Je pouvais presque me représenter son visage tordu sous la colère, j’entendais distinctement
ses avertissements et mises en garde contre mon projet démentiel et stupide. Sa colère me parvenait clairement, tant ses intonations virulentes que suppliantes. Un délice extrême pour moi qui ne
pouvait le faire revivre autrement. Dans ses rares instants, aussi stupides que téméraires, je le sentais de nouveau près de moi, il était enfin à mes côtés, et rien qu’à moi. Un flot de
souvenirs m’inonda, je le percevais, retrouver l’éclat de ses yeux qui me foudroyaient, sa mâchoire qui se crispait sous l’impulsion de sa fureur, ses pommettes saillantes qui
tressaillaient à chaque mot prononcé.
« Crie-moi dessus autant qu’il te plaira, ça m’est bien égal du
moment que je peux t’entendre je serai prête à tout ! » murmurais-je pour moi-même.
Le vent qui soufflait plus violemment que l’instant d’avant, m’emmêlait les cheveux qui me
fouettaient le visage. Je pouvais même sentir l’écume de la mer en-dessous de mes pieds. Quelques cailloux tombèrent dans le vide vertigineux au moment où mes pieds se rapprochaient
dangereusement du précipice. Après tout, Jake m’avait promis que l’on sauterait un jour de cette falaise, cela devait être sans risque, et puis je ne sautais pas d’aussi haut que ses amis
cinglés. Du coup, je restais persuadée que je n’en mourais pas, je sortirai sans doute transie par le froid mais avec la joie de l’entendre.
J’écartai mes bras perpendiculairement à mon corps, prête à me laisser glisser le long de la
falaise. J’hasardai tout de même un regard en contrebas où les vagues venaient se fracasser contre la paroi rocheuse du promontoire sur lequel je me trouvais, à plus de quarante mètres de
hauteur. Malgré mon angoisse qui faisait palpiter mon cœur, je ne voulais pas renoncer à mon saut de l’ange. Cela faisait des semaines que je n’avais pas pu entendre sa voix et je ne
tenais plus en place.
« BELLA ! Souviens-toi de ta promesse ! »
A ce moment là, sa voix se fit plus ferme et dure, le plaisir s’infiltra dans tout mon corps
et parvenait même à panser le trou béant de mon cœur. Au diable ma promesse ! Avait-il tenu la sienne, celle de rester auprès de moi tant que c’était ce que je désirais ? Non !
Alors peut m’importer de revenir sur la mienne, nous étions quitte à présent.
Je fis quelques pas de plus pour que mes pieds soient au plus près du gouffre, et m’inclinai
vers la masse bleue marine en dessous de moi. Le ténor se mit à gémir et hurler en même temps, me priant de ne pas sauter, alors se fut avec le sourire que mes pieds quittèrent le sol.
« Aussi stupide et téméraire que je le peux ! » sur ce mon corps se pencha
dangereusement…
Tout d’un coup, et même plus tôt que je l’aurais imaginé, je me sentie propulser sur le côté
certainement à cause de la puissance du vent, et je percutai avec force un revêtement ferme. Bizarrement, je ne sentie pas la morsure du froid m’assaillir, ni l’eau m’envelopper. Bien au
contraire, j’avais l’impression d’être enfermée dans une camisole chauffante.
J’ouvris les yeux et ce que je vis me laissa perplexe. Ce que j’avais pris pour une camisole
chauffante n’était autre que les bras de Jacob qui m’enlaçaient fermement. Finalement, je n’avais pas pu sauter à temps, il avait dû me rattraper juste avant. Mince ! Sa tête était enfouie
dans mes cheveux et il me serrait étroitement dans l’étau de ses bras. Je tentai de remuer mais sans résultat aucun, il me tenait trop bien pour je puisse bouger ne serais-ce que le petit
doigt.
Qu’allait-il penser de ma conduite ? Qu’allait-il croire ?
Soudain, s’apercevant de mes vaines tentatives pour me mouvoir, Jacob releva la tête et
vrilla ses yeux dans les miens, alors je vis des larmes couler le long de ses joues. A la vue de sa tristesse je m’en voulais de lui causer autant de soucis. J’étais un monstre, un être égoïste
qui ne pensait qu’à son petit plaisir personnel, sans tenir compte des sentiments de mon entourage, je méritais leur déshonneur, son mépris à lui, mais au lieu d’être rejetée, il colla son front
au mien sans quitter un seul instant mon regard.
« Plus jamais ça ! Qu’importe ce que tu ressens, qu’importe le
mal dont tu souffres, jure-moi de ne plus jamais attenter à ta vie » à ce moment, ses larmes redoublèrent, et ses mains se déplacèrent sur mes bras me tenant par les épaules. Face à sa
détresse j’éclatai en sanglots, baissant le regard, honteuse.
« Je voulais seulement l’entendre encore une fois, je ne
voulais en aucun mettre fin à mes jours, seulement apaiser ma blessure grâce… grâce au son de sa voix, de… de son ténor » répondis-je en m’étranglant à moitié.
« De quoi parles-tu Bella, de qui ? » son regard en disant
long sur ce qu’il pensait, il était complètement ahurit et surprit, n’ayant pas du saisir l’ampleur des dégâts, du moins pas jusqu’à ce point. Á cette heure, il devait sûrement me considérer
comme une folle à lier, cette seule pensée me gênait et je fus pris de tremblements violents.
« Oh, Bella calme-toi s’il te plaît, je ne te laisserai jamais ! Moi je ne
t’abandonnerai pas et je t’aiderai à apaiser tes douleurs, à panser tes blessures. Donne-moi seulement l’opportunité et je pourrais te rendre heureuse, je te le jure. Fais-moi
confiance ! » Il ne me quitta pas des yeux, et son expression était à la fois sincère et grave. Je me mis à hurler la triste vérité de mon cas :
« Mais je ne suis qu’une coquille vide Jake ! Un trou énorme à
envahit ma poitrine, mon cœur est écorché et mes blessures sont à vifs. Que pourrais-je t’offrir ? » Je relevai les yeux sur les siens, et restais prostrée, morne devant mon propre
constat, l’ampleur du sinistre.
« Je ne te demande rien en retour, ton sourire et ta joie de vivre
sera pour moi ma seule consolation. Je désire seulement te rendre heureuse, laisse-moi y parvenir. Certes, tu es ravagée par le chagrin et la douleur, mais je peux t’assurer qu’à l’intérieur de
toi, ton cœur continue de battre et que même si la cicatrise sera toujours visible, je t’assure qu’elle cicatrisera un jour. Permet-moi seulement d’être celui qui fera en sorte de te rendre la
vie plus douce. » Après ses mots, il encadra mon visage de ses deux énormes mains pour que nos yeux ne se quittent plus. Alors, je vis le déluge de sentiments qui
passaient au travers. Pour la première fois depuis des mois, je perçu tout au fond de moi les pulsations de mon cœur qui s’accéléraient, ma gorge se noua et je sentis comme des papillons dans mon
ventre.
Cet instant sembla s’éterniser, comme suspendu dans l’air. La vigueur des prunelles de Jake
brisaient petit à petit les dernières barrières que je m’étais imposé. Puis, il rapprocha doucement son visage du mien, je pouvais sentir son souffle chaud sur ma joue et même ressentir les
battements de son propre cœur. Il déposa un baiser sur mon front, puis descendit le long de ma joue, pour atterrir sur mes lèvres, doucement d’abord puis plus fougueusement à mesure que je me
rapprochais de lui. Il plaqua sa main sur le bas de mon dos pour m’attirer plus près de lui, toujours plus près, pour ne faire plus qu’un. Je m’agrippais avidement à son cou et collai ma bouche
de façon plus intense, en m’accrochant à ses cheveux. Il n’y avait aucune retenue, la chaleur de son haleine titillait mes narines, et je pouvais laisser libre cours à mes envies et à ma fougue
jusque là bridée. Jacob se pencha doucement vers moi afin de m’allonger délicatement sur le sol avant de me faire rouler sur le côté et il se retrouva au-dessus de moi, sa bouche fourrageant dans
mon cou, puis remonta automatiquement sur mes lèvres qui ne désiraient plus qu’une seule chose : la douceur des miennes. Mes mains se collèrent derrière sa nuque pour le retenir à jamais,
pour qu’il ne m’abandonne pas.
A bout de souffle, Jacob releva la tête et me sourit. Son sourire me fit chavirer, en voyant
mon trouble et mes joues rosir sous le désir, il rigola et me couva de son regard plein d’amour. Toutefois, une fois les premières ardeurs du baiser passées, un étrange sentiment s’empara de moi,
je ne savais pas comment l’expliquer, ni quel mot choisir pour le matérialiser, néanmoins j’avais la sensation de la présence d’une certaine culpabilité. Une sensation qui n’avait pas lieu
d’être, après tout c’est lui qui m’avait quitté, ne devrais-je pas l’oublier définitivement, ne serais-ce que pour mon entourage et le bien de ma santé mentale ?
Aussitôt, je fus persuadée que je ne pourrais jamais effacer ni ce
visage, ni l’affection que je lui porterai toujours. Mon cœur pourrait-il se fendre en deux, pour pouvoir accepter l’amour de Jacob, tout en restant fidèle aux sentiments que j’éprouvais encore
pour lui. En serai-je capable ? Peut-être finira-t-il par s’éclipser au fil du temps, j’essayais alors de m’en persuader naïvement, en sachant pertinemment que ce qui me liait à
lui était bien plus fort qu’un simple premier amour d’adolescente.
Néanmoins, je souhaitais réellement m’en sortir, il n’était plus question de survivre mais
de profiter de ma vie et de ma famille, de mes amis et de Jacob, mon protecteur. Je priais pour réussir à l’aimer autant que lui m’aimait, du moins je me suppliais d’y parvenir.
Il choisit ce moment précis pour se matérialiser de nouveau à travers mon imagination. Ses
traits n’étaient plus tendus comme tout à l’heure, il semblait grave mais calme. Je vis ses lèvres s’entrouvrirent légèrement et entendis ce qu’il me murmurait :
« Sois heureuse »
Puis comme si le sol se disloquait sous mes pieds, ma vision s’effaça progressivement pour
ne devenir qu’un point à l’horizon. En même temps qu’il s’éloignait de moi, c’est comme s’il me déchargeait de mes sentiments, s’il me reprenait mes promesses d’amour éternel et achevait ainsi
notre idylle passionnée.
Toutefois, mon cœur revenu à la vie se contracta devant cette fin, comme une page que l’on
tourne. Me poussait-il à aller de l’avant et laisser mon passé derrière moi ? Ma souffrance s’arrêterait-elle ainsi, avec sa bénédiction ? Cela me paraissait simple, si simple,
trop simple…
Jacob se redressa tout en me gardant fermement dans ses bras sans me lâcher une seconde des
yeux, et me ramena chez lui. Étrangement, sur le chemin du retour, je m’imaginais un éventuel futur avec Jacob, notre quotidien fait de moments voluptueux, de désaccords, de contacts fougueux et
sans retenue. Je ne pouvais rêver mieux en dehors de celui qui m’avait laissé pour d’autres aventures. D’ailleurs, je n’avais depuis lors jamais imaginé mes lendemains en tant
qu’humaine sans lui, cette seule pensée me fit tressaillir et je m’empressai de la chasser pour ne me concentrer que sur un seul objectif : mon rétablissement émotionnel et j’étais
persuadée que Jacob serait la personne la mieux habilitée pour réussir dans cette tâche ardue.
La vie avait repris son cour tranquille, laissant une certaine routine s’installer
tranquillement, ce qui bizarrement ne me dérangeait pas plus que ça, à quelques détails près. Ma vie était rythmée entre d’une part le lycée, avec mes révisions pour les examens de fin d’année et
d’autre part, mes week-ends à la Push en compagnie de Jacob et de ses amis.
Néanmoins, certains aspects de ce quotidien me rendaient anxieuse et quelque peu mal à
l’aise, en particulier mes liens avec Jacob. En effet, il comptait toujours tenir sa promesse, celle de me rendre plus vivante et me guérir de ma blessure. J’appréciais réellement sa présence, il
était mon rayon de soleil et j’étais consciente du bien qu’il me procurait ; jamais je n’aurai pu faire face sans son sourire plein de vie à mes côtés. Cependant, la tournure que notre
relation avait prise me rendait soucieuse. Certes, grâce à lui mon trou au fond de ma poitrine s’était résorbé, laissant une cicatrice rougit par la souffrance des derniers mois, mais qui tendait
à se faire oublier. Désormais, je parvenais à me souvenir des bons moments sans voir resurgir la bête tapie dans l’ombre, prête à lacérer ce qu’il restait de mon cœur. Mais, malgré les efforts de
Jacob, il restait présent dans les moindres de mes pensées, et mon ami ne pouvait rivaliser avec ces sentiments que j’éprouvais encore, et dont je ne pouvais révéler la perpétuelle
existence, même si je restais persuadée qu’il les connaissait, ce qui me donnait l’air encore plus misérable et pathétique.
Le bonheur était à porté de main, tous les ingrédients étaient réunis pour faire de ma vie
un environnement heureux et paisible, pourtant inconsciemment je lui tournais le dos et je ne faisais que simuler devant tout le monde.
Charlie était soulagé de ma subite « guérison » et remerciait intérieurement Jacob
de me rendre à nouveau béate et joyeuse. Renée aussi semblait moins tourmentée et me pressait de rencontrer ce nouvel ami qui avait, sois disant, accomplit
de vrais miracles. Mes professeurs, quant à eux, étaient ravis de mes résultats à mon diplôme, et même optimistes pour l’obtention d’une bourse d’étude, qui me permettrait de rejoindre une des
meilleures facultés de la « Ivy League ». Et puis, Billy m’accueillait comme chaque samedi avec son sourire généreux et son air amusé, j’étais désormais une fille à loup, rien n’aurait
pu le satisfaire davantage. Même le problème « Victoria » semblait avoir été résolu depuis qu’elle fut pourchassée par une meute de loups bien décidés à en faire de la charpie, elle ne
laissa plus aucune empreinte d’elle dans les environs. A croire qu’une force extérieure souhaitait enfin ma félicité et ne voulait en aucun cas l’entacher. Et enfin, Jacob qui m’avait acceptait
telle que j’étais, c’est-à-dire une coquille vide, écorchée jusqu’au plus profond de mon être et qui se repliait sur elle-même à la moindre évocation d’un passé, de luiou d’une odeur. J’avais renoncé à toutes entreprises périlleuses et dû me résoudre à ne plus entendre son ténor pour que ma santé mentale retrouve son équilibre et
pour le bien-être de mes proches, surtout celui de Jacob.
Toutes les conditions étaient présentes pour faire de ma vie un paradis sur terre, mais la
seule personne qui restait en dehors, telle une spectatrice figée, c’était bien évidemment moi. Néanmoins, je réussissais à jouer la comédie bien mieux que ce à quoi je m’étais attendue. En fait
il s’agissait plus d’une simulation, j’étais devenue une bonne menteuse finalement pour le bien de mes miens. Attention, cela ne voulait pas dire que mes sentiments envers Jacob n’étaient que
mensonges, je l’aimais vraiment, il était ma bouffée d’oxygène et la source de mon rire. Et j’aurai pu l’aimer davantage, si… si je n’avais croisé le chemin des Cu… il restait trop
présent dans mon esprit pour repartir de zéro, pour faire table rase du passé.
Toutefois, je n’étais pas dupe de mes propres sentiments : jamais je ne pourrais aimer
quelqu’un autant que… que mon ex (comme aimait l’appeler Jacob). Et malgré ma joie d’être avec Jacob, je savais que nous n’espérions pas la même chose. C’est ce qui était le plus difficile pour
moi à accepter : ma trahison envers Jacob que je considérais toujours comme un ami proche voire même exclusif, mais qui ne pouvait espérer acquérir un rôle plus intime. Nos étreintes ne me
gênaient pas au contraire, elles me rassuraient et me procuraient le plus grand bien, par contre ses lèvres passionnées me culpabilisaient. Je n’étais pas encore prête pour me lancer dans une
nouvelle relation amoureuse, du moins j’essayais de m’en persuader. Mon cœur refusait de laisser la moindre parcelle, en dehors d’une amitié sincère et profonde, à celui qui ne désirait que son
bien et son bonheur. Parfois, il me semblait que mon cœur était mort ou partit avec lui, et parfois c’était comme si mon quota de sentiments avait été épuisé, ne me laissant comme
émotion qu’un amour non consommable.
Le pire de tout, était que Jacob s’en accommodait, ne me faisant aucune remarque, ne me
forçant à aucun acte romantique ou passionné. A chacune de mes vaines tentatives, pour lui expliquer le triste constat de mes sentiments à son égard, il me répondait calmement que cela lui
suffisait amplement, ne réclamant seulement de moi que ma présence à ses côtés. Alors, je le guettais, lui et ses réactions face à mon comportement, m’attendant à le voir
déguerpir, mais il restait sans défaillir. De surcroît, je savais que l’imprégnation n’avait toujours pas eu lieu entre nous deux, ce qui signifiait que je n’étais pas la bonne, alors j’espérais
secrètement qu’il s’entiche d’une fille plus simple et surtout plus amoureuse. Lui tenait plusieurs discours qui l’arrangeait plus ou moins, et surtout qui lui permettait de se voiler la
face !
« Quoi ? Je n’ai jamais dit que ce phénomène était automatique ! Et de toute
manière il n’y a que toi que j’aime ! » s’empourprait-il.
« Oui comme quand Sam aimait Leah, avant qu’il ne rencontre Emily. » lui
répliquai-je acide, ce que je regrettais aussi sec. Faire du mal à mon ami ne m’enthousiasmais guère, mais je voulais lui faire ouvrir les yeux.
« Si nous ne sommes pas encore imprégnés c’est sans doute à cause de ton ex ! Dans
un monde normal, nous serions déjà inséparables ! C’est doute le phénomène « Cullen » qui a dû retarder notre… » je piquai un fard devant son coup bas et je lui crachais les
premières paroles qui me passèrent par la tête.
« Dans un monde normal ce que tu es n’existerais pas non ! Tu serais un simple
gamin de 16 ans avec le physique qui va avec, et donc complètement loin de me plaire ! » je voulais protester davantage, mais son sourire me désarçonna mettant fin à notre
dispute.
« Humm… donc mon physique te plais… ! » son affirmation m’exaspéra, surtout
quand il abhorrait son sourire auquel je ne savais résister.
« Ce que tu peux lourd Jake, franchement un vrai macho ! » Il m’attrapa
rapidement avant que nous ne roulions parterre, sur le parquet froid du salon.
Ce sujet devint très vite tabou à cause de son emportement et de mon entêtement, l’un ne
voulant céder face à l’autre. Alors, nous restions dans une sorte de statu quo, chacun apportant l’indispensable à l’autre : lui pouvant donner libre cour à ses sentiments, et moi me
permettant de penser à autre chose ou plus précisément, à oublier une personne en particulier. Car les bras de Jacob avaient le don particulier de me faire tout oublier durant un laps de temps
salvateur.
Néanmoins, ne nous tardions jamais pour trouver un nouveau sujet de discorde, et ces
derniers jours il concernait ma prochaine orientation, et surtout ce que je ferais de ma vie après le lycée. Jacob pensait que je choisirai l’université de Seattle, moins prestigieuse certes,
mais beaucoup plus proche de lui. Alors que mes professeurs envisageaient Dartmouth, et même pour les plus insouciants ou fous peut-être, Harvard ou pourquoi pas une faculté européenne comme la
Sorbonne. Mon père à la simple mention de Harvard ou Dartmouth était aux anges, il ne pouvait espérer meilleur choix pour ma vie, et était devenu très enthousiaste pour ces deux choix plutôt que
pour Seattle. J’étais confrontée à un réellement dilemme, mon éloignement permettrait sans doute à Jacob d’ouvrir les yeux sur notre relation ambiguë et surtout à sens unique, mais d’un autre
côté comment ferais-je sans lui et arriverai-je à quitter Forks et tirer un trait définitif sur mes souvenirs ?
J’avais dû me rendre à l’évidence que j’étais encore dans l’attente d’un signe, d’un contact
avec lui ou d’un membre de sa famille, et même si ce vain espoir perdait en crédibilité à chaque jour qui passait, je ne pouvais me résoudre à l’abandonner complètement. Et puis, à côté
de cela Renée me vantait les mérites de la faculté de Jacksonville, espérant par ce vil stratagème me récupérer. Ma convalescence ne l’ayant pas totalement rassurée, elle préférait me surveiller
de près plutôt que d’aller à la pêche aux nouvelles avec mon père si peu avide en détails.
J’étais donc face à un problème de taille et je savais que cette fois-ci je ne pourrais pas
satisfaire les envies de tout le monde, et cela me tourmentais. Une personne indépendante à mon histoire et à mon environnement m’aurais très simplement répliqué de faire ce que je voulais le
plus, malheureusement j’avais tellement pris l’habitude de contenter tout le monde que j’en avais oublié de réfléchir en fonction de mes propres envies.
Mais c’était sans savoir, ce qui allait se passer et sans tenir compte du hasard qui allait
décider pour moi encore une fois…
Lorsqu’une lettre d’une des universités de la « Ivy League » arriva dans ma boîte
aux lettres, m’acceptant dès le mois d’août avec une bourse d’étude qui plus est. J’y vis là un signe du destin et renvoya les papiers confirmant ma présence dans quelques semaines.
Voilà où m’avais conduis mon odorat, au milieu d’une luxuriante pelouse. L’herbe était
coupée à ras, et de là où j’étais, une multitude de chemins partaient en étoile, où d’autres venaient s’entrecouper. Devant moi, se dressait modestement un édifice en brique rouge, surmonté d’un
clocher blanc dont le pic s’érigeait fièrement vers les cieux. Le style du bâtiment était plutôt classique et très géométrique, deux rangées de fenêtres se tenaient l’une au-dessous de l’autre
dans les mêmes alignements, parfaitement symétriques. Les fenêtres du rez-de-chaussée étaient rectangulaires, sans originalité, tandis que celles du premier étage se différenciaient par leur
hauteur, dont le haut s’arrondissait. La porte d’entrée qui se situait pile au milieu contrastait avec la vétusté de l’ensemble du bâtiment central. En effet, elle était proéminente par rapport
au reste, avec des colonnes grecques flanquées de chaque côté, et surmontait d’un fronton triangulaire, dont une petite lucarne ornait la partie centrale. Tout était équilibré et centré, même les
arbres qui bordaient le côté de la pelouse avaient été plantés avec un intervalle régulier, et taillé fréquemment pour que leurs branches ne s’entremêlent pas, ce qui m’était bizarrement
familier.
Cette bibliothèque, cette pelouse, ces petits chemins de graviers, ne m’étaient pas
inconnus… mes pieds étaient déjà venus ici, il y a quelques années de cela…
Debout face à cette bâtisse, vieille de plus de trois siècles, je comprenais l’ampleur de
mon idiotie. Dès mon départ de Forks, je n’avais eu de répit de traquer Victoria, il fallait que je la réduise à néant pour qu’elle ne puisse plus représenter une quelconque menace envers celle
que j’avais laissée derrière moi. Cette course poursuite m’avait conduit à travers les États-Unis, même jusqu’au Mexique, m’obligeant à me calfeutrer dans un grenier lugubre, attendant le coucher
du soleil pour reprendre la chasse et retrouver sa trace jusque là perdue. Car, plus je m’approchais d’elle plus elle s’éloignait, et dès que le piège se refermait, elle
s’échappait in extremis.
Sur le moment, je ne saisis pas la nature de tous ses déplacements, je pensais naïvement
qu’elle cherchait à me semer, en m’emmenant dans des pays où le soleil rayonne et ne se couche que tardivement pour ralentir ma progression, mais en fait il s’agissait d’un autre subterfuge dont
l’ampleur m’échappait encore.
Je me retrouvais dans le New Hampshire, complètement dans le nord-est des États-Unis sur le
campus de l’université de Dartmouth à Hanover, à contempler le gazon d’un vert luxuriant et les lumières s’échappant de la bibliothèque Banker qui me faisait face.
« La garce ! Elle m’a bien eut ! »
Pour moi, il était évident que je me trouvais dans la mauvaise direction, qu’il s’agissait
d’un canular monté de toutes pièces par Victoria, qui devait à l’heure actuelle, faire route vers Forks.
Que me restait-il à faire ? Poursuivre ma proie ou demander à l’un des miens de s’en
occuper ? Cette décision me coûtait énormément, car je lui avais juré que je ne reviendrai plus, ni moi ni aucun des membres de ma famille. Cependant, je ne pouvais tolérer l’idée
que l’on touche à un seul de ses cheveux. Et puis, si je m’élançais à la suite du monstre, si je retournai à Forks, comment parviendrai-je à trouver le courage de repartir ?
Réussirai-je à rester dans l’ombre, et ne pas l’approcher ? Ne pas vouloir connaître ses préoccupations, ne pas savoir si elle prononçait encore mon prénom dans ses rêves,
ne pas pouvoir la serrer dans mes bras et respirer son odeur. En serai-je seulement capable ?
De surcroît, si ses lèvres souriaient à un autre, si ses doigts fouillaient dans une
tignasse différente et si ses joues s’empourpreraient à la vue d’un garçon, alors comment ferais-je pour oublier ces images, pour tenir bon, et surtout pour ne pas m’imposer ? Je lui avais
promis un avenir plus tranquille et plus sûr, je ne pouvais débarquer dans sa vie après une si longue absence. Et puis, elle ne devait plus m’aimer, cette seule pensée aurait pu m’arracher un
flot de larmes, si tant est que cela fusse possible.
Malgré mon départ, elle hantait toujours mes pensées. Je ne pouvais me résoudre à l’oublier,
car ma vie lui appartenait, malheureusement ma condition rendait tout bonheur impossible et dangereusement mortel pour elle. Alors, son souvenir demeurait gravé dans chaque partie de mes
pensées, de mon cœur et sur chaque parcelle de mon corps. Tout mon être la réclamait, comme un toxicomane attendant une injection alors qu’il est en période de sevrage. La comparaison est sans
doute de mauvais goût, mais tel était le cas. Je ne vivais plus, ne côtoyais aucun membre de mon espèce, si ce n’est Victoria que je voulais voir anéantie à jamais. Les miens ne me
reconnaissaient plus, Esmée s’inquiétait et Carlisle ne parvenait plus à me rendre confiance en moi, j’avais donc renoncé à tout contact. Seule Alice, restait au courant de chacune de mes
avancées dans la traque de mon ennemie et surtout sur mon état mental, via ses visions.
J’étais confronté à un choix cornélien, si je voulais sauver celle pour qui je ne me saurais
jamais autant battu, il allait falloir la revoir de nouveau. A moins que, je ne confie cette tâche à l’un des miens, mais tout en gardant l’anonymat. Effectivement, Alice remplirait toutes les
conditions, mais je doutais qu’elle puisse garder ses distances très longtemps avec elle, Jasper refuserait par précaution, Rosalie allait refuser tout de go prétextant que cela ne la
concernait pas, il me restait alors Emmet, il serait heureux du combat et surtout il ne chercherait pas à la revoir. Mais moi, pourrais-je rester tranquillement éloigné du combat alors
que je la savais potentiellement exposée ? Surtout quand on connaissait son indéniable attirance pour le danger. Aujourd’hui encore, je me rongeais de ne pas avoir de nouvelles d’elle, de ne
pouvoir être là pour la protéger. Toutefois, je savais que malgré sa promesse ma sœur continuait à l’épier en douce. Alice représentait mon unique et dernier lien avec elle.
Alors que je réfléchissais aux milles et une solution, mon portable vibra dans la poche
intérieure de mon manteau. Quand on parlait du loup… Avant même d’avoir décroché, je connaissais l’identité de mon interlocuteur, très certainement une jeune personne qui avait vu ce que je
m’apprêtais à faire et désirais être de la partie, je décrochai déjà vaincu.
« Tu as faux sur toute la ligne mon cher grand frère ! »
son timbre de voix m’avait cruellement manqué, il résonnait tel un carillon.
« Je suis ravi de t’entendre Alice, les nouvelles sont-elles
bonnes ? » aussitôt le doute qui s’était installé s’évapora au son de sa voix. Inconsciemment je savais qu’elle aurait la bonne réponse. Facile quand on connaissait l’avenir comme
elle ! J’étais épuisé de réfléchir pour faire concorder ce que me disait ma raison et mes sentiments. Tant pis, je laisserai la volonté d’Alice décider pour moi, alors je porterai secours à
la détentrice de mon cœur, tout en ne révélant pas ma présence, je resterai dans l’ombre.
« Tout dépend du point de vue que l’on adopte. En ce qui concerne le
mien, je dirai que cela ne peut pas aller mieux que maintenant ! Tu as de la chance j’ai deux bonnes nouvelles et seulement une mauvaise. Laquelle veux-tu écouter en premier? » me
répondit-elle gaiement, je pouvais aisément l’imaginer sauter partout.
« Dans ce cas là, commence par une bonne nouvelle, pour enchaîner sur la
pire et garder la meilleure des trois pour la fin. » j’essayais de mettre de la bonne humeur dans mes paroles pour qu’elle me révèle la vérité sans détour.
« Alors soit ! Commençons par une bonne ! Victoria ne se
dirige pas vers Forks, elle est à Hanover, tout comme toi. » Cette réponse me désarçonna, je perdis le fil de mes réflexions et toutes mes théories disparurent d’un coup. Victoria sur un
campus… Je ne percevais pas le rapport, à moins que ce ne soit pour assouvir sa soif, mais je trouvais sa stratégie périlleuse. Devoir chasser dans un endroit remplie de monde n’est pas un moyen
des plus discrets. Alice ne me questionna pas sur mon silence et poursuivit sur le même ton enjoué.
« La mauvaise, est qu’elle prépare une embuscade à ton encontre,
mais elle change tellement d’idées que je n’arrive pas à cerner réellement son but. Par conséquent, tu vas avoir besoin d’aide et le plus tôt sera le mieux. » j’interrompis le fil de ses
paroles, n’ayant pas saisi leur sens.
« Attends un peu Alice, tu as vu Victoria préparer un piège ici, sur
le campus ? Dans quel but ? Souhaite-t-elle me voir défendre toute une colonie d’étudiants, à moins qu’elle ait décidé de les transformer en vampires pour s’en faire une armée de
néophytes ? Tes visions se brouillent ma chère sœur.» J’étais désarçonné, je voulais décortiquer les visions qu’avaient eut Alice pour en comprendre l’ampleur et la signification mais, elle
était trop loin de moi pour que ses visions m’apparaissent clairement.
« J’avais vu juste alors, tu ne l’as pas encore senti ! »
sa voix se radoucit. Bien évidemment que j’avais sentit cette folle furieuse de vampire ! « Certaines de tes analyses sont pertinentes Edward, effectivement elle a pensé à se
constituer une armée de jeunes vampires pour nous tenir à l’écart, mais le but ultime de la manœuvre reste l’accomplissement de sa vengeance. »
« Mais pourquoi ici ? Et bien sûr, que j’ai flairé Victoria, pour qui me
prends-tu ! Alice tu me barbes avec tes visions, soit plus claire ou je mets un terme à cette conversation ! » L’impression d’être un pantin désarticulé m’apparut, je ne saisis
plus les sous-entendus de ma sœur, et son flot de nouvelles informations me désarçonnait. Je n’avais pas l’habitude de poser des questions pour connaître le fond des pensées des gens, il me
suffisait de plonger dans leur tête pour connaître ce à quoi il pensait. Ainsi la patience n’était pas mon fort.
« Puisque tu le prends sur ce ton je te laisse découvrir la dernière bonne nouvelle et
t’en rendre compte tout seul ! Je voulais te l’apprendre en douceur mais ta réaction m’insupporte ! Débrouille-toi pour gérer cette partie de ton problème Edward Cullen ! » Sa voix
s’était faite violente et rapide. Puis, elle rajouta : « En ce qui concerne Victoria, nous serons tous là dans très peu de temps. Ne me remercie pas surtout ! » Sa voix se
stoppa nette et elle raccrocha.
Ces derniers temps, j’étais à fleur de peau et ne supportais aucun sarcasme ni cynisme.
J’étais resté plusieurs mois sans côtoyer la moindre espèce vivante et commençais à me transformer en vieux bourru asocial. Alice en avait fait les frais aujourd’hui, je me détestais davantage.
Il fallait que je fasse quelque chose pour m’excuser de mon impolitesse et de mon comportement trop brusque. Je visionnais plusieurs scènes d’excuses dans ma tête pour qu’elle puisse, elle aussi
les voir, j’imaginai plusieurs scénarios, agenouillés, les mains jointes, les yeux baisés et mon sourire irrésistible. En voyant ces images je me mis à sourire, je n’avais pas vu les miens depuis
trop longtemps et ils me manquaient cruellement, je m’étais trop isolé et je devais changer mon mode de vie si je ne voulais pas me transformer en ermite reclus dans une grotte.
Je me mis à respirer de façon insistante pour retrouver la trace de mon ennemie, il fallait
que je l’arrête avant qu’elle ne transforme la moitié de ces étudiants en monstres.
Alors que je flairais le moindre souffle que le vent me transportait, je sentis une odeur
qui me fit frémir de la tête aux pieds. J’aurai pu reconnaître ce parfum entre mille autres, cette senteur fleurie et sucrée : comme de la lavande et du freesia. Un bref instant je restais
interdit. C’était la première fois depuis des mois que son odeur me parvenait de façon si nette, si précise qu’elle aurait pu se tenir à quelques pas de moi. ! M’autorisant ce que je m’étais
pourtant fortement défendu, je fermais les yeux pour profiter de cet arôme dont je m’étais séparé un an auparavant. Mon cerveau était en effervescence, plus aucune de mes résolutions ne
passaient, mon désir et mes pulsions avaient pris le contrôle de mon corps et de mes pensées.
Mes souvenirs rejaillirent avec une précision incroyable, notre journée dans la clairière,
mes nuits sur le rocking chair à la couver du regard, ses joues qui s’empourpraient, ses lèvres délicates et douces. Comme si mon corps n’était pas suffisamment agité, mes oreilles perçurent
jusqu’au timbre de sa voix mélodieuse et discrète, mais les paroles restaient incompréhensibles je ne me concentrai que sur la tonalité. Ma raison tentait de me persuader de mettre un terme à ses
rappels, je savais pertinemment quel en serait le prix à payer, mais à ce moment précis tout m’était égal, je pouvais respirer sa fragrance personnelle et entendre les notes de sa voix, un cadeau
aussi agréable que douloureux, mais auquel on ne peut résister. Je savais que ma poitrine allait de nouveau se consumer de l’intérieur, que la bête allait resurgir de sa tanière pour lacérer ce
qui restait de mon cœur et de mes sentiments. Alors tout en sachant la douleur qui m’attendait une fois ces hallucinations terminées, j’en profitais pour que la souffrance en vaille la
peine !
Un bruissement de gravier me parvint sur ma gauche et mit un terme à mes apparitions, un
étudiant marchait droit vers moi, mais il ne semblait pas m’avoir remarqué pour autant, je scannais sa mémoire pour connaître ses intentions, mais ce à quoi il pensa me stupéfiai, il la
voyait !
Comment un étudiant lambda au teint mâte, au physique de surfer californien pouvait
s’imaginer et se représenter celle pour qui j’aurai fait n’importe quoi, allant même jusqu’à la quitter comme gage de sa vie. Le surfer me frôla de son épaule massive au moment où nous nous
croisâmes, un bref « pardon » effleura à peine le bout de ses lèvres, et il continua son chemin droit devant moi oubliant les sentiers banalisés pour marcher sur la pelouse. Après
plusieurs mètres, je compris qu’il se dirigeait vers la bibliothèque où un groupe d’étudiants venaient d’en sortir. J’étais prêt à lui sauter dessus pour lui faire avouer qui était cette fille
pour lui, où l’avait-il vu, pourquoi hantait-elle toutes ses pensées ? Ma colère était à son paroxysme, mes muscles se bandèrent sous la pression et mes poings étaient si serrés que leurs
jointures craquèrent. Il fallait que je me calme, sinon le surfer allait passer un sale moment, je tentai de respirer à nouveau, mais le venin coulait à flots dans ma bouche et le long de ma
gorge. Au moment où je repris une bouffée d’air, une odeur me frappa violemment, celui de son sang à elle. Contrairement à son odeur corporelle, son sang ne réussit pas à me calmer, je
tremblais, un séisme n’aurait pu être plus violent que moi en ce moment face à tous ses étudiants !
Son rire retentit dans mes ténèbres, puis sa voix de nouveau, ses bienfaits eurent le don
d’apaiser la colère que le surfer m’avait insufflé, mes mains se détendirent et mes muscles se décrispèrent. Mon combat avec moi-même pris fin et je pus retrouver ma lucidité et ma raison.
Malheureusement, ce répit fut de courte durée, puisque c’était au tour de mes yeux de se jouer de moi. A quelques mètres de moi, elle était là assise sur les marches du grand bâtiment,
des livres dans les bras et ce surfer juste à côté d’elle. Mon esprit me jouait-il encore un tour, mais je compris finalement que mes hallucinations n’en étaient pas. Si je n’avais pas été aussi
fort, je me serai écroulé.
La phrase d’Alice me revint en tête, et je compris sa signification, elle m’avait appelé
pour me dire que Bella se trouvait elle aussi à Dartmouth, la meilleure nouvelle des trois qu’elle voulait m’annoncer. Ce qui expliquait sa bonne humeur et sa décision de me rejoindre pour
m’aider à affronter Victoria. Je soupçonnais plus une envie de la revoir, que de venir pour anéantir un vampire. Alice me ressemblait tant, elle non plus n’avait pas réussit à l’oublier…
Après une année d’absence qui s’était traduit par la souffrance et le regain des souvenirs,
je pouvais la contempler de nouveau, mon cœur - s’il n’était mort - aurait pu exploser devant une telle vision. Seule une soixantaine de mètres nous séparaient. Mon ahurissement devait sans doute
se lire sur mon visage tant j’étais étonné que nos chemin se croisent de nouveau sur cette pelouse. Enfin, uniquement le mien puisqu’elle n’était pas conscience de ma présence.
J’étais heureux qu’elle ait suivi mes conseils et qu’elle se retrouve dans l’une des huit
meilleures universités américaines, et qu’elle puisse sourire, vivre sans secret, normalement en sécurité. Tout ce que j’avais voulu pour elle, même si, dans ce tableau idyllique je n’y étais
plus, le revers de la médaille, sa vie sans moi dans les parages pour lui rappeler que je resterais le même alors qu’elle vieillirait. Pendant ses douze derniers mois, j’avais imaginé ce scénario
des retrouvailles plusieurs fois, changeant le décor, le temps, mais le résultat me paraissait bien terne et fade par rapport à ce que je vivais à ce moment précis. Une petite brise vient
souffler dans ses cheveux me rapportant de plein fouet son parfum, celui de ses cheveux, de sa peau, de son corps. Mes muscles se bandèrent de nouveau, ma langue baignait dans le venin et mon
cœur se serra à ce souvenir à la fois doux et cruel.
Pendant le laps de temps que je passais à l’observais, j’avais l’impression que ma
conscience était sortie de mon cerveau, qu’elle était devenue un être à part entière, tentant de me ramener sur terre et à mes promesses. Mais je n’écoutais plus que moi, enfin mes envies, je la
contemplais, son visage, m’imaginais ses doigts s’enroulant autour d’une mèche de mes cheveux, ses lèvres s’étirant à chacun de ses sourires, et ses joues rosirent sous
l’embarras. Pendant, ses longues semaines et mois, mon amour pour elle n’avait en rien perdu de son intensité et de sa valeur, mais qu’en est-il pour elle ? Elle qui avait cru à mes
mensonges en septembre dernier, qui n’avait pas cherché à me retenir, pensait-elle encore à moi ? En ce qui me concernait, je ne pouvais pas me lasser d’elle !
Ma curiosité fut la plus forte, et je me déplaçai sur le côté, à l’abri d’un arbre qui
m’offrit pénombre et anonymat pour épier leurs faits et gestes, notamment ceux du surfer en pleine discussion avec elle.
« Alors ma belle, qu’as-tu prévue pour combler le long et misérable
week-end qui vient ? » le surfer à la chevelure dorée s’était penché vers Bella, il ne manquait pas d’audace c’est le moins que l’on puisse dire, il reprit sur une petite boutade qui ne
fit rire que lui : « oh laisse-moi deviner, tu espères passer la soirée avec moi, devant un dîner aux chandelles mais, tu ne sais pas comment me le demander, et surtout tu as peur
que je refuse. Sois tranquille pour toi je ferai ce qu’il faut poupée ! » Son rire aurait pu faire trembler la terre. Cependant, Bella semblait rester de glace face aux assauts du blond
californien, sans aucun doute il n’était pas son type d’homme ! Tout même elle répondit à ses insinuations avec le même sarcasme qui me faisait tant rire il y a des mois de ça.
« Oh Sean » maintenant je connaissais le prénom de mon nouvel
adversaire, décidemment partout où elle allait il y avait toujours un Mike Newton pour lui tenir compagnie, quoique celui-ci était plus entreprenant. Elle reprit : « vraiment ta
proposition me… me laisse pantoise, je préfère passer mon samedi soir en compagnie de Jack l’éventreur plutôt que t’entendre parler à chacun de tes muscles ! » Tous ceux qui se
trouvaient autour de Bella rire de bon cœur, l’apollon fut touché en plein cœur, fâché il partit dans la nuit.
Bella ne faisait apparemment plus dans la diplomatie… je ne reconnaissais pas ces traits
moqueurs. Et oui les humains changent, leurs traits se modifient et leur caractère aussi. Ces cheveux étaient plus longs lui tombant jusqu’au milieu du dos. Curieux de constater d’autres
changements je l’analysais sous toutes les coutures. Je la trouvais amaigrie, ses joues étaient désormais plus creusées et sa mâchoire plus saillante du coup. Toutefois, ce qui me choqua le plus
était l’absence de lueur dans son regard, il était vide… Autrefois, seuls ses yeux pouvaient me permettre de capter ses mensonges et ses secrets, aujourd’hui ils n’exprimaient plus rien. Cette
constatation me fit trembler comme si je fixais une morte.
Alors que Sean s’en allait vexait comme il ne l’avait jamais été, une fille s’approcha de
Bella. Elle était très grande, certainement 1m80 au moins ! Toutefois, ce qui retint le plus mon attention fut son regard, plus particulièrement ses yeux… On aurait pu littéralement plonger
dedans, tellement leur couleur rappelait celle de la mer, d’une transparence éblouissante. En s’asseyant elle donna une petit claque dans le dos de Bella qui se retourna brusquement vers
elle.
« Ah Lily c’est toi ! » lui répondis Bella en souriant.
Lily… un prénom simple mais gracieux comme elle. Elle portait un imper rouge sur un jean à
moitié déchiré qui s’avachissait sur une paire de converse élimait avec le temps. Ses longs cheveux noirs, avaient été noués rapidement derrière sa nuque, et sa frange trop longue lui barrait le
front, cachant en partie son visage. Cependant, elle remuait tellement que je pus l’observais dans les moindres détails. Elle avait un visage ovale, une ossature bien prononcée le tout sur un
teint hâlé. Sa bouche paraissait immense mais c’était surtout parce qu’elle rigolait tout le temps et ses pommettes rebondissaient à chacun de ses rires. Alors que j’étais là, à la scruter, un
autre visage s’interposa sur le sien, celui d’une ancienne personne de Forks :
Jacob Black.
« Un peu de sérieux jeune fille, on n’éconduit pas un surfer de cette
trempe ! Savez-vous que vous avez déclenché la colère des dieux petite impertinente ! » D’un seul coup, les deux filles partirent dans un fou rire, qui m’envahit et me paralysait
tout à la fois, car celui de Bella sonnait faux.
« J’espère qu’il aura compris une fois pour toute. Je n’aime pas
être agressive et méchante, mais il m’exaspère depuis le début du semestre, maintenant il va me laisser tranquille ! » Je reconnaissais sa façon de repousser tous les prétendants qui ne
lui convenait pas.
« Plus sérieusement, que comptes-tu faire ce week-end ? Et ne me rétorque
pas ton excuse pitoyable de la dernière fois, car j’ai vérifié ton agenda, et tu as tout bouclé jusqu’au semestre prochain au moins ! » Lily était désormais bien droite et pointait son
doigt dans la direction de Bella, telle une mise en garde.
« Désolée je ne suis pas un boute-en-train comme certaines ! Franchement ma
compagnie est sans intérêt ! Je ne t’en voudrais pas si tu as une sortie au programme pour samedi prochain, ne culpabilise pas, je trouvais de l’occupation. Et puis, M. Morisson m’a donné
toute une liste de livres à étudier pour alimenter mes dissertations. » soit Bella était devenue experte dans l’art du mensonge, ce dont j’en doutais, soit elle ne souhaitait pas s’amuser
avec ses amis.
« Alors que dirais-tu d’un cinéma entre filles, quelques-unes tout
au plus. Nous n’avons qu’à opter pour le dernier Burton, pas de scènes romantiques, que des enfants lancés dans un parcours du combattant avec en prime le beau Johnny Depp dans le rôle du
chocolatier déluré Willy Vonka. Alors qu’en dis-tu ? » Sa voix s’était radoucie et se transformait plus en prière qu’en une proposition de sortie.
Depuis quand fallait-il supplier Bella pour la sortir ? En scrutant les pensées de son
amie je voyais un nombre impressionnant de faux bond, de refus catégoriques et surtout de soirées passées seule dans sa chambre ou à la bibliothèque.
« J’y réfléchis et je te tiens au courant d’accord ? »
répondit Bella en se levant, la conversation devait prendre un tournant qui semblait ne pas lui convenir, elle remit son sac à dos sur une épaule, et entama une tentative de départ.
« J’attendrais ta réponse miss casanière ! » Lily était
lasse de s’acharner contre son amie, elle laissait tomber une fois de plus. Ce qu’elle désirait plus que tout était de savoir si son état léthargique était de nature, ou si un évènement extérieur
en était la cause. Cette pensée me fit frémir, serai-je le coupable ? Mon départ lui aurait-il fait perdre toute joie de vivre, tout espoir de bonheur ? Je devais être trop égocentrique
pour penser que je pouvais être le responsable de son manque d’entrain. Même si mon bonheur était resté auprès d’elle, il ne pouvait pas aller de même pour elle, les humains tournaient vite la
page sur les choses qui leur sont désagréables.
Bella salua ses amis et se dirigea vers l’ouest du campus, certainement pour rejoindre sa
chambre universitaire. Alors qu’elle s’éloignait, j’en profitai pour respirer à pleins poumons son parfum qui marquait chaque centimètre parcourus, je restais dans l’ombre pour que je puisse
faire le plein de souvenirs d’elle. Je m’efforçais d’avancer dans la pénombre tout en continuant de l’épier jusqu’à ce qu’elle regagne sa résidence, prenant même des rues parallèles pour éviter
de me faire remarquer.
Une fois les bâtiments administratifs et principaux dépassaient, Bella entra dans un immense
parc bordé par une multitude de résidences et de fraternités diverses. Ce coin de verdure était immense, offrant une végétation dense et luxuriante. Je fus scandalisé de la voir traverser
tranquillement dans cette obscurité, alors que n’importe qui de mal attentionné aurait pu surgir d’un bosquet ou de derrière un arbre. N’importe qui aurait pu la suivre, pire la prendre en traque
comme… comme moi. Cette observation me perturba aussi je la repoussais vivement loin de mon cerveau, je n’étais pas un pervers !
Malgré que le ciel soit couvert, la lune nous offrait quelques pâles lueurs venant éclairer
les pas de Bella, jusqu’à la dernière maison.
La résidence était la plus petite de toutes celles qui bordaient le parc, mais elle n’en
perdait pas en caractère cependant. Elle s’érigeait fièrement dans une architecture géorgienne, avec ses colonnades romaines ornées de chapiteaux, son fronton triangulaire le tout parfaitement
symétrique. La maison se fondait parfaitement dans son décor ambiant, grâce au revêtement blanc et à ses volets verts. D’ailleurs, elle était entourée de petits arbustes et recouvertes de
lierre.
Elle bifurqua pour emprunter la petite allée dallée, et grimpa les
quelques marches, et alors qu’elle se trouvait sur le perron, elle se retourna doucement et regarda dans ma direction. Je ne bougeais pas d’un pouce, même si j’étais persuadé qu’à une telle
distance j’étais invisible pour elle. Pourtant, inconsciemment, j’espérais la voir se mettre à courir vers moi. Elle resta un long moment à scruter les ténèbres et mon subconscient à prier pour
qu’elle me visse, mais elle tourna les talons et disparut derrière la lourde porte verte en bois massif.
A ce moment précis, j’aurais donné tout ce que j’avais de plus cher au monde, ma vie, mon
immortalité ou ma force, pour connaître le fond de ses pensées. Qu’avait-elle ressentie pour stopper net son élan et se mettre à observer l’obscurité ? Pourquoi ne parvenais-je pas à percer
les méandres de son cerveau ? Cette constatation eut le don d’envoyer valser toutes les promesses, toutes les recommandations que ma raison avait établit, et c’est en courant que je me
précipitais à la rejoindre attendant que le sommeil l’emporte pour l’écouter dormir, ces rêves m’apprendraient toutes les choses que son cerveau refusait de me laisser entendre. Certes ma
démarche n’était pas du tout raisonnable, mais j’avais besoin de savoir.
En passant devant la concierge de la résidence, je n’oubliai pas de la saluer, au risque de
connaître de fâcheux incidents. En effet, la vieille Hortensia était réputée pour ses coups en douce et vicieux auprès des étudiantes irrespectueuses et impolies. Ma résidence n’était pas mixte,
comme certaines du campus, il s’agissait plus d’une fratrie féminine, qui avait acceptée mon emménagement malgré le peu d’entrain et le manque d’excentricité qui me caractérisait, je devais
certainement venir gonfler les statistiques du groupe dans la catégorie « intello ». Hortensia me lorgna de son regard pénétrant, et je me dis aussitôt que grâce à sa corpulence
imposante elle incarnait parfaitement le rôle du chien de garde, agressive et effrayante, il ne manquait plus que des yeux injectés de sang et le portrait aurait été parfait.
« Bonsoir Hortensia » lui lançais-je dès que je la croisai dans
l’escalier.
« Hum ! Ce week-end le couvre-feu a été avancé d’une heure et ce pour toutes
les étudiantes de cette résidence ! » si je m’étais trouvée plus proche d’elle, j’aurai eu le droit à un jet de postillons et en prime à son haleine âcre. Une chance que je me sois
trouvée trois marches plus hautes qu’elle, et encore elle n’avait qu’une demie-tête de moins que moi !
« Très bien Hortensia, j’en prends note, merci et bonne soirée à
vous aussi. » je tentai une sortie pour échapper à ses remontrances acerbes, mais elle agrippa un pan de mon manteau et me vrilla des yeux.
« Si vous ne connaissez pas la signification du mot respect, je vais
vous l’apprendre mes jeunes demoiselles ! Nous ne sommes pas dans un dépotoir et les salles de bains ne sont pas des porcheries ! J’en ai plus qu’assez de devoir nettoyé vos
saletés ! » J’interrompis son flot de paroles, craignant qu’elle devienne injurieuse et surtout car elle commençait sérieusement à déraper.
« Hortensia, je comprends la punition et ne cherche pas à la
réfuter, alors lâchez mon manteau s’il vous plaît que je puisse regagner ma chambre » ma réplique fut cinglante et le timbre de ma voix la fit desserrer son emprise. Elle émit un
borborygmeet s’en retourna à son bureau placé juste à côté de l’entrée.
Décidemment, les gens ne tournaient pas rond dans le New Hampshire, entre les garçons
inintéressants ou trop prétentieux, des gardiennes rustres et les filles écervelées qui partagées la même résidence que moi, je pouvais dire que j’étais gâtée. Heureusement, j’étais parvenue, je
ne sais trop comment, à me faire quelques amies dont celle qui partageait ma chambre, Lily. Elle était tout le contraire de moi, extravagante, bavarde mais sans être ennuyeuse et surtout avec une
joie de vivre extraordinaire. Son rire était communicatif, son simple sourire me faisait oublier ma mauvaise humeur ambiante et aurait pu me faire oublier tout le reste, un ami que j’avais dû
abandonner à sa peine, un père en proie à la solitude, et mon chagrin qui ne me laissait toujours pas tranquille, un an après !
Désormais, je me sentais coupée du monde, isolée et différente. En quittant Forks, j’avais
renoncé à plusieurs choses, un avenir sûr et certain avec Jake, des études à la faculté de Seattle et la possibilité de rentrer tous les week-ends pour retrouver les miens, mes
amis Angela, Ben, Éric, Mike et Tyler. Par contre, j’aurai dû vivre avec cet espoir, même infime, qui me tenaillait le cœur, le voir revenir me chercher, le surprendre dans
l’ombre à m’épier, ou l’un des siens. Malheureusement, personne n’avait pointé le bout de son nez, personne ne s’était inquiétait pour moi, ils étaient tous partis sans un adieu, sans se
retourner même lui. Je les détestais tous, surtout lui, pourquoi m’avait-il laissé en proie à ma peine et à un isolement que je ne méritais pas. Pourquoi ne m’aimait-il
plus ?
Je regagnais ma chambre juste à temps avant que les larmes ne se mettent à couler à flots.
Une fois parvenue à l’intérieur, mes genoux se dérobèrent sous mon poids pour venir percuter le plancher, ma poitrine s’incendia et la bête se rua sur les lambeaux de mon cœur. Je m’écroulais sur
le sol en proie à un violent contrecoup, cela faisait exactement un an qu’il était parti.
Encore combien de jours, de semaines, de mois ou d’années allais-je encore souffrir,
bloquant l’accès de mes sentiments à toutes personnes, me repliant sur moi-même comme un ermite tapie au fond de sa grotte, véritable asociale, je repoussais les gens qui dédaignaient m’adresser
la parole. Je me sentais à bout de souffle, de force, je n’avais plus la patience ni même l’envie de m’en sortir, j’étais vaincue. Plus rien ne me donnait la force de survivre, mon meilleur ami
m’avait rayé de sa vie le jour où je pris la décision de le quitter.
Cet évènement avait eu lieu en juillet dernier, au moment où me parvenais mon dossier
d’inscription pour l’université de Dartmouth, j’avais tout d’abord refusé, ne voulant abandonner personne. Puis, petit à petit, l’idée avait germé dans ma tête : ce courrier pouvait
représenter un nouveau départ pour moi, une occasion de repartir à zéro pour tout oublier. Alors, j’avais accepté et avais informé mes proches de ma décision. Renée et Charlie étaient comblés par
mon choix, j’étais devenue une vraie fierté nationale. Cependant, tout le monde n’avait pas aussi bien réagit qu’eux, Jake avait eut plusieurs comportements. D’abord une longue plainte suivis de
supplications pour rester près de lui, ensuite il avait décidé de me suivre, mais devant mon refus catégorique il avait plongé dans une colère noire, ne parvenant plus à se contrôler, il avait
alors muté et gagné la forêt en vitesse. C’était la dernière fois que je l’ai vu, il ne c’était pas présenté chez moi lors de mon départ pour me dire au revoir, ni participé à mon déménagement,
ni appelé, ni même écrit depuis mon installation sur le campus en août dernier. Le système universitaire de Dartmouth est un peu particulier, en effet certaines filières comporte trois semestres,
et en conséquent l’année commence début août.
Toutefois, je ne pouvais lui en vouloir, son attitude était légitime, mais il me manquait
cruellement, et je me haïssais pour tout le mal que je lui avais fais, lui qui ne désirait que mon bonheur avait dû y renoncer en me laissant partir. Je n’espérais plus qu’une chose, que
l’imprégnation ait lieu au plus vite pour lui.
Un bruit au dehors me fit sursauter, comme le bruit d’un caillou venant percuter ma fenêtre.
Je me relevais doucement et essuyai les larmes sur mes joues pour aller à ma fenêtre. Lily avait certainement dû se retrouver coincée dehors, et avait sans doute besoin de mon aide pour rentrer
dans la résidence. Notre chambre se trouvait au premier étage, un peu trop haut pour lui tendre la main ou un bout de drap, cependant, la direction avait eut la bonne idée de décorer la façade
par des plantes grimpantes qui offraient de bonnes prises pour permettre à certaines d’entre nous de faire le mur. Alors que j’ouvrais la fenêtre, un vent froid s’engouffra dans la chambre et me
fit frissonner jusqu’au bout des cheveux. Le climat dans le New Hampshire était certes plus clément que dans la péninsule d’Olympic, mais tout de même les hivers y étaient rudes et
pluvieux.
« Lily c’est toi ? » lançai-je dans le noir complet, ne
voulant pas alerter notre chien de garde qui ne dormait que d’un seul œil. Je répétais plusieurs fois le prénom de mon amie, mais seul le vent répondait à mes suppliques.
Puis j’aperçus une forme tapie derrière un arbre qui s’éclipsa, j’avais déjà eu cette
vision quelques minutes plutôt, avant de rentrer dans la résidence, j’avais eu l’impression d’être suivie, puis il m’avait semblait voir une ombre au loin. Et maintenant, il y
avait quelque chose dehors qui s’était cachée, peut-être avait-on essayé de me sortir de ma chambre. Ma tristesse céda la place à une panique qui m’était devenue trop familière, surtout depuis
que j’avais quitté la douce sécurité que m’offrait la meute. En effet, Jake et ses amis, n’avaient pas réussi à éliminer le problème Victoria, elle errait toujours quelque part, préparant sa
vengeance à mon encontre, si l’on en croyait Laurent et ses prédictions. D’ailleurs, un des derniers arguments de Jake contre mon départ avait été ma sécurité, il pensait que l’université ne
serait pas un lieu sûr, je lui avais alors rétorqué le monde qui y pullulait et que je ne comptais pas finir mes jours calfeutrés à la Push, cette réplique eut le don d’envoyer valser tout
self-control au diable et il avait muté sans qu’il puisse l’éviter.
Je m’étais persuadée, un peu sottement sans doute, que Victoria n’étant pas une aussi bonne
traqueuse que l’eut été James, elle ne retrouverait pas ma trace dans le New Hampshire. Mon père était en sécurité aux côtés de la meute, et ma mère avait récemment déménagée à Jacksonville où il
n’y avait aucune trace de mon odeur, par conséquent mes proches étaient en sûreté.
De toute façon, j’étais rarement seule, mon temps était rythmé entre mes cours entouré de
professeurs et d’étudiants, de mes heures à la bibliothèque où le personnel observait mes allers-retours, et même jusque dans ma résidence j’étais constamment englobée dans un flux d’étudiantes,
et ma chambre je la partageais avec Lily. Si Victoria voulait me tuer, elle devrait exterminer une bonne partie des résidentes ou la moitié du campus, une méthode peu discrète
à mon goût, mais qui me fit frémir d’angoisse. Combien de personnes mettais-je en périple juste à cause de mon manque de chance ?
Je tentais surtout de me rassurer comme je le pouvais, pour ne pas céder à la panique ou
alors je finirais mes jours dans un institut psychiatrique. Soudain, mon cellulaire, acquis depuis peu, sonna et me fit faire un véritable saut.
« Isabella Marie Swan, il faut vraiment que vous vous
calmiez ou alors vous finirez par faire une attaque ! » me dis-je avec une pointe de cynisme, car même si ma respiration l’en attestait, je restais persuadée que mon cœur était
définitivement réduit en charpie.
Sur l’écran de mon cellulaire apparut un numéro qui m’était familier :
« Charlie » alors je décrochais.
« Bella c’est toi ? » j’eu envie de lui répondre « non c’est la
reine d’Angleterre ! » mais le ton de sa voix m’en dissuada.
« Cha... Papa qui veux-tu que se soit d’autre ? » lui
répondis-je avec tout le naturel dont je disposai.
« La dernière fois il me semble avoir eu ta colocataire au téléphone, euh…
comment s’appelle-t-elle déjà, Lola ? » mouchait ! Je ravalais mon sarcasme.
« Non papa c’est Lily, pas Lola ! Alors quel temps fait-il à Forks, je
parierais sur de la pluie, et c’est mon dernier mot Charlie. » c’était aberrant, je m’étais améliorée sur mes dons pour le mensonge et la comédie, ne voulant surtout pas voir mon père ou
pire ma mère, rappliquer à la moindre intonation déprimante dans le son de ma voix, je feintais.
« Cesse tes plaisanteries Bella ! Dis-moi plutôt si tu as eu des nouvelles
de Jacob dernièrement ? » Son ton était sec, aucun rire ne venait ponctuer les fins de ses phrases. Et sa remarque me fit l’effet d’un uppercut dans le ventre. Les dernières
informations sur mon meilleur ami que j’avais pu glaner venaient de Charlie !
« Tu fais toi aussi dans le sarcasme ce soir papa ? Jacob ne me parle plus
depuis juillet, comment voudrais-tu que je sois au courant de la moindre chose le concernant ! » Ma voix émit quelques trémolos, mais je parvins à juguler le flot de larmes prêtes à
jaillir à la moindre inattention de ma part.
« Excuse-moi chérie, je suis un peu à cran, cela
fait une semaine qu’il a disparut apparemment, et il semble que je sois le seul à m’inquiéter de la fugue d’un adolescent ! Billy ne se fait pas de mourrons, même ses amis. Je suis persuadé
qu’ils savent très bien où il se trouve, mais je ne comprends pas pourquoi ils ne veulent rien me dire ! Je pensais qu’il était partie te rejoindre pour se faire pardonner de son
comportement en juillet dernier. Apparemment je me suis trompé, car s’il était partie à ta rencontre il devrait déjà se trouver sur le campus. » A travers le téléphone je le sentais déprimé
et vraiment mal, je ne m’étais pas rendu compte à quel point Jacob était important pour lui. Je n’étais pas trop inquiète car il avait du partir en reconnaissance, ils avaient dû sentir un
vampire dans le coin, peut-être Victoria et Jake avait suivi sa trace. Et puis ce qu’il fallait savoir de mon ami, c’était qu’il avait la fâcheuse habitude de déguerpir dès que ses sentiments le
mettaient à mal…
« Ne t’en fais pas papa, je suis persuadée qu’il va revenir très
vite, et puis n’oublie pas qu’il est très mûr pour son âge. Et si j’ai la moindre nouvelle je t’appelle tout de suite. » Je tentais de rassurer mon père, et comptais appeler Sam dans la
minute qui suivait, afin qu’il puisse servir un bon alibi à mon père, et surtout pour connaître le fin mot de l’histoire.
« Très bien, je te recontacte moi aussi dès j’ai du nouveau ! » puis il
raccrocha.
Je m’empressais de joindre Sam Uley, le chef de la meute, pour savoir où se trouvait mon
meilleur ami. Les loups n’ayant que le strict minimum sur eux, ne pouvaient se permettre le luxe de transporter un portable au risque de devoir en racheter un à chaque mutation, ou alors de le
perdre en pleine forêt. Par conséquent, je le contactais chez lui et dès la deuxième sonnerie, une voix douce me répondit, c’était Emily.
« Bonsoir Emily, c’est Bella, désolée de te déranger j’aurai voulu
parler à Sam s’il te plaît. » me rappelant subitement le décalage horaire, j’effectuais un bref un calcul et fus rassurer de savoir qu’il devait être au plus tard 18h00 dans l’État de
Washington.
« Bonsoir Bella, je suis désolée mais Sam est absent pour le moment,
tu l’as raté de peu il vient juste de partir. » elle avait un ton enjoué à l’autre bout de la ligne, est-ce mon appel qui la réjouissait à ce point ?
« Zut ! » je pestais contre moi-même, peut-être qu’Emily
pourrait m’informer suffisamment en attendant que Sam me recontacte. « Tu peux peut-être renseigner ? J’aurai aimé avoir des nouvelles de Jake, mon père est soucieux de son départ,
sais-tu où il est partit ? » Ma demande ressemblait plus à une supplique qu’à une simple demande, j’étais bien plus angoissée que je ne le pensais. Un silence à l’autre bout. Que
voulait-elle me cacher ?
« Écoute Bella, ce n’est pas contre toi, mais je ne peux pas te le dire.
D’ailleurs, je ne suis pas sensée être au courant. Mais je te le jure que tu le seras très vite. En attendant peux-tu me promettre une chose, entre filles à loups ? » Son ton n’était
pas menaçant, bien au contraire elle aurait pu m’envoyer balader que je l’en aurais remercié. Que pouvait-on refuser à Emily, surtout quand elle prenait une voix si douce et si mielleuse.
« Euh… bah… oui… je… je te le promets. » je bégayais comme un
amoureux devant la fille de ses rêves, et depuis quand promettais-je quelque chose avant d’en connaître les tenants et les aboutissants ?
« Ne reste pas seule, ne sors pas la nuit et aucun acte stupide et
téméraire ! (Elle me connaissait bien décidemment) Tu m’as bien entendu jeune fille ? » C’était la deuxième fois que l’on me prénommait comme ça
aujourd’hui !
« Mon lot quotidien en somme ! » lui répondis-je.
« Très bien. Je serais moins soucieuse si je te sais bien entourée
et en sécurité. Bonne soirée Bella, j’ai été ravie de t’entendre. » Puis elle raccrocha ayant obtenue ce qu’elle voulait tandis que je n’avais rien à me mettre sous la dent.
Pourquoi m’avait-elle demandée de rester prudente, la meute avait-elle sentie un danger,
Victoria dans les parages ? Mais si elle se trouvait à Forks en quoi devrais-je faire attention, il y avait des milliers de kilomètres qui nous séparaient. A moins qu’elle n’ait appris où je
me trouvais !
Le portable dans la main, la tête dans mes pensées j’avais perdu toute notion du temps et je
sursautais une nouvelle fois, quand Lily entra par la fenêtre que j’avais laissée ouverte par mégarde, j’aurai pu me faire attaquer par n’importe quoi à cause de mon manque
d’attention !
« Tu prends le frais ? A moins que tu ne cherches à attraper
une pneumonie en laissant la fenêtre ouverte par ce temps ! »
Encore à califourchon sur le chambranle de la fenêtre, Lily me décocha un regard remplie de
soupçons.
« Je l’ai ouverte pour toi, tu as fais tellement de bruit que je
suis étonnée que le pitt bull ne t’ai pas croqué les fesses ! » lui répondis-je les bras sur les côtes.
« C’est bizarre j’aurais pariée l’avoir vu ouverte avant d’escalader le
mur » me dit-elle tout en scrutant mes réactions.
« Parfait, je ne savais que pas je faisais de la collocation avec la
fille de l’inspecteur Colombo, espèce de mégère ! » je m’étais rapprochée afin que nous nous faisions face.
« Tu attendais qui perchée à ta fenêtre ? Ton
Roméo ? » me rétorqua-t-elle avec son sourire en coin. Sa réplique me transperça, elle s’en aperçut et me pris dans ses bras. Lily n’était pas au courant pour Jake et encore moins pour…
pour lui. Néanmoins, elle avait la capacité de lire en moi comme dans un livre ouvert, et savait comprendre ce qu’il ne fallait pas dire ou faire, mes réactions ou mon regard étaient
pour elle de vrais indices sur mon état.
« Et si on se descendait un pot entier de glace à s’en rendre
malade ? » me proposa-t-elle en m’entraînant sur son lit, les yeux pétillants de malice.
« Petite maligne il est 23h passés ! Comment comptes-tu défier
la garde notre chère concierge, et surtout sous quel prétexte va-t-elle bien vouloir nous laisser sortir et rentrer une fois notre course effectuée ? » lui répondis-je en mimant
Hortensia.
« Petite sotte, nous n’aurons qu’à enjamber la fenêtre ! A
moins que la trouille ne te prennes aux tripes et t’empêches de sauter dans le vide ? » Elle me toisa de son regard en coin, avec un air sournois et espiègle.
Son arrogance m’irritai et j’acceptai le défi qu’elle venait de me
lancer, oubliant les promesses que j’avais tenues quelques minutes plutôt à Emily ! Décidément, j’étais vraiment trop stupide et trop téméraire, surtout quand l’on connaissait mes dons pour
me fourrer dans les dangers les plus inimaginables.
Alors que Lily se laissait tombée la première sur le gazon en contrebas, la lumière de
l’entrée s’alluma, elle me fit signe de fermer la fenêtre et elle partit se cacher dans une rangée d’arbustes. J’ouvris délicatement la porte de notre chambre, puis avança discrètement jusque sur
le palier pour jeter un coup d’œil dans les escaliers et tenter d’apercevoir qui se trouvait dans l’entrée. Je vis une ombre passée furtivement du côté de la loge d’Hortensia puis faire demi-tour
vers la chambre de cette dernière. Une fois que j’entendis le loquet de sa porte se refermer, je m’élançais de ma chambre et enjambais la fenêtre.
« Bella ! Non ! »
Le son de sa voix vint percer mes tympans au moment où je me retrouvais à trois
mètres du sol. Son courroux se répercutant contre les toutes les parois de mon cerveau. Je ne l’avais pas entendu depuis des mois, et sur le coup de la surprise je lâchais la prise.
Dans ma chute j’essayais de me rattraper à d’autres endroits m’égratignant les doigts. Je
chutais d’au moins trois mètres et atterrit sur le dos dans une plainte de souffrance. En entendant ma chute, Lily sortit de sa cachette et m’aida à me relever. J’avais les mains en sang et le
dos endoloris, mes capacités physiques m’handicapées toujours autant, ce n’était guère réjouissant. Une fois que j’eu rassuré Lily que mon dos allait s’en remettre et stopper l’hémorragie, elle
partit dans un fou rire à réveiller les morts. Mais je restai perplexe, cette expérience m’avait désarçonnée, l’été dernier j’avais dû faire une croix sur toute tentative pour l’entendre de
nouveau. Et voilà, qu’aujourd’hui, sans l’avoir souhaité, son souvenir me frappa violemment.
« Franchement explique-moi comment tu as fais pour tomber ?
J’ai pris exactement les mêmes prises que toi ! Soit tu n’es pas douée, soit tu te traînes une poisse d’enfer ! » dit-elle en pouffant de rire.
« Disons que je ne brille pas par mes exploits sportifs, et que je
mets régulièrement ma vie en péril, surtout quand des filles irresponsables ont des idées insensées ! » comment allait-elle rebondir avec ça ?
« Tout le monde s’en serait sortit mieux que toi ! Heureusement
que le bizutage est interdit, on t’aurait retrouvé morte avant la fin ! »
« Hum très subtile comme réponse ! » je fis la moue et
elle me prit par les épaules, sans se départir de son sourire. Elle me rappeler Jacob, à croire que j’avais son double féminin à mes côtés, ce qui me dérida après avoir entendu sa voix suave, aux
accents colériques et fermes.
Alors que nous marchions vers l’épicerie qui restait ouverte 24h/24h, Lily me racontait en
détails les réactions de Sean après ma répartie, c’est en riant aux éclats que nous allions entrer dans l’épicerie quand nous fûmes interrompues.
« Bella qu’est-ce que tu fiches ici ? Dépêche-toi de rentrer
! » la voix m’était étrangement familière, trop familière, et je frissonnai de la tête aux pieds en l’entendant. Néanmoins, la personne resta dans l’ombre de la rue parallèle à l’épicerie.
Connaissant mon interlocuteur je me retirai de l’étreinte de Lily, pour m’avancer vers lui.
« S’il te plaît n’avance pas, je ne suis pas là pour ça, pas pour
toi ! Uniquement pour… pour… » Sa voix butait sur chaque mot au fur et à mesure que je m’approchais de lui. J’étais trop heureuse de le voir pour m’arrêter ou même reculer. Je ne
faisais même plus attention à ses injonctions. Tout ce qui m’importait était de le voir, de plus près, de le sentir contre moi. Je m’avançais toujours, un léger sourire sur mes lèvres, et quand
je me retrouvai pile devant lui, il craqua et me pris dans l’étau de ses bras.
« Oh Bella, comme tu m’as manqué, je te déteste ! Si seulement
tu savais à quel point je me suis détesté aussi ! Excuse-moi de ne pas être revenu plus tôt, mais je ne pouvais pas faire autrement à ce moment là. Tu me comprends ? Maintenant, je ne
te ferais plus souffrir, plus jamais ! » les larmes avaient envahis ses yeux et ruisselaient le long de ses joues, s’écoulant sur mon front.
« Tu m’as manqué Jake, comme je suis heureuse de te voir ! Mon
père est si inquiet, et je me faisais beaucoup de soucis aussi, mais me voici rassurée et heureuse par la même occasion. Je ne vis plus depuis que je suis partie, tu as gardé la dernière
partie de mon cœur avec toi à la Push, mais maintenant que tu es revenu il va pouvoir rebattre de façon plus convaincante ! » je me collai à son torse irradiant de chaleur. La visite
inopinée de mon meilleur ami me réjouit au plus haut point. Comment avais-je réussi à vivre si loin de lui ?
« Bella, j’étais sans cesse là. Je n’ai pas pu rester loin de toi
très longtemps, alors quotidiennement je venais sur le campus pour savoir si tu n’encourais aucun risque. » il resserra son étreinte.
« Alors c’étais toi ! C’est toi que j’ai aperçu tout à
l’heure ! » j’aurai pu en rire, si les larmes n’avaient pas jailli, me brouillant la vue.
« Quoi ? (silence) Non ce n’était pas moi Bella. (Il fit une
pause comme s’il cherchait ses mots) Je l’ai sentie cela fait deux ou trois jours maximum qu’elle est là ! » Les traits de son visage était tendu et je pouvais sentir ses muscles
se crisper sous son t-shirt. « Pour tout dire ce soir, j’ai perçu deux odeurs provenant de deux vamp… »
« Chut !! N’en dis pas plus je ne suis pas seule ! »
lui plaquant ma main sur sa bouche, et murmurant à son oreille pour que Lily n’en apprenne davantage.
« Oups, fais les présentations pour la rassurer, avant qu’elle ne
trouve la situation effrayante et qu’elle rameute tous les clients de l’épicerie. » me répondit-il tout aussi doucement.
Alors je me mis à essuyer toutes traces de larmes pour que Lily ne me croie pas plus
sensible que je ne l’étais. Et enfin, Jake et moi sortîmes de l’ombre et je fis les présentations.
« Lily je te présente mon meilleur ami Jacob, il est venu de Forks
pour me faire une surprise. Sacrément bien réussit d’ailleurs, il nous a mis une de ces frousses ! » je tentai de rire pour rendre mes paroles plus crédibles, mais aucun d’eux ne
riaient, ni ne parlaient d’ailleurs, ils se toisaient du regard sans bouger. Il me semblait que je n’existais plus pour aucun des deux, un séisme aurait pu faire trembler toute la terre qu’ils ne
s’en seraient pas rendu compte. Puis, Lily pris la parole enfin.
« Humm… enchantée Jacob, moi c’est Lily, je partage la chambre de…
de… (Elle avait oublié mon prénom ou quoi !) » Elle bégayait comme une enfant, je ne reconnaissais plus mon amie.
« Bella ! Tu sais Bella Swan, une fille de taille moyenne, cheveux châtains
foncés, yeux chocolat, avec un teint d’albinos ! » lançai-je amèrement à son attention. Ce qui eut pour réaction de les faire rire tous les deux, parfait.
Le vent froid qui vint lécher nos visages, ramena mes deux amis sur terre et Jacob à ses
préoccupations.
« Il fait froid, rentrez à la résidence avant d’attraper un rhume ! Je vais
vous raccompagner se sera plus sûr » nous poussant dans le sens inverse. Je compris sa manœuvre, Victoria ou son acolyte devait se trouver dans le coin, prêt à surgir, et Jacob désirait nous
ramener à l’abri, à partir duquel il aurait pu monter la garde.
Une fois raccompagnée à bon port, Lily nous laissa sous la fenêtre et entrepris l’escalade
du mur, mais je sentie que la séparation était difficile pour elle. Jacob la regarda progresser, sur ses gardes, prêt à intervenir en cas de chute inopinée, tel un chevalier servant pour sa
dulcinée. Alors qu’il continuait à la regarder il me demanda :
« Je sens que tu vas avoir besoin d’aide Bella, tu n’es pas capable
d’un tel exploit ! »
« Il est vrai que se serait pas du luxe de refuser ton aide face à
deux vampires qui veulent me vider de mon sang, tu es perspicace ce soir Jake ! » lui lançais-je au visage alors qu’il ne regardait que la fenêtre, espérant sans doute croiser son
regard de nouveau.
« Je ne te parlais pas de ces deux sangsues, mais plutôt de ce
mur ! D’ailleurs, comment as-tu fais pour arriver en bas ? » posant enfin ses yeux sur moi. Alors en guise de réponse je lui montrai mes mains et il se mit à rire à gorge déployée.
« Je comprends mieux, tu as faillis m’étonner ! Plus sérieusement, nous pouvons passer par derrière, la fenêtre des toilettes n’est jamais verrouillée, tu n’auras qu’à grimper sur
mon dos. »
Pour qui me prenait-il à la fin, n’avais-je pas faillis sauter d’une falaise, et fais de la
moto ?
« Pff ! Je ne suis pas en sucre et il faut que je le fasse, sinon
Lily appréciera le raconter à tout son entourage ! » Dès que je prononçais le prénom de mon amie, le regard de Jacob se modifia, j’eus l’impression de retenir toute son attention avec
seulement quatre lettres. Étrange réaction, on aurait dit qu’il était… qu’il était… mais oui ! Mon cerveau buta sur les mots « tombé amoureux » ou devrais-je dire plutôt
« imprégné ».
L’évidence me sauta aux yeux, et je compris le bégayement de Lily et le mutisme de Jake. Ce
que j’avais désiré ardemment pour mon ami avait enfin eut lieu et bizarrement je ressenti comme un pincement au cœur. Jacob ne m’avait jamais appartenu, et je ne considérais aucune personne comme
une possession, mais quand je compris la situation mon cœur, en même temps qu’il s’allégea, se rétrécit. La sensation est difficile à décrire mais c’est comme si je devais faire le deuil de mon
ancienne relation avec lui. Au moins notre amitié n’en sera que plus saine et sans ambigüité.
Jacob remarqua que j’étais ailleurs, car il me secoua doucement par l’épaule pour me faire
revenir à moi.
« Ne t’inquiète pas, une partie de la meute ne devrais plus tarder à
se mettre en chemin. Nous nous en débarrasserons rapidement. Alors tu pourras étudier en toute quiétude et retrouver une vie plus normale. » il me prit par les épaules pour retenir toute mon
attention et je hochais la tête.
Il relâcha son étreinte et me laissa me diriger vers le mur en brique, non sans rigoler. Je
pris mon courage à deux mains, et commença par repérer les prises potentielles avant de me lancer dans mon périple. Le plus important était d’assurer mes prises, et le plus dur serait fait. Je
faillis tomber trois fois, à chaque fois j’eus peur que Jake se précipite à mon secours, alors que Lily nous observait plus haut. Une fois arrivée à porter de bras de mon amie, elle me hissa tant
bien que mal dans notre chambre et c’est en m’écroulant que je mis fin à mon ascension. J’avais accomplis un vrai exploit et j’étais fière de moi ! Je regagnai la fenêtre pour faire signe à
mon ami que tout allait bien, il me sourit et partit trouver une cachette quand Lily lui fit au revoir de la main, il resta un instant sans bouger, un sourire niais coller au visage, puis il
déguerpit.
Lily ne me parla pas de la soirée, elle rêvait debout, je dus lui rappeler de prendre sa
douche, d’enfiler son pyjama et d’aller se coucher. Une fois mon amie couchée et endormie, je fixais la lune qui rayonnait à travers la vitre, elle était pleine mais je n’entendis aucun
loup-garou hurlé et je me mis à rire bêtement. Mon ami veillait sur moi et dans très peu de temps je serai débarrassée de toute menace vamp…, bref de toute menace. Alors peut-être que je
parviendrais à l’oublier…
Cela faisait un petit moment que je tournais en rond, pour comprendre ce qui m’étais à
arrivé tout à l’heure devant l’épicerie. Ma réaction face à Lily avait été des plus douteuses, même Bella avait remarqué nos silences et notre gêne mutuelle. Mon imprégnation
s’était opérée entre cette fille et moi, alors pourquoi n’en étais-je pas totalement convaincu, que signifiait la part de doute qui restait ancré dans un coin de mon cerveau ? Quand Sam
avait rencontré Emily pour la première fois, il était tombé sous le charme en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, allant même jusqu’à oublier le prénom de Leah. Plus rien ne comptait,
tout ce qui l’entourait avait disparu, il ne voyait qu’elle. Dans ce cas là, pourquoi Bella était-elle toujours aussi présente ? De surcroît, j’étais trop loin de la meute pour capter leurs
pensées clairement, une aide qui aurait pu s’avérer utile, malheureusement, je ne percevais que des brides disséminées et déformées. Du coup, je ne pouvais bénéficier d’aucun secours pour
éclaircir ma situation.
Toutefois, il suffisait que je rencontre les yeux bleus de Lily pour me faire chavirer et ne
penser qu’à elle, mais dès qu’elle quittait mon champ de vision l’image de Bella revenait en force, chassant l’autre à coup de pied. La métaphore était discutable, mais j’étais agacé de ne pas
réagir à ce phénomène de façon normale, si tant est que l’on considère cette manifestation comme ordinaire.
Il fallait éjecter ce problème de ma tête, je devais être concentré sur les bruits qui
m’environnaient, et rester alerte en cas d’une quelconque tentative de la part de ces buveurs de sang. Alors, je finis par trouver une souche d’arbre, sur laquelle je pourrais être assis et pile
en face de leur fenêtre. Néanmoins, il fallait que je trouve une solution pour entrer dans la bâtisse toutes les heures et vérifier si elles dormaient toujours paisiblement. Au cours de mes
nombreuses visites inopinées, je m’étais rendu compte que la gardienne laissait toujours la petite fenêtre des toilettes entrouverte. Qui plus est, elle donnait sur l’arrière du bâtiment où
personne ne me verrait grimper le long du mur. Seul bémol, une fois arrivée à bon port, il ne faudra pas que je me trompe de porte. A moins qu’elles la verrouillent chaque soir, je n’aurais pas
d’autre choix que de monter par leur fenêtre pour les épier au travers de celle-ci.
Je restai quelques minutes assis sur ma souche d’arbre, à analyser le moindre mouvement des
branches, à écouter les bruissements des feuilles, les étudiants dormir paisiblement alors que deux monstres se baladaient tranquillement. Le vent m’apportait une myriade d’odeurs mais aucune
venant d’une sangsue. Tandis que je me levais de ma souche pour aller à l’arrière du bâtiment, j’observai si personne ne s’y trouvait. Je m’apprêtais à escalader la paroi quand je sentis une
odeur à la fois répugnante, celle du sang, et envoûtante comme un mélange de menthe et de citron, les senteurs du diable en personne. Une ombre se dirigeait droit vers moi, qui se matérialisa
sous la forme d’un homme fin mais robuste avec des cheveux cuivrés, j’avais devant moi Edward Cullen.
Sa vision aurait pu me donner de l’urticaire pour une année entière ! Pourquoi était-il
ici, à quelques mètres seulement de Bella, était-il inconscient ou simplement sadique ? Il continua à s’approcher de moi, lentement en me fixant droit dans les yeux, il me sondait j’en étais
certain. Bella m’avait parlé de son don de télépathe, j’étais persuadé qu’au moment même où je le pensais, il devait être en train de lire mes pensées. Quelle violation de la vie privée, comment
pouvait-il le faire sans aucune gêne ?
« Il ne s’agit pas d’une partie de plaisir, rassure-toi. Et puis tes
pensées ne sont guère intéressantes pour moi » me dit-il d’une voix glaciale.
Comme ça ? Mon cerveau, du moins ce qui y défilait n’avait aucune valeur ? Dans ce
cas, comment allait-il réagir face à ça : je lui envoyais des images d’elle en proie au chagrin, puis celles quand Sam l’avait découvert recroquevillée dans les bois juste après qu’il l’est
abandonné. Déjà je constatais que son expression s’était altérée, il était choqué. Puis, je me remémorais le moment où Bella avait faillit sauter d’une falaise, où je l’avais rattrapé de justesse
avant qu’elle ne s’écrase dans les flots tumultueux. Son visage devint grave et ses traits se figèrent. Pourtant, je ne lui laissais aucun répit et donnai le coup de grâce, avec le souvenir de
notre premier baiser, ainsi que d’autres souvenirs de ces derniers mois lorsque Bella était mienne. Désormais, il vacillait sur ses jambes et porta une main à son front, j’avais remporté la
première bataille haut la main, et j’étais fier de pouvoir lui faire mal, je souhaitais qu’il ait aussi mal que Bella, et qu’il garde ses image gravées dans son cerveau. Il était resté figé à
quelques pas de moi, et ne me portait plus aucune attention, blême.
« Qu’est-ce que tu viens faire ici sale sangsue ? Tu souhaites
te régaler du malheur des autres ? A moins que tu ne sois là pour fêter l’anniversaire de votre rupture ? » lui lançais-je avec tout le mépris qu’il m’inspirait.
« Je… tu te trompes… mais qu’est-ce que je fais là ? » Il
était plus troublait que je ne l’aurais cru. Si des images pouvaient anéantir quelqu’un, je venais de réaliser cet exploit. Il n’arrivait pas à enchaîner ses mots, il butait dessus comme un
enfant qui apprend à lire.
« Je peux m’occuper d’elle à présent, tu ne lui es plus
indispensable ! Retourne de là où tu viens, elle peut compter sur une meute de loups pour la protéger de cette buveuse de sang ! » Mes répliques étaient cinglantes et je les
voulais davantage menaçantes.
« Une bande de lycans incontrôlables qui pourraient la réduire en
charpie au moindre dérapage, à la moindre agitation, il est vrai que vous êtes des protecteurs hors pair ! Sam pourrait en attester lui-même si je me souviens bien de la figure
d’Emily ! » Sa colère irradiait de tout son corps.
« Parce qu’une horde de sangsues prête à la vider de sang à la
moindre coupure est plus rassurant ! Tu ne pourrais même pas rester tranquillement à la regarder si elle venait à s’entailler un doigt ! Tous tes sens te forceraient à la
tuer ! » Sans nous en rendre vraiment compte, la distance nous séparant se réduisait peu à peu. Mes propos lui allaient droit au cœur, si tant est qu’il en est vraiment un.
« Oui mais pour sa sécurité j’ai réussi à la quitter. Cependant, si
j’avais su qu’elle se retrouverait dans les pattes de loups garous je serais resté pour la mettre en garde. » Ses yeux étaient injectés de sang, ses poings si serrés que les jointures
blanchissaient sous la pression et sa voix n’était qu’un murmure menaçant. Maintenant nos nez auraient presque pu se toucher.
« Si tu l’as quitté que fais-tu ici alors ? » Je voulais qu’il
porte le coup en premier, par pur égard envers Bella. Je pouvais voir ses muscles se crispaient et les traits de son visage se tendre sous la colère, même son sourire narquois avait disparu pour
laisser place à de l’amertume.
« C’est justement pour la protéger que je suis là ! Au départ,
je m’attendais seulement à tuer un vampire, c’était sans savoir qu’une troupe de chiots trottineraient derrière elle. Savez-vous seulement comment on tue un vampire, bande de
novices ? » Son ton était acerbe, je l’avais poussé dans ces derniers retranchements.
« Souhaites-tu une démonstration pour te prouver mes capacités à
prendre soin d’elle (je passais ma langue sur mes dents féroces), d’arriver là où tu as échoué ! Au moment où tu l’abandonnais, tel un lâche ! » lui lançais-je avec défi, sa
réponse ne se fit pas attendre.
J’avais baissé ma garde, un manque de vigilance certainement car je ne vis pas le coup
partir. Edward se lança sur moi en un éclair, et son poing atterrit sur mon épaule, m’envoyant valser une dizaine de mètres plus loin. A cause de
l’énervement qui m’assaillit je ne pus me contrôler et mutai en un loup brun-roux gigantesque.
Au moment où je voulais me jeter sur mon adverse pour répliquer, j’entendis une fenêtre
s’ouvrir, alors je bondis dans l’obscurité que m’offrait un bosquet pour me calmer et retrouver une apparence décente, et je vis qu’Edward en faire tout autant. Pourquoi voulait-il cacher sa
présence ? Peut-être qu’il était juste là pour éliminer la buveuse de sang et repartir une fois la tâche accomplie. Pourrait-il rester loin d’elle, si tel était son plan je devrais au moins
récompenser un tel acte de bravoure, à moins qu’il n’ait plus de sentiments à son égard. Toutefois, vue comment mes souvenirs l’avaient troublé j’étais persuadé qu’il devait
toujours l’aimer !
Bella apparut à la fenêtre et m’appela de sa voix fluette, je me redressai et constatai que
mon jean était éparpillé en lambeaux sur l’herbe.
« Bella soit gentille essaye de me balancer un pantalon, j’ai eu
comme qui dirait un accident de parcours » je lui fis mon plus beau sourire car je voyais déjà sa figure blanchir sous l’effet de la peur. « Rassure-toi tout va parfaitement
bien ! »
« Alors pourquoi ton épaule est complètement déboîtée, comme une
porte que l’on aurait enlevé de ses gonds ? » sa voix était hésitante et je la voyais trembler comme une feuille.
« Oups ! Retournes-toi Bella s’il te plaît cela ne sert à rien
que tu assistes au replacement de ma clavicule, en attendant je t’en prie trouve moi un bas. »
J’attendis qu’elle quitte la fenêtre pour faire ce qu’il devait être fait. Tout d’abord, je
ramassais un bout de branche sous un tas de feuilles éparses, puis il me fallait trouver un arbre assez solide pour qu’il ne se rompe pas sous le choc. Une fois que je l’eus trouvé, je me mis
face au tronc, plaça la branche entre mes mâchoires et inspirai un grand coup. Je donnai un brutal coup de hanche, le plus fort possible pour que ma clavicule vienne percuter de plein fouet le
tronc de l’arbre. Mon épaule se remit dans son axe dans un craquement sec et, sous l’effet de la douleur, je pulvérisais le bâton en plusieurs morceaux qui volèrent tous dans des sens
contradictoires. Je crachais les restes d’échardes qui s’enfonçaient déjà dans ma langue.
« Jake ! T’es où ? Tiens j’ai trouvé un jogging, je l’ai
emprunté à Lily, elle est plus grande que moi, il t’ira mieux qu’un des miens ! Elle me balança le jogging à travers la fenêtre et se tourna le temps que je l’enfile. Le vêtement sentait
l’odeur de Lyly, du lilas, un parfum exquis et piquant. Avant de le passer je respirer son parfum pour qu’il s’imprègne dans mon cerveau.
« Je descends ! Attends-moi, tu me dois une
explication Jake ! » Je n’eus même pas le temps de l’en empêcher qu’elle refermait déjà la fenêtre.