l’allée, leurs talons aiguilles répercutaient leurs inlassables claquements sur le bitume. Elles rigolaient doucement de plaisanteries échangées en douce, qui ne firent rire qu’elles, n’ayant pas le taux d’alcool nécessaire dans le sang pour les comprendre à leur juste valeur semble-t-il. Agrippées l’une à l’autre par le bras, elles chancelaient avec difficulté pour regagner leur chambre.

Elles passèrent devant moi sans m’apercevoir, l’alcool a tendance à brouiller nos sens, et puis j’étais isolé dans mon obscurité ambiante, invisible pour un œil d’humain. Je me distrayais un instant de leur spectacle, telles deux petits clowns proposant un intermède futile à mes pensées tourmentées. Elles étaient si petites et si fines que l’on aurait pu les prendre pour des collégiennes, une soudaine envie de les accompagner jusqu’à la porte de leur résidence me traversa la tête, que je repoussai aussitôt. Outre le fait qu’elles auraient été effrayées de me voir surgir des bois, je ne voulais quitter sous aucun prétexte mon poste de surveillance. De toute façon, mon inquiétude cessa rapidement quand les jeunes filles obliquèrent vers la résidence sur laquelle je gardais un œil avertit. Alors elles partageaient elles aussi la même maison que Lily et Bella, néanmoins dans leur état d’ivresse avancé je ne donnais pas cher de leur peau quant au chien de garde. Hortensia allait se réveiller au moindre rire étouffé et aux grincements de l’escalier principal.

Les trois marches qui menaient au porche furent une véritable épreuve de force pour nos ivrognes, mais elles se débrouillèrent bien mieux pour refermer la porte en silence. Je m’attendais à voir la lumière de la chambre d’Hortensia s’allumer et anticipai même sa réaction dans ma tête. Mais aucun éclairage ne vint filtrer à travers les rideaux de la gardienne, d’ailleurs ni dans aucune fenêtre du premier étage non plus, à moins que leur chambre ne donne sur la façade arrière. Après cinq bonnes minutes à guetter le moindre signe de remue-ménage je dus reconnaître qu’elles avaient parfaitement réussies leur mission périlleuse.

Alors que ma distraction de la soirée devait déjà être en train de cuver tout l’alcool qui se répandait dans leur corps, mes idées noires s’emparèrent à nouveau de mon attention. Je tentai vainement de trouver un fil conducteur cohérent dans le flot de possibilités qui s’étalaient derrière mes yeux : la fuite, l’attaque, la bataille, le camouflage… Mon cerveau imaginait déjà une série de scènes alors que je ne savais toujours pas de quoi il en retournait. Depuis le départ d’Edward, je n’avais toujours pas revu la moindre trace d’un buveur de sang aux alentours, ce qui ne laissait présager rien de positif. S’ils mettaient autant de temps à déchiffrer les attaques de l’autre folle furieuse, cela signifiait que la campagne se révélait ardue. N’empêche à moins que…

_ JAKKKKKKEEEEEEE !

Ce cri angoissé me perça les tympans en même temps qu’il me foudroya sur le coup. Mais sans réfléchir outre mesure, ni prendre le temps d’observer les alentours, je me lançais sur la façade de la maison ; et en un temps inhumain je m’emparai vivement de Lily, qui se trouvait à la fenêtre de sa chambre. Son visage était défiguré par l’angoisse et des larmes coulaient à torrents.

_ BELLA ! Me retournant sur moi-même je constatai qu’elle ne se trouvait pas dans la pièce, les draps de son lit encore froissés étaient vides de sa présence.

_ Oh non, non, non, pas ça !

Par Néo - Publié dans : fiction - Communauté : fictions crépusculaires
Jeudi 7 mai 2009 4 07 /05 /Mai /2009 00:11

Ecrire un commentaire - Voir les 13 commentaires

overblog

Recommander

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés